23 juin 2026, 09:01
 Roman sorcier   Le Mage qui Volait les Souvenirs
Préface


Cher lecteur,

Si ce livre est arrivé entre tes mains, je te conseille de prendre quelques instants avant d'en tourner la première page.
Pas parce que cette histoire est dangereuse.
Enfin... pas au sens habituel du terme.

Tu vas lire le récit d'un mystère que beaucoup ont tenté d'oublier.
L'histoire d'un mage dont personne ne connaissait le véritable nom.
Un mage capable de dérober ce que nous possédons de plus précieux.
Non pas notre or.
Non pas notre baguette.
Mais nos souvenirs.

Certains prétendent qu'il n'a jamais existé.
D'autres assurent l'avoir rencontré.
Quelques-uns affirment même avoir oublié cette rencontre aussitôt après.

Alors si, au cours de ta lecture, certains détails te paraissent étrangement familiers...
Si tu as parfois l'impression d'avoir déjà lu certaines lignes...
Ou si un souvenir oublié remonte soudain à la surface...
Ne referme pas ce livre.
Continue.
Car certaines vérités méritent d'être découvertes.
Même lorsqu'elles préféreraient rester cachées.

A. Ravenshade

1er année : Promotion 2050-2051 #691414
“Les mauvaises idées deviennent souvent les meilleurs souvenirs.”

23 juin 2026, 09:05
 Roman sorcier   Le Mage qui Volait les Souvenirs
Table des matières


Chapitre 1 — La fille qui avait oublié son nom ( terminer )

Chapitre 2 — Les souvenirs envolés ( terminer )

Chapitre 3 — L'homme sous la pluie( terminer )

Chapitre 4 — La salle des mémoires perdues( en cours )

Chapitre 5 — Le journal du professeur Arkan

Chapitre 6 — Les voleurs de l'oubli

Chapitre 7 — Le marché des souvenirs

Chapitre 8 — Le souvenir interdit

Chapitre 9 — Le visage du Mage

Chapitre 10 — Ce qu'il reste quand tout est oublié
Dernière modification par Sheryl Zaun le 10 juil. 2026, 18:46, modifié 3 fois.

1er année : Promotion 2050-2051 #691414
“Les mauvaises idées deviennent souvent les meilleurs souvenirs.”

23 juin 2026, 09:14
 Roman sorcier   Le Mage qui Volait les Souvenirs
Chapitre 1 — La fille qui avait oublié son nom


Le vent soufflait contre les hautes fenêtres de l'Académie de Brumeclaire.

À l'extérieur, la pluie tombait sans interruption depuis le lever du soleil. Les gouttes glissaient le long des vitres des tours avant de disparaître dans le brouillard qui entourait le château. Vu de loin, Brumeclaire ressemblait à une forteresse perdue dans les nuages.

À l'intérieur, pourtant, la vie suivait son cours.

Les élèves traversaient les couloirs en courant pour éviter les surveillants, les escaliers grinçaient sous les pas pressés des retardataires, et les professeurs tentaient tant bien que mal de transmettre leur savoir à des enfants qui avaient souvent l'esprit ailleurs.

Elyan Hart faisait partie de ces élèves.

Assis au dernier rang de la salle d'Histoire Magique, il regardait la pluie tomber avec beaucoup plus d'intérêt que le cours qui se déroulait devant lui.

Le professeur Corvin écrivait depuis plusieurs minutes des dates interminables au tableau.
— En l'an 1432, après plusieurs décennies de tensions, les Sept Archimages signèrent enfin le traité qui permit la création du Conseil Magique Unifié...
La plume d'Elyan restait immobile sur son parchemin.
À côté de lui, son amie Maëlle essayait de dessiner discrètement sans se faire remarquer.
— Tu notes quelque chose ? murmura-t-elle.
— Bien sûr.
— Vraiment ?
— Je note que la pluie tombe toujours.

Maëlle étouffa un rire.
— Information capitale.
— Je sais.
Elle baissa les yeux vers son dessin.
Un dragon commençait à apparaître dans la marge.
Puis un deuxième.
Puis un troisième.

