Les yeux plongés dans le noir
2 janvier 2050
Nouvelle Sainte-Mangouste – Godric's Hollow
3ème année
La soirée du bal du nouvel an est encore toute fraîche dans ma tête. Bien trop fraîche, même, et principalement constituée de mauvais souvenirs. Entre la robe dans laquelle je ne me sentais pas du tout à l'aise, bien qu'on m'ait répété maintes fois à quel point elle m'allait à ravir, à quel point j'étais mignonne et jolie dedans, et comme je faisais honneur à la famille (mais moins que Gwennaëlle qui était resplendissante, je l'ai bien vu dans les regards qui lui étaient adressés et à la façon dont les gens se retournaient vers elle sur son passage), la soirée qui a mal commencé par ce que j'ai pensé de Swart et ce qu'a fait Sharp, le reste qui aurait pu mieux aller mais la fin qui n'a été qu'un fiasco total, je préférerais me faire oublietter que de subir mes souvenirs en boucle dans ma tête, comme un tourbillon sans fin de ce que j'ai fait de mal, de ce que les autres ont fait de mal et de tout ce qui n'était pas aussi bien que j'aurais pu le souhaiter pour une soirée comme celle-ci. Y aller était une grossière erreur, et je salue Natanaël pour avoir réussi à rester auprès de Grand-père. Comme j'aurais aimé être avec lui, moi aussi ! Mais Papa a jugé que son père n'avait besoin que d'une seule personne pour lui tenir compagnie, celle dont il est le plus proche. C'est compréhensible. Mais je suis proche de Natanaël, moi aussi, j'aurais pu avoir le droit de ne pas aller au bal.
Enfin, ce qui est fait est fait. Il ne sert à rien de ressasser le passé, surtout aujourd'hui. Pour ma première visite à l'hôpital de la Nouvelle Sainte-Mangouste de l'année, et probablement – je l'espère – la dernière avant un long moment, je ne dois pas me laisser submerger par mes émotions et ma mémoire. Surtout que je ne suis pas là pour n'importe qui. Depuis le début de l'absence de Miss Jenkins en novembre dernier, il n'est pas une semaine ou je ne pense pas à lui rendre visite. Et l'occasion s'est enfin présentée : ma mère, par je ne sais quel miracle, a accepté de m'accompagner. Peut-être est-ce car la Grande Oracle est ma professeure de divination, et que Maman y porte un intérêt presque aussi grand que le mien (si ce n'est plus, au vu de son expérience en la matière) ? Je suis sûre qu'elle souhaite s'entretenir avec l'adulte et qu'elle a un million de questions à lui poser. Je ne la laisserai cependant pas faire ; aujourd'hui est mon après-midi avec ma professeure, et je ne permettrai pas à ma mère me gâcher ce moment que j'attends depuis si longtemps.
Dans le hall de l'hôpital, nous sommes accueillis et rapidement conduits vers la chambre de Miss Jenkins. Je m'arrête devant sa porte, soudainement inquiète. Après tout, je ne sais pas ce qu'il lui est arrivé. Et si elle ne me reconnaît pas ? Ou qu'elle ne veut pas de ma visite ? Je sens la main de Maman me presser la main dans un geste qui se veut rassurant. Je la regarde une dernière fois pour rassembler mon courage dans ses yeux, et elle hoche la tête d'un regard entendu. Je suis ainsi assurée qu'elle ne viendra pas avec moi, même si le pincement de ses lèvres me montre qu'elle en meurt d'envie. Puis j'ouvre la porte et pénètre dans la chambre d'hôpital de ma professeure.
« Bonjour. »
Ma voix, qui s'élève comme un murmure, me paraît trop forte. Je referme la porte derrière moi et m'approche de là où repose l'adulte. Mon regard glisse sur le bandeau qu'elle porte.
« Les yeux, alors ? Difficile de continuer à lire. »
Je décide de ne pas passer par quatre chemins : ça ne me ressemble pas, et je ne doute de toute façon pas du fait qu'elle reconnaîtra ma voix.
