Toutes les couleurs de Camden, et toi au milieu
Jeudi 13 avril 2051 — peu après dix-sept heures
Camden Town — Londres
21 ans
Le ciel se dévoile derrière les hauts bâtiments au fur et à mesure de ma marche. Il est d'un bleu resplendissant, sans qu'aucun nuage ne soit peint sur sa toile d'azur. Mais ici bas, au milieu des murs de brique, du bruit des voitures et des passants, du ramdam de la rue la plus touristique de Londres, il parait si lointain que je regrette de ne pas pouvoir partager ce moment avec Kristen à l'abri des gens, du monde et du bruit sur notre Plateau. Je dis souvent notre Plateau, alors même qu'elle n'y est plus retournée depuis ma sixième année, de ce que je sais. Alors même qu'elle n'en a plus de souvenir précis. J'ai pensé à l'y amener, à lui montrer ma petite cabane construite, le lit d'appoint dont je me sers parfois, mon bureau, mon coin potions, lui parler des nombreux sortilèges que je lance sur l'endroit pour le protéger, faire de cet endroit ce qu'il devrait être depuis le début : notre endroit. Mais je ne l'ai jamais fait. Je ne l'y ai jamais emmenée. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a qu'un endroit au monde où je peux décharger de tout ce que cette femme m'inspire et que je désire le garder pour moi.
Pour une fois, je ne marche pas rapidement. Je prends mon temps pour descendre cette rue que j'évite habituellement. Trop touristique, trop fréquentée, trop bruyante, trop colorée. Les drôles de façades qui la composent ne me plaisent pas. C'est trop. C'est ridicule. Je n'éprouve aucun intérêt pour les produits que l'on trouve en vitrine ou pour les pubs qui encouragent à pénétrer dans les boutiques. Pourtant, je prends mon temps pour descendre la rue car c'est l'un de ces jeudis-là. Le genre de jeudi où l'angoisse qui me dévore les entrailles a un effet contraire des autres jours. Certaines fois, cette sensation me force à me ruer chez Kristen dès que mon cours de Sciences de la magie est terminé, sans même repasser par ma chambre pour m'assurer que Kristen est toujours là, qu'elle n'a pas disparu. D'autres fois, comme aujourd'hui, il m'oblige à ralentir, marcher lentement, calmement, parce que de toute manière ça finira par arriver que je me dépêche ou non : sa disparition. Comme j'en suis persuadée, je me sens en colère contre elle et ça se ressent dans nos échanges de la soirée, nous finissons généralement par nous disputer comme nous savons si bien le faire. Dans ces moments-là, sa tronche toute fabriquée qui n'est pas la sienne ne me revient pas et je ne peux pas m'empêcher d'être froide, méchante, distante et d'avoir envie de la voir dégainer sa baguette pour que je puisse sortir la mienne. Souvent, elle parvient à me calmer. Souvent, elle n'y arrive pas. De temps en temps, je pars en claquant la porte. J'espère que ce ne sera pas le cas, ce soir. À chaque fois que cela arrive, je finis au Pitiponk ou chez Ashley parce que la perspective de la perdre sur une porte claquée me rend malade.
« Touristes, » chuchote Zikomo dans le creux de mon oreille.
Je cligne des yeux pour revenir à l'instant présent. Effectivement, un groupe complet de touristes arrive en sens inverse. Je marmonne une insulte à voix basse et traverse la rue pour atteindre le trottoir d'en face. Zikomo est venu avec moi parce que, je le cite, « le Docteur me manque ». Depuis le temps, j'ai plus ou moins saisi qu'il s'agissait d'un personnage dans un truc obscur qui passe sur cette boite dans la chambre de Marshall que les moldus appellent télévision. Zikomo prend grand plaisir de parler de ça avec Ashley dès que possible, d'ailleurs. Apparemment, c'est quelque chose qu'apprécient les moldus britanniques. Je n'ai jamais cherché à en savoir plus.
Zikomo est là, donc, caché sous ma cape la plus moldue que j'ai qui ressemble à s'y méprendre à un manteau et que j'ai enfilé juste pour pouvoir le cacher alors qu'il fait suffisamment chaud pour que je puisse m'en passer. Ensemble, nous descendons la rue la plus touristique de Camden Town, Camden High Street, pendant qu'intérieurement, je râle à propos de Marshall et de ses choix plus que douteux concernant l'adresse de son salon de tatouage. Encore quelques centaines de mètres et je pourrais tourner sur Buck Street. Peut-être aurais-je dû transplaner directement dans ma ruelle habituelle, finalement.
