2 juin 2026, 12:38
Norvège Le Nord pour patrie
04 février 2051

Le vent de Norvège n'a pas la même texture que la brume d'Ecosse. Il est dénué de cette humidité poisseuse qui collait parfois aux pierres de Poudlard. Non, ici l'air pénètre mes poumons comme une lame de glace, et c'est exactement ce qu'il me fallait.

J'essaie de ne pas renier mes souvenirs, de me rappeler la devanture de mon ancienne résidence de Pré-au-Lard, et mes voisins, Erwan et Jasper. Je me rappelle aussi les cours de divination, les élèves aux regards avides ou sceptiques, les volutes de fumée qui émanent d'une tasse de thé… Mais tout cela me semble désormais si lointain, j'ai parfois du mal à les assembler, comme si ce souvenir appartenait à la vie d'une autre.

Est-ce de la lâcheté que d'être partie ainsi, presque sans un regard en arrière ? Ai-je fui mes responsabilités pour me réfugier ailleurs ? Dans quel but ?

Ce sont des pensées qui me traversent parfois le soir, lorsque j'allume les torches de l'autel, mais elles s'éteignent aussi vite qu'une étincelle dans la neige. Non. Qui a parlé de fuite ? C'est un retour à la vie. Regarde ma vie !

La solitude me convient. Pourquoi les gens pensent-ils qu'on devrait souffrir de l'isolement ?

Pour la plupart, je me l'inflige et que je le subis. Ils s’imaginent qu'en m'éloignant du monde, je me condamne à dépérir dans le silence, à être rongé par le vide, parce qu'ils ont besoin du bruit des autres pour se rassurer, du regard de leurs pairs pour exister. Moi ce silence ne me fait pas peur, je me suis ouverte à quelque chose de plus grand et de plus vaste.

Et je converse parfois... Avec les dieux.

Alors qu'on s'inquiète, qu'on me plaigne ou m'observe de loin avec une curiosité craintive, peu importe. Je suis la gardienne de ce temple désormais. Ce titre paraît si lourd sur le papier, mais il est en réalité le plus léger des manteaux.

Chaque matin à l'aube, je marche jusqu'à la lisière du fjord pour observer le vol des corbeaux qui fendent le ciel gris. Sont-ils les yeux du monde ou simplement des oiseaux en quête de nourriture ? Je préfère ne pas trancher, même si j'ai déjà ma petite idée.

Mes paupières se ferment sur un soupir apaisé. J'avais besoin de tout ça, de retrouver la terre de mes ancêtres, de m'imprégner de leurs rituels, et de réapprendre à vivre au rythme de la nature plutôt qu'à celui des horloges. C'est simple, finalement. Et c'est très bien ainsi.

Freya, viking badass et WikiPFR officiel.
Compte adulte d'Alaska Cross