10 juil. 2026, 15:40
 OS  Les rêves derrière une vitrine
Jeudi 6 juillet 2051 - après midi

Les vacances avaient quelque chose de bizarre.
Pendant des mois, j'avais rêvé d'entendre le professeur annoncer la fin des cours, de pouvoir dormir sans penser aux devoirs, de ne plus courir d'une salle à l'autre avec un parchemin coincé sous le bras. Pourtant, maintenant que j'y étais... il me manquait quelque chose.
Poudlard.
Ses escaliers impossibles.
Les cris dans la Grande Salle.
Les éclats de rire dans le dortoir.
Même les interminables marches jusqu'à la tour de Gryffondor avaient fini par me manquer. Enfin... pas les marches en elles-mêmes. Mes jambes ne les regrettaient absolument pas.

Aujourd'hui, mes parents m'avaient laissée aller seule sur le Chemin de Traverse. Ils habitaient suffisamment près de Londres pour que cela ne les inquiète pas vraiment. J'avais promis de faire attention, de rentrer avant la fin d'après-midi, et surtout de ne pas suivre un inconnu qui me proposerait "une affaire exceptionnelle". Apparemment, il fallait préciser ce genre de choses.
Je marchais donc tranquillement entre les boutiques.
Le pavé grinçait sous mes chaussures.
Une chouette passa au-dessus de ma tête en poussant un cri qui fit sursauter trois touristes.
Un chAudron déborda de mousse verte devant une échoppe.
Quelqu'un éternua si fort qu'un nuage de poudre violette s'échappa de sa barbe.
Bref.
Une journée parfaitement normale.

Je regardais les vitrines sans véritable objectif. Les librairies, les magasins de robes, les boutiques de chaudrons... tout était fascinant, mais je n'avais pas vraiment besoin de quoi que ce soit.
Enfin...
Jusqu'à ce que mes jambes décident de s'arrêter toutes seules.
Je clignai des yeux.
"Hein ? "
Je levai lentement la tête.
Et là...
Mon cerveau cessa tout simplement de fonctionner.
La vitrine brillait sous le soleil.

Des balais de toutes tailles étaient suspendus dans les airs comme s'ils flottaient dans une danse silencieuse. Certains faisaient lentement demi-tour sur eux-mêmes pour montrer leur manche verni. D'autres accéléraient soudain sur quelques mètres avant de freiner net, comme pour rappeler qu'ils ne demandaient qu'à voler.
Des tenues de Quidditch aux couleurs éclatantes étaient exposées sur des mannequins enchantés qui faisaient semblant d'attraper un Souafle invisible.
Un Cognard miniature rebondissait contre une vitre magique avant de repartir dans l'autre sens.
Même les Vifs d'or semblaient vivants.
Ils tournoyaient dans une petite cage enchantée, disparaissaient derrière un nuage doré, puis réapparaissaient quelques secondes plus tard.

Je restai figée.
Complètement.
Je ne savais même plus depuis combien de temps je respirais.
"Wouah... "
Ce fut le seul mot intelligent que mon cerveau réussit à produire.
J'avançai d'un pas.
Puis d'un autre.
Presque malgré moi.
Mon nez finit à quelques centimètres de la vitre.
Oui.
Littéralement.
Je crois même que je laissai une petite marque.
Heureusement que personne ne regardait.
Enfin... j'espérais.

Mon regard passait d'un balai à l'autre avec une vitesse qui aurait probablement rendu fier un arbitre de Quidditch.
Celui-là avait un manche incroyablement fin.
Celui-ci semblait taillé dans un bois presque argenté.
Un autre possédait des brindilles parfaitement alignées qui donnaient envie de les caresser.
Je pouvais presque imaginer leurs sensations en plein vol.
Les accélérations.
Le vent.
Les virages.
Le bruit des gradins.
Je me revoyais quelques semaines plus tôt, pendant les cours de vol.
Dès la première leçon, quelque chose avait cliqué dans ma tête.
D'autres élèves avaient eu peur.
Moi...
J'avais juste eu envie d'aller plus haut.
Toujours plus haut.
J'adorais cette sensation où le sol s'éloignait sans qu'il soit nécessaire de lancer un seul sort.
Il suffisait d'avoir confiance.
Enfin...
Et d'éviter de regarder directement en bas quand on n'était pas très rassurée.

Je continuais d'observer les balais comme une enfant devant une montagne de confiseries.
Je savais parfaitement que je n'en achèterais pas un aujourd'hui.
Je connaissais leur prix.
Même sans regarder les étiquettes.
Mes parents travaillaient dur.
Ils avaient déjà payé toutes mes fournitures pour Poudlard.
Je ne pouvais pas leur demander un balai juste parce que j'en avais envie.
Un jour, peut-être.
Quand ce serait raisonnable.
Ou quand j'aurais économisé suffisamment.
Ou...
Quand un miracle tomberait du ciel.
Même si, connaissant ma chance, le miracle m'assommerait probablement avant.
Je souris toute seule.

Puis mon regard glissa vers la porte.
Je restai immobile.
Entrer ?
Ne pas entrer ?
Après tout...
Regarder était gratuit.
Enfin...
Normalement.
Je passai une bonne minute entière à hésiter.
J'entrais.
Je ressortais.
J'entrais.
Je ressortais.
Mentalement, heureusement.
Parce que si je l'avais vraiment fait devant la porte, les passants auraient probablement appelé Sainte-Mangouste.

