10 juil. 2026, 17:28
 OS  La banque où même les murs ont l'air riches
samedi 8 juillet 2051 matinée


Il y avait des endroits qui impressionnaient dès qu'on les apercevait.
Gringotts en faisait définitivement partie.
Je m'arrêtai quelques secondes devant l'immense façade blanche qui dominait le Chemin de Traverse. Les colonnes semblaient monter jusqu'au ciel, les portes de bronze brillaient sous le soleil et des sorciers entraient et sortaient sans même sembler remarquer le bâtiment. Comme si c'était parfaitement normal.

Moi, en revanche...
J'avais le cou tellement levé que j'étais presque certaine d'être capable de compter les nuages.
"Tu viens, Sheryl ? "
La voix de mon père me ramena sur Terre.
"Oui... oui ! "
Je pressai le pas pour rejoindre mes parents.
Nous n'étions pas là pour une fortune cachée depuis des générations. Malheureusement. Nous venions simplement retirer quelques Gallions pour préparer tranquillement la deuxième année à Poudlard.

C'était une raison parfaitement normale.
Mais dans ma tête...
J'avais l'impression de partir à l'aventure.
À peine les portes franchies, je restai figée.
"Wouah... "

Le hall était immense.
Immense au point que je me demandai si quelqu'un n'avait pas discrètement lancé un sort pour agrandir l'intérieur.
Le sol de marbre reflétait les immenses lustres suspendus au plafond. Des sorciers faisaient la queue devant de longs comptoirs derrière lesquels travaillaient des gobelins. Le bruit des plumes courant sur le parchemin se mélangeait aux conversations discrètes des clients.
Tout semblait incroyablement organisé.
Et incroyablement sérieux.
Je baissai instinctivement la voix.
Je n'avais pourtant rien dit.

Mais je sentais que parler trop fort ici serait presque un crime.
Mon regard glissait partout.
Les énormes portes.
Les balances.
Les piles de registres.
Les chariots qui passaient parfois au fond de la salle.
Les gobelins surtout.
Ils écrivaient avec une rapidité impressionnante sans lever les yeux de leurs papiers. Certains portaient de petites lunettes au bout du nez. D'autres manipulaient des montagnes de pièces comme si compter plusieurs centaines de Gallions était aussi simple que compter des Chocogrenouilles.

Je les observais discrètement.
Enfin...
Je croyais être discrète.
L'un d'eux leva soudain les yeux.
Nos regards se croisèrent.
Je détournai immédiatement la tête avec l'air le plus innocent du monde.
J'étais persuadée qu'il venait de lire dans mes pensées.
Ou pire.
Qu'il savait que j'avais imaginé pendant cinq bonnes minutes qu'un dragon dormait quelque part sous mes pieds.

Parce qu'il y avait forcément un dragon.
Tout le monde parlait toujours des dragons de Gringotts.
Je jetai un regard discret vers le sol.
Rien.
Aucun rugissement.
Aucune vibration.
Bon...
Peut-être qu'il faisait la sieste.
Nous rejoignîmes la file d'attente.

Pour patienter, je comptai les colonnes.
Puis les lustres.
Puis les sorciers portant un chapeau pointu.
Puis je recommençai parce qu'un monsieur venait d'enlever le sien et avait complètement faussé mon calcul.

Je soupirai.

Les statistiques, ce n'était décidément pas mon fort.
Pendant que mes parents discutaient tranquillement entre eux, mon imagination, elle, continuait son travail.
Je regardai une sorcière sortir d'un bureau avec un petit coffre.
Je me demandai ce qu'il pouvait contenir.
Un héritage ?
Des bijoux ?
Une collection de cartes de Chocogrenouilles ?
Personnellement, si j'avais un coffre, il serait probablement rempli de plumes, de vieux parchemins, de cailloux trouvés "parce qu'ils avaient une jolie forme", et peut-être d'un paquet de biscuits caché pour les urgences.