Le professeur poursuivait son récit avec enthousiasme.
— Les négociations durèrent plus de six mois...
Un bâillement collectif parcourut la salle.
Même certains élèves habituellement sérieux semblaient lutter pour garder les yeux ouverts.
Tout était parfaitement normal.
Jusqu'au moment où un bruit brutal interrompit le cours.

SCRRRRRT.

Une chaise venait de racler violemment le sol.
Tous les regards se tournèrent vers l'origine du bruit.
Une élève venait de se lever.
Elyan la reconnut immédiatement.
Elle s'appelait... enfin...
Il connaissait son visage.
Elle était dans leur année.
Plutôt discrète.
Toujours assise au deuxième rang.
Pourtant quelque chose semblait étrange.

La jeune fille paraissait complètement perdue.
Son visage avait pâli.
Ses mains tremblaient.
Elle regardait autour d'elle comme si elle se réveillait dans un endroit inconnu.
Le professeur Corvin interrompit sa phrase.

— Mademoiselle ?
Aucune réponse.
Les élèves commencèrent à échanger des regards.
— Tout va bien ?
La jeune fille ouvrit la bouche.
Puis la referma.
Elle semblait chercher ses mots.
— Je...
Sa voix tremblait.
— Je crois qu'il y a un problème.

Quelques rires étouffés parcoururent la salle.
Le professeur s'approcha.
— Quel genre de problème ?
Cette fois, la jeune fille sembla au bord des larmes.
— Je ne comprends pas.
— Qu'est-ce que vous ne comprenez pas ?
Elle porta une main à son front.
Comme si elle essayait de se souvenir de quelque chose.

— Je sais où je suis.
— Très bien.

— Je sais qui vous êtes.
— Très bien.

— Je sais que je suis élève ici.
Le professeur hocha lentement la tête.
— Alors quel est le problème ?

Le silence tomba.
Même les plus bavards s'étaient tus.
La réponse arriva quelques secondes plus tard.
— Je ne sais plus comment je m'appelle.

Cette fois, personne ne rit.
Même Maëlle releva brusquement la tête.
— Quoi ? souffla-t-elle.

L'élève semblait sincèrement terrorisée.
— Je ne me souviens plus de mon nom.
Le professeur fronça les sourcils.
— Essayez de réfléchir calmement.
— J'essaye !

Sa voix se brisa.
— J'essaye depuis plusieurs minutes !
Des murmures parcoururent la classe.
— C'est une blague ?
— Elle se moque de nous ?
— Impossible...

Mais Elyan remarqua quelque chose.
La peur.
Pas seulement celle de l'élève.
Celle du professeur aussi.

Corvin essayait de rester calme, mais ses mains s'étaient crispées.
— Venez avec moi.
Nous allons voir l'infirmière.
— Je ne comprends pas ce qui m'arrive...
— Tout ia bien.
Le professeur posa une main rassurante sur son épaule.
Puis il la conduisit vers la sortie.

Juste avant de quitter la salle, la jeune fille tourna la tête.
Son regard se posa sur la fenêtre.
Pendant une seconde.
Une seule.
Comme si quelque chose dehors avait attiré son attention.
Puis elle disparut dans le couloir.
La porte se referma.
Un silence pesant s'installa.

Finalement, les discussions explosèrent.
— C'était quoi ça ?
— Un sortilège ?
— Peut-être une blague magique.
— On peut oublier son nom ?
— Jamais entendu parler.

Le professeur Corvin revint quelques minutes plus tard.
Seul.
— Bien.
Reprenons.
Personne n'écouta la suite du cours.
Certainement pas Elyan.
Son regard revenait sans cesse vers la fenêtre.
Quelque chose le dérangeait.
Un détail.
Une impression.
Il avait le sentiment d'avoir oublié quelque chose.

Comme lorsqu'un mot reste bloqué au bout de la langue sans vouloir sortir.
Lorsque la cloche sonna enfin, les élèves quittèrent la salle en parlant tous de l'incident.
Maëlle rejoignit Elyan dans le couloir.
— C'était étrange.
— Très étrange.
— Tu crois qu'elle mentait ?
— Non.
— Moi non plus.

