Sous les pierres familiales

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Le vrombissement du vent et des branches résonnait encore dans la cour du grand manoir écossais, tandis que les lourdes capes noires des familles franchissaient peu à peu les grilles du domaine.
Les salutations se faisaient rares. Quelques poignées de main étaient échangées par convenance, quelques regards se croisaient avant de s'échapper aussitôt.
Les ennemis d'hier observaient une trêve silencieuse, réunis pour honorer la mort d'un être cher — ou du moins, d'un être important.
Quand le picotement du froid sur ses joues l'assaillit, Noa se recroquevilla un peu plus dans sa fidèle écharpe jaune poussin, tandis que sa mère posait une main sur son épaule. À ce contact, la fillette se tourna vivement vers le visage grave de sa mère. Elle ne l'avait pas souvent vue ainsi : le regard posé sur elle sans vraiment la voir. Les épaules droites, l'élégance tendue jusqu'à frôler l'arrogance.
Son père, lui, ne quittait pas sa femme des yeux, comme s'il savait des choses que Noa ignorait.
On ne lui avait pas raconté grand-chose de cette journée. Simplement que ce grand-père qu'elle n'avait jamais connu avait rejoint le soleil dans son royaume, et qu'ils étaient venus lui dire adieu une dernière fois.
Pourtant, sa mère ne semblait pas triste comme Noa l'avait été lorsqu'elle avait perdu son lapin. Ce n'était pas la même tristesse. C'était autre chose. Quelque chose de plus froid. De plus lourd.
Et malgré son jeune âge, malgré les adultes en noir qui se pressaient autour d'elle, Noa ressentait ce décalage. Comme si elle assistait à quelque chose d'important sans vraiment en comprendre les règles.
Puis la main sur son épaule se resserra, et la fillette s'immobilisa, surprise. Le regard de Donatella avait quitté sa fille pour se poser sur quelque chose au loin, parmi la foule de manteaux noirs. Ils n'étaient séparés que de quelques mètres, et pourtant un fossé semblait s'être creusé entre les deux groupes. Un no man's land instauré par un simple regard.
Donatella ne prit pas la peine de s'avancer. Sa voix claqua dans l'air froid et lourd de la cérémonie.
— Victoria. Cela faisait longtemps.
La gamine, toujours prisonnière de la main de sa mère, déglutit. Elle ne l'avait pas souvent entendue prendre ce ton-là. Mais à chaque fois, cela s'était mal terminé pour quelqu'un. Souvent pour elle.
Pendant un bref instant, elle crut même entendre son nom complet résonner dans le vent.
Noa Arabella Vane.
Le genre de nom qu'on prononçait quand elle avait fait quelque chose de très stupide. Ou de très impressionnant. Généralement les deux.
Elle leva alors ses yeux d'eau vers la femme appelée Victoria, emplis d'une compassion sincère. Pour rien au monde, elle n'aurait voulu être à sa place.
451 mots
#d19002 - Tournes-toi vers le soleil, et l'ombre sera derrière toi.
Sous les pierres familiales
Fallait bien avouer que l'Écosse était magnifique. Une terre sauvage, déchirée par le vent. Mystérieuse et hostile. J'ai découvert des lambeaux de ma terre natale, lors de mes trajets à bord du Poudlard Express, mais rien que des paysages qui filaient à grande vitesse, des étendues inaccessibles, de l'autre côté de la vitre.
Aujourd'hui, c'était différent, je pouvais toucher l'herbe grasse, sentir l'air sur mon visage. Mais aujourd'hui, n'était pas un jour de détente dédié au plaisir fugace d'un sentiment de liberté. C'était même le contraire. Aujourd'hui c'était l'enterrement d'un grand-père dont je n'avais aucun souvenir. William.
La veille, Mila était partie chez papa à Brighton, tandis que maman et moi, avions transplané en Écosse.
Nous avions passé la nuit dans une auberge pittoresque sur l'île de Skye, à un kilomètre du berceau familial.
Le berceau en question était un gigantesque manoir, typiquement dans le style écossais. De lourdes pierres grises, d'énormes tours carrées, entourées d'un parc verdoyant, et d'une immense grille en fer forgé noir qui faisait office de clôture. Le tout, dans une ambiance ensoleillée aurait été élégant mais aujourd'hui, le ciel gris semblait prêt à écraser l'édifice, donnant au manoir, un aspect froid et lugubre, comme dans ce vieux film "La famille Adams".
En passant la grille je ne pu retenir ma surprise :
- Oh la vache ! Mais c'est immense ! Je crois qu'à part Poudlard, j'ai jamais rien vu d'aussi grand ! C'est là qu't'as grandi ?