Nouvelle Sainte-Mangouste – Godric's Hollow
3ème année
La soirée du bal du nouvel an est encore toute fraîche dans ma tête. Bien trop fraîche, même, et principalement constituée de mauvais souvenirs. Entre la robe dans laquelle je ne me sentais pas du tout à l'aise, bien qu'on m'ait répété maintes fois à quel point elle m'allait à ravir, à quel point j'étais mignonne et jolie dedans, et comme je faisais honneur à la famille (mais moins que Gwennaëlle qui était resplendissante, je l'ai bien vu dans les regards qui lui étaient adressés et à la façon dont les gens se retournaient vers elle sur son passage), la soirée qui a mal commencé par ce que j'ai pensé de Swart et ce qu'a fait Sharp, le reste qui aurait pu mieux aller mais la fin qui n'a été qu'un fiasco total, je préférerais me faire oublietter que de subir mes souvenirs en boucle dans ma tête, comme un tourbillon sans fin de ce que j'ai fait de mal, de ce que les autres ont fait de mal et de tout ce qui n'était pas aussi bien que j'aurais pu le souhaiter pour une soirée comme celle-ci. Y aller était une grossière erreur, et je salue Natanaël pour avoir réussi à rester auprès de Grand-père. Comme j'aurais aimé être avec lui, moi aussi ! Mais Papa a jugé que son père n'avait besoin que d'une seule personne pour lui tenir compagnie, celle dont il est le plus proche. C'est compréhensible. Mais je suis proche de Natanaël, moi aussi, j'aurais pu avoir le droit de ne pas aller au bal.
Enfin, ce qui est fait est fait. Il ne sert à rien de ressasser le passé, surtout aujourd'hui. Pour ma première visite à l'hôpital de la Nouvelle Sainte-Mangouste de l'année, et probablement – je l'espère – la dernière avant un long moment, je ne dois pas me laisser submerger par mes émotions et ma mémoire. Surtout que je ne suis pas là pour n'importe qui. Depuis le début de l'absence de Miss Jenkins en novembre dernier, il n'est pas une semaine ou je ne pense pas à lui rendre visite. Et l'occasion s'est enfin présentée : ma mère, par je ne sais quel miracle, a accepté de m'accompagner. Peut-être est-ce car la Grande Oracle est ma professeure de divination, et que Maman y porte un intérêt presque aussi grand que le mien (si ce n'est plus, au vu de son expérience en la matière) ? Je suis sûre qu'elle souhaite s'entretenir avec l'adulte et qu'elle a un million de questions à lui poser. Je ne la laisserai cependant pas faire ; aujourd'hui est mon après-midi avec ma professeure, et je ne permettrai pas à ma mère me gâcher ce moment que j'attends depuis si longtemps.
Dans le hall de l'hôpital, nous sommes accueillis et rapidement conduits vers la chambre de Miss Jenkins. Je m'arrête devant sa porte, soudainement inquiète. Après tout, je ne sais pas ce qu'il lui est arrivé. Et si elle ne me reconnaît pas ? Ou qu'elle ne veut pas de ma visite ? Je sens la main de Maman me presser la main dans un geste qui se veut rassurant. Je la regarde une dernière fois pour rassembler mon courage dans ses yeux, et elle hoche la tête d'un regard entendu. Je suis ainsi assurée qu'elle ne viendra pas avec moi, même si le pincement de ses lèvres me montre qu'elle en meurt d'envie. Puis j'ouvre la porte et pénètre dans la chambre d'hôpital de ma professeure.
« Bonjour. »
Ma voix, qui s'élève comme un murmure, me paraît trop forte. Je referme la porte derrière moi et m'approche de là où repose l'adulte. Mon regard glisse sur le bandeau qu'elle porte.
« Les yeux, alors ? Difficile de continuer à lire. »
Je décide de ne pas passer par quatre chemins : ça ne me ressemble pas, et je ne doute de toute façon pas du fait qu'elle reconnaîtra ma voix.
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
Les yeux plongés dans le noir

Lorelyne Jenkins - 35 ans
La porte ne s'ouvre jamais en silence, plus maintenant. Avant, une porte était une porte. Aujourd'hui, tout se déroule à mon oreille : le raclement du bois contre le carrelage et la plainte d'un gond qu'aucun médicomage n'a jamais songé à huiler. Mais il n'y a pas que le bruit, il y a les sensations aussi. Le souffle d'air plus frais qui se faufile dans la chambre et qui vient frôler ma joue, par exemple.
Quelqu'un entre, alors j'écoute. Des pas légers, presque retenus, et le froissement d'un tissu.
Bonjour.
Un seul mot, je n'ai pas besoin d'un autre pour la reconnaitre.
Ashley Houston.
Le nom remonte tout seul, la petite augure, l'une des miennes. Elle a fait le déplacement jusqu'ici, pour venir s'asseoir au chevet de la chose que je suis devenue.
