Avant que tout commence
Le bâtiment s’imposa à eux sans transition.14 Août 2050, environ 10h30,
Gringotts.
Plus ils avançaient, plus il semblait grandir, jusqu’à occuper presque tout le champ de vision de Judy. Les pavés paraissaient plus froids sous ses pas, le bruit de la rue un peu étouffé, comme retenu par la hauteur des murs blancs. Elle ralentit légèrement sans vraiment s’en rendre compte, levant les yeux vers les grandes portes.
Gringotts. Même sans le nom, elle aurait compris que cet endroit était… différent. Quelque chose de plus rigide. Plus sérieux.
Elle sentit la présence de sa mère se faire un peu plus assurée à côté d’eux. Naturelle. Comme si ce lieu ne lui posait aucune question. Judy, elle, resta un pas en arrière, ses doigts se resserrant légèrement dans sa manche.
Ils franchirent les portes. L’intérieur était immense. Le plafond semblait trop haut pour être réel, soutenu par de longues colonnes qui donnaient presque le vertige. Le sol brillait sous la lumière, et des rangées de comptoirs s’étendaient devant eux, occupées par des silhouettes penchées sur des registres, des pièces, des objets qu’elles manipulaient avec une précision presque mécanique.
Judy s’arrêta.
Ses yeux se posèrent sur l’un des gobelins, puis sur un autre. Leur apparence la troubla sans qu’elle sache exactement pourquoi. Ce n’était pas de la peur. Pas vraiment. Mais quelque chose de… difficile à lire. Leur regard, leur posture, la façon dont ils bougeaient.
Tout semblait calculé.
À côté d’elle, sa mère s’arrêta près d’eux et se tourna légèrement.
— "Reste ici."
Sa voix était douce, mais sans hésitation. Puis elle s’éloigna déjà, se dirigeant vers l’un des comptoirs avec une aisance presque déconcertante.
Judy suivit son mouvement du regard, la voyant s’adresser à un gobelin sans la moindre retenue. Les mots ne lui parvenaient pas, mais l’échange semblait… normal.
Elle baissa légèrement les yeux, puis les releva vers les autres gobelins autour d’eux. Dubitative. Pas inquiète. Pas vraiment mal à l’aise non plus. Juste… incertaine. Ses doigts vinrent jouer avec le bord de sa manche, geste discret mais familier. Elle jeta un bref regard à sa mère, puis reporta son attention sur la salle.
C’était fascinant. Et en même temps… difficile à comprendre. Comme beaucoup de choses, ici. Mais elle restait. Sans reculer.
Le temps s’étira sans que Judy ne sache vraiment combien de minutes passaient.
Elle observait, encore. Les mouvements précis derrière les comptoirs, les échanges discrets, les pièces qui changeaient de main sans un bruit inutile. Par moments, son regard revenait vers sa mère, un peu plus loin, toujours en train de discuter avec le gobelin. Elle semblait parfaitement à sa place.
C’était étrange à voir.
Judy se demanda brièvement si, un jour, elle aussi pourrait se tenir comme ça. Sans hésitation.
Un léger mouvement attira son attention. Sa mère revenait vers elle.
Ses pas étaient calmes, mesurés, comme si rien de tout cela n’avait demandé d’effort. Elle tenait un petit sac, qu’elle rangea presque aussitôt, sans en faire toute une histoire. Puis son regard se posa sur eux, un bref instant.
— « C’est bon, on peut y aller. »
Simple. Direct.
Judy hocha légèrement la tête, sans répondre. Mais elle resta une seconde de plus.
Ses yeux se posèrent une dernière fois sur la salle, sur les colonnes, sur les gobelins toujours plongés dans leurs tâches. Rien n’avait changé depuis leur arrivée. Comme si leur passage n’avait laissé aucune trace.
Elle détourna le regard.
Puis fit un pas.
L’air changea presque immédiatement lorsqu’ils franchirent les portes. Le bruit de la rue revint d’un coup, les voix, les pas, la vie. Judy inspira légèrement, comme si elle ne s’était pas rendu compte qu’elle retenait un peu son souffle à l’intérieur.
Ses épaules se détendirent à peine.
Elle jeta un dernier regard derrière elle, vers le bâtiment imposant, avant de se tourner à nouveau vers le Chemin de Traverse. Et, sans vraiment s’en rendre compte, Judy se remit à avancer.
Terminé !
Esparza Judy --°-- color=#FE6D0A