Quand la magie défie les règles
† 22 mai 2051
Troisième année
Troisième année
Le valet de trèfle s'échappe pour la troisième fois de ma main et vient percuter quelques brins d'herbe qui bordent les pavés. Assise par terre, le dos bien calé contre l'une des colonnes du cloître, j'affiche une mine boudeuse devant mes cartes à jouer. Elles semblent n'en faire qu'à leur tête et pourtant elles sont bien tout ce qu'il y a de plus moldu. Ma façon de mélanger n'est pas si terrible, même plutôt jolie pour l'œil inexercé, mais dès que je m'essaye à des manipulations compliquées, des spirales ou des sauts de carte, rien ne va plus et je commence clairement à m'en agacer.
Ma main gauche file récupérer le pauvre valet, et je soupire. Je ne m'y prends pas comme il faut et de toute façon, j'ai besoin d'une pause. Peut-être que je devrais fermer les paupières, faire le vide dans mon esprit pour apaiser mon âme, comme dirait mon manuel de divination. Moi, la méditation, ça ne m'a jamais trop parlé. Quelle drôle d'idée de vouloir arrêter ses pensées.
Mais à défaut de faire surgir une meilleure option dans mon crâne, je range les cartes dans leur étui, croise les bras sur ma poitrine et laisse tomber un voile noir sur mon regard. La mine boudeuse n'a toujours pas vraiment disparu mais je détends les muscles de mon visage par principe. Je laisse un nouveau soupir fuser de mes poumons, avant de prendre une autre inspiration — quoique pour être tout à fait sincère, si mes yeux étaient ouverts, je les lèverais bien vite au ciel. Mes doigts pianotent machinalement contre mes côtes, sans que je n'y prête trop d'attention. Et puis, progressivement, je sens émerger en moi la première vague de torpeur, elle qui glisse sur mon esprit pour l'engourdir et le traîner vers un sommeil sournois. Les rayons du soleil ne font rien pour arranger mon cas. Ma bonne volonté faiblit à vue d'œil face à la perspective d'un petit somme, trois fois rien ; et au milieu de mon hésitation, je fais beaucoup d'efforts pour penser à ne plus penser du tout. Alors quand des cris perçants m'arrachent à mon demi-sommeil, ma première pensée est d'invoquer les chaussettes sales de Merlin et de me demander ce que je leur ai fait.
Un instant aveuglée par la lumière du jour qui se rappelle à moi, mes sourcils se froncent pourtant bien vite en découvrant la scène qui se joue à quelques mètres de moi. Une Gryffondor de première année, boutonneuse et rondouillette, sautille devant un gaillard d'une tête de plus qu'elle. Et le garçon semble trouver parfaitement comique de faire léviter hors de sa portée son objet le plus précieux.
« Rends-la moi ! Arrête ! Rends-moi ma baguette ! »
Pour toute réponse, la petite fille n'obtient qu'un ricanement qui me hérisse les poils, suivi d'une remarque mesquine sur son acné.
C'est viscéral, chez moi. Je trouve ce type minable, vil et injuste. Qui peut permettre qu'on s'en prenne comme ça aux plus faibles ? J'entends déjà ma mère me commander d'aller aider cette petite comme mon prochain. Mon père me sourirait en me disant « souviens-toi d'où tu viens ». Le règlement, lui, m'ordonne de ne pas faire n'importe quoi avec ma magie. Mais c'est pour la bonne cause, n'est-ce pas ? Je ne fais pas n'importe quoi si je viens en aide à cette pauvre fillette. Ou si je rends la monnaie de sa pièce au loser que j'ai en face de moi.
En fin de compte, voici ce qui arrive toujours et arrivera encore : je n'écoute que mon instinct et celui-ci me dicte, à cet instant, de rendre justice. Mon propre bout de bois en main, je me relève d'un bond et sans plus d'hésitation, jette « Furunculus ! »
Le sort atteint l'autre idiot avant qu'il ne réalise mon geste. Une expression d'incompréhension vient figer ses traits, et j'ai le temps d'apercevoir à quoi ressemble son visage de lâche avant qu'il ne soit recouvert de furoncles. Pas vraiment marrant d'avoir des boutons quand t'as rien demandé à personne, hein ? Bon courage pour t'expliquer devant l'infirmier, mon pote. Pense à moi quand tu viendras le supplier de te donner un baume pour faire disparaître le fruit de ta méchanceté.