Ils descendirent un escalier.
La pluie continuait de battre contre les vitres.
— Tu sais ce qui me fait peur ? demanda Maëlle.
— Quoi ?
— Elle avait vraiment l'air de ne plus savoir.
Elyan hocha la tête.
C'était exactement ce qu'il avait pensé.

Ils traversèrent une galerie vitrée qui donnait sur le parc.
C'est alors qu'il s'arrêta.
Brusquement.
— Attends.
— Quoi ?
— Là-bas.
Au bord de la forêt.
Une silhouette se tenait immobile sous la pluie.
Un homme.
Ou du moins quelqu'un qui lui ressemblait.
Il portait un long manteau gris.
Son visage était invisible.

— Tu vois quelqu'un ? demanda Elyan.
Maëlle regarda dans la même direction.
— Non.
— Là-bas !
— Je ne vois rien.
Elyan cligna des yeux.
La silhouette avait disparu.
Comme si elle n'avait jamais existé.

— Tu es sûr que ça va ? demanda Maëlle.
— Oui...
Mais il n'en était pas certain.
Ils reprirent leur route.
Pourtant, toute la journée, cette image resta gravée dans son esprit.

Le soir venu, alors qu'il retournait vers son dortoir, un nouveau murmure parcourut les couloirs.
Deux élèves parlaient près d'une armure.
— Tu as entendu ?
— À propos de quoi ?
— La fille de ce matin.

Elyan ralentit discrètement.
— Qu'est-ce qu'elle a ?
— Elle ne se souvenait toujours pas de son nom quand elle est sortie de l'infirmerie.
Un frisson parcourut son dos.
— Sérieux ?
— Oui.
Et ce n'est pas tout.
On raconte qu'elle a oublié d'autres choses aussi.
Les deux élèves s'éloignèrent.
Elyan resta immobile.

La pluie frappait toujours les fenêtres du château.
Au loin, le tonnerre gronda.
Pour la première fois depuis son arrivée à Brumeclaire, il avait l'impression que quelque chose n'allait pas.
Quelque chose de profondément anormal.
Quelqu'un avait perdu son nom.
Et personne ne semblait capable d'expliquer pourquoi.

Alors qu'il remontait les escaliers vers son dortoir, une pensée lui traversa l'esprit.
Et si ce n'était que le début ?
Il ignorait encore que cette question allait bouleverser toute son année.
Et peut-être même bien davantage.
Car quelque part, dans les ombres de Brumeclaire, quelqu'un observait déjà.
Quelqu'un qui connaissait la réponse.
Quelqu'un qui collectionnait les souvenirs des autres.
Le Mage qui Volait les Souvenirs venait de choisir sa première victime.

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26 juin 2026, 09:00
 Roman sorcier   Le Mage qui Volait les Souvenirs
Chapitre 2 — Les souvenirs envolés


Le lendemain matin, l’Académie de Brumeclaire semblait avoir retrouvé son calme.
À première vue.
Les grandes tours de pierre se dressaient toujours au-dessus des nuages, les couloirs résonnaient des pas pressés des élèves et les escaliers enchantés continuaient de changer de direction sans prévenir ceux qui les empruntaient.
Les tableaux parlaient entre eux.
Les bougies flottaient au-dessus des longues tables du réfectoire.
Les cours avaient repris comme si rien ne s’était passé.
Pourtant...
Quelque chose avait changé.

La rumeur de la veille s’était répandue dans toute l’Académie.
Tout le monde parlait de Lyria Voss.
L’élève qui, pendant le cours d’Histoire des Anciens Arts, avait soudainement oublié son propre prénom.

Certains élèves affirmaient qu’il s’agissait d’un sort qui avait mal tourné.
D’autres parlaient d’une potion expérimentale.
Les plus imaginatifs racontaient qu’une créature cachée dans les profondeurs de l’Académie s’attaquait aux élèves.
Mais personne ne savait réellement ce qui s’était passé.
Les professeurs, eux, évitaient soigneusement le sujet.
Et c’était probablement ce qui inquiétait le plus les élèves.
Quand les adultes ne répondaient pas...
C’était souvent qu’ils avaient une raison de se taire.

— Tu crois qu’elle va retrouver ses souvenirs ? demanda un élève de première année à côté d’Elyan.

— Je ne sais pas...

— Mon frère dit que les professeurs savent qui a fait ça.

— Les professeurs savent toujours plus de choses qu’ils ne veulent l’avouer.

Elyan ne participa pas à la conversation.
Depuis la veille, une question tournait dans son esprit.
Pourquoi Lyria ?
Pourquoi son prénom ?
Pourquoi ce souvenir précis ?
Ce n’était pas un simple oubli.
Il en était certain.
Quelqu’un, ou quelque chose, avait pris une partie de sa mémoire.
Et cette idée lui donnait froid dans le dos.

Les jours suivants passèrent.
Puis un deuxième incident survint.
Cette fois, ce ne fut pas un prénom.
Ce fut un geste.
Une chose que l’on apprend normalement une seule fois dans sa vie.

Pendant un cours d’Art des Transformations, une élève de troisième année terminait un exercice pratique.
Elle devait simplement transformer une petite pierre en plume.
Un sort simple.
Un sort qu’elle avait réussi des dizaines de fois.
Elle leva sa baguette.
Prononça l’incantation.
Mais rien ne se produisit.
La pierre resta immobile.

La jeune fille fronça les sourcils.
Elle recommença.
Encore une fois.
Toujours rien.

— Quelque chose ne va pas ? demanda le professeur.

L’élève fixa sa baguette.
Puis ses mains.
Son visage changea lentement.

— Je...
Elle hésita.
— Je ne sais plus comment faire.
Quelques élèves rirent doucement.
Ils pensaient à une plaisanterie.

Mais la jeune fille ne riait pas.
Elle regardait son propre sortilège comme s’il appartenait à quelqu’un d’autre.
— Je savais le faire avant...
Sa voix tremblait.
— Je l’ai appris il y a des années.
Elle serra sa baguette
— Pourquoi je ne m’en souviens plus ?

Le silence tomba dans la salle.
Quelques minutes plus tard, elle fut accompagnée jusqu’à l’infirmerie de l’Académie.
Et cette fois...
Personne ne rit.

Deux jours plus tard, un nouvel incident eut lieu.
Un élève de la maison d’Astrélune resta immobile devant la porte de son dortoir.
Le visage vide.
Les mains posées sur la poignée.
— Tu attends quoi ? demanda son ami.
Il se retourna lentement.
— Je cherche le mot pour ouvrir.
Son camarade fronça les sourcils.
— Le mot ?
— Oui...
Un silence.
Puis :
— Quel mot ?
Au début, tout le monde pensa à une simple plaisanterie.
Après tout, les oublis arrivaient.
Mais lorsqu’on lui donna la réponse...
Il ne bougea pas.
Il regarda la porte.
Puis les murs autour de lui.
— Pourquoi cette porte est là ?
Son ami pâlit.
Ce n’était pas un oubli banal.
Il ne se souvenait plus de l’endroit où il dormait depuis trois ans.

Les accidents commencèrent à se multiplier.

Un élève oublia le chemin menant à la salle des cours d’alchimie alors qu’il l’empruntait chaque matin.
Une jeune fille ne reconnut plus son meilleur ami pendant presque une heure.
Un ancien élève oublia le nom d’un professeur qu’il connaissait depuis plusieurs années.
Toujours la même chose.
Un souvenir précis.
Une petite partie de leur vie.
Jamais assez pour les détruire complètement.
Mais suffisamment pour inquiéter tout le monde.
Car chacun commençait à penser à la même chose.

Une question silencieuse.
Et si c’était bientôt mon tour ?
Les professeurs de Brumeclaire finirent par organiser une réunion exceptionnelle.
Pendant plusieurs heures, les portes de la salle des maîtres restèrent fermées.
Personne ne savait ce qui s’y disait.
Mais lorsque les enseignants sortirent...
Les élèves remarquèrent immédiatement quelque chose.
Ils avaient peur.
Même les professeurs semblaient chercher des réponses.

La directrice de l’Académie, Maître Elwen Vaelor, quitta la salle avec plusieurs ouvrages anciens sous le bras.
Le professeur responsable des protections magiques inspecta les couloirs pendant toute la soirée.
Le gardien des archives fit quelque chose qui n’était jamais arrivé auparavant.
Il verrouilla une partie entière de la bibliothèque interdite.
Cette simple action suffit à alimenter toutes les rumeurs.
— Ils cachent un objet ancien.
— Non, un livre.
— Moi j’ai entendu parler d’une magie oubliée.
— Peut-être une créature.
— Peut-être un ancien sorcier.

Même les plus sceptiques commençaient à douter.
Car quelque chose était réellement arrivé.
Pendant ce temps...
Les souvenirs continuaient de disparaître.

Chaque matin apportait une nouvelle inquiétude.
Un visage oublié.
Une habitude perdue.
Une connaissance effacée.
Et le plus étrange...
C’était que personne ne semblait perdre les mêmes souvenirs.
Comme si quelqu’un choisissait exactement quoi prendre.
Comme si une main invisible fouillait dans leurs esprits.
Et sélectionnait les souvenirs les plus précieux.

Puis arriva l’événement qui fit basculer toute l’Académie.
Un vendredi matin.
Un cri retentit dans les archives.
Les élèves présents accoururent.
Le vieux maître archiviste était debout devant un immense registre magique.
Un registre contenant l’histoire complète de Brumeclaire.
Les noms des anciens élèves.
Les découvertes des grands mages.
Les secrets de l’Académie.
Mais plusieurs pages étaient devenues...
Blanches.
Pas arrachées.
Pas brûlées.
Blanches.
Comme si les mots n’avaient jamais existé.

L’archiviste tournait les pages avec des mains tremblantes.
— Impossible...
Il ouvrit un autre registre.
Puis un autre.
Même résultat.
Des dizaines d’informations avaient disparu.
Des événements entiers de l’histoire de Brumeclaire semblaient avoir été effacés.
Comme si l’Académie elle-même...
Avait oublié son propre passé.
La nouvelle se répandit rapidement.
Pour la première fois depuis sa création, l’Académie de Brumeclaire ferma entièrement ses archives.
Personne ne protesta.
Personne ne posa même de question.
Car maintenant, tout le monde avait compris.
Ce n’était pas une série d’accidents.
Ce n’était pas une erreur magique.
Quelque chose était à l’œuvre.
Quelque chose d’ancien.
Quelque chose d’invisible.
Quelqu’un...
Ou quelque chose...
Était en train de voler les souvenirs de Brumeclaire.

Et personne ne savait encore comment l’arrêter.

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27 juin 2026, 18:29
 Roman sorcier   Le Mage qui Volait les Souvenirs
Chapitre 3 — L'homme sous la pluie (Partie 1)


La pluie n'avait pas cessé depuis trois jours.

Les gouttes frappaient inlassablement les immenses vitraux de l'Académie de Brumeclaire, dessinant d'interminables traînées d'eau qui déformaient le paysage extérieur. Le vent faisait gémir les vieilles pierres du château, tandis que les arbres du parc ployaient sous les rafales.

Habituellement, un samedi matin était synonyme de liberté. Les élèves profitaient des jardins, improvisaient des parties de Bavboules ou se promenaient entre les serres et les anciennes tours. Pourtant, ce week-end-là, les couloirs étaient étrangement animés alors que les extérieurs restaient presque déserts.

Personne n'avait vraiment envie de sortir.
Depuis que les premiers souvenirs avaient disparu, quelque chose avait changé.
On parlait moins fort.
On riait moins souvent.
Même les portraits semblaient avoir perdu leur envie de discuter. Certains regardaient les élèves passer d'un air inquiet, échangeant parfois quelques murmures lorsque personne ne les observait.

