O.S Les limites de l'infranchissable

P. Son dernier parchemin devant les yeux, Grace était consternée par le résultat qu’elle avait obtenu. C’était affolant, affligeant, aberrant et d’autres adjectifs en « A » qui pourraient décrire la catastrophe qu’elle était en train de subir. Tel qu’un de ses enseignants avait pu le noter dans la marge, en rouge dont les trois points d’interrogations l’avaient encore plus accablée : « que s’est-il passé ???» Elle n’en avait absolument aucune idée.

La jeune Gryffonne, depuis son arrivée à Poudlard, jouissait d’une réputation impeccable auprès des enseignants : « Enfin une élève qui participe ! », « Quelle élève remarquable ! » « Heureusement qu’elle est là pour remonter le niveau ! », se disaient-ils sûrement une fois loin des élèves médiocres pour ne pas froisser leur égo. Mais Grace savait, elle savait très bien qu’elle faisait partie des meilleurs élèves de premières années. Sa tenue était toujours soignée, toujours humble mais la tête haute comme pour acclamer sa propre prestance, ses parchemins toujours terminés en avance, sur lesquels on pouvait lire son écriture adroite et altière mais aussi la première à lever la main pour répondre aux questions des enseignants. Parfois, ils lui demandaient de laisser les autres participer, ce qui accroissait son estime d’elle-même : Les autres devaient essayer de la rattraper.

Et pourtant, ce devoir médiocre la narguait avec sa grosse lettre rouge, tout en haut pour qu’elle ne voie qu’elle. La tête dans ses mains, seules piliers assez solides pour l’empêcher de se laisser tomber, les coudes sur une table de la bibliothèque située dans un coin, loin des regards, Grace se demandait en boucle ce qui clochait chez elle. Comment avait-elle pu rater au point d’en arriver à ce résultat ? Elle qui n’avait toujours eu que des E. Qu’allaient penser ses professeurs ? « C’est tellement décevant », « j’en attendais plus d’elle », « finalement, mérite-elle de rester à Poudlard ? ». Plus elle s’imaginait les potentiels commentaires de ses enseignants préférés, plus la rancœur, la colère et la déception se frayaient une place dans le cerveau de la jeune fille. Elle se voyait marcher dans les couloirs en direction d’une salle de classe, la tête basse et les yeux cherchant chaque détails du sol qui lui permettraient de ne pas penser à la manière nouvelle dont son professeur la regarderait, elle entendait ses camarades qui se moquaient, satisfaits que la grande Grace se fasse maintenant petite tant elle était devenue inférieure.

Plus jamais elle n’oserait lever la main. Plus jamais elle n’oserait affronter le jugement de ses professeurs. Plus jamais elle ne redeviendrait la Grace qui réussissait. Elle qui se prenait pour une lionne parmi des lions, se trouvait finalement n’être qu’un simple petit lionceau, couverte d’une cape trop grande pour ses minuscules pattes.

Elle rangea son parchemin furieusement, le chiffonnant au passage mue par une colère noire, elle se hâta à travers les longs escaliers du château pour rejoindre la salle commune des Gryffondors tout en ignorant les regards interloqués des élèves qu’elle croisait, puis monta dans son dortoir pour se jeter sur son lit. Elle ferma les rideaux du baldaquin, s’octroyant une intimité relative, et s’allongea, la tête dans les coussins.

Son trajet et, particulièrement, les innombrables escaliers l’avaient épuisée. Décidément, il faudrait qu’elle travail sur son cardio avec toutes ses marches à grimper tous les soirs... Elle s’assit, s’appuyant sur ses mains dans son dos, et soupira. C’est vrai, elle déteste avoir des mauvaises notes, mais ce n’est pas tant parce que cela signifiait qu’elle n’avait pas compris le cours, mais plutôt parce qu’elle ne souhaitait décevoir personne. Surtout ses enseignants. Elle voulait montrer qu’elle était une fille intelligente et qu’elle méritait leur attention.

Mais pourquoi avait-elle besoin de leur approbation, après tout ? Réalisa-t-elle. Pourquoi est-ce qu’elle voulait à tout prix montrer aux professeurs qu’elle faisait bien ? Maintenant qu’elle y pensait, Grace se souvint qu’avant d’entrer à Poudlard, elle avait jeté son dévolu sur la matière des potions et avait, en conséquence, réclamer plusieurs livres à ses parents pour en apprendre le plus possible avant même d’avoir commencé les cours. Au final, une fois arrivée en classe, elle s’était vite rendue compte que c’était un savoir bien trop avancé et qu’elle ne maitrisait pas les bases.

La jeune fille réalisa les barrières qu’elle avait placées autour d’elle. Elle étudiait dans le but de plaire, pas dans le but d’apprendre. Au final, sa mauvaise note l’avait mis dans tous ses états, pensant que son monde venait de s’écrouler en cherchant à tout faire seule et rapidement.
Parvenue à poser les mots sur ce qu’elle ressentait, Grace se sentit soudain légère, comme délivrée de chaines qu’elle avait elle-même liée à ses poignets.

Son pauvre parchemin froissé sur son lit, inerte et ignorant tous des tracas de la jeune fille, fut lissé et reçu les excuses timides de la fautive. Preuve qu’elle acceptait l’hideux « P » qui trônait en haut du papier.
Bien que déçue de sa performance, Grace comprit qu’il lui arriverait de chuter mais que le plus important était de se relever. Elle se leva donc en s’en alla rejoindre ses camarades pour leur demander des conseils.

861. Thème à la folie, Avril 2026.

I'm not scared by the spirits haunting my mind. In fact, they are my dearest company.
CC : #00674F