21 mai 2026, 00:16
 TW  Mais mon avenir reste gris... et mon coeur aussi
Samedi 20 Mai 2051

Elle n'avait absolument aucune envie d'être ici. A vrai dire, elle ne pensait qu'à une seule chose, fuir loin d'ici. Mais la beuglante de ses parents était claire... soit elle y allait soit elle ne serait pas la bienvenue chez elle pendant les vacances d'été. Elle était quasiment certaine qu'ils avaient embauché Alaric pour la surveiller.

De sa démarche hautaine, vêtue d'un tee-shirt doré en soie d'acromentule et d'un pantalon en cuir de tebo étincelant, elle entra dans le bureau du psychomage, lui accordant à peine un regard tout en le saluant brièvement quand il l'invita à entrer.

Assise dans son fauteuil, elle croisa les bras, fermée à cette discussion. Les bijoux en or accrochés en masse à son poignet tintèrent, entrechoqués, lors de ce geste.

- Ne vous attendez pas à ce que je vous dise quoi que ce soit. Je n'ai rien à me reprocher et rien ne me posant de gros problèmes, malgré tout ce que vous avez pu entendre sur moi de la part de vos insupportables collègues. Mes parents m'ont juste dit que si je ne venais pas, ils m'envoyaient vivre seule avec ma nourrice et l'un de nos cuisiniers secondaires dans notre horrible ferme à Tinworth le temps des vacances d'été.

Il fallait bien se le dire : aux yeux de la petite, la plupart des membres de l'équipe éducative étaient très désagréables. Elle avait peu apprécié d'être autant reprise et punie. Dans son ancien internat, personne n'osait la contrarier ou la contredire, elle n'avait pas l'habitude.

Ce dont elle n'avait également pas l'habitude, c'était ces crises d'angoisse à répétition. Mais bien évidemment, hors de question de le mentionner devant Monsieur Kyros. Elle ne voulait pas qu'il connaisse ses émotions, ça ne le regardait pas.

@Hyacinthe Kyros, merci beaucoup d'avoir accepté et d'avoir été aussi efficace ! Bonne chance à ton protégé, ça va être compliqué tout ça...

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Secrétaire Vampire - Sa supériorité de la Chiperie

22 mai 2026, 01:16
 TW  Mais mon avenir reste gris... et mon coeur aussi
Le samedi matin s’étirait doucement sur Poudlard avec tranquillité. Les couloirs perdaient de leur agitation habituelle, les élèves profitaient du beau temps pour profiter de l'air extérieur, et même les portraits paraissaient plus aimables que d'habitude. Les plantes grimpantes installées près d'une bibliothèque du bureau de psychomagie avaient encore gagné du terrain cette semaine, et Hyacinthe se promis de les tailler avant l'été, tout en sachant parfaitement qu'il ne le ferait probablement pas. Elles donnaient une belle allure à la pièce et bien qu'il entretienne ces petites choses avec plus de sérieux qu'il ne l'avait initialement prévu, mettre la main à la patte était différent que de simplement les arroser.

Le bureau était calme, et Hyacinthe avait ouvert les fenêtres malgré la fraîcheur persistante du matin. Il avait besoin d’air. Non sans raisons, à vrai dire, puisque son regard restait posé sur le dossier qui portait le nom de Rosalind Whitmore. C'était un nom que le roux avait entendu bien trop souvent pour une élève de première année qu'il n'avait jamais rencontré. Des bruits en salle des professeurs, des remarques, des épisodes de harcèlement qui ont été clairement remontés par deux préfets. Et derrière tout cela, toujours cette même idéologie qui donnait parfois au trentenaire l’impression d’étouffer dans ce pays. Comme une moisissure élégante incrustée dans les murs depuis des générations et que certains continuaient d’appeler tradition avec beaucoup trop de fierté.

Hyacinthe ferma brièvement les yeux. Il aurait aimé prétendre que cela ne le touchait plus. Après tout, il avait trente-trois ans. Il avait étudié, voyagé, travaillé. Il avait rencontré des gens brillants, des gens tendres, des gens profondément bons, et leur complet opposé. Il avait appris à encaisser et à rester impassible face à ce genre de propos, à sourire avec politesse malgré la crispation profonde qui se formait sous ses côtes. Pourtant, entendre que ces idées venaient de la bouche d’enfants continuait de lui provoquer quelque chose de profondément triste, bien loin de la colère qu'il ressentait initialement.

