6 mai 2026, 20:20
Un mouvement dans l'air
Mardi 2 mai 2051
Bureau de Jane, Serres
@Jane Plogeth


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La fin de matinée avait ce goût un peu particulier que Hyacinthe associait désormais à une bonne journée. Il était entre deux battements, entre deux rendez-vous, entre deux rôles, entre deux murs... enfin, entre deux. Les deux rendez-vous de ce matin s’étaient enchaînés avec une régularité presque mécanique, et se sont avéré être productifs. Le roux avait tenu avec un joli sourire et comme toujours, avec cette posture impeccable qui faisait de lui un interlocuteur fiable, doux et mesuré.

Il avait souri, évidemment. Il souriait toujours.

Hyacinthe était gentil avec ses patients, autant qu'un psychomage pouvait se permettre de l'être. Peut-être pouvait-il ajouter être gentil avec les enfants, mais... chacun ses faiblesses. Il avait le cœur tendre, malgré tout ce qu'il avait construit autour de lui.

Et maintenant, il n’y avait plus rien à faire jusqu'à la reprise de l'après-midi. Enfin, plus rien dans l'immédiat. Le roux profita alors d'une pause qu'il ne remplit pas de travail supplémentaire, ni de lecture scientifique, ni même d'une courte sieste avec Lernie. Non, il préférait l'idée d'une fuite élégante vers une activité attendue depuis des jours. Une activité qui avait commencé à peine quelques mois auparavant, qu'il réalisait avec une très agréable compagnie.

Jane.

Le simple fait de penser à elle faisait naître une sensation curieuse, quelque chose d’étrangement stable dans l'esprit de Hyacinthe. Pas confortable, non, loin de là. Il ne pouvait pas se permettre d'utiliser ce mot. Il avait du mal à accorder sa confiance, et côtoyer des personnes blessant et blessées ne l'aidait en rien. Ce n'était pas si mal, cependant. Peut-être que ce manque de confiance était dù à la peur - de laisser entrer -, mais cela lui accordait la protection qu'il recherchait désespérément. Hyacinthe semblait prêt à croire qu'il attirait les profils faux et manipulateurs tout autant que les personnes resplendissant par leur personnalité profonde ou leur intellect, et pourtant... pourtant, de temps en temps, il croisait des personnes profondément gentilles. Jane semblait être l'une de ces personnes, même si Hyacinthe ne pouvait admettre la connaître pleinement. Leur dynamique était intéressante, rassurante, prévisible, et emprunte d'une douceur chaleureuse.

Cela semblait bien loin de sa première impression de sa collègue, même s'il comptait emporter cette information dans la tombe.

Hyacinthe se retrouva alors à fermer la porte de son bureau, prenant un instant pour ajuster les manches de sa chemise et lisser un pli inexistant sur le tissu. Ses doigts fins s’attardèrent une seconde de trop sur le bouton de son poignet, puis il inspira brièvement avant de se mettre en marche.

Le château, à cette heure-ci, était agité. Des élèves dans les couloirs, des voix qui montaient et redescendaient, des pas précipités ici et là. Il les évita avec une aisance presque chorégraphiée, son corps maigre se faufilant sans difficulté, et salua les visages familiers avec une habitude certaine. Il voyait mais n'absorbait pas les informations. C'était l'heure de sa pause. Descendre du troisième étage vers les serres avait quelque chose de toujours inhabituel. Ce n'était pas la première fois que Hyacinthe allait rejoindre Jane, peut-être la troisième fois depuis le début de l'année. Cependant, il était indéniable que la sorcière avait plus tendance à le rejoindre dans son bureau que l'inverse. Aucun ne se plaignait : leur milieux étaient lumineux, boisé, organique, et surtout fonctionnels. Passer d'un endroit à l'autre pour leurs rendez-vous imprévus était aussi facile que de respirer, et le fait que le roux se soit aussi bien entendu avec sa collègue de botanique l'aurait presque fait levé les yeux au ciel.

Il n'avait jamais apprécié cette matière, et Jane le savait bien. Les plantes étaient agréables et jolies, mais s'en occuper dans un cadre aussi massif qu'une serre... non, cela ne lui plaisait pas du tout. Porter des gants était inconfortable et le faisait transpirer, et travailler à mains nues mettait de la terre sous ses ongles. Aucun n'était pratique, aucun n'était agréable. Alors la seule occupation de Hyacinthe fut d'arroser ses protégées et, de temps en temps, de les rempoter grâce à la magie. C'était bien différent d'un maudit cours de botanique. Néanmoins, il pouvait tout à fait en comprendre l'attrait, s'il mettait de côté ces désagréments. Jane l'avait comprit et depuis, ils n'en avaient plus jamais reparlé. Il y avait des sujets bien plus intéressants que les vieilles habitudes scolaires de deux sorciers adultes, c'était certain.

Les escaliers grinçaient légèrement sous ses pas, et Hyacinthe se surprit à ralentir. Jane n’était pas une menace. Il le savait, il se l'était répété encore et encore. Tout dans son comportement, dans ses mots, dans sa manière d’être... pointait dans cette direction. Et pourtant, quelque part, il restait sur ses gardes. Parce que les gens qui semblaient les plus simples étaient souvent ceux qu’il comprenait le moins, parce qu'il avait connu tout autant d'agneaux dans une peau de loup que de loups déguisés en agneau. Ne pas comprendre était dangereux, donc il fallait attendre que cela se fasse pour qu'il puisse avancer dans sa relation avec Jane, s'il en avait un jour envie.

Lorsqu’il atteignit enfin les abords des serres, l’air changea subtilement de par son humidité. Il inspira plus profondément et se détendit après quelques secondes. Le bureau de Jane était devenu, en quelques semaines, un point d’ancrage inattendu de ce grand château. Bien sûr, il y avait ce couloir du sixième étage, qu'il affectionnait tout particulièrement depuis son enfance, et la magnifique vue proposée en haut de la tour d'Astronomie. Son bureau, ses appartements, étaient devenu un second chez lui. L'espace de Jane était un endroit où il pouvait se détendre avec une collègue sans se préoccuper d'autres personnes.

Le roux poussa la porte en frappant de trois légers coups, et il fut accueilli par les nombreuses plantes que les élèves avaient décidé d'utiliser pour décorer la pièce. Un bureau de prof de bota. Enfin, il était mal placé pour parler, puisqu'il avait presque autant de plantes dans son propre espace... Non, ce qui intéressait plus Hyacinthe, c'était les choses que lui avait décidé de garder dans la sécurité de ses appartements. Jane avait déposé et photographies ici et là. Il avait passé du temps à les observer distraitement lors de sa première visite, et le temps l'avait conforté dans l'idée que cette femme n'avait que de la fierté à montrer ses sentiments.

- J'espère que je ne te dérange pas...

Ils étaient passé au tutoiement à peine deux semaines auparavant. L'alcool déliait la langue, mais le thé aussi, visiblement. Il y avait toujours une certaine politesse réservée au travail, et pourtant... un léger niveau de familiarité qu'il n'avait pas avec ses autres collègues. Un sourire apparut sur le visage de Hyacinthe tandis que ses doigts effleurèrent le dossier du fauteuil qui se trouvait face à Jane. Il s'y installa le dos droit, les jambes croisées.

- Il est à peine onze heures. Ta matinée s'est bien passée ?

Hyacinthe jeta un coup d’œil vers la silhouette de Jane, et inclina légèrement la tête en apercevant son regard bleu. Ses doigts se joignirent lentement, ses pouces venant se frotter l’un contre l’autre dans un geste presque imperceptible d'ancrage.

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Et c'est parti !

Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c