@Kristen Loewy, pour la longue mention !
Camden Town — Londres
21 ans
Le ciel se dévoile derrière les hauts bâtiments au fur et à mesure de ma marche. Il est d'un bleu resplendissant, sans qu'aucun nuage ne soit peint sur sa toile d'azur. Mais ici bas, au milieu des murs de brique, du bruit des voitures et des passants, du ramdam de la rue la plus touristique de Londres, il parait si lointain que je regrette de ne pas pouvoir partager ce moment avec Kristen à l'abri des gens, du monde et du bruit sur notre Plateau. Je dis souvent notre Plateau, alors même qu'elle n'y est plus retournée depuis ma sixième année, de ce que je sais. Alors même qu'elle n'en a plus de souvenir précis. J'ai pensé à l'y amener, à lui montrer ma petite cabane construite, le lit d'appoint dont je me sers parfois, mon bureau, mon coin potions, lui parler des nombreux sortilèges que je lance sur l'endroit pour le protéger, faire de cet endroit ce qu'il devrait être depuis le début : notre endroit. Mais je ne l'ai jamais fait. Je ne l'y ai jamais emmenée. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a qu'un endroit au monde où je peux décharger de tout ce que cette femme m'inspire et que je désire le garder pour moi.
Pour une fois, je ne marche pas rapidement. Je prends mon temps pour descendre cette rue que j'évite habituellement. Trop touristique, trop fréquentée, trop bruyante, trop colorée. Les drôles de façades qui la composent ne me plaisent pas. C'est trop. C'est ridicule. Je n'éprouve aucun intérêt pour les produits que l'on trouve en vitrine ou pour les pubs qui encouragent à pénétrer dans les boutiques. Pourtant, je prends mon temps pour descendre la rue car c'est l'un de ces jeudis-là. Le genre de jeudi où l'angoisse qui me dévore les entrailles a un effet contraire des autres jours. Certaines fois, cette sensation me force à me ruer chez Kristen dès que mon cours de Sciences de la magie est terminé, sans même repasser par ma chambre pour m'assurer que Kristen est toujours là, qu'elle n'a pas disparu. D'autres fois, comme aujourd'hui, il m'oblige à ralentir, marcher lentement, calmement, parce que de toute manière ça finira par arriver que je me dépêche ou non : sa disparition. Comme j'en suis persuadée, je me sens en colère contre elle et ça se ressent dans nos échanges de la soirée, nous finissons généralement par nous disputer comme nous savons si bien le faire. Dans ces moments-là, sa tronche toute fabriquée qui n'est pas la sienne ne me revient pas et je ne peux pas m'empêcher d'être froide, méchante, distante et d'avoir envie de la voir dégainer sa baguette pour que je puisse sortir la mienne. Souvent, elle parvient à me calmer. Souvent, elle n'y arrive pas. De temps en temps, je pars en claquant la porte. J'espère que ce ne sera pas le cas, ce soir. À chaque fois que cela arrive, je finis au Pitiponk ou chez Ashley parce que la perspective de la perdre sur une porte claquée me rend malade.
« Touristes, » chuchote Zikomo dans le creux de mon oreille.
Je cligne des yeux pour revenir à l'instant présent. Effectivement, un groupe complet de touristes arrive en sens inverse. Je marmonne une insulte à voix basse et traverse la rue pour atteindre le trottoir d'en face. Zikomo est venu avec moi parce que, je le cite, « le Docteur me manque ». Depuis le temps, j'ai plus ou moins saisi qu'il s'agissait d'un personnage dans un truc obscur qui passe sur cette boite dans la chambre de Marshall que les moldus appellent télévision. Zikomo prend grand plaisir de parler de ça avec Ashley dès que possible, d'ailleurs. Apparemment, c'est quelque chose qu'apprécient les moldus britanniques. Je n'ai jamais cherché à en savoir plus.
Zikomo est là, donc, caché sous ma cape la plus moldue que j'ai qui ressemble à s'y méprendre à un manteau et que j'ai enfilé juste pour pouvoir le cacher alors qu'il fait suffisamment chaud pour que je puisse m'en passer. Ensemble, nous descendons la rue la plus touristique de Camden Town, Camden High Street, pendant qu'intérieurement, je râle à propos de Marshall et de ses choix plus que douteux concernant l'adresse de son salon de tatouage. Encore quelques centaines de mètres et je pourrais tourner sur Buck Street. Peut-être aurais-je dû transplaner directement dans ma ruelle habituelle, finalement.
