L'être'ange en elle
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"You can't just buy me a guitar every time you screw up, you know."
~Kat, 10 Things I Hate About You_
~Kat, 10 Things I Hate About You_
#193b02 — Miya le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage
L'être'ange en elle
Ma guitare soigneusement rangée dans son étuis que je porte sur mes épaule à la manière d'un sac à dos, je me faufile dans les couloirs du château. La plupart des autres élèves sont dans leur salle commune, à la bibliothèque ou dissimulés dans divers coins dont je ne connais pas encore l'existence, si bien que je ne croise presque personne. Même les professeurs restent cachés, que ce soit dans leurs appartements ou leur salle de classe. Tant mieux, même si ce que je fais n'est pas sanctionné, je préfère que mes talents de musicienne restent mon secret.
Remonter toute seule de la salle commune de Serpentard enfouie dans les profonds des sous-sol de Poudlard n'a pas été particulièrement agréable, et je n'ai pas hâte de réitérer l'expérience. Je suis rarement seule, Kieran est presque toujours avec moi — et quand ce n'est pas le cas je suis accompagnée d'autres élèves, qu'ils soient de ma promotion ou non. Ça fait exactement un mois et une semaine que j'ai fais ma rentrée dans l'école de magie, mais je me sens comme si j'y avais passé toute mon enfance. Je ne me perds plus du tout, aussi bien pour aller en cours que rejoindre la Grande Salle, la Volière ou les cachots. Je n'y suis jamais allée, mais je sais où se trouvent les salles communes de chaque Maison — et j'imagine sans trop de mal l'allure qu'elles doivent avoir. Je pense que les Serdaigles et nous sommes les plus à plaindre, même si je préfère largement devoir monter les escaliers le matin et les descendre le soir. Je n'imagine pas devoir remonter tout en haut de la Tour Ouest à chaque fois que j'ai besoin de quelque chose, les sous-sols me vont bien. L'ambiance de la salle commune aux reflets humides et verdâtres me parait familière — et presque chaleureuse — après seulement un mois et quelque de vie ici, mais ça m'étonne pas trop. C'est la première fois que je me sens aussi chez moi. Je n'aime pas la vie à Godric's Hollow, maintenant je sais que ma maison est à Poudlard, chez les Serpentards.
Essoufflée, je m'arrête un bref instant pour remonter les bretelles de ma housse qui glissent de mes épaules. Je trottine comme ça depuis déjà plusieurs longues minutes, j'imagine que je dois être quelque part entre le premier et le deuxième étage. Ce qui signifie que ma destination se trouve encore de nombreuses marches au-dessus de ma tête. Je soupire. Courage, je me motive.
Si j'étais à Godric's Hollow, Mère dirait que je ferais mieux de retourner fissa réviser mes cours de la semaine, et Père menacerait de me prendre ma guitare pour que je lui obéisse. Cette pensée me fait frissonner et, par réflexe, je serre les dents. Ils ne me manquent pas du tout, ni l'un ni l'autre. Le seul que je regrette de ne plus voir tous les jours est Kenji. Du haut de ses cinq ans et demi, je le trouve encore bien trop petit pour subir nos parents à longueur de journée. Seul. Je lui écris environ une lettre par semaine, mais je n'oses pas les envoyer — j'ai trop peur que quelqu'un les intercepte et qu'elles soient perdues à jamais. Je rentrerais à la maison pour Noël, et là je pourrais les lui donner en mains propre. Je sais que ça va faire long pour lui sans nouvelles de moi, mais c'est le seul plan à peu près convenable que j'ai pu élaborer. Evidemment Kieran a rejeté tout plans impliquant de voler des balais et de sortir du château par effraction, prétextant que "je ne ferais pas trois mètres avant d'aller m'écraser par terre comme une bouse de dragon". Alors que c'est même pas vrai. Bon, c'est vrai que je suis pas aussi douée que lui en Vol, mais je suis sûre que j'aurais pu me débrouiller. Sûre à 100%. Ou 99% ? Plutôt 70%. Voire même 65%. N'importe quoi, je pense en fronçant les sourcils, épuisée. Sérieux y'a combien de marches ici ? Si avec ça dans sept ans j'ai pas une taille de guêpe et des cuisses super musclées, je sais pas ce qu'il faut pour devenir aussi jolie que les femmes que Mère me montre.