Elyan avançait lentement dans le grand corridor menant au réfectoire. Il avait mal dormi.
Chaque fois qu'il fermait les yeux, il revoyait cette silhouette immobile sous la pluie.
Le long manteau gris.
Le visage caché.
Cette étrange sensation d'être observé.
— Tu as une tête affreuse.
Maëlle venait d'apparaître à côté de lui, un morceau de pain encore à la main.
Elyan leva un sourcil.
— Merci, toi aussi.
— Non, moi j'ai juste faim.
Elle mordit dans son pain avant de poursuivre.
— Toi, on dirait que tu n'as pas dormi.
— Pas beaucoup.

Ils entrèrent ensemble dans le réfectoire.
L'immense salle bourdonnait de conversations, mais l'ambiance était loin d'être joyeuse.
À chaque table, le même sujet revenait.
Les souvenirs.
— Mon cousin dit qu'un professeur a oublié le mot de passe de son propre bureau.
— Chez les quatrièmes années, une élève ne se souvenait plus du prénom de son meilleur ami.
— Tu crois que ça peut arriver à n'importe qui ?
— Arrête, ça fait peur...

Elyan échangea un regard avec Maëlle.
Les rumeurs devenaient de plus en plus inquiétantes.
Ils s'installèrent près d'une fenêtre.
Pendant plusieurs minutes, aucun des deux ne parla.
La pluie ruisselait sur les vitres.
Finalement, Maëlle rompit le silence.
— Tu y repenses encore ?
Elyan savait très bien de quoi elle parlait.
— Oui.
— À l'homme ?
Il hocha simplement la tête.
— Tu sais...dit-elle doucement....je t'ai cru dès le début.
Elyan releva les yeux.
— Pourtant tu m'avais dit que je m'étais sûrement trompé.
— Je voulais surtout te rassurer.
Elle hésita quelques secondes.
— Mais depuis hier...
je ne suis plus sûre de rien.
Elle baissa légèrement la voix.
— Tu as entendu ce que les professeurs racontaient ?
— Non.
— Madame Albrecht aurait demandé qu'on ferme l'accès à une partie des anciennes archives.
Elyan fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Personne ne le sait.
— Tu crois qu'il y a un rapport ?
Maëlle haussa les épaules.
— Peut-être.

Elle connaissait suffisamment son ami pour savoir ce qu'il pensait déjà.
Et elle savait aussi qu'il allait vouloir vérifier.
— N'y pense même pas.
Elyan esquissa un sourire innocent.
— Penser à quoi ?
— Elyan...
— Je n'ai rien dit.
— Justement.
Quand tu fais cette tête-là, c'est que tu prépares quelque chose.
Il éclata de rire.
— Tu me connais trop bien.
— Malheureusement.

Ils terminèrent leur petit-déjeuner dans un silence relatif.
Mais Elyan ne cessait de regarder la pluie.
Quelque chose lui disait que cette journée n'allait pas être comme les autres.
Une heure plus tard, les deux amis traversaient les galeries du château.
Les couloirs semblaient interminables.
Les flammes des torches vacillaient sous les courants d'air qui traversaient les vieilles pierres.
Au détour d'un escalier, ils croisèrent le concierge.
L'homme portait plusieurs grosses clés attachées à sa ceinture.
Il semblait pressé.
Très pressé.

Sans un mot, il verrouilla une lourde porte de chêne qu'Elyan n'avait jamais remarquée auparavant.
Le concierge glissa ensuite une seconde serrure magique avant de repartir presque au pas de course.
Les deux enfants échangèrent un regard.
— Tu avais déjà vu cette porte fermée ? demanda Elyan.
— Jamais.
Ils attendirent que le concierge disparaisse au bout du couloir.
Puis Elyan s'approcha.
La porte était ancienne.
Très ancienne.
Le bois était noirci par le temps.
Au centre, un étrange symbole était gravé.
Un cercle.
Traversé par plusieurs lignes ressemblant à des fissures.
— Tu crois que ça veut dire quoi ? murmura Maëlle.
Elyan posa doucement la main sur le bois.
Il était glacé.
Beaucoup trop glacé.
Comme si la pierre autour de la porte avait conservé le froid de l'hiver.
Au moment où ses doigts effleurèrent le symbole...
Une sensation étrange traversa son bras.
À peine une seconde.
Comme un souvenir qui aurait voulu remonter à la surface avant de disparaître aussitôt.
Il retira vivement sa main.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Je...
Il secoua la tête.
— Rien.
Enfin...je crois.
Il fixa une nouvelle fois le symbole.
Quelque chose lui semblait familier.
Et pourtant...
il était certain de ne l'avoir jamais vu auparavant.
— Viens. dit Maëlle.
Je n'aime pas cet endroit.