@Kristen Loewy, pour la longue mention !
Toutes les couleurs de Camden, et toi au milieu
5e année
Merveilleux. C'était merveilleux, ce temps parfait, cet endroit.
Elle était certes déjà allée à Camden Town, mais à chaque fois qu'elle revenait ici elle avait l'impression que c'était la première fois. Et venir à Camden ne manquait jamais de la mettre dans la meilleure des humeurs.
Ses yeux s'accrochaient sur toutes ces belles façades plus originales les unes que les autres et sur les styles punk de certains moldus alors qu'elle avançait avec sa mère au milieu de tous les touristes rameutés par le temps ensoleillé.
Elle avait tant attendu ce petit voyage à Londres, et il prenait déjà fin, tout comme les vacances... la rentrée qui approchait, les BUSEs qui se profilaient... Elle ne voulait pas y penser.
Ses parents adoraient cette ville tout comme Anna et son frère, c'était donc une destination habituelle. Cette fois ils étaient dans un hôtel vers le centre de la capitale. Ils avaient déjà fait une balade tous ensemble ce matin, et bien que tout le monde soit un peu fatigué elle avait réussi à traîner sa mère jusqu'ici.
Elles étaient venues en métro.
Pour elle il était hors de question qu'ils quittent Londres sans avoir revu Camden et le retour à Dublin était prévu pour le lendemain.
Elle y était maintenant. Camden, elle l'aimait pour son animation, elle appréciait l'engouement des gens ici. Et puis sa beauté. La beauté du tout et n'importe quoi, la beauté de toutes les couleurs. Pour elle cette rue, c'était de l'art.
Le soleil lui caressait agréablement les joues, sans pour autant être violent puisqu'il était en train de décliner, comme il était dix-sept heures passé.
Elle se tourna vers sa mère, afficha un sourire reconnaissant tout en attrapant sa main pour accélérer un peu le pas. La magie de Camden, elle s'en était assez imprégnée. Maintenant elle voulait aller à son endroit préféré, là où y avait tous les petits stands avec de la nourriture.
Elle avait faim. C'était pas exactement l'heure de manger mais elle savait très bien négocier.
Alors qu'elle s'efforçait, enfantine, de tirer sa pauvre mère du bras, son regard s'arrêta sur une fille qui marchait juste un peu plus loin, d'une démarche plutôt lente. Pourquoi cette fille avait-elle retenu son attention ? C'était simple : elle était seule.
Ici tous se déplaçaient par groupes, familles ou amis, touristes ou londoniens, on en voyait peu des gens seuls. Mais alors une fille seule qui portait un long manteau noir, ça détonnait carrément.
Elle entendit à peine sa mère lui demander de la lâcher et lui signifier qu'elle voulait entrer dans un magasin. Elle était absorbée par cette fille, mais pas de façon bizarre. Comme elle pouvait l'être souvent lorsqu'elle voyait un inconnu qui se distinguait, et qu'elle finissait par l'observer inconsciemment.
A force de tirer sa mère elle s'était en fait rapprochée au niveau de la fille et même si elle ne voyait que son visage de profil, elle se fit directement la réflexion qu'elle semblait énervée.
Une seconde de plus, et elle réalisa. C'était Aelle. Mais oui, c'était Aelle Bristyle. Elle s'arrêta sous le choc, Aelle avait quitté Poudlard depuis quelques années déjà, elle ne l'avait connu que lors de sa 7e année, et ça lui faisait bizarre de la revoir maintenant.
Enfin connu, c'était un grand mot. Une conversation, froide, échangée dans une serre. Ça résumait la relation qu'elle avait avec la brune.
- Euh maman, vas-y toute seule j'te rejoins. J'ai vu une amie là-bas j'vais lui parler. - répondit-elle enfin.
Elle était seule à présent, une très vague idee en tête du magasin où était entrée sa mère, et Aelle s'éloignait. Ses pensées fusaient à toute vitesse.
Majeure. Aelle etait majeure. Sa mere avait refusé, il était hors de question qu’elle demande à sa tante, elle n’avait rien à perdre à tenter avec Aelle.
Elle avait rien à lui proposer en échange, tout se jouerait dans l’improvisation.
Elle se mit à courir pour rattraper l’étudiante. Elle ne la voyait plus, n’aurait pas dû la lâcher du regard. Ah, c’est bon ! elle semblait par contre avoir accéléré le pas.