Ha, elle aimerait bien que j'sois aussi jolie ! Malgré ma respiration sifflante et mes poumons en surchauffe, je ricane bêtement dans les escaliers. N'importe quelle occasion est bonne pour être l'échec de l'année et décevoir un peu plus ma génitrice.
« Tu es une honte pour la famille, je l'imite, insistant sur le mot "honte". Tu devrais t'estimer heureuse de recevoir une si bonne éducation, ingrate ! »
Mes yeux vérifient devant et derrière moi, comme si je m'attendais à la voir apparaitre comme par magie. Le mieux, à Poudlard ici, c'est la certitude que jamais Mère ou Père ne pourra transplaner dans l'enceinte et apparaitre devant moi. Je ne me suis jamais sentie aussi libre, et je bénis tous les jours les protections magiques de l'école. Elles valent même la peine de me tuer en grimpant les étages, en tout cas c'est ce que j'me répète depuis tout à l'heure pour essayer de garder le cap. Dommage que ça se révèle être un échec cuisant et que je doive faire une pause à peine une volée de marches plus haut. Forcée de m'arrêter à cause de l'oxygène qui commence à manquer à mon coeur, je continue de me marrer. Appuyée contre un mur, le froid glacial de la pierre s'infiltre dans mes vêtements, me gelant progressivement jusqu'à la moelle. Je reste comme ça jusqu'à ce que les palpitations se soient calmées — je crois que je suis au troisième maintenant — puis je repars vaillamment.
Quand j'atteins enfin la salle de répétition une dizaine de minutes plus tard, je suis essoufflée et plus que soulagée d'être arrivée. Mes jambes sont endolories et mes poumons protestent avec force mais au moins je suis en haut. « Oula bah va falloir commencer à faire un peu d'cardio ma vieille », je marmonne, retirant ma guitare de mon dos avec soulagement. Merlin elle a toujours pesé aussi lourd ? Après l'avoir précautionneusement posée, je détends mes épaules ankylosées. Mon regard survole la salle de répétition et mon sourire s'étire ; j'en demandais pas autant.
Une fois que mon système respiratoire n'est plus en détresse, j'ouvre la housse de mon joyaux et la sort lentement, l'observant avec amour et déférence.
Ma guitare s'appelle Aizou, qui signifie "trésor" en japonais, est la plus belle et la plus précieuse de mes possessions — ou peut-être la seconde, après ma baguette magique, maintenant que j'en ai une. C'est une guitare sèche, une vraie. Pas une demie ni une trois quart — tout ça c'est des guitares de bébé —, mais une grande et magnifique guitare. Quand j'ai commencé à cinq ans, j'en utilisais que des petites. C'est l'année dernière pour mes dix ans que Neth a dit que j'avais le droit d'avoir une vraie guitare. Le luthier a dit qu'elle n'était pas à ma taille, mais Neth a insisté en disant qu'après elle serait mon instrument pour la vie. Je remercierais jamais assez — Kenneth, c'est notre prof de musique à Kenji et moi, son fils s'appelle Silas et il s'entend bien avec mon frère. C'est grâce à lui, Neth, qu'aujourd'hui je peux venir jouer ici avec ma guitare.
Je traverse la pièce silencieuse sur le bout des pieds pour m'installer dans un coin.
Les yeux clos, je laisse mes doigts tomber sur les cordes, mes paumes se creuser pour accueillir la guitare. Naturellement, mes bras s'arquent pour qu'elle vienne s'y loger comme dans un nid. Mon corps l'enveloppe, sa chaleur se mêle à la mienne et les battements de nos cœurs se calent sur le même rythme. J'inspire, expire doucement, je me vide la tête. Un, deux, un, deux. Tout le reste disparait, il ne reste plus qu'Aizou et moi. Les cordes sont souples sous la pulpe de mes doigts, je commence par quelques accords classiques. Mes ongles dansent, une mélodie nait peu à peu de la succession de notes que je tire du ventre de mon trésor. De mon pied, je commence sans m'en rendre compte à battre la cadence. Un, deux, un, deux. Aizou chante entre mes bras. Le petit air timide devient une mélodie, mes doigts gagnent en assurance. Mi mineur, puis Si mineur, j'enchaine avec la septième majeure en Do, et de nouveau un Mi mineur. Chante Aizou, chante et ne t'arrête pas. Je me balance en avant et en arrière, oscille, me berce au son qui sort des entrailles de la guitare que je câline. C'est parfait, le son est parfait. Les accords me viennent et s'enchainent naturellement. Dans cette mélodie, je déverse de la douceur et de l'amour, de la joie et de la peur, de l'empressement et de la fébrilité. Aizou vibre sous mes doigts, les cordes chauffent, la caisse de résonnance bat le rythme à mes côtés. Doucement, progressivement, ma voix se joint à la performance que nous offrons. J'ondule, je me penche sur la guitare pour atteindre les accords, tords mon corps et mes doigts uniquement pour produire une note. Et de nouvelles rejoignent l'air que je fredonne. La partition défile sous mes paupières closes, les notes se dessinent puis s'effacent, elles entament un ballet auquel je suis la seule à avoir accès. Le Ré majeur nous rejoint brièvement, puis je reprends le Mi mineur, de nouveau le Si mineur, sans jamais m'arrêter. C'est un soliste et un orchestre, le calme plat et la tempête extrême, c'est la plus belle des harmonies et le plus imparfaits des chaos. Dans ma tête tout s'emballe tandis que mes doigts — qui connaissent désormais le chemin et la suite des notes — se raidissent, et je sais que je ne pourrais pas continuer de jouer éternellement. Mi mineur. Si mineur. Chante, Aizou chante ! La musique c'est le cri de mon coeur, les larmes que je n'ai jamais versées, les mots que je n'arrive pas à poser. Mi mineur, Si mineur, septième majeure en Do puis de nouveau le Mi mineur. Je connais ce morceau, Kenneth me l'a fait répéter et travailler pendant des semaines. Il coule entre mes doigts, se loge contre le bois verni de mon instrument, appose baume et pansements sur mes blessures à vif. Et je joue, je joue sans m'arrêter, je finis le morceau et le recommence, encore, encore et encore, jusqu'à ce que mes mains ne veulent plus coopérer, jusqu'à ce que mes doigts saignent sur mes cordes. Le dernier Mi mineur sonne dans la pièce, l'écho rebondit tout autour de nous. Puis la musique s'éteint, Aizou se tait et le silence revient en rampant, dompté. Mes paupières tremblent, mes doigts saignent et mon coeur vibre.
Là, seulement là, je rouvre les yeux. Et je me lève en silence, dans mon esprit résonnent encore chaque accord que j'ai répété, et je me dirige vers la housse de ma guitare. Tu as bien chanté, Aizou, tu peux te reposer maintenant. Le diamant retrouve son écrin, la magie est rompue.
Sans ajouter quoi que ce quoi — comme s'il y avait quelque chose à ajouter —, je quitte la salle.
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1874 mots.
@Kieran Hawthorne, pour la mention.
#193b02 — Miya le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage
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L'être'ange en elle
Les cours du matin à peine terminés, je remballe mes affaires aussi vite que je peux et cours le plus rapidement possible jusqu'aux sous-sols, pressée d'abandonner ma besace de cours dans mon dortoir et de remplacer son poids sur mes épaules par celui familier d'Aizou. Je n'attends pas Winnie — Eowyn Mackenzie, née en octobre 2012 et donc de ma promo, française d'origine, répartie à Serdaigle l'année dernière — pour filer et je ne prends pas non plus le temps de lui expliquer où je me sauve — de toute façon elle sait que j'aime me cacher dans la salle de répétition pour jouer un ou deux morceaux avant d'aller déjeuner.
Un peu empêtrée dans mon uniforme, je desserre ma cravate verte et argentée tout en essayant de me faufiler à travers la masse d'élève qui fourmille dans le château. Ma cape et ma jupe ne m'aident pas vraiment à trouver un bon équilibre, si bien que je suis forcée de faire des sortes de moulinet avec les bras pour éviter de me casser la figure vers le sol. Contrariée, je siffle quelques injures entre mes dents serrées, m'attirant le regard réprobateur d'un groupe de sixième année. Ces tenues qu'on nous force à porter sont ridicules, je le soutiens depuis l'année dernière. Je me dis que, au moins, je peux choisir si je préfère porter une jupe ou un pantalon — Merlin merci —, malheureusement ce dernier est si souvent salis ou abimé par mes expériences et petits jeux de potionnistes que je me retrouve bien trop souvent à me trimballer en jupe. C'est l'enfer, je comprends pas que la majorité des autres filles puisse apprécier de porter ça tout le temps. Déjà ce n'est pas pratique — ni pour courir, ni pour le sport, ni pour s'assoir confortablement, ni pour rester au chaud, ni pour... ben c'est utile pour rien en fait — mais en plus ça me donne une silhouette étrange. Quand je porte une jupe, je ne vois rien d'autre que la petite bosse sur le bas de mon ventre, mes hanches inexistantes, mes jambes qui paraissent soudain trop longues et inutiles, et puis, surtout, je ne vois pas la Miya que je me tue à essayer de devenir. Je vois une fille qui n'a pas réussi à échapper à ses parents, condamnée à devenir comme eux. L'enfer.
