Chante-moi ta poésie
Mes doigts tapotent anxieusement le bois de la table à laquelle je suis assise en regardant le monde autour de moi avec perplexité. Don m'a donné rendez-vous dans ce pub moldu il y a de cela quelque temps pour qu'on puisse prendre des nouvelles l'un de l'autre. Il n'a pas été très clair sur la question, comme d'habitude. "Rendez-vous le 11 octobre. Concert sympa." Je ne sais pas pourquoi il s'efforce de toujours être aussi mystérieux. Moi, je suis un livre ouvert. On me voit, on me lit, on me comprend. Enfin, je crois.
Il y a bien un type sur la scène au fond du pub, mais sa tête ne me dit absolument rien. Quoique ? Je ne sais pas, je ne suis pas assez concentrée. Don est allé nous chercher un verre au bar, ce qui fait que je suis entourée de tous ces moldus inconnus et que je ne sais pas comment me comporter. Est-ce que je devrais leur parler ? Leur demander pourquoi ils prennent des photos d'eux sur une sorte de gadget électronique à la place d'utiliser un appareil photo sorcier ? Don m'aurait fait les gros yeux. Quand il m'emmène dans des lieux moldus, il préfère que je me fasse discrète, parce que lui-même préfère le rester. Je soupire en abandonnant l'idée et me concentre sur le garçon sur scène.
Sa voix est rauque mais juste. J'aime bien. Moi aussi, je chante parfois. Mais je peux sentir que l'artiste sur scène a bien plus travaillé que moi pour obtenir un timbre pareil. J'appuie ma tête sur ma main, léger sourire aux lèvres. C'est beau, ce qu'il chante. Le texte est triste, un amour qui a laissé des traces. Mais c'est beau. Il est dedans. C'est de sa voix et de sa guitare que résonne la musique, mais je peux entendre que c'est tout son corps qui vibre. Il bouge, il vit. Là était au moins une chose que je pouvais faire comme les moldus : apprécier l'art que l'un des leurs jouait. Si certains groupes ne lui paient pas la moindre attention et continuent de discuter entre eux, je peux observer d'autres regards aussi hypnotisés que le mien par ce qui se passe sur la scène. On peut entendre doucement que la chanson touche à sa fin et le silence se fait doucement dans la salle qui attend la dernière note. Quand elle tombe, quelques applaudissements retentissent et je les suis avec entrain — une de nos pratiques communes, visiblement.
« Wouwouwouuu !, crié-je en mettant ma main en porte-voix pour lui donner de la force. »
C'est à ce moment-là que Don revient avec des boissons. Il me met une bière devant moi. Je grimace un peu, mais je la prends entre les doigts sans y tremper mes lèvres. Depuis que j'ai la majorité, il veut absolument m'initier, et si j'arrive doucement à me faire au goût de la bièraubeurre, les bières moldues qu'il tente de me faire boire sont infectes. Pour autant, je ne veux pas le froisser, alors je fais tomber la grimace pour lui sourire.
« Il est super, le chanteur, lui dis-je en faisant passer le verre d'une de mes mains à l'autre.
— Ouais, ouais, répondit-il en fronçant les sourcils avant de soupirer. Tu voulais autre chose, c'est ça ?
— Quoi ? Oh ! Euh... Un jus de citrouille aurait fait l'affaire, oui, soupiré-je. Mais ne t'inquiète pas, je vais faire av-
— T'occupe. J'arrive. »
Et il repart aussi vite qu'il n'est arrivé. Bon, la bonne nouvelle, c'est que je n'aurai pas à boire une bière. La mauvaise, c'est que je suis de nouveau seule. Tant pis. Je mets la bière sur le côté et réappuie ma tête dans ma main. La musique ne joue plus, je n'ai plus qu'à regarder ce qui se passe autour de moi. Les gens rient, discutent. Au moins de quoi me donner du baume au cœur.
Voilà, voilà, dis-moi si c'est bon pour toi !
667 mots
667 mots
Employée chez Apothic'Herbes depuis juillet 2051 - couleur #55574C - fiche