Vite, vite, réfléchir à quoi lui dire…
Elle surgit juste devant elle, les joues rosies par cette petite course.
- Bristyle ! - s’exclama-t-elle simplement, se souvenant juste à temps que si elle voulait partir sur de bonnes bases, elle n’avait pas intérêt à l’appeler par son prénom - Tu vas bien ? T’as pas changé!
Elle avait choisi de commencer par les banalités. Mais elle regretta tout de suite sa derniere phrase : est-ce qu’Aelle pourrait le prendre mal ? Même si quand elle disait qu’elle n’avait pas changé c’était pas forcément le physique, plutôt cette raideur permanente dans son regard.
Elle se rassura en pensant que quelle que fut sa manière de l’aborder, juste le fait qu’elle le fasse l’aurait énervé dans tous les cas.
Bien sûr qu’Anna souriait, elle était à Camden.
819 mots
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Toutes les couleurs de Camden, et toi au milieu
La main gauche plongée dans le fond de ma poche, j'évite les passants comme je le peux, frôlant ci et là des épaules, ce qui n'aide pas à améliorer mon humeur. Je sens Zikomo bouger sous le revers de ma cape. J'imagine sans mal son petit museau bleu sortir de sous le tissu pour regarder tout ce qui l'entoure. Il a beau avoir fréquenté énormément de sorciers depuis mille et quelques années, l'Angleterre n'est pas un pays qu'il a beaucoup visité. J'aime savoir que je suis la seule à lui faire découvrir ce pays et que nous pouvons ensemble partir explorer les villes moldus qui le parsèment ou les paysages dont sont faites ces terres que je foule depuis ma naissance. Un jour, nous irons tous les deux sur les traces de ces lieux où il a passé sa vie, sur les terres africaines et au-delà. Il me l'a dit, nous partirons ensemble. Bientôt, peut-être, ou peut-être pas. Mais pour le moment, c'est moi qui lui fait découvrir des endroits, même ceux que j'aime moins comme Camden, même si ce n'est pas forcément une découverte car nous venons toutes les semaines. N'empêche qu'il se montre toujours aussi curieux de ce qui l'entoure et que je sais qu'il observe tout avec une grande attention. Zikomo aime Londres. C'est étrange, pour un renard d'encre né dans la forêt vierge de Chine et qui a passé les dernières centaines d'année dans un endroit comme Uagadou. Mais cela fait longtemps que je ne me questionne plus sur les excentricités de mon ami.
Un pas sur le côté, un mouvement de l'épaule vers l'avant et j'évite une petite famille qui présente des sourires béats mais qui ne fait par contre pas attention à ce qui se trouve devant elle. Mon regard froid passe sur le visage de ce qui est peut-être le grand frère qui passe près de moi. Puis la famille disparaît dans mon dos et je poursuis mon chemin avec sur les lèvres la trace d'un nouveau soupir nait de mes pensées agacées.
En voyant arriver l'ombre sur ma gauche, je ralentis, persuadée que la passante est pressée et espère passer devant moi pour allonger son pas. Mais je suis forcée de m'arrêter lorsqu'elle-même s'arrête devant moi. Et au moment où mon nom sort de sa bouche, j'ouvre grand la mienne, surprise, avant de la fermer en fronçant les sourcils. Elle me connait ? De quelle malchance dois-je donc être faite pour que l'on me reconnaisse au milieu d'une rue aussi passante et noire de monde ? Levant les yeux au-dessus de sa tête, j'imagine faire un pas sur le côté et m'en aller tout simplement, mais le fait que mon nom soit sorti de sa bouche m'en empêche. Elle me connait clairement. Et moi ? J'analyse son visage du regard. Je la connais ? Elle est aussi banale que tous les passants que j'ai croisés jusqu'ici. Seule sa jeunesse et le fait qu'elle connaisse mon nom me permets de comprendre qu'elle doit être une connaissance lointaine de Poudlard. Oui, sûrement Poudlard. Peut-être que ses taches de rousseur me disent quelque chose, finalement. Peut-être. Mais je ne suis pas vraiment sûre.
Mes lèvres se pincent avant même qu'elle termine de parler. S'il y a bien une chose que je déteste, c'est que des gens lambdas viennent me parler dans la rue. Et pourquoi, pour me dire quoi ? Elle croit que nous allons discuter du beau temps et de ce qui nous arrive dans notre vie ? Je n'ai pas la moindre envie de faire ça. Comment pourrais-je répondre à la question « tu vas bien ? » alors que cette fille ne sait rien de moi ?