Quelque chose se serre dans ma poitrine, à l'endroit précis où je croyais ne plus rien sentir. Je ne m'attendais pas à être visitée, du moins pas par une de mes élèves. Mia est déjà venue me tenir compagnie le mois dernier, mais c'est différent.
Je me redresse. Le mouvement est brusque, presque indécent pour un corps qui n'a fait que languir entre ces draps. Mes paumes trouvent le matelas, mes vertèbres s'écartent une à une, et mon menton se relève dans cette vieille comédie de fierté.
Je refuse qu'elle me trouve affaissée. Je refuse qu'elle parte en se disant que la Grande Oracle n'est plus qu'une convalescence fatiguée, repliée sur ses ténèbres. Une élève ne doit pas voir son professeur diminué. Surtout pas une élève que m'a fait l'honneur de sa présence, surtout pas elle.
Je tourne le visage vers l'endroit d'où sa voix est venue, et le tissu blanc qui me ceint les yeux tire un peu sur mes tempes. Je n'ai pas le droit à une de ces phrases molles que j'entends à longueur de journée.
Comment vous sentez-vous, ne forcez pas, reposez-vous.
Ashley va droit au but, comme une flèche qui sait exactement où se loger. Je n'aime pas quand on tourne autour du chaudron, alors elle a raison de ne pas me ménager. A force, je finirai par croire que je suis en sucre.
« Mademoiselle... Ma voix me gratte un peu, je la dompte. Houston.
Vous, ici. Je n'aurais pas parié là-dessus. Mais de toute façon comme vous le voyez si bien, je gagne rarement mes paris ces derniers temps.
J'esquisse ce qui doit ressembler, je l'espère, à un sourire et non à une grimace.
Difficile de continuer à lire, en effet. Difficile de continuer beaucoup de choses, à vrai dire.
J'incline la tête vers elle, et derrière le bandeau, mes yeux cherchent encore, par habitude, une silhouette qu'ils ne trouveront pas. Une oracle qui ne voit plus rien. La vie a un sens de la mise en scène que je ne lui soupçonnais pas.
Lire me manque. Beaucoup de choses me manquent. Surtout Poudlard et vous enseigner. Les cours de divination sont assurés au moins ? »
Freya, viking badass et WikiPFR officiel.
Compte adulte d'Alaska Cross
Les yeux plongés dans le noir
Elle a l'air frêle et petite sur son lit de malade, même si elle se redresse en m'entendant. Je ne fais pas l'erreur de la prendre en pitié, car je sais qu'elle n'en a pas besoin et je n'oserais pas lui faire l'affront de la méconnaître au point de blesser sa fierté. Ma Grande Oracle, si confiante et sûre d'elle, forcée de rester enfermée dans une chambre d'hôpital, cela doit déjà être assez pour lui mettre un coup au moral et je ne suis pas là pour en rajouter une couche. Je suis là pour la simple envie de lui rendre visite et de lui parler, au-delà des rapports que nous avons d'habitude en cours ou dans la salle secrète du Chant. Quelque part au fond de moi, j'ai l'impression que je lui dois quelque chose et ce serait la première excuse qui me viendrait à l'esprit si elle me demandait la raison de ma présence ici ; qu'en échange de tout le savoir qu'elle nous partage et toutes les opportunités qu'elle nous offre, la visiter à la Nouvelle Sainte-Mangouste est la moindre des choses.
Elle me salue, sa voix s'élevant au-dessus de nous comme pour dompter l'espace qui nous sépare. Comme son intonation détone de l'image qu'elle renvoie ! C'est là toute sa force, je trouve, la façon qu'elle a de toujours se montrer au meilleur de sa forme alors qu'elle pourrait et aurait le droit d'être au pire. Certaines personnes ne se gêneraient pas pour cela, exagèreraient leur fatigue, leurs maux, passeraient des heures à expliquer comme ils sont malheureux d'être ici, comme ils aimeraient pouvoir sortir et bouger comme avant, à quel point cette situation est un fardeau, à quel point nous autres ne nous rendons pas compte de la chance que nous avons... Circé merci, Miss Jenkins ne fait pas partie de ces gens-là, sinon je n'aurais pas pris la peine de faire le déplacement.
Je souris presque à son étonnement face à ma visite improvisée. Il est vrai que je ne lui ai pas écrit. Mais je n'ai pas jugé utile de lui envoyer une lettre, et j'ai bien eu raison ; elle n'aurait même pas pu lire ce que j'y aurais mis.
