17 juin 2026, 19:41
T'as pas changé !
Samedi 02 Juillet 2051, après-midi


- M'man ? S'te plaiiit ?
- Je t'ai dit non.
- Mais pourquoi ? Tu sais que papa, il pourra pas venir au mois d'août à cause du resto...
- Gabriel ça sert à rien d'insister. Le ton était sec et sans appel.

Je lui ai lancé mon plus beau regard noir, avec une moue boudeuse.

- Oh mon chéri, si tu pars tout l'été en Italie, je te verrais quand moi ?

Son ton s'était adoucit, et elle a passé sa main dans mes cheveux, pour les ébouriffer. Elle faisait toujours ça quand je faisais la tête. Elle préférait détourner l'attention que de subir un conflit. Elle était douce et gentille ma mère, mais là, j'arrivais pas à lui sourire, ni même à essayer de la comprendre. Après tout c'était sa faute à elle, si je voyais mon père qu'une ou deux fois par an. À elle uniquement.

Alors, j'ai continué d'avancer sans rien dire, slalomant sur les pavés écorchés du Chemin de Traverse. Frôlant des sorciers et sorcières en quête de quelques ingrédients de potion, de nouvelles fournitures pour la rentrée scolaire ou tout simplement en ballade estivale. Évitant de justesse un groupe de gamins affalés devant la vitrine de Keddle & Leather, bavant devant le dernier Nimbus.

Ma mère m'a gentiment attrapé par le bras, pour me rapprocher d'elle, et m'a soufflé à l'oreille, comme pour me révéler un secret :
- Allez Gabi... C'est une belle journée, on se promène, et si t'arrêtes de bouder, on ira manger une glace chez Fortarôme après avoir acheter tes livres.
- On peut pas plutôt aller voir les animaux à la Ménagerie Magique s'te plaît ? J'aimerais bien avoir un chat...
- Si tu veux, mais d'abord, les livres. Allez entre.

J'ai levé les yeux au ciel dans un air blasé et je me suis engouffré dans la librairie.
J'aimais bien cet endroit, c'était pas très grand et blindé de monde la plupart du temps, surtout le samedi, mais j'adorais l'odeur des vieux bouquins.
En général, je repartais avec une pile monstrueuse. Et pas que des trucs pour le collège, hein !
Mais bon, on peut rien refuser à un gosse qui aime lire, c'est pas comme si c'était des jeux de consoles...

Du coup, on était samedi et la journée faisait pas exception : la boutique était pleine à craquer. Les gens devaient chercher un peu d'ombre et de fraîcheur. Faut dire qu'il faisait une chaleur écrasante dehors, alors qu'on était que début juillet. Pour l'ombre, c'était bon, mais pour la fraîcheur, c'était pas vraiment ça...
C'était quand même un truc de fou d'être sorcier et de pas être fichu de créer un sortilège de froid. La clim existe bien chez les moldus !

Ma mère a dû perdre son enthousiasme en entrant derrière moi, car elle a lâché un soupir...
Mais sans se défaire de son éternel sourire, elle m'a mis une tape sur l'épaule, p't-être pour se motiver elle-même, pis elle a lancé :
- Bon mon grand ! On va se répartir ta liste. Je prends la première moitié et toi la deuxième. Ca ira plus vite.

J'lai regardé avec un grand sourire. J'adorais le côté pragmatique de ma mère.
J'ai déchiré mon bout de papier en deux et lui en ai tendu un morceau.
Elle a parcouru la liste du regard, et après m'avoir fait un pouce levé, avec un sourire malicieux, elle s'est enfoncée dans le magasin, disparaissant derrière des capes et des chapeaux.

J'ai jeté un oeil à ce qui devait être mon fardeau pour la demi-heure à venir et j'ai attaqué mes recherches.
Après d'inombrables "pardon", "désolé, " vous pouvez me passer ce livre s'il vous plaît ? ", j'avais quasiment tout trouvé. Quasiment donc, il me manquait encore le "Monstrueux livre des Monstres" .
J'ai cherché ma mère du regard dans la foule, et l'ai repéré quelques étagères plus loin.
Je décidais de lui demandé son aide, mais en chemin, je me suis pris les pieds dans une pile de livres d'expo.
Et comme je suis quelqu'un de pas du tout maladroit, j'ai tout foutu par terre. Enfin plutôt sur les pieds de quelquun.

- Oh je suis désolé M'dame ! J'avais pas vu la pile. Ça va ? Je vous ai pas fait...

J'ai pas eu le temps de finir ma phrase que ma mère, était déjà derrière moi, en train de s'inquiéter.
- Gabi ça va ?
Puis en rigolant, elle a ajouté :
- T'as vraiment deux pattes gauches !
- Ouais c'est clair...

Et puis, elle s'est excusée auprès de la malheureuse dont les pieds étaient ensevelis sous les livres :
- Je suis navrée. Veuillez excusez mon fils s'il vous plait.

J'ai senti un truc bizzare dans sa voix, comme si la fin de sa phrase tremblait.
Je l'ai regardé, elle observait la femme. Elle était grande, avec des cheveux blond et des yeux bleus.
C'était vraiment chelou comme situation.
Et pis, le plus naturellement du monde, ma mère s'est exclamé :
- Gwen ? Gwendoleen Castle ? C'est bien toi ?


@ Gwendoleen Castle

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