Embêtée par sa présence et n'ayant pas franchement envie de parler, je me recule d'un pas en regardant autour de moi pour m'assurer que je ne gêne le passage de personne. Puis mes yeux reviennent vers elle. Pendant un instant, je pense à lui dire : « t'es qui ? », ce qui pourrait être assez vexant pour elle. Mais finalement, je me décide pour autre chose.
« On s'est déjà vues à Poudlard, c'est ça ? » demandé-je à voix basse.
Ma voix sort comme un soupir. Blasée, fatiguée.
Un pas sur le côté, un mouvement de l'épaule vers l'avant et j'évite une petite famille qui présente des sourires béats mais qui ne fait par contre pas attention à ce qui se trouve devant elle. Mon regard froid passe sur le visage de ce qui est peut-être le grand frère qui passe près de moi. Puis la famille disparaît dans mon dos et je poursuis mon chemin avec sur les lèvres la trace d'un nouveau soupir nait de mes pensées agacées.
En voyant arriver l'ombre sur ma gauche, je ralentis, persuadée que la passante est pressée et espère passer devant moi pour allonger son pas. Mais je suis forcée de m'arrêter lorsqu'elle-même s'arrête devant moi. Et au moment où mon nom sort de sa bouche, j'ouvre grand la mienne, surprise, avant de la fermer en fronçant les sourcils. Elle me connait ? De quelle malchance dois-je donc être faite pour que l'on me reconnaisse au milieu d'une rue aussi passante et noire de monde ? Levant les yeux au-dessus de sa tête, j'imagine faire un pas sur le côté et m'en aller tout simplement, mais le fait que mon nom soit sorti de sa bouche m'en empêche. Elle me connait clairement. Et moi ? J'analyse son visage du regard. Je la connais ? Elle est aussi banale que tous les passants que j'ai croisés jusqu'ici. Seule sa jeunesse et le fait qu'elle connaisse mon nom me permets de comprendre qu'elle doit être une connaissance lointaine de Poudlard. Oui, sûrement Poudlard. Peut-être que ses taches de rousseur me disent quelque chose, finalement. Peut-être. Mais je ne suis pas vraiment sûre.
Mes lèvres se pincent avant même qu'elle termine de parler. S'il y a bien une chose que je déteste, c'est que des gens lambdas viennent me parler dans la rue. Et pourquoi, pour me dire quoi ? Elle croit que nous allons discuter du beau temps et de ce qui nous arrive dans notre vie ? Je n'ai pas la moindre envie de faire ça. Comment pourrais-je répondre à la question « tu vas bien ? » alors que cette fille ne sait rien de moi ?
Embêtée par sa présence et n'ayant pas franchement envie de parler, je me recule d'un pas en regardant autour de moi pour m'assurer que je ne gêne le passage de personne. Puis mes yeux reviennent vers elle. Pendant un instant, je pense à lui dire : « t'es qui ? », ce qui pourrait être assez vexant pour elle. Mais finalement, je me décide pour autre chose.
« On s'est déjà vues à Poudlard, c'est ça ? » demandé-je à voix basse.
Ma voix sort comme un soupir. Blasée, fatiguée.
Toutes les couleurs de Camden, et toi au milieu
L'avantage d'avoir déjà croisé le chemin d'Aelle, c'est qu'elle s'attendait justement à ce genre de réaction lasse, le contraire lui aurait même paru bizarre.
Son sourire s'en accentua de plus belle, oui, c'était bien la même fille.
- Oui, on était dans la même m... - elle s'interrompit, se demandant pour la première fois comment était-il possible qu'Aelle ait été répartie chez les Poufsouffles. - Euh ouais c'est ça.
Elle avait bien compris qu'elle la dérangeait, elle avait l'air assez pressée d'arriver quelque part lorsqu'elle l'a abordée, et échanger une conversation pleine de banalités était ce que devait détester le plus la brune.
Elle se dit donc que le mieux était d'aller droit au but, comme ça elle avait une chance de ne pas saouler la jeune femme plus qu'elle ne l'était déjà, et serait vite fixée.
- T'aimes bien les smash burgers ? - raté. Et bien comme il faut.
Elle était incapable. Incapable de lui demander ce qu'elle voulait lui demander. Quand l'idée lui était venue tout semblait facile, mais devant son regard dur, ça ne l'était en fait pas tellement. C'était très clair qu'elle allait se prendre un refus mais elle n'allait pas ne pas tenter.
