16 juin 2026, 14:18
 Passage de Draíocht  Premiers jets
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18 novembre 2050
Tard


Empestant les odeurs de la Fausse Danse, Aliosus était rentré le plus discrètement possible afin de ne pas réveiller Alice probablement déjà rentrée des cours du soir qu'elle dispensait. Il ne rêvait que de prendre une douche afin d'enlever la couche de crasse, réelle où imaginée, dont il se sentait recouvert après ces quelques heures dans le cabaret. Mais l'urgence était à s'installer devant sa machine à écrire et de coucher sur un brouillon une première version à chaud de ses notes, de ses observations, de ses sensations.
Bien peu d'établissement peuvent se targuer d'être aussi mal famé.
Non, il ne retint pas cette accroche, après tout, il ne pouvait pas prétendre connaître les bars et les lieux de perditions de Grande Bretagne, et même si ses articles pouvaient paraitre sans sa signature, il n'avait pas pour autant l'envie de mentir, ni de se ridiculiser s'il se trompait. Il fit disparaitre la ligne d'une touche magique de sa Stenson & Son et reprit.
Sentez vous la fraicheur salée de l'air marin sur vos visages, entendez-vous le cri des goéland volant loin au dessus de vos têtes et ceux du quartier maître vous ordonnant de briquer le pont ? Non ? C'est bien normal, nous sommes en plein cœur de Londres et non sur une frégate voguant vers l'aventure et la rapine. Pourtant, cela n'a pas empêché le Cabaret de la Fausse Danse de proposer à ses clients de se vivre en forban le temps d'une soirée.
Le voilà lancé, il laisse libre court à ses pensées le plus fluidement possible, déversant à travers le cliquetis mécanique des touches tout ce dont il avait été témoin afin d'en rendre compte le plus fidèlement possible, sans chercher le moins du monde à être objectif.
Au fond de la salle, j'entends le bruit distinctif de la machine à tatouer magique qui s'agite, encrant dans les chairs alcoolisés des pirates en perdition cette soirée ressemblant finalement fort à ce que l'on peut s'imaginer d'une soirée dans une taverne de l'Île de la Tortue. Ce n'est, si on prend le temps d'y penser, pas si étonnant que cela, on y retrouve les mêmes ingrédients : un public constitué des gens les moins recommandables de la société, de l'alcool de mauvaise qualité coulant à flot et une envie commune de chacun de se laisser aller en se sentant transgresser les règles d'une société jugée trop roide. Ajoutez les costumes et nous y sommes bel et bien.
Il cherchera un titre plus tard, après une relecture au petit matin, où l'odeur de son café se mêlera à celui du thé à la rose. Osera t il lire ce papier à Alice ? Le lui demandera t elle seulement ? Lui n'osera jamais lui proposer.

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