Parce qu’aucun enfant ne construisait seul une haine aussi ciblée.

Enfin, malgré tout, le dossier restait plutôt fin, puisque les jeunes de son âge n'avaient que rarement besoin de plus. Quelques lignes suffisaient souvent à dessiner les contours d'un problème, et le reste du dossier était souvent emprunt d'éléments thérapeutiques et détails divers, qu'ils soient dans les silences, les contradictions ou le langage corporel. Les longs doigts de Hyacinthe tournaient lentement autour de sa tasse encore chaude tandis que son regard glissa enfin sur le petit panneau qui était accroché au mur. Rosalind semblait être déjà arrivée.

Le roux s'apprêta à se lever avant d'être interrompu par un léger frottement familier. Lernie descendait lentement l’escalier en colimaçon menant à ses appartements, son corps nacré glissant avec souplesse avant qu’elle ne s’arrête finalement sur la première marche. Hyacinthe tourna légèrement la tête vers elle et laissa un sourire profondément aimant étirer ses lèvres.

- Ne me regarde pas comme ça, Chérie, murmura-t-il doucement. Je vais être sage. C'est mon travail.

Le serpent demeura parfaitement immobile et le fixa d'un œil. Est-ce que... ! Elle le jugeait ? Traîtresse. Il lui tira grossièrement la langue dans la sécurité de son espace de travail vide, puis décida de reposer sa tasse sur la table pour aller ouvrir la porte.

Rosalind entra dans le bureau avec toute la rigidité élégante des enfants élevés pour être regardés. Les apparences constituent une forme de pouvoir, et le roux le savait aussi. C'est pour cela qu'il remarqua immédiatement les matières précieuses de ses vêtements, les bijoux en or qui tintaient contre son poignet à chacun de ses mouvements et la façon dont elle occupait l’espace. La jeune Serpentard avait évidemment appris à se tenir, à rester éloignée et intouchable. Elle était couverte d'une couche de mépris qui ne fit cependant ni chaud ni froid à Hyacinthe. Non, ce genre de démonstration n'était pas très impressionnant, surtout venant d'une si petite sorcière. Cependant, ce fut le jeune âge de cette dernière qu'il considéra comme plus déstabilisant, et il comprit alors ce que lui avaient expliqué ses collègues, ce qu'avait mentionné Alaric quelques semaines auparavant.

Onze ans. Peut-être douze tout au plus. Encore ce visage d’enfant sous les airs hautains, encore ces manières légèrement maladroites, et cette façon évidente de croiser les bras dans un signe défensif avant même une quelconque attaque. Rosalind avait des aprioris, c'était certain. Et sa venue semblait loin d'être volontaire. Hyacinthe décida alors de mettre de côté ses propres idées concernant la jeune fille. Ce serait plus simple pour eux deux s'ils arrivaient à communiquer, et Hyacinthe savait qu'elle était un individu bien au delà de ses opinions. Alaric le lui avait bien dit, après tout : elle était capable d'être une excellente amie. Cela était suffisamment important aux yeux du roux pour qu'il décide de lui donner une chance - à titre personnel, bien sûr. Professionnellement parlant, il allait travailler de son mieux avec les éléments qu'il avait à disposition.

Hyacinthe referma doucement la porte derrière elle tandis qu’elle parlait déjà, froide, fermée, visiblement décidée à transformer cette séance en bataille d’usure. Il songea au fait qu'il était un très mauvais choix d'adversaire avec un certain amusement, puis mis de côté la pensée inadaptée. Son attention se reporta sur les mots de la jeune fille et sur la tension qui habitait son corps.

Je n’ai rien à me reprocher.

Elle était terrifiée à l’idée de se montrer vulnérable.

Le psychomage vint finalement s’installer dans l’un des fauteuils du salon en attrapant au passage sa tasse de thé. La lumière des fenêtres éclairait son profil androgyne, mais soulignait aussi les cernes de ses yeux qui n'avaient pas assez de repos. Il laissa couler quelques secondes de silence après les paroles de Rosalind, sans lourdeur particulière. Son agressivité préventive traduisait bel et bien un moyen de prendre le contrôle, et Hyacinthe décida de le lui laisser.