Allez, tu peux le faire, demande-lui...
- Je... moi j'aime beaucoup ça... j'en mange à chaque fois que je viens ici. Si tu veux je t'en prends... un ?
Elle avait complètement perdu le contrôle : pourquoi était-elle en train de parler de burgers à Aelle Bristyle ? La Aelle Bristyle. Déjà qu'un rien l'irritait.
Maintenant qu'elle était lancée, difficile de revenir en arrière.
- Deux c'est mieux que un, ça me dérangerait pas de t'en prendre deux. - bien sûr que ça la dérangerait, même un seul, elle avait laissé tout l'argent à sa mère. Elle s'enfonça pourtant - Y a des stands là-bas - continua-t-elle avec un geste vague de la main, pointant un endroit tout aussi vague, qui était pourtant clair dans sa tête.
Que devait-elle faire maintenant. Réfléchir, vite, et enchaîner. Il était clair qu'Aelle n'accepterait pas de manger un burger avec elle. Pourquoi c'était tout ce dont elle avait pu parler ? Foutue faim.
Les gens continuaient à marcher autour d'elles, il lui semblait qu'ils marchaient à toute allure, elle se sentit tout d'un coup comme hors du temps, et s'étonna presque de la personne qui se trouvait face à elle. Qu'est-ce. Qu'elle. Foutait. Là.
Anna baissa les yeux.
Son sourire s'était évidemment évanoui depuis les burgers, elle avait perdu sa fière allure. Mais il fallait le faire, il fallait le demander.
Elle attrapa son bras gauche avec sa main droite, enfonça ses ongles dans sa peau.
Un peu plus fort.
Il ne s'était en fait écoulé que quelques secondes.
Ses yeux se replongèrent dans le regard sombre d'Aelle.
Le dire, vite, s'en débarasser.
- Okenfaitj'aibesoindetoi - lâcha-t-elle dans un souffle sans aucune forme d'articulation.
Toujours pas ce qu'elle voulait lui demander, mais il faut le dire : elle en était déjà plus proche. Avant de l'aborder, elle n'avait pas vraiment réfléchi à la difficulté que cela représentait de demander quelque chose de si gros à une "inconnue", qui n'était d'ailleurs pas n'importe quelle inconnue.
C'est pour ça qu'fallait jamais trop réfléchir avant d'agir, sinon on f'rait jamais rien.
Il fait super chaud. On est en quoi, avril ?
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Son sourire s'en accentua de plus belle, oui, c'était bien la même fille.
- Oui, on était dans la même m... - elle s'interrompit, se demandant pour la première fois comment était-il possible qu'Aelle ait été répartie chez les Poufsouffles. - Euh ouais c'est ça.
Elle avait bien compris qu'elle la dérangeait, elle avait l'air assez pressée d'arriver quelque part lorsqu'elle l'a abordée, et échanger une conversation pleine de banalités était ce que devait détester le plus la brune.
Elle se dit donc que le mieux était d'aller droit au but, comme ça elle avait une chance de ne pas saouler la jeune femme plus qu'elle ne l'était déjà, et serait vite fixée.
- T'aimes bien les smash burgers ? - raté. Et bien comme il faut.
Elle était incapable. Incapable de lui demander ce qu'elle voulait lui demander. Quand l'idée lui était venue tout semblait facile, mais devant son regard dur, ça ne l'était en fait pas tellement. C'était très clair qu'elle allait se prendre un refus mais elle n'allait pas ne pas tenter.
Allez, tu peux le faire, demande-lui...
- Je... moi j'aime beaucoup ça... j'en mange à chaque fois que je viens ici. Si tu veux je t'en prends... un ?
Elle avait complètement perdu le contrôle : pourquoi était-elle en train de parler de burgers à Aelle Bristyle ? La Aelle Bristyle. Déjà qu'un rien l'irritait.
Maintenant qu'elle était lancée, difficile de revenir en arrière.
- Deux c'est mieux que un, ça me dérangerait pas de t'en prendre deux. - bien sûr que ça la dérangerait, même un seul, elle avait laissé tout l'argent à sa mère. Elle s'enfonça pourtant - Y a des stands là-bas - continua-t-elle avec un geste vague de la main, pointant un endroit tout aussi vague, qui était pourtant clair dans sa tête.