Quelqu'un me heurte, je réplique et une bousculade générale se déclenche dans le couloir que je traversais. Oups. Quelques élèves tombent à la suite, on dirait des dominos mal arrangés. Et moi je m'empresse de disparaitre de la scène du crime — j'ai autre chose à faire que regarder des enfants perdre l'équilibre et s'entasser par terre. Des enfants plus âgés que moi, le comble.
Laissant le chaos derrière moi, je continue ma route vers les cachots avec détermination.
Il fait de plus en plus froid, de moins en moins beau et de plus en plus humide pendant que je plonge dans les entrailles du château. Malgré moi, je frissonne. J'ai beau m'être habituée à vivre sous terre depuis l'année précédente, ce n'est pas pour autant que je suis devenue insensible au froid — d'ailleurs une désensibilisation n'aurait pas été de trop. Frictionnant mes doigts pour essayer de leur redonner un peu de vigueur avant de les abîmer sur les cordes de ma guitare, je sautille à chaque pas. L'année dernière, l'hiver a bien faillis avoir ma peau — et je parle en tant que personne peu, voire pas du tout, frileuse. Winnie ne pourrait jamais rester ici tout un hiver, elle abandonnerait immédiatement pour remonter se cacher au sommet de la tour Ouest, elle est trop sensible au froid. Un instant, je m'imagine mon amie assise à mes côtés dans le dortoir des filles se plaignant du froid, et je laisse échapper un petit rire aussi moqueur qu'affectueux.
Elle n'a pas sa langue dans sa poche, et malgré son apparence de princesse elle a tout du démon sous déguisement. L'année dernière, elle a commencé à aboyer sur un garçon qui se montrait grossier avec une autre fille de notre promotion. Depuis le pauvre l'évite comme la peste, et moi je suis son amie. D'aucun dirait qu'on n'a pas grand chose en commun, mais si on passe outre notre apparence on se ressemble énormément. D'abord c'est la fille aînée de sa fratrie — je crois qu'elle a une soeur et un frère —, et même si elle les aime énormément elle n'arrête pas de me raconter qu'ils passaient leur temps à se chamailler et à se bagarrer quand ils étaient petits. Puis, elle est passionnée par l'art des duels, exactement comme moi. C'est la seule avec qui je peux avoir des conversations entière sur les meilleurs duellistes de l'histoire, sur des règles que nous trouvons ridicules ou absurdes, etc. Et puis parfois on s'imagine que dans quelques années, on ira ensemble étudier dans la plus grande école de combats magiques de Grande-Bretagne — la GEAD. Evidemment on a encore un sacré parcours devant nous, mais c'est plutôt chouette de pouvoir discuter de choses comme ça avec une amie. Les profs ne sont pas trop fans d'elle, surement parce qu'elle est un peu... casse-pied ? Elle adore leur couper la parole pour les corriger à la façon d'une Mademoiselle Je-Sais-Tout — en plus elle m'a confié qu'elle faisait ça exprès pour les agacer — et elle passe son temps à faire des petits commentaires ou à distraire les autres. Le problème c'est qu'elle reste une bonne élève, avec des bonnes notes et de bons bulletins, alors ils n'ont rien pour l'attaquer. Ça nous fait marrer.
Toujours frissonnante, je m'empresse d'entrer dans la salle commune — déjà plus accueillante que le reste des souterrains — et file directement vers mon dortoir. Buddy — mon rat — attend tranquillement mon retour, couché en boule sur mon oreiller (alors qu'il sait parfaitement qu'il n'a pas le droit d'y aller). Sourire aux lèvres, je n'arrive pas à feindre la colère.
« Hey Bud', je lance en posant mon sac au pied de mon lit. J'vais dans la salle de répétition pour jouer, ça t'intéresse de venir avec moi ? »
Le rongeur se redresse d'un coup lorsqu'il entend ma voix, et il commence à faire des bonds sur place dans tous les sens dès que je mentionne la salle de répétition. Je souris, passe les bretelles de la housse de ma guitare autour de mes épaules puis m'approche de mon compagnon poilu. Il saute dans ma main avec une aisance étonnante pour une si petite chose, et le contact familier de ses petites pattes griffues sur ma peau m'attendrit. « J't'ai manqué ? » je demande tout en me redressant. Il couine et je décide de prendre ça pour un "oui".
On a faillis ne pas s'entendre. Au début je voulais prendre un serpent mais Mère a trouvé que ce serait une excellente idée, alors j'ai abandonné et j'ai désigné le premier animal que j'ai vu et qui n'était pas un reptile. Comme ça, juste pour la provoquer et l'agacer. Et c'est comme ça que je me suis retrouvée avec un rat. Je lui ait donné ce nom ridicule sur un coup de tête — encore une fois, pour énerver Mère — et ce stupide rongeur a décidé qu'il n'y répondrait pas. Essaye donc d'éduquer un bébé rat colérique. Alors ouais, les premiers jours c'était pas simple. Puis un jour je lui ai construit un petit lit que j'ai déposé sur ma table de nuit en espérant que ça lui plairait et que ça nous permettrait d'enterrer la hache de guerre. Et boum, victoire ! Depuis on est quasiment inséparables. Quasiment, parce que monsieur se trouve trop bien et trop important pour daigner se lever le matin et m'accompagner en cours — il préfère continuer de dormir.
« Faut absolument que j'te raconte ce qui s'est passé au petit-déjeuner », je commence alors qu'il continue son ascension de.... moi, jusqu'à atteindre le sommet de mon crâne où il se blottit.
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Comme toujours, les quatre — cinq ajoutant à cela le fait que je dois remonter du moins un — étages de différence entre ma salle commune et la salle de répétition de Poudlard se font sentir dans mes jambes. Et dans mes poumons, les pauvres galèrent pour essayer de me garder en vie.
« Va falloir sérieusement trouver une technique pour remplacer ces poumons », je grommelle à l'adresse de Buddy. Enfin, c'est pas comme s'il se sentait très concerné. Un bref coup d'oeil suffit pour voir le rat affaissé sur mon épaule droite, en pleine forme. « Très encourageant Bud', je marmonne, un petit sourire au coin des lèvres. Sale rat... » Bien sûr il ne peut pas comprendre l'insulte, ni le jeu de mot, mais ça m'amuse de lui dire ça. En plus, avec le temps, faut dire que la formule est devenue plus affectueuse qu'autre chose.
Les jambes engourdies, j'arrive, soulagée, devant la salle de répétition. Normalement il n'y a que peu de personnes à cette heure là, mais ça n'empêche que mes épaules se relâchent quand je constate que la pièce est totalement vide. Ce n'est pas que je n'aime pas jouer devant les autres — à vrai dire je trouve ça même plutôt chouette, de faire profiter de ma musique — mais quand ce sont des musiciens qui me regardent... Je ne me sens pas à ma place. Je n'ai rien à faire dans la salle de répétition, je ne suis même pas une vraie musicienne. Père me l'a dit, je n'ai pas assez de talent ou de prestance, et puis ce n'est pas comme si j'avais le droit de me laisser aller à faire de la musique. J'imagine bien leur tête à tous si d'un coup de leur disais que je comptais laisser tomber mes études pour devenir guitariste. Il se pourrait bien qu'ils ne me laissent même pas conserver d'instruments, ils auraient trop peur que je sois sérieuse, que je décide vraiment de faire ça. Miya, la honte de la famille Ryuū. Un goût amer se répand dans ma bouche. Vivre de mon art, vraiment ? Encore faudrait-il que je sois capable d'en faire, de l'art, comme l'a souligné Père. Ni une politicienne, ni une avocate, ni une commerçante, ni une femme d'affaire, et pas non plus une artiste. Il ne me reste rien, rien, pour essayer de devenir quelqu'un. Mon coeur se tord et je serre fort les poings, ne sachant que faire du sourire qui tombe de mon visage. Père a raison, il a toujours raison.