Ils reprirent leur chemin.
Mais Elyan jeta un dernier regard derrière lui.
Pendant une fraction de seconde...
Il aurait juré que le symbole gravé dans le bois venait de luire faiblement.
Puis tout redevint normal.
Ils continuèrent leur route sans dire un mot.
Dehors..
la pluie tombait toujours.
Et quelque part, derrière le rideau gris qui recouvrait le parc, une silhouette observait silencieusement les fenêtres de Brumeclaire...

À suivre...

1er année : Promotion 2050-2051 #691414
“Les mauvaises idées deviennent souvent les meilleurs souvenirs.”

10 juil. 2026, 18:42
 Roman sorcier   Le Mage qui Volait les Souvenirs
Chapitre 3 — L'homme sous la pluie (Partie 2)


L'après-midi s'écoula lentement, sans que la pluie ne semble vouloir s'arrêter. Les gouttes continuaient de frapper les immenses vitraux de Brumeclaire avec une régularité presque hypnotique, plongeant le château dans une lumière grise et froide. À l'intérieur, les élèves tentaient tant bien que mal de s'occuper. Certains lisaient dans la bibliothèque, d'autres improvisaient des parties de jeux de société ou discutaient dans les salles communes. Pourtant, malgré cette agitation, une étrange inquiétude semblait flotter dans l'air. Depuis les premiers souvenirs disparus, chacun parlait un peu moins fort, comme si le château lui-même retenait son souffle.

Assis devant un livre qu'il ne lisait plus depuis plusieurs minutes, Elyan avait l'esprit ailleurs. Il revoyait sans cesse la vieille porte verrouillée, le symbole gravé dans le bois et cette sensation glacée qui l'avait traversé lorsqu'il l'avait touché. Plus il essayait de se convaincre qu'il avait simplement imaginé tout cela, plus une certitude grandissait en lui : cette porte cachait quelque chose d'important. Maëlle, qui l'observait discrètement depuis un moment, finit par refermer son ouvrage avec un léger soupir.

— Tu sais que ça ne sert à rien de faire semblant de lire ?

Elyan leva les yeux vers elle avec un sourire gêné.

— J'étais concentré.

— Bien sûr... Et moi, je suis directrice de l'Académie.

Il laissa échapper un petit rire.

— D'accord. J'avoue. Je repense à cette porte.

— Je m'en doutais. Tu comptes y retourner, n'est-ce pas ?

— Juste pour regarder.

— C'est exactement ce que tu dis avant chacune de tes mauvaises idées.

Malgré son air faussement agacé, Maëlle savait déjà qu'elle ne le laisserait pas partir seul. Quelques minutes plus tard, ils traversaient discrètement les couloirs presque déserts. Le mauvais temps retenait tout le monde à l'intérieur et les professeurs étaient occupés à encadrer diverses activités, ce qui leur permettait d'avancer sans attirer l'attention. Lorsqu'ils retrouvèrent le long corridor, la lourde porte de chêne était toujours là, silencieuse et immobile, comme si elle attendait patiemment leur retour.

Elyan s'en approcha avec prudence. Le bois noirci paraissait encore plus ancien qu'il ne l'avait remarqué le matin même, et le symbole gravé en son centre semblait presque plus net, comme si les fissures qui le traversaient avaient gagné en profondeur. Il hésita un instant avant de tendre lentement la main.

— Tu es sûr ? demanda Maëlle d'une voix inquiète.

— Non... mais je dois comprendre.

Ses doigts effleurèrent le symbole.