Que devait-elle faire maintenant. Réfléchir, vite, et enchaîner. Il était clair qu'Aelle n'accepterait pas de manger un burger avec elle. Pourquoi c'était tout ce dont elle avait pu parler ? Foutue faim.
Les gens continuaient à marcher autour d'elles, il lui semblait qu'ils marchaient à toute allure, elle se sentit tout d'un coup comme hors du temps, et s'étonna presque de la personne qui se trouvait face à elle. Qu'est-ce. Qu'elle. Foutait. Là.
Anna baissa les yeux.
Son sourire s'était évidemment évanoui depuis les burgers, elle avait perdu sa fière allure. Mais il fallait le faire, il fallait le demander.
Elle attrapa son bras gauche avec sa main droite, enfonça ses ongles dans sa peau.
Un peu plus fort.
Il ne s'était en fait écoulé que quelques secondes.
Ses yeux se replongèrent dans le regard sombre d'Aelle.
Le dire, vite, s'en débarasser.
- Okenfaitj'aibesoindetoi - lâcha-t-elle dans un souffle sans aucune forme d'articulation.
Toujours pas ce qu'elle voulait lui demander, mais il faut le dire : elle en était déjà plus proche. Avant de l'aborder, elle n'avait pas vraiment réfléchi à la difficulté que cela représentait de demander quelque chose de si gros à une "inconnue", qui n'était d'ailleurs pas n'importe quelle inconnue.
C'est pour ça qu'fallait jamais trop réfléchir avant d'agir, sinon on f'rait jamais rien.
Il fait super chaud. On est en quoi, avril ?
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Toutes les couleurs de Camden, et toi au milieu
Dans la même maison, c'est bien ce qu'elle allait dire, n'est-ce pas ? J'analyse son visage d'un regard neuf. Maintenant que je peux restreindre les zones des endroits où nous avons pu nous fréquenter, j'ai l'impression qu'elle m'est un peu plus familière. Ne l'apercevais-je pas dans le petit salon des filles parfois quand je rentrais au dortoir ? Peut-être. De toute façon, maintenant que je sais où nous nous sommes connues, je n'ai pas besoin d'en savoir plus. Si je ne me souviens pas davantage d'elle, ça veut tout simplement dire qu'elle n'a pas compté. Mais alors pourquoi venir me parler ?
Ce qu'elle me dit est tellement incohérent que mes sourcils se défroissent quelque peu sous l'étonnement. Je la regarde fixement dans l'espoir qu'elle m'explique un peu plus ce qu'elle en en tête mais... Apparemment, c'est bien de burger dont elle souhaite parler. Je n'ai aucune idée de ce qu'est un smash burger. Je comprends cependant rapidement que c'est ce qu'elle veux, m'offrir un burger. Un smash burger. Mes yeux se détachent d'elle pour voler en direction des stands qu'elle désigne vaguement de la main. Elle veut m'offrir un burger. Non, deux burgers. À moi, qu'elle vient de croiser dans la rue. Est-ce qu'elle se fout de moi ? Pendant une poignée de secondes, alors qu'elle baisse les yeux et s'enfonce dans un malaise tellement évidemment que même moi je ne peux l'ignorer, je me persuade que oui, elle se fiche de moi.
Mon cœur se refroidit. Je jette un regard aux alentours. Est-elle avec un groupe d'amis et a-t-elle reçu comme défi d'aller emmerder la terrible Aelle Bristyle ? Ça m'est déjà arrivé à Poudlard. Le fait que ça arrive dans le monde moldu alors même que j'ai quitté le collège est assez étonnant mais ça fait longtemps que j'ai cessé de m'étonner de ce genre de coïncidence. Déjà, je me prépare à lui envoyer au visage des mots qu'elle n'oubliera jamais, le genre de mot qui contient des menaces tellement visuelles qu'elle n'aura plus la moindre envie de manger un burger. Mon visage se glace, je serre les mâchoires, je me prépare en respirant lentement par le nez.
Puis une phrase sans respiration et sans articulation sort de sa bouche ; si elle l'avait vomi, ça n'aurait pas été bien différent. Il faut quelques secondes de latence pour que mon cerveau reprenne tous les mots, qu'il les détache, qu'il reformule et me permette de comprendre. Elle a besoin de moi ? Tout à coup, à la lumière de cet aveu, ses balbutiements précédents et sa drôle de proposition prennent une tournure différente. Peut-être n'a-t-elle pas voulu se moquer de moi, finalement. Mais pourquoi aurait-elle besoin de mon aide alors qu'on s'est croisé au hasard ? Une bonne dizaine de réponses me passe par l'esprit et aucune ne me convient.