- Oui... C'est Knockderry Castle. J'y ai grandi et toi tu y es né.
Sa voix tremblait de nostalgie, ou de malaise, j'en savais trop rien.
Elle a passé son bras sous le mien et nous avons longé l'allée, côte a côte, au milieu d'inconnus en cape sombre. C'était bizarre, à l'extérieur, elle paraissait calme et sereine, mais son bras crispé sous le mien m'indiquait qu'elle était tendue, aux aguets, comme si elle s'attendait à voir surgir un fantôme.
C'était peut-être normal. Après tout, ça faisait presque quinze ans qu'elle n'était pas revenue. Et puis, même si les rares fois où elle parlait de William, ce n'était pas en bons termes, il était quand-même son père.
Alors je ne disais rien, je marchais en silence, mon bras emmêlé au sien, pour l'accompagner ou la soutenir.
Je regardais les gens autour de moi. Ils avaient des mines austères dans leur tenue noires de deuil. Pourtant, ils n'avaient pas l'air triste, juste, comme s'il étaient là par devoir. Comme moi en fait.
Est-ce que c'était normal que je ne ressente rien ? La seule chose, c'est que je me sentais ridicule dans mon costume noir. On aurait dit un pingouin.
Sinon rien, ni peine, ni mélancolie... Je me souviens de l'enterrement de Mima, j'avais tellement pleuré.
Mais aujourd'hui, j'arrivais pas à imaginer un monde dans lequel ma grand-mère Bianca, douce et gentille, pouvait être avec un homme comme William.
Je me perdais dans mes souvenirs quand la main de ma mère s'est serrée autour de mon poignet.
J'ai aussitôt tourné mon visage vers elle, puis mon regard a suivi le sien.
Plus loin, une femme aux cheveux blancs remontés dans un chignon sophistiqué, portait une longue cape de velours noir. Elle serrait la main d'invités.
Ma mère ralenti le pas, comme pour retarder l'échéance.
Mais c'est une voix sortie du néant qui nous stoppa. Une voix douce mais froide, à en filer la chaire de poule.
Je me tournais vers la femme qui avait interpellé ma mère.
Je l'ai reconnue au premier coup d'œil. Il y avait de nombreuses photos d'elle et maman à la maison. Ma tante Donatella, dont Mila tenait son deuxième prénom, tout comme moi j'avais celui d'oncle Lorenzo.
Elle était entourée d'un homme et d'une enfant. Mon oncle Dural et ma cousine Noa. Je connaissais l'histoire bien-sûr, même si maman en parlait peu, de peur que les larmes la submerge.
Les quelques mètres qui nous séparaient semblaient s'étirer alors que nous avancions dans leur direction.
Plus je m'approchais et plus, je notais le contraste saisissant entre eux. Dural et Noa semblaient êtres bénis du soleil, teint hâlé et cheveux dorés. Alors que ma tante était d'une beauté froide, une peau de porcelaine entourée de cheveux d'ébène. Mais comme ma mère, elle avait un regard hypnotique, sauf que le sien était couleur d'émeraude.
Ma mère lâcha mon bras et s'arrêta un instant devant sa soeur, hésitante. Elle lui sourit. Puis d'un geste spontané et emplit d'amour, elle s'approcha et la serra dans ses bras.
- Dona, tu m'as tellement manqué.
Son souffle était court, comme si elle avait retenu sa respiration tout ce temps.
Elle se recula une seconde plus tard, en baissant les yeux.
Je connaissais ma mère et je savais qu'à cet instant précis, elle avait peur. Elle craignait que son geste n'ait fait plus de mal que de bien.
Et moi, j'avais mal pour elle.
Poussé par un élan de courage, ou parce que ma timidité semblait soudainement s'être envolée, je tendais la main vers ma tante, en signe de respect :
- Bonjour, moi c'est Ga...
- Victoria.
De concert, nous avons tourné nos regards vers la femme à la cape de velours noir.
- Mère.
La voix de ma mère était à peine audible.
Aujourd'hui, c'était différent, je pouvais toucher l'herbe grasse, sentir l'air sur mon visage. Mais aujourd'hui, n'était pas un jour de détente dédié au plaisir fugace d'un sentiment de liberté. C'était même le contraire. Aujourd'hui c'était l'enterrement d'un grand-père dont je n'avais aucun souvenir. William.
La veille, Mila était partie chez papa à Brighton, tandis que maman et moi, avions transplané en Écosse.
Nous avions passé la nuit dans une auberge pittoresque sur l'île de Skye, à un kilomètre du berceau familial.