Le froid revint aussitôt, plus intense encore. Cette fois, Elyan ne retira pas immédiatement sa main. Une étrange sensation envahit son esprit, comme si quelque chose cherchait à remonter du plus profond de sa mémoire. Des images apparurent sans prévenir : un couloir plongé dans l'obscurité, des élèves courant sous une pluie battante, des lanternes vacillant dans le vent et plusieurs silhouettes qui semblaient fuir un danger invisible. Puis une voix résonna, grave et lointaine, presque effacée par le bruit de l'orage.

« N'oubliez jamais... la mémoire est la dernière porte... »

Tout disparut aussi brusquement que c'était venu. Elyan recula en reprenant difficilement son souffle, une main crispée contre sa poitrine.

— Elyan ! Ça va ?

Il mit quelques secondes avant de répondre.

— J'ai vu quelque chose... ou peut-être un souvenir. Je ne sais pas. Il y avait des gens qui couraient... et une voix qui répétait une phrase.

— Quelle phrase ?

— « La mémoire est la dernière porte. »

Maëlle resta silencieuse. Aucun d'eux ne comprenait ce que ces mots pouvaient signifier, mais tous deux sentaient qu'ils avaient un lien avec les mystérieuses pertes de mémoire qui touchaient l'Académie.

Un bruit métallique résonna soudain au bout du couloir. Les deux enfants échangèrent un regard paniqué avant de se dissimuler derrière une imposante statue de pierre. Le concierge apparut quelques instants plus tard, avançant d'un pas rapide. Il vérifia que personne ne se trouvait dans les environs, puis sortit de sa poche une petite clé argentée, beaucoup plus fine que toutes celles suspendues à sa ceinture.

À la surprise d'Elyan, il n'essaya pas d'ouvrir la porte. Il posa simplement la clé contre le symbole gravé dans le bois. Aussitôt, le cercle se mit à briller d'une douce lumière bleutée qui pulsa lentement, comme le battement d'un cœur. Le concierge observa cette lueur quelques secondes avant de souffler, presque pour lui-même :

— Pas encore...

La lumière s'éteignit aussitôt. L'homme rangea soigneusement la clé dans sa poche puis repartit sans un regard en arrière, laissant le couloir retrouver son silence habituel.

Lorsque ses pas eurent complètement disparu, Elyan et Maëlle sortirent lentement de leur cachette. Aucun des deux n'osait parler. Ils fixaient la porte comme si elle pouvait leur révéler son secret d'un instant à l'autre.

— Tu as vu ? murmura enfin Maëlle. Il n'a même pas essayé de l'ouvrir.

— Oui... C'était comme s'il venait simplement vérifier qu'elle restait fermée.

Un violent coup de tonnerre fit vibrer les murs du château. Pendant une fraction de seconde, toutes les flammes des torches vacillèrent en même temps, projetant d'étranges ombres sur les pierres du corridor. Elyan aurait juré que le symbole gravé dans le bois venait de luire une dernière fois avant de redevenir parfaitement immobile.

Ils décidèrent finalement de quitter les lieux. L'atmosphère devenait de plus en plus pesante, et aucun d'eux n'avait envie de rester plus longtemps devant cette porte. Alors qu'ils empruntaient un escalier donnant sur une grande fenêtre, Elyan jeta machinalement un regard vers le parc.

Son cœur manqua un battement.

L'homme était là.

Immobile sous la pluie, exactement comme la nuit précédente. Son long manteau gris flottait légèrement sous les rafales et sa capuche dissimulait toujours son visage. Lentement, il leva une main en direction du château. Ce geste n'avait rien d'une menace. Il ressemblait davantage à un appel silencieux... comme s'il attendait qu'Elyan le rejoigne.

— Maëlle... regarde...

Elle tourna aussitôt la tête.

Mais l'homme avait disparu.

Il ne restait plus que la pluie qui tombait inlassablement sur les jardins de Brumeclaire, comme si cette mystérieuse silhouette n'avait jamais existé.

1er année : Promotion 2050-2051 #691414
“Les mauvaises idées deviennent souvent les meilleurs souvenirs.”