- Je ne vous forcerai pas à parler si vous n'en avez pas envie. Vos limites sont les votre, et c'est à moi de les respecter, répondit-il alors en hochant légèrement la tête. Vous... êtes donc ici uniquement parce que vous étiez sous la menace de vos parents, c'est bien cela ?

Sa voix demeurait calme, légère même, avec cette politesse presque désarmante qu’il utilisait souvent lorsqu’il sentait quelqu’un prêt à mordre. Hyacinthe savait jouer avec la haute, et... enfant ou non, la jeune sorcière qu'il avait face à lui devait probablement être sensible à une telle attitude. Un sourire discret traversa brièvement son visage.

- Est-ce le fait d'être en compagnie de votre nourrice ou d'être dans votre ferme à Tinyworth qui vous contrarie ? Peut-être préférez-vous simplement rester avec vos parents cet été.

Tâter le terrain avec une question. Une question portant sur les informations obtenues, sur un sujet émotionnellement fort. Il laissa ses mots flotter quelques secondes avant de reprendre plus tranquillement :

- Je tiens cependant à vous rassurer, je ne passe pas mon temps à collectionner les avis de mes collègues sur les élèves. Ce que j'ai pu entendre n'aura aucun impact sur ce qui se passe ici, non seulement parce que je préfère forger mon opinion en rencontrant les gens, mais aussi parce que les adultes ont... ils aiment simplifier ce qui se passe lorsqu'ils ne comprennent pas le comportement d'un jeune.

Pourtant, il était évident que ses collègues avaient raison : le comportement de la blonde était problématique pour sa scolarité et ses relations avec autrui. Quant à la raison de celui-ci, cependant, Hyacinthe était peut-être l'une des personnes avec le bagage le plus intéressant pour la creuser. Ses doigts vinrent récupérer sa tasse de thé tandis que son regard revenait doucement vers la Serpentard. S'attendait-elle à être jugée en venant ici ? Peut-être. Surtout si la plupart de ses collègues étaient passé par là avant.

- "Capricieuse", "provocatrice", "en manque d'attention". Ce sont des mots pratiques pour ranger les gens dans des petites boîtes. Et pourtant... pourtant, nous ne sommes pas aussi simples, n'est-ce pas ?

Son regard glissa brièvement vers les bracelets qui tintaient encore doucement contre son poignet. Derrière Rosalind, les feuilles près des fenêtres bougèrent légèrement sous la brise extérieure. Lernie demeurait immobile sur sa marche, observatrice silencieuse de l’entretien. Hyacinthe sentait bien malgré lui une certaine reconnaissance, malgré son irritation initiale. Transformer chaque interaction en rapport de force avant-même qu'elle ne commence était un comportement qu'il avait eu, dans sa grande époque. Pour une raison toute autre, évidemment, mais... un enfant restait un enfant, même s'il devait construire son armure.

1431 - @Rosalind Whitmore
En espérant que ça te convient ^^

Psychomage depuis septembre 2050. - Présence partielle, mais on gère !
#5f957c - Tonton Hya

23 mai 2026, 15:44
 TW  Mais mon avenir reste gris... et mon coeur aussi
Elle ne répondit pas à sa question sur ses parents. Il l'avait entendue. Il n'avait pas besoin de confirmation. Elle se contenta de faire la moue en guise d'approbation. C'était un psychomage après tout, il était censé être formé à savoir lire les signes corporels, il comprendrait de lui-même.

Elle n'avait pas non plus envie de répondre à sa seconde question sur sa nourrice et leur ferme à Tinworth. Cela ne le regardait pas, ce n'était pas ses affaires. Elle ne comprenait même pas ce que ça lui apportait de poser cette question.

La séance venait à peine de commencer et elle avait déjà envie de s'enfuir en courant loin d'ici et de ne plus jamais revenir. Elle se sentait coincée et offusquée dans cet endroit. Elle ne voulait pas que l'on fouille en elle et que l'on cherche à la comprendre, la décortiquer.

L'ironie était pourtant qu'elle passait son temps à faire cela avec les gens autour d'elle. Essayer de savoir comment les manipuler, c'était son quotidien. Elle connaissait très bien ses intentions en faisant ceci. C'était ainsi qu'elle avait été éduquée. Elle y avait été entraînée toute sa vie. A ses yeux, c'était impossible que l'on puisse vouloir faire la même chose mais avec de bonnes intentions.

Elle ne saisissait même pas pourquoi il disait vouloir l'aider ni quel était son rôle concrètement. Ses grands-parents disaient souvent en repas de famille que les psychomages étaient des diables venus pour détourner nos yeux du Seigneur des Ténèbres et de Dieu.

Ils avaient raconté que certaines personnes dans la famille s'y étaient rendues et que cela s'était très mal terminé pour elles... Ils lui avaient notamment parlé d'Edith Colville, son arrière-grand-mère, mère de Penelope. Après être allé en voir un, quelques jours plus tard, elle avait fait une fausse couche.

Enfin bref ses pensées s'égaraient. Elle se força à se reconcentrer sur ce que Monsieur Kyros débitait. Heureusement oui qu'il ne se fiait pas à ce que ses collègues disaient. La plupart d'entre eux la détestaient, certains sans même l'avoir rencontrée.

Cette fois-ci, toutefois, cela la fit réagir. Elle ne parvint pas à se contenir et elle lâcha, avec tout le venin d'un serpent dans la voix :

- Vos collègues sont des imbéciles qui croient tout ce que les préfets leur disent. Alors que la plupart d'entre eux ne méritent pas leur titre. Surtout Elijah.

Elle n'ouvrit pas non plus la bouche au sujet des étiquettes. Elle savait très bien comment les gens la décrivaient. Elle savait aussi qu'ils n'avaient pas totalement tort. Elle ne ferait donc pas de commentaire.

Reducio
Mention de @Elijah Cooper

1A (chrono) - #ed6d94
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Secrétaire Vampire - Sa supériorité de la Chiperie

25 mai 2026, 21:02
 TW  Mais mon avenir reste gris... et mon coeur aussi
Le silence de Rosalind, presque total, fut quelque peu dérangeant, mais loin d'être désarmant. Hyacinthe savait faire autrement, et il n'était pas sans savoir que les individus parlaient tout autant avec leur corps qu'avec leurs mots. Surtout les enfants, à vrai dire - la plupart des adultes qu'il avait rencontré avaient tendance à absolument vouloir remplir les silences comme s'ils étaient signe d'échec ou de malaise, alors qu'ils étaient parfois tout aussi ressourçant qu'un discours. Peut-être était-ce parce qu'ils avaient pris l'habitude de s'adapter à un rythme de conversation dit classique et communément partagé, contrairement aux plus jeunes.

Quant à la Serpentard, elle ressemblait à quelqu’un qui retenait chaque morceau d’elle-même avec une vigilance épuisante. Alors Hyacinthe ne releva ni sa moue lorsqu’il évoqua ses parents, ni son absence de réponse sur Tinworth. Il n’avait pas besoin de confirmation verbale pour comprendre qu’il pouvait être dans une zone sensible ou non loin de la vérité. Et honnêtement, le roux n’avait aucune envie de s'acharner sur une porte verrouillée seulement parce qu'il l'avait repérée. Si la Serpentard ne voulait pas parler, soit. Il n'allait certainement pas la forcer et se débrouillerait autrement.

Hyacinthe laissa donc le silence respirer tranquillement entre eux, semblant tout à fait à l'aise dans son siège. La pièce demeurait lumineuse, presque douce malgré la tension installée dans le fauteuil d’en face, et il tenta de ne pas la regarder trop souvent. Le roux connaissait la sensation d'être analysé malgré soi, la sensation désagréable qu'un adulte essayait de regarder sous votre peau pendant que vous faisiez de votre mieux pour rester fonctionnel. Il l'avait vécu et l'avait profondément détesté, pour ensuite le faire malgré lui vivre aux autres. C'était la raison pour laquelle il y était vigilent, à présent. Il ne s'aventurait pas là où on ne lui avait pas donné accès, parce que le sentiment d'intrusion que pouvait ressentir ses patients malgré toute sa bonne volonté était pire que tout.

Mais malgré tout, malgré ce silence qui dura encore et encore, Rosalind finit par reprendre la parole. Avait-elle cédé ? Peut-être pas vraiment. Hyacinthe ressentit un bref sentiment de victoire... brusquement interrompu par le venin qui était dans sa voix. Cela n'était pas une réponse préparée pour écourter un rendez-vous imposé, mais une irritation plus vive, plus instinctive.

Le nom d'Elijah s'accrocha à l'attention de Hyacinthe avec une netteté incomparable. Quel merveilleux hasard. Une crispation presque physique l'envahit, mais pourtant si bien camouflée par le psychomage qu'elle n'eut aucun effet perceptible. Ce simple prénom lui avait fait cloisonner son esprit avec une rapidité sans faille, et il le fallait bien, puisque ses pensées devenaient bien moins élégantes que son attitude. Pourtant, s'il y avait une chose pour laquelle Hyacinthe était doué, c'était ignorer les pensées parasites qui envahissaient encore et encore son esprit.

Oui, il était capable de mettre cette irritation de côté pour la remplacer par quelque chose de plus utile. Rosalind n'était pas responsable de l'attachement qu'il pouvait avoir pour Elijah. Elle réagissait simplement à ce qu’il représentait pour elle : une autorité morale, probablement, ou quelqu’un qui avait osé lui tenir tête. Le fait qu'elle mentionne spécifiquement le Poufsouffle était-il important ? Il se souvenait aisément avoir vu la jeune fille de Gryffondor à ses côtés, lorsqu'ils étaient venu à la salle des professeurs. Ou... peut-être était-ce autre chose ? Il songea un instant à ce qu'Alaric lui avait dit concernant la jeune fille. Peut-être que le statut familial d'Elijah était lié. C'était une piste à explorer un peu plus tard.

Le regard de Hyacinthe resta posé calmement sur la jeune Serpentard tandis qu’il reposait doucement sa tasse sur la table basse. Le léger tintement de la porcelaine sembla presque absorber la tension avant qu’il ne reprenne enfin la parole d’une voix parfaitement stable.

- Les préfets restent des élèves comme les autres, pas des autorités omniscientes.

Le ton demeurait tranquille, sans froideur particulière. Il ne cherchait pas à défendre Elijah aveuglément, cela aurait immédiatement fermé la conversation. Hyacinthe connaissait suffisamment les adolescents pour savoir que prendre frontalement le parti d’un autre revenait souvent à transformer l’échange en compétition d’ego.

- Et mes collègues non plus, d’ailleurs. Personne ici ne voit l’intégralité d’une situation. Les gens fonctionnent surtout avec ce qu’ils ont sous les yeux ou avec ce qu’on vient leur raconter.

Il croisa lentement les jambes dans son fauteuil, le tissu sombre de sa chemise glissant légèrement contre ses poignets trop fins.

- En général, lorsqu’un adulte entend plusieurs élèves rapporter la même situation avec suffisamment d’inquiétude, il a tendance à les croire jusqu’à preuve du contraire. Ce n’est pas forcément une volonté de vous accuser personnellement. C’est surtout une manière d’essayer d’éviter que certaines situations dégénèrent davantage.

Hyacinthe s’interrompit quelques secondes, observant simplement Rosalind sans chercher ni à la coincer ni à la corriger. Plus il la regardait, plus il avait l’impression de voir une jeune sorcière qui passait tellement de temps à anticiper que chaque élément pouvait devenir à ses yeux une attaque. Comme si chaque interaction était pensée en termes de domination, de perte ou de contrôle. Cela devait être épuisant, comme manière de vivre. Et quelque part, Hyacinthe trouva aussi cela profondément triste. Pouvait-elle profiter d'une compagnie sans envisager de rapport de domination, d'avantages et de pertes ?

- Mais j’imagine que ce qui vous agace surtout, reprit-il doucement. La lumière soulignait les rougeurs sous ses yeux fatigués malgré l'intérêt qu'il mettait dans le contrôle de ses expressions faciales. ... c’est probablement l’impression que personne n’a cherché votre version avant de décider ce qu’ils pensaient déjà de vous.

Il ne posa pas la phrase comme une question, puisqu'il n'aurait probablement aucune réponse. Donner simplement l'information comme élément mis à disposition pourrait permettre une plus grande marge d'action. Le regard de Hyacinthe glissa brièvement vers les bracelets dorés qui tintaient légèrement à chacun des mouvements de Rosalind avant de revenir à son visage. Les enfants élevés dans des environnements aussi hiérarchisés développaient souvent une obsession presque maladive de l’injustice dirigée contre eux-mêmes, même lorsqu’ils participaient sans difficulté à celle infligée aux autres. Ce n’était pas toujours de l’hypocrisie consciente. Souvent, ils n’avaient simplement jamais appris à considérer les autres comme aussi important qu’eux.

Hyacinthe laissa ses doigts distraitement lisser les bordures de sa manche, et il pensa à Lernie, qui demeurait probablement encore immobile sur l'escalier qui était derrière lui, décorative sous la lumière pâle qui glissait dans la pièce. Puis le roux reprit tranquillement :

- Les choses à Poudlard sont toujours allées vite, dont les réputation. Beaucoup trop vite. Une rumeur, une information - qu'elle soit vraie ou fausse - , peut vite prendre de l'ampleur. Cela peut créer tout autant de désagréments pour les personnes concernées par cela que pour celles qui en sont à l'origine.

Une légère pause.

- Qu'est-ce qui a été dit à votre sujet qui vous paraît faux, ou incomplet ?

Une tentative de discussion ? Peut-être la jeune fille réaliserait-elle qu'elle ne se trouvait pas face à un ennemi. Même si Hyacinthe pensa discrètement au fait que toute tentative de communication neutre se terminerait mal si Rosalind en découvrait plus sur lui. C'était un pari, et tant que la situation était à son avantage, il en profiterait pour l'accompagner autant qu'il en était capable. Soudain, il écarquilla les yeux et sourit poliment.

- Je me permet de changer de sujet, souhaitez-vous boire quelque chose ? Eau, thé, jus, chocolat ?

Il faisait terriblement chaud pour un chocolat, pensa Hyacinthe. Néanmoins, cela faisait toujours bien parti de sa carte.

1257 - @Rosalind Whitmore

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28 mai 2026, 17:49
 TW  Mais mon avenir reste gris... et mon coeur aussi
Il les défendait. Elle ne pouvait même pas s'en prétendre surprise. Ce psychomage était exactement comme tous les autres. Une apparence bienveillante et douce mais en réalité, il avait ses petits chouchous. Elle ne serait même pas étonnée d'apprendre qu'il s'occupait de préfets, qui devaient lui raconter leur vie horrible de pauvres petits préfets surpuissants.

Elle ne voyait toujours pas de raison de répondre à la question qui lui était posée. Il n'allait pas la croire dans tous les cas. Il devait probablement avoir déjà sa propre opinion bien ancrée. Il tenterait peut-être même de la faire changer d'avis. Elle le savait.

Le fait qu'il change ainsi de sujet démontrait à la perfection sa théorie. Surtout pour un sujet aussi futile. Elle était quasiment certaine que ce qu'il lui proposait n'était même pas de la qualité.

- Je ne bois pas des... liquides qui n'ont aucun prestige. J'ai du goût.

Sa réponse était sèche et volontairement provocante. Un léger sourire se dessinait au coin de ses lèvres. Son cerveau avait changé de mode. Elle le fixait, attendant de voir s'il allait se vexer ou pas et comment il allait réagir.

Elle connaissait ses parents. Ils allaient lui ordonner d'y retourner. Elle leur donnerait satisfaction car sans ça, elle risquait d'insupportable punition si elle ne le faisait pas. Alors, quitte à devoir revenir ici souvent, autant trouver les points faibles de Monsieur Kyros pour pouvoir s'amuser un peu. Elle sentait qu'elle en avait déjà touché un en évoquant ses collègues. Elle décida de tirer le bouchon un peu plus loin :

- Pour répondre à votre précédente question, les étiquettes sont quand même bien pratiques pour savoir à qui on a à faire. Par exemple, je sais que je peux décrire certaines personnes de Poudlard comme "incompétents", "immatures" ou encore "idiots".

Elle ne nomma personne volontairement. Mais son ton et son visage parlaient pour elle. Elle voulait voir s'il garderait son calme, si ça l'atteindrait ou pas. Depuis qu'elle était entrée dans cette école, elle avait beaucoup développé cette sombre compétence qu'elle avait de trouver et de tirer jusqu'à l'usure sur les cordes sensibles des gens.

Elle allait toutefois devoir rester prudente. Elle ignorait s'il avait ce droit ou pas, mais il se pouvait qu'elle se heurte à une interdiction de consulter. Que ce soit officiel ou pas. Il n'était pas très compliqué de refuser des rendez-vous.

Et si ses parents l'avaient plus ou moins pardonnée pour toutes ses bêtises, c'était à la seule condition qu'elle se rende dans ce bureau pour parler. Elle se doutait bien qu'ils apprécieraient peu de découvrir qu'elle avait réussi à se faire détester même ici.

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