Je trouvais ça beaucoup plus utile qu'une montagne d'or.
Enfin...
Peut-être pas selon les gobelins.
Notre tour arriva finalement.
Mon père échangea quelques mots avec un employé pendant que je continuais d'observer les alentours.
Même les plumes semblaient travailler plus sérieusement qu'à Poudlard.
Je me demandai si elles avaient peur de faire une faute d'orthographe.
Je souris toute seule à cette idée.

Quelques instants plus tard, nous fûmes conduits vers les célèbres wagonnets.
Et là...
Je compris que tout ce que j'avais imaginé jusque-là était encore très loin de la réalité.
Le petit véhicule semblait minuscule.
Je le regardai.
Il me regarda.
Enfin...
J'eus l'impression qu'il me regarda
"On monte vraiment là-dedans ? "
Mon père éclata de rire.
" Oui. "
Je montai prudemment.
Très prudemment.
Le wagon démarra.
Doucement.
Je me détendis.
"Ah, finalement, ça va... "
Je n'eus pas le temps de finir ma phrase.
Le wagon accéléra d'un seul coup.
"AAAAAAAAAAH ! "
Le vent plaqua mes cheveux en arrière.
Nous plongions.
Nous remontions.
Nous tournions.
À droite.
À gauche.
Encore à droite.

Je m'accrochai au rebord comme si ma vie en dépendait.
"C'est normal que ça aille aussi viiiiite ?! "

Mon père riait.
Ma mère riait.
Moi, j'essayais surtout de garder mon petit-déjeuner à l'intérieur de mon estomac.
Au bout de quelques instants, pourtant...
La peur laissa doucement place à autre chose.
Je commençai à rire moi aussi.
Un grand rire incontrôlable.
Parce que c'était complètement fou.

Complètement absurde.
Et incroyablement amusant.
Lorsque le wagon ralentit enfin, je descendis avec les jambes un peu tremblantes.
"Je crois que... j'ai laissé mon équilibre quelque part dans un tunnel... "
Mon père me donna une petite tape affectueuse sur l'épaule.
"Tu t'en remettras. "

Pendant qu'il récupérait les Gallions nécessaires à la rentrée, je regardai autour de moi.
Les coffres semblaient s'étendre à l'infini.
Je n'avais jamais vu autant de richesses réunies au même endroit.
Et pourtant...
Je ne ressentais aucune envie.
Je trouvais simplement fascinant qu'un lieu pareil existe.
Un endroit où chaque coffre racontait sûrement une histoire différente.
Un secret.
Un souvenir.
Une famille.
Quelques minutes plus tard, nous reprîmes le wagon dans l'autre sens.
Cette fois...
J'étais prête.
Enfin...
Je le croyais.

Le deuxième trajet fut tout aussi rapide.
Je poussai encore un ou deux cris.
Par principe.
Mais je riais presque tout le temps.
Quand nous retrouvâmes enfin le grand hall, je jetai un dernier regard derrière moi.
Les gobelins continuaient leur travail comme si rien d'extraordinaire ne venait de se produire.
Pour eux, c'était une journée parfaitement banale.
Pour moi...
C'était une aventure.
Nous quittâmes Gringotts en retrouvant l'agitation du Chemin de Traverse.
Je me retournai une dernière fois vers l'immense bâtiment.
Je n'étais pas devenue riche.
Je n'avais pas découvert de dragon.
Je ne m'étais pas perdue dans les tunnels.
Et je n'avais pas trouvé de trésor caché.
En revanche...

J'avais découvert qu'une simple visite à la banque pouvait ressembler à une attraction à sensations fortes.
Je glissai les mains dans mes poches en souriant.
Décidément...
Dans le monde des sorciers, même retirer de l'argent pouvait devenir une aventure.
Et ça, je trouvais ça absolument génial.

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1er année : Promotion 2050-2051 #691414
“Les mauvaises idées deviennent souvent les meilleurs souvenirs.”