« Qui suis-je si je n'peux devenir personne ? » je murmure en refermant la porte derrière moi.
Seul le silence me répond — même Buddy reste silencieux —, je ne me suis jamais senti aussi seule. La bestiole s'est probablement juste endormie, je doute qu'elle m'ignore volontairement, mais le poids écrasant qui tombe dans ma poitrine n'a rien de bien agréable.
Lentement, je prends le corps tout chétif et mon ami à poils et le dépose sur ma tête. Là, je peux retirer l'instrument de mon dos. Méthodiquement, avec l'assurance de celle qui a répété ces gestes un nom incalculable de fois, j'ouvre la housse. Le bruit est familier, la sensation aussi. Puis j'attrape Aizou par le manche, en faisant attention à ne tirer sur aucune corde, et je l'extrais de son écrin avec déférence. Le bois est tiède contre ma paume, je sens le coeur de l'instrument pulser. Aussitôt mon souffle colérique s'apaise, je desserre les dents.
Je sais déjà quel morceau j'ai envie de jouer — il me trotte dans la tête depuis quelques jours — alors je ne prends pas plus de détours, je m'assieds dans un coin de la pièce, le plus éloigné de la porte, et respire tranquillement, juste le temps de retrouver le rythme et les accords. Et quand c'est fait, quand je me sens tout à fait détendue, j'installe Aizou entre mes bras. Comme toujours elle est ravissant, elle me sied à ravir, je me sens comme un chevalier fièrement hissé sur le dos de sa monture. Avec ma guitare contre moi, je me sens invincible, quand je peux chatouiller ses cordes je suis... infinie. Mes doigts se positionnent naturellement, et le premier accord, qui s'avère être un Ré mineur, résonne dans la salle sans même que mon esprit ne pense à jouer ce Ré mineur. La note est merveilleuse, juste pure comme j'en ai besoin, tout simplement parfaite. Alors je recommence ce Ré mineur, et je l'alterne avec un petit Sol majeur. Ce manège continue pendant quelques instants, il se répète jusqu'à ce que j'en sois absolument satisfaite, jusqu'à ce que j'en perçoive chaque grésillement de corde, jusqu'à ce que les notes se décortiquent d'elles-mêmes, jusqu'à ce que je me sente devenir musique. Ce n'est que là que j'entrouvre les lèvres et, puisant au plus profond de mes côtes, expire doucement pour laisser sortir un discret et doux fredonnement, léger, encore plus léger qu'une plume, à peine audible. Aizou me répond, elle chauffe entre mes mains, elle aussi elle a des choses à raconter. Nos voix se mêlent donc pour produire une plainte, douce, tranquille, presque fragile. Ré mineur, Sol majeur. Je jongle entre ces deux accords, je me laisse posséder par la justesse de la musique qui émane de moi.
Buddy s'est réveillé, je l'entends cavaler sur le sol de la salle de répétition pour me rejoindre.
Le rongeur escalade précautionneusement mes jambes, s'arrête sur le genou gauche et couine un peu pathétiquement, comme s'il me reprochait de lui faire faire tous ses efforts. Je l'ignore, trop absorbée par la musique, trop survoltée pour avoir envie de m'interrompre. Alors, voyant bien que je n'ai pas l'intention de le plaindre, peuchère, le petit rat reprend son ascension. Ré mineur. Sol majeur. Je ne cesse de fredonner, me balançant doucement d'avant en arrière. Buddy atteint une épaule, j'apprécie l'effort qu'il a fait de ne pas essayer de poser ne serait-ce qu'une seule de ses petites griffes sur mon précieux instrument. Ré, Sol, Ré, Sol, je continue de jouer. Le rythme s'intensifie, la douce plainte devient une douloureuse lamentation. La bestiole se hisse sur ma tête, me griffant sans le faire exprès la joue. Qu'importe, moi je dois continuer de pincer les cordes d'Aizou, de les bercer, de les faire danser. Je n'ai pas de temps à accorder à une blessure futile, non, je suis bien trop pressée ; il faut que je que je continuer de jouer.
Le rat s'est installé au sur mon crâne, il s'est bricolé un nid dans mes mèches noires épaisses qui s'emmêlent un peu plus à chaque fois qu'il bouche. Tout ça n'a pas d'importance ; je dois jouer.