Finalement...
Je pris une grande inspiration.
"Allez... je regarde juste. "
Je poussai doucement la porte.
Une petite clochette tinta.
Aussitôt, une odeur de bois ciré, de cuir neuf et d'air frais envahit mes narines.
Je ne savais pas comment c'était possible.
Mais ce magasin sentait... le Quidditch.
C'était la seule façon de le décrire.
Le plafond disparaissait sous des dizaines de balais suspendus.
Des vitrines présentaient des protections de toutes tailles.
Des gants.
Des lunettes.
Des Souafles.
Des Cognards.
Des miniatures de stades.
Même les étagères semblaient soigneusement organisées pour donner envie de tout essayer.
Je tournai lentement sur moi-même.
Je ne savais plus où regarder.
C'était pire qu'une pâtisserie.
Beaucoup pire.
Une pâtisserie, au bout d'un moment, on finit par choisir.
Là...
J'avais envie de tout regarder en même temps.

Je m'approchai d'un présentoir où plusieurs balais étaient exposés.
Sans réfléchir, je tendis doucement la main.
Mes doigts effleurèrent le manche de l'un d'eux.
Le bois était parfaitement lisse.
Tiède.
Comme s'il attendait simplement qu'on lui demande de décoller.
Je refermai aussitôt les doigts.
Non.
Je ne devais pas m'emballer.
Je n'étais pas venue pour acheter.
Juste...
Pour rêver un peu.

Je continuai d'avancer entre les présentoirs, presque sur la pointe des pieds.
J'avais l'impression d'être entrée dans un musée où tout ce que j'avais le droit de faire, c'était regarder.
Et, franchement...
Ça me suffisait déjà largement.

Chaque balai semblait avoir sa propre personnalité.
Certains étaient fins et élégants, presque raffinés.
D'autres avaient un manche plus épais, donnant l'impression qu'ils avaient été conçus uniquement pour la vitesse.

Je me surpris à imaginer leurs sensations en plein vol.
Celui-là devait être incroyablement réactif dans les virages.
Celui-ci avait sûrement une accélération impressionnante.
Et celui du fond... lui, il avait une tête de champion. Oui, je sais, c'est étrange de dire qu'un balai a une tête de champion, mais dans ma tête, ça avait parfaitement du sens.

Je m'arrêtai devant une petite étiquette.
Le prix.
Je retins aussitôt un sifflement.
"Ah oui... quand même... "
Je comprenais mieux pourquoi les joueurs professionnels bichonnaient autant leur matériel.
Avec un prix pareil, moi aussi je lui souhaiterais bonne nuit tous les soirs.
Je laissai échapper un petit rire avant de poursuivre ma visite.

À quelques mètres, un vendeur était occupé à conseiller une famille venue acheter des protections pour leur fils. Il leva brièvement les yeux dans ma direction, m'adressa un sourire poli avant de s'approcher de quelques pas.
"Bonjour. Je peux vous renseigner ? "
Je secouai rapidement la tête avec un sourire un peu timide.
"Non merci... je regarde seulement. "
"Très bien. N'hésitez pas si vous avez une question. "
Puis il retourna aussitôt auprès de ses autres clients.

Et, quelque part...
J'étais contente.
J'aimais bien pouvoir flâner tranquillement.
Prendre mon temps.
M'arrêter devant chaque vitrine.
Lire les petites descriptions.
Comparer les modèles, même si je savais parfaitement que je repartirais les mains vides.
Cela ne me rendait pas triste.
Enfin...
Si.
Un tout petit peu.
Mais ce n'était pas de la jalousie.
Plutôt une motivation.
Je me promis intérieurement qu'un jour, moi aussi, j'aurais mon propre balai.
Pas forcément le plus rapide.
Pas forcément le plus cher.
Juste le mien.
Celui que je connaîtrais par cœur.
Celui sur lequel je pourrais passer des heures à voler au-dessus du terrain de Poudlard.

Je repris lentement mon tour du magasin.
Les Souafles soigneusement alignés.
Les Cognards enfermés derrière des vitrines renforcées.
Les gants de gardien.
Les protections.
Les affiches d'anciennes Coupes du Monde de Quidditch.
Je voulais tout regarder.
Tout retenir.
Comme si chacun de ces détails pouvait nourrir encore un peu plus le rêve qui grandissait en moi.

Après un dernier regard vers les balais suspendus au plafond, je laissai échapper un léger sourire.
Un jour.
Je ne savais pas quand.
Je ne savais pas comment.
Mais un jour, j'en étais certaine, je reviendrais.

Je pris une grande inspiration avant de me diriger vers la sortie. La petite clochette tinta lorsque je poussai la porte et, aussitôt, le brouhaha familier du Chemin de Traverse m'enveloppa de nouveau. Les conversations, les hiboux qui hululaient au loin et les allées et venues des sorciers reprirent leur place autour de moi.
Je glissai une dernière fois un regard vers la vitrine. Les balais continuaient de flotter derrière la vitre, imperturbables, comme si rien ne s'était passé.
Je leur adressai un petit signe de la main, amusée par ma propre réaction.
"À bientôt... enfin, j'espère. "/color]

Puis je repris mon chemin d'un pas léger.
Je n'avais rien acheté.
Mon porte-monnaie était toujours aussi vide.
En revanche, ma tête, elle, débordait de rêves.
Et parfois...
C'était déjà le plus beau des trésors.


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1er année : Promotion 2050-2051 #691414
“Les mauvaises idées deviennent souvent les meilleurs souvenirs.”