Mes sourcils se froncent de nouveau et je penche la tête sur le côté.
« Tu as besoin de moi, reformulé-je froidement en prenant soin, moi, de parler d'une voix lente et compréhensive — si bien qu'on pourrait croire que je m'adresse à une enfant. Et tu veux me payer en smash burger ? »
Mes yeux s'envolent de nouveau au-dessus de sa tête, à la fois pour regarder vers les stands qu'elle m'a désignés et pour regarder le coin de la rue qui mène chez Kristen qui me parait à la fois si proche et si loin. Mais très vite, je les baisse de nouveau vers la jeune fille et j'enchaine sans la laisser répondre à ma précédente réponse :
« Pourquoi t'as besoin de moi ? »
Ça sonne un peu brutalement, sans doute parce que j'ai cru qu'elle était en train de se foutre de moi avant qu'elle dévoile enfin le fond de sa pensée. Et il y a un brin de curiosité là-dessous. Qu'est-ce qu'une fille comme elle pourrait bien désirer de moi ?
Ce qu'elle me dit est tellement incohérent que mes sourcils se défroissent quelque peu sous l'étonnement. Je la regarde fixement dans l'espoir qu'elle m'explique un peu plus ce qu'elle en en tête mais... Apparemment, c'est bien de burger dont elle souhaite parler. Je n'ai aucune idée de ce qu'est un smash burger. Je comprends cependant rapidement que c'est ce qu'elle veux, m'offrir un burger. Un smash burger. Mes yeux se détachent d'elle pour voler en direction des stands qu'elle désigne vaguement de la main. Elle veut m'offrir un burger. Non, deux burgers. À moi, qu'elle vient de croiser dans la rue. Est-ce qu'elle se fout de moi ? Pendant une poignée de secondes, alors qu'elle baisse les yeux et s'enfonce dans un malaise tellement évidemment que même moi je ne peux l'ignorer, je me persuade que oui, elle se fiche de moi.
Mon cœur se refroidit. Je jette un regard aux alentours. Est-elle avec un groupe d'amis et a-t-elle reçu comme défi d'aller emmerder la terrible Aelle Bristyle ? Ça m'est déjà arrivé à Poudlard. Le fait que ça arrive dans le monde moldu alors même que j'ai quitté le collège est assez étonnant mais ça fait longtemps que j'ai cessé de m'étonner de ce genre de coïncidence. Déjà, je me prépare à lui envoyer au visage des mots qu'elle n'oubliera jamais, le genre de mot qui contient des menaces tellement visuelles qu'elle n'aura plus la moindre envie de manger un burger. Mon visage se glace, je serre les mâchoires, je me prépare en respirant lentement par le nez.
Puis une phrase sans respiration et sans articulation sort de sa bouche ; si elle l'avait vomi, ça n'aurait pas été bien différent. Il faut quelques secondes de latence pour que mon cerveau reprenne tous les mots, qu'il les détache, qu'il reformule et me permette de comprendre. Elle a besoin de moi ? Tout à coup, à la lumière de cet aveu, ses balbutiements précédents et sa drôle de proposition prennent une tournure différente. Peut-être n'a-t-elle pas voulu se moquer de moi, finalement. Mais pourquoi aurait-elle besoin de mon aide alors qu'on s'est croisé au hasard ? Une bonne dizaine de réponses me passe par l'esprit et aucune ne me convient.
Mes sourcils se froncent de nouveau et je penche la tête sur le côté.
« Tu as besoin de moi, reformulé-je froidement en prenant soin, moi, de parler d'une voix lente et compréhensive — si bien qu'on pourrait croire que je m'adresse à une enfant. Et tu veux me payer en smash burger ? »
Mes yeux s'envolent de nouveau au-dessus de sa tête, à la fois pour regarder vers les stands qu'elle m'a désignés et pour regarder le coin de la rue qui mène chez Kristen qui me parait à la fois si proche et si loin. Mais très vite, je les baisse de nouveau vers la jeune fille et j'enchaine sans la laisser répondre à ma précédente réponse :
« Pourquoi t'as besoin de moi ? »
Ça sonne un peu brutalement, sans doute parce que j'ai cru qu'elle était en train de se foutre de moi avant qu'elle dévoile enfin le fond de sa pensée. Et il y a un brin de curiosité là-dessous. Qu'est-ce qu'une fille comme elle pourrait bien désirer de moi ?