Dans trois jours j'aurais treize ans, l'âge des traitres
Mais moi je ne vais trahir personne, je vais rester à ma place. Miya la fille ratée, Miya la soeur absente, Miya l'amie de trop, Miya l'élève effacée. Ce n'est pas ma faute à moi si je n'arrive pas à satisfaire toutes leurs attentes, ce n'est pas ma faute si j'ai dû partir loin de Kenji, ce n'est pas ma faute si je prends de la place, ce n'est pas ma faute si je ne lève pas la main en cours. Toute ma vie on m'a demandé d'être quelqu'un que soit je n'étais pas soit je n'avais pas envie d'être.
Aizou s'emballe, les notes grandissent autour de moi, prennent toute la place dans ma tête. Je ne peux plus penser, il n'y a plus la place pour toutes ces horreurs qui me donnent des migraines, désormais il ne reste plus que la musique. Ré mineur, puis Sol majeur. Mes doigts volent sur les cordes, je sens leur pulpe s'abîmer. Qu'importe, ce ne serait pas la première fois que je saigne sur ma guitare. Tout ce qui compte, c'est de ne pas s'arrêter. Il faut rester concentrée, pleinement dedans, ressentir chaque accord et note tels qu'ils sont vraiment, il faut profiter du son d'Aizou tant qu'elle continue de vibrer. Je continue de répéter le même refrain, je me baigne dans la musique, je ne veux ressentir plus qu'elle. Je me moque bien de ce que me dit Père, je me moque bien de devenir quelqu'un, pour un peu que je puisse continuer de jouer. Il me reste tant à apprendre avant de pouvoir prétendre au titre de musicienne, et je ne vais pas tout gâcher à cause de ce que raconte mon paternel. Et Neth ne serait pas d'accord avec lui, j'en suis certaine. L'écossais m'a toujours poussée au-delà de mes limites, il m'a toujours encouragée à aller chercher mes rêves — peu importe qu'ils paraissent réalisables ou non. Alors je dois continuer comme ça, je ne dois surtout pas m'arrêter.
La musique reprend, plus endiablée, avec encore plus d'intention. La plainte me perce le coeur, je ne sais pas quoi faire de tous ces pleurs que je déverse sur Aizou et qu'elle transforme Merlin seul sait comment en mélodie. Je ne sais pas quoi faire de ce trou béant dans ma poitrine, ou de ce poids sur mes épaules. Je ne sais pas comment en parler, je ne sais pas si je peux expliquer. Kieran m'écouterait. Al aussi. Ils comprendraient peut-être, si seulement j'étais capable de poser des mots dans le bon ordre, de m'assoir deux minutes avec eux pour parler sans faire de blague à la con ou de vanne idiote. Mais voilà, je ne sais pas faire ça. Je ne sais que jouer de la guitare, sans m'arrêter, jusqu'à avoir mal aux doigts, aux mains, aux bras et même aux jambes.
Ré mineur. Sol majeur. Ré mineur. Sol majeur. Une première larme, aussitôt suivie d'une autre. Puis de nouveau Ré mineur, et encore Sol majeur. Ma voix devient un petit fil fragile, mes respirations viennent et partent selon leur bon vouloir. Ré mineur, Sol majeur, et rebelote. D'autres perles froides et salées roulent sur mes joues. Je continue de jouer même quand elles mouillent mes doigts, même quand mon nez se bouche, même quand je me mets à respirer péniblement. Les sanglots s'accumulent dans mes yeux, ma gorge, sur ma guitare, ma grimace et mes habits. Il n'y a personne pour me voir échouer, personne pour me reprocher de pleurer.
Et peut-être qu'à douze ans on a encore le droit, de pleurer.
Je n'arrive plus à jouer, je ne suis plus qu'un immonde tas de chair et de morve qui pleure sur son sort, je ne suis même plus digne de tenir un instrument entre mes bras. Alors la dernière note s'échoue en même temps que ma voix se brise. Miya a de nouveau échouée.
Silencieuse, je remballe mon trésor et fuis dans le ventre du château, là où personne ne viendra me couvrir de reproches pour avoir, une nouvelle fois, montré que je n'étais pas à la hauteur.
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3144 mots.
#193b02 — Miya le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage
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