Ce que la Mer donne
Un souvenir de 2030, sur une des plages de son enfance.


Morgan n’aimait pas leur nourrice.
L’idée même d’en avoir encore une, alors qu’elles approchaient de leurs douze ans, relevait de l’insulte plus que de la nécessité. Elles n’étaient plus des enfants. Plus vraiment. Et puis, dans quelques mois seulement—
Poudlard.
Le mot suffisait à lui seul à faire tenir ensemble des journées entières. En septembre, elles quitteraient enfin cette maison qui n’avait jamais vraiment été un foyer. En septembre, elles franchiraient enfin les barreaux de leur cage. Enfin !
Mais il y avait un avantage indéniable à avoir une nourrice, c’était qu’il devenait possible de sortir. De disparaître quelques heures de la maison lorsque leur belle-mère recevait et ne voulait ni enfants, ni bruit, ni présences inutiles dans ses murs.
Alors, même si elle ne l'aimait guère, Morgan ne s’en plaignait jamais à voix haute, de cette nourrice.
Parce qu’il y avait la mer.
Et elle avait toujours aimé la mer.
Elle ne savait pas vraiment pourquoi.
Ou peut-être qu’elle le savait trop.
La mer ne demandait rien, n'ordonnait rien.
Elle prenait ce qu’elle voulait, ramenait parfois ce qu’elle pouvait.
Elle n’expliquait jamais ses absences.
Elle ne promettait rien.
Et pourtant, chaque fois qu’elle s’asseyait devant elle, Morgan avait l’impression étrange qu’on lui répondait.
Pas avec des mots.
Avec le vent.
L’écume.
Le ressac.
Comme une langue ancienne qu’elle comprenait sans la parler.
À douze ans, elle ignorait encore qu’on pouvait avoir peur de grandir.
Elle croyait seulement avoir hâte.
Hâte de partir.
Hâte d’apprendre.
Hâte de devenir quelqu’un.
Mais il existait parfois, juste avant de s’endormir, des moments qu’elle ne racontait pas même à Arden. Des instants où elle se demandait si septembre changerait tout.
Si elles changeraient. Si elle changerait.
Si revenir serait encore possible.
Si grandir signifiait forcément perdre quelque chose.
Alors elle aimait venir ici.
Et regardait la mer.
Comme si elle attendait qu’elle sache.
Comme si elle attendait qu’elle lui dise que tout allait bien se passer.
Ce jour-là, elle marchait sans but précis. Ses pas dessinaient des chemins absurdes dans le sable humide. Elle ramassait parfois des coquillages avant de les abandonner quelques mètres plus loin parce qu’ils n’étaient jamais assez extraordinaires. Les trésors de sa collection se devaient d’être rares. Ses trésors se devaient d’être choisis, pas simplement trouvés.
Puis quelque chose accrocha son regard.
À moitié enseveli.
Quelque chose qui n’avait rien à faire là.
Morgan s’accroupit immédiatement.
Creusa avec les mains.
Et le sortit.
Une chaîne. Simple. Fine.
Elle resta un instant immobile, accroupie dans le sable, le sel collé aux jambes, le vent dans les cheveux. Et avant même d’y réfléchir, avant même d’appeler qui que ce soit-
elle leva les yeux vers l’eau.
Le geste était si naturel qu’elle ne le remarqua même pas.
Comme si ce n’était pas la plage qui lui avait donné cela.
Comme si c’était la mer.
Un sourire immense étira son visage, et cette fois elle se redressa brusquement.
« Arden ! Arden ! Viens voir, j’ai trouvé un trésor ! Un vrai de vrai ! »
Sa voix fut emportée par le vent.
Elle serrait déjà la chaîne dans sa main. Son premier vrai trésor.
Elle ne le savait pas encore.
Elle ne savait pas qu’elle garderait cette chaîne pendant des années, ni qu’elle rejoindrait une ridiculeusement grande collection de trésors en tout genre. Qu’elle traverserait avec elle les départs, les peurs, les silences et le reste.
Elle ne savait pas qu’un jour elle rencontrerait quelqu’un qui lui ferait plus peur que l’avenir.
Quelqu’un devant qui elle aurait envie de fuir - et envie de rester.
Elle ne savait pas qu’un jour elle ouvrirait sa plus vieille boîte aux trésors pour en prendre cette précieuse chaîne, et qu’elle l’accrocherait autour du cou d’un autre.
À douze ans, Morgan savait seulement une chose : la mer lui avait fait un cadeau.
Et les cadeaux de la mer, cela ne se perdait pas.
@Alice Sangblanc
I cast happiness upon y'all — while robbing you of a few Galleons, of course.
InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
#BotrucSuprématie #Le M c'est le S #4f246b
InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
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