Le berceau en question était un gigantesque manoir, typiquement dans le style écossais. De lourdes pierres grises, d'énormes tours carrées, entourées d'un parc verdoyant, et d'une immense grille en fer forgé noir qui faisait office de clôture. Le tout, dans une ambiance ensoleillée aurait été élégant mais aujourd'hui, le ciel gris semblait prêt à écraser l'édifice, donnant au manoir, un aspect froid et lugubre, comme dans ce vieux film "La famille Adams".
En passant la grille je ne pu retenir ma surprise :
- Oh la vache ! Mais c'est immense ! Je crois qu'à part Poudlard, j'ai jamais rien vu d'aussi grand ! C'est là qu't'as grandi ?
- Oui... C'est Knockderry Castle. J'y ai grandi et toi tu y es né.
Sa voix tremblait de nostalgie, ou de malaise, j'en savais trop rien.
Elle a passé son bras sous le mien et nous avons longé l'allée, côte a côte, au milieu d'inconnus en cape sombre. C'était bizarre, à l'extérieur, elle paraissait calme et sereine, mais son bras crispé sous le mien m'indiquait qu'elle était tendue, aux aguets, comme si elle s'attendait à voir surgir un fantôme.
C'était peut-être normal. Après tout, ça faisait presque quinze ans qu'elle n'était pas revenue. Et puis, même si les rares fois où elle parlait de William, ce n'était pas en bons termes, il était quand-même son père.
Alors je ne disais rien, je marchais en silence, mon bras emmêlé au sien, pour l'accompagner ou la soutenir.
Je regardais les gens autour de moi. Ils avaient des mines austères dans leur tenue noires de deuil. Pourtant, ils n'avaient pas l'air triste, juste, comme s'il étaient là par devoir. Comme moi en fait.
Est-ce que c'était normal que je ne ressente rien ? La seule chose, c'est que je me sentais ridicule dans mon costume noir. On aurait dit un pingouin.
Sinon rien, ni peine, ni mélancolie... Je me souviens de l'enterrement de Mima, j'avais tellement pleuré.
Mais aujourd'hui, j'arrivais pas à imaginer un monde dans lequel ma grand-mère Bianca, douce et gentille, pouvait être avec un homme comme William.
Je me perdais dans mes souvenirs quand la main de ma mère s'est serrée autour de mon poignet.
J'ai aussitôt tourné mon visage vers elle, puis mon regard a suivi le sien.
Plus loin, une femme aux cheveux blancs remontés dans un chignon sophistiqué, portait une longue cape de velours noir. Elle serrait la main d'invités.
Ma mère ralenti le pas, comme pour retarder l'échéance.
Mais c'est une voix sortie du néant qui nous stoppa. Une voix douce mais froide, à en filer la chaire de poule.
Je me tournais vers la femme qui avait interpellé ma mère.
Je l'ai reconnue au premier coup d'œil. Il y avait de nombreuses photos d'elle et maman à la maison. Ma tante Donatella, dont Mila tenait son deuxième prénom, tout comme moi j'avais celui d'oncle Lorenzo.
Elle était entourée d'un homme et d'une enfant. Mon oncle Dural et ma cousine Noa. Je connaissais l'histoire bien-sûr, même si maman en parlait peu, de peur que les larmes la submerge.
Les quelques mètres qui nous séparaient semblaient s'étirer alors que nous avancions dans leur direction.
Plus je m'approchais et plus, je notais le contraste saisissant entre eux. Dural et Noa semblaient êtres bénis du soleil, teint hâlé et cheveux dorés. Alors que ma tante était d'une beauté froide, une peau de porcelaine entourée de cheveux d'ébène. Mais comme ma mère, elle avait un regard hypnotique, sauf que le sien était couleur d'émeraude.
Ma mère lâcha mon bras et s'arrêta un instant devant sa soeur, hésitante. Elle lui sourit. Puis d'un geste spontané et emplit d'amour, elle s'approcha et la serra dans ses bras.
- Dona, tu m'as tellement manqué.
Son souffle était court, comme si elle avait retenu sa respiration tout ce temps.
Elle se recula une seconde plus tard, en baissant les yeux.
Je connaissais ma mère et je savais qu'à cet instant précis, elle avait peur. Elle craignait que son geste n'ait fait plus de mal que de bien.
Et moi, j'avais mal pour elle.
Poussé par un élan de courage, ou parce que ma timidité semblait soudainement s'être envolée, je tendais la main vers ma tante, en signe de respect :
- Bonjour, moi c'est Ga...
- Victoria.
De concert, nous avons tourné nos regards vers la femme à la cape de velours noir.
- Mère.
La voix de ma mère était à peine audible.
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