Hel
Préfète inRP à partir de fin mai 2051
Quand la magie défie les règles
Excuses moi pour le retard ! @Neamhain CrowleyMes pas avancent sur la Cour de la tour de l'horloge, presque mécaniquement. J'ai toujours aimé cet endroit, même élève. Je le trouve apaisant. Serein. Comme si y aller pouvait nous offrir une sorte de bulle, de protection contre les problèmes de la vie. Mais ce n'est pas pour ça, que j'y vais, en réalité. Même si j'aurai bien aimé. Me reposer, profiter du paysage, de la vue des élèves discutant gaiement. Sauf que j'ai d'autres choses, plus importantes, plus urgentes à régler. Depuis la démission de Blacksword en tant que préfet, il m'a fallu réfléchir à la personne qui le remplacerait. D'abord, j'ai pensé à Lylas, que j'avais surpris en train de faire de la musique. Puis, à Steven, qui me semblait être sérieux et faisait si bien vivre ses dortoirs. Mais pour la première, elle quittait Poudlard dans quelques mois, et le second avait déjà assez à faire comme ça. Alors, mes pensées étaient allées aux personnes plus discrètes, mais qui, pourtant pouvaient briller, j'en était certaine. Parmis elles, se trouvait Neamhain Crowley.
Neamhain, je ne la connais pas. Je souris lorsque je la croise dans les couloirs, comme à chaque fois que je passe devant un Gryffondor. Mais quelque chose m'intrigue, chez elle. Comme si elle possédait des trésors indénombrables, mais qu'au lieu de les exposer à la vue de tous, elle préférait les cacher, en sécurité, loin, très loin des autres. Et je comprends. Mais à mes yeux, tout cela mériterait d'être dévoilé. Je pense que cette jeune fille le mérite. Et lui proposer le rôle de préfète lui permettra sans doute de prendre conscience de sa valeur.
Je suis arrivée à destination, désormais. Et la scène à laquelle j'assiste n'est pas du tout celle à laquelle je m'attendais. Oui, celle que je voulais voir est bien là. Mais devant elle, un sorcier en train de maltraiter une Gryffone. L'une de mes protégées. J'ai envie d'intervenir de suite, mais je m'empêche de le faire, désireuse de voir si Neamhain va agir. Si elle ne le fait pas, je ne lui remettrait pas le badge. Un préfet doit prendre soin de ses camarades. Et sa réaction ne se fait pas attendre. Le sort fuse, étincelant, et me permet d'entrer en scène, comme si je n'avais rien vu. Je fais apparaître la colère sur mes traits. Puis, je lance d'une voix maîtrisée au garçon, tâchant de réprimer le mépris dans ma voix :
- Vous. A l'infirmerie. De suite.
Puis, je me tourne vers la jeune fille qui à récupéré sa baguette, et je lui dit, bien plus doucement :
- Est ce que tu peux me laisser quelques secondes avec Neamhain ? Il ne va rien lui arriver de grave, c'est promis.
Une fois seules, j'avance vers la Gryffone restante, et à nouveau, peint à grand peine la colère sur mes traits. Au fond, je ne lui en veut pas une seule seconde d'avoir agit ainsi, quand bien même sa réaction était peut être légèrement trop... démesurée. J'aurai fait de même, à sa place. Mais tout ça, elle n'a pas besoin de le savoir. Alors, je lance, des éclairs glacés dans les yeux :
- Pouvez-vous m'expliquer ce qu'il vient de se passer, Miss Crowley ?
Je n'ajoute rien d'autre, et je réprime un léger sourire. Le jeu vient de commencer. A la gagne, le titre de préfète. Si elle perd, une convocation dans mon bureau.
Gryffondor, être votre DDM pendant 9 mois à été un honneur. Vous avez kidnappé mon cœur, vraiment. Mon staff, vous savez déjà tout. Mais je vous [M] encore plus que vous ne l'imaginez. Vous me manquez. Beaucoup (trop).
Quand la magie défie les règles
C'est une bordée d'injures qui parvient à mes oreilles, toutes adressées à mon ascendance, à mon intelligence et même à mon propre physique. Visiblement, le langage de ce type est aussi charmant que sa figure. Et pour être honnête, je me fiche pas mal de ce qu'il me dit : c'est de la Gryffone que je me préoccupe vraiment. Sur le visage de la petite fille, je vois un grand sourire — sourire que je lui rends — et de la reconnaissance aussi. Je m'apprête à faire quelques pas de plus vers elle, à lui glisser un « Ça va ? Tu n'as rien ? » en posant ma main sur son bras, mais une ombre se dessine sur les pavés de la cour. Tournant la tête, je constate qu'une autre personne s'est jointe à nous. Mais face à des cheveux noirs et à un regard gris, je me rends compte que c'est Saona O'Sullivan qui nous toise ainsi. Et elle a l'air vraiment, vraiment mécontente.
Un léger éclair de panique traverse mes iris. Par réflexe, je lui souris, exactement comme toutes ces fois où je croise notre directrice dans les couloirs. Avant de faire disparaître bien vite ce rictus, pourtant poli, mais sans doute inapproprié au vu de la situation dans laquelle je me suis empêtrée. La voix de miss O'Sullivan casse le silence qui s'était imposé en sa présence et envoie sans tarder l'impertinent à l'infirmerie. Puis, elle adresse quelques mots à la jeune Gryffondor qui semble un peu déboussolée. « Il ne va rien lui arriver de grave, c'est promis, » entends-je de la bouche de la jeune femme. Je ne saurais dire si cela me rassure vraiment.
Nous ne sommes plus que deux, dans cette funeste scène. En voyant un air menaçant revenir sur les traits de miss O'Sullivan, je réalise que mon impulsivité me coûtera peut-être un peu plus qu'un regard réprobateur, cette fois. Et pourtant, j'avais moi-même pensé aux risques et aux conséquences de mon geste, quelque secondes avant d'agir. Pas de magie sur ses camarades, encore moins pour les attaquer : c'est absolument défendu à Poudlard et je le sais tout autant que la femme qui se tient devant moi. Misère, puis-je être renvoyée pour avoir simplement osé équilibrer un rapport de forces ? Est-ce pour cela qu'elle me prend ainsi à part ? Moi qui voulais seulement rendre justice, ce serait là un terrible revers.
Finalement, la question de ma directrice tombe, sèche, froide. Alors, sans savoir si j'ai droit à l'erreur, je choisis de laisser parler mon cœur.
« Vous avez vu, Miss ? Vous avez vu comme il s'en prenait à elle ? » m'écrié-je, désemparée, cherchant les mots pour illustrer mon indignation. Avant de me ressaisir et de tempérer le son de ma voix face à ma supérieure.
« Je veux dire... Je ne pouvais pas la laisser comme ça. » Mon regard se perd sur l'arrière-plan, avant de recroiser celui de la fillette au loin, qui me sourit toujours. « C'est nul de s'en prendre à plus petit que soi. Il n'avait pas le droit de lui prendre sa baguette ! » asséné-je en reportant mes yeux sur le visage de miss O'Sullivan. « Et puis elle vient d'arriver, c'est sa première année... » Qui sait ce qu'elle peut vivre d'autre dans l'enceinte de ces murs ? Qui sait si elle raconte à sa famille les ennuis qu'elle subit à l'école ?
« Je ne sais pas ce que vous auriez fait, » dis-je en haussant légèrement les épaules, laissant tomber mon regard, « mais je n'ai pas pu m'empêcher d'intervenir. »
Et je le referais sans hésiter, qu'elle en soit témoin ou non.
Un léger éclair de panique traverse mes iris. Par réflexe, je lui souris, exactement comme toutes ces fois où je croise notre directrice dans les couloirs. Avant de faire disparaître bien vite ce rictus, pourtant poli, mais sans doute inapproprié au vu de la situation dans laquelle je me suis empêtrée. La voix de miss O'Sullivan casse le silence qui s'était imposé en sa présence et envoie sans tarder l'impertinent à l'infirmerie. Puis, elle adresse quelques mots à la jeune Gryffondor qui semble un peu déboussolée. « Il ne va rien lui arriver de grave, c'est promis, » entends-je de la bouche de la jeune femme. Je ne saurais dire si cela me rassure vraiment.
Nous ne sommes plus que deux, dans cette funeste scène. En voyant un air menaçant revenir sur les traits de miss O'Sullivan, je réalise que mon impulsivité me coûtera peut-être un peu plus qu'un regard réprobateur, cette fois. Et pourtant, j'avais moi-même pensé aux risques et aux conséquences de mon geste, quelque secondes avant d'agir. Pas de magie sur ses camarades, encore moins pour les attaquer : c'est absolument défendu à Poudlard et je le sais tout autant que la femme qui se tient devant moi. Misère, puis-je être renvoyée pour avoir simplement osé équilibrer un rapport de forces ? Est-ce pour cela qu'elle me prend ainsi à part ? Moi qui voulais seulement rendre justice, ce serait là un terrible revers.
Finalement, la question de ma directrice tombe, sèche, froide. Alors, sans savoir si j'ai droit à l'erreur, je choisis de laisser parler mon cœur.
« Vous avez vu, Miss ? Vous avez vu comme il s'en prenait à elle ? » m'écrié-je, désemparée, cherchant les mots pour illustrer mon indignation. Avant de me ressaisir et de tempérer le son de ma voix face à ma supérieure.
« Je veux dire... Je ne pouvais pas la laisser comme ça. » Mon regard se perd sur l'arrière-plan, avant de recroiser celui de la fillette au loin, qui me sourit toujours. « C'est nul de s'en prendre à plus petit que soi. Il n'avait pas le droit de lui prendre sa baguette ! » asséné-je en reportant mes yeux sur le visage de miss O'Sullivan. « Et puis elle vient d'arriver, c'est sa première année... » Qui sait ce qu'elle peut vivre d'autre dans l'enceinte de ces murs ? Qui sait si elle raconte à sa famille les ennuis qu'elle subit à l'école ?
« Je ne sais pas ce que vous auriez fait, » dis-je en haussant légèrement les épaules, laissant tomber mon regard, « mais je n'ai pas pu m'empêcher d'intervenir. »
Et je le referais sans hésiter, qu'elle en soit témoin ou non.
Aucun souci @Saona O'Sullivan 
Hel
Préfète inRP à partir de fin mai 2051