« Il y a des choses qu'on ne peut ni parier ni prédire. »
Mes pensées sont loin de connaître l'ironie de mes mots mais je ne m'attarde pas plus longtemps sur les raisons de ma présence ici. Après tout, elle n'a pas besoin de m'entendre pour comprendre ; les actes valent mille fois plus que les mots. Quant elle sourit, je me rapproche à petits pas, fatiguée de rester près de la porte. Si je suis là, c'est pour lui parler et non pour simplement lui passer le bonjour. Si ça n'avait été que ça, je lui aurais envoyé des fleurs ou un quelconque autre cadeau avec signé « Bon rétablissement ». Je trouve une chaise près du lit, mais ne m'y assieds pas, attendant comme une autorisation de sa part pour le faire. Plus tard, me dis-je. Je peux rester debout encore un peu.
« Par une certaine Serafina Santos, réponds-je à sa question. C'est... différent. »
Je marque une pause, hésite, puis ajoute :
« Elle n'est pas comme vous. »
Elle n'est pas vous, avais-je envie de dire. Je ne sais pas ce qui a bloqué ce petit mot à sortir de ma gorge. Ne voulant pas me pencher plus longtemps sur la question, je décide de passer à autre chose te de changer de sujet. Il y a bien une raison autre que le plaisir de voir ma professeure qui m'a amenée ici aujourd'hui, malgré la fatigue du nouvel an. Je veux savoir ce qui lui est arrivé. Un problème de santé, ont-ils expliqué à l'école. Mais Miss Jenkins n'est pas du genre à avoir un problème de santé. Elle vient du Nord, ce n'est pas l'hiver qu'elle craint, un rhume n'est pas capable de la mettre au lit et encore moins de lui faire perdre la vue.
« Comment ? » je demande alors, simplement.
Elle me salue, sa voix s'élevant au-dessus de nous comme pour dompter l'espace qui nous sépare. Comme son intonation détone de l'image qu'elle renvoie ! C'est là toute sa force, je trouve, la façon qu'elle a de toujours se montrer au meilleur de sa forme alors qu'elle pourrait et aurait le droit d'être au pire. Certaines personnes ne se gêneraient pas pour cela, exagèreraient leur fatigue, leurs maux, passeraient des heures à expliquer comme ils sont malheureux d'être ici, comme ils aimeraient pouvoir sortir et bouger comme avant, à quel point cette situation est un fardeau, à quel point nous autres ne nous rendons pas compte de la chance que nous avons... Circé merci, Miss Jenkins ne fait pas partie de ces gens-là, sinon je n'aurais pas pris la peine de faire le déplacement.
Je souris presque à son étonnement face à ma visite improvisée. Il est vrai que je ne lui ai pas écrit. Mais je n'ai pas jugé utile de lui envoyer une lettre, et j'ai bien eu raison ; elle n'aurait même pas pu lire ce que j'y aurais mis.
« Il y a des choses qu'on ne peut ni parier ni prédire. »
Mes pensées sont loin de connaître l'ironie de mes mots mais je ne m'attarde pas plus longtemps sur les raisons de ma présence ici. Après tout, elle n'a pas besoin de m'entendre pour comprendre ; les actes valent mille fois plus que les mots. Quant elle sourit, je me rapproche à petits pas, fatiguée de rester près de la porte. Si je suis là, c'est pour lui parler et non pour simplement lui passer le bonjour. Si ça n'avait été que ça, je lui aurais envoyé des fleurs ou un quelconque autre cadeau avec signé « Bon rétablissement ». Je trouve une chaise près du lit, mais ne m'y assieds pas, attendant comme une autorisation de sa part pour le faire. Plus tard, me dis-je. Je peux rester debout encore un peu.
« Par une certaine Serafina Santos, réponds-je à sa question. C'est... différent. »
Je marque une pause, hésite, puis ajoute :
« Elle n'est pas comme vous. »
Elle n'est pas vous, avais-je envie de dire. Je ne sais pas ce qui a bloqué ce petit mot à sortir de ma gorge. Ne voulant pas me pencher plus longtemps sur la question, je décide de passer à autre chose te de changer de sujet. Il y a bien une raison autre que le plaisir de voir ma professeure qui m'a amenée ici aujourd'hui, malgré la fatigue du nouvel an. Je veux savoir ce qui lui est arrivé. Un problème de santé, ont-ils expliqué à l'école. Mais Miss Jenkins n'est pas du genre à avoir un problème de santé. Elle vient du Nord, ce n'est pas l'hiver qu'elle craint, un rhume n'est pas capable de la mettre au lit et encore moins de lui faire perdre la vue.
« Comment ? » je demande alors, simplement.
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur