Lendemain de cuite
Vendredi 2 juin 2051 — 11h37
Appartements de @Sulien Willows
TW : Homophobie Religion
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Vide.
C'était tout ce qu'elle avait. Tout ce qu'elle ressentait. Tout ce qu'elle possédait. Un vide. Un trou. Pas uniquement à la place de son cœur, non. À la place de... tout. Tout son être. Ses pensées. Son esprit. Ses bras. Ses jambes. Ses abdominaux. Elle pouvait se lever. Elle pouvait se tirer de ce matelas que Sulien avait si gentiment disposé pour elle. Elle pouvait contracter ses abdominaux. Pousser sur ses jambes. Pousser sur ses bras. Mais... à quoi bon ?
Elle venait de perdre la lumière de sa vie.
Donc à quoi bon ? À quoi bon se lever ? À quoi bon finaliser l'inventaire convenablement avant de partir pour les vacances d'été ? À quoi bon surveiller les élèves sur le terrain d'entrainement pour s'assurer qu'ils ne se blessent pas ? À quoi bon tenir les responsabilités qu'elle s'était engagée à tenir pour l'école ?
Sa lumière n'était plus. Elle n'avait plus aucun intérêt. Plus aucun intérêt à se lever. Plus aucun intérêt à tenir ses responsabilités. Plus aucun intérêt à... faire quoi que ce soit. Elle pouvait bien rester sur ce matelas. Indéfiniment.
Au vu de son état léthargique, on pourrait croire à un lendemain de cuite. Et à raison, surtout étant donné la soirée organisée au Pitiponk la veille. Et pourtant, le plus surprenant dans cette histoire, c'était qu'elle n'avait pas bu une seule goutte d'alcool. Elle n'avait pas tiré une seule taffe. Elle n'avait pas donné un seul coup de poing. À la rigueur, peut-être un petit coup de langue un peu mal placé. Mais c'était loin, très loin, de justifier un tel état.
Non. Tout ce qu'elle avait fait après avoir retrouvé Sulien, c'était attendre sagement qu'Andrew vienne les retrouver après cette soirée au Pitiponk. Puis se faire sermonner par Alys. Elle aurait aimé rencontrer Andrew et Alys sous de meilleurs hospices, certes. Mais quoi qu'il en soit, après avoir été raccompagnés à Poudlard sans désartibulation, ça a été atelier plaid et chocolat chaud en tête à tête avec Sulien. Autrement dit : rien qui ne justifie une gueule de bois.
Donc ce n'était même pas ce qu'elle avait consommé lors de la soirée qui avait empêché ses bras de la tirer du matelas, ce matin. Non. C'était plutôt les découvertes qu'elle avait faites au cours de cette soirée.
Puisque oui. Elle avait découvert, encore une fois, que les relations entre femmes étaient vouées à l'échec. Elle avait découvert qu'elle se mettait délibérément entre la femme qu'elle aimait et le véritable amour de sa vie. Elle avait découvert qu'elle n'était pas l'âme sœur de la femme qu'elle aimait. Elle avait découvert que jamais elle ne trouverait l'amour avec une femme. Et qu'elle était forcée de voir la réalité en face : ce n'était pas possible.
Alors qu'elle était perdue dans la contemplation du plafond de son collègue, elle sentit une larme perler au coin de son oeil lorsque cette pensée lui effleura l'esprit.
Oui, ce n'était pas possible. Et elle s'était déjà confrontée à cette dure réalité avant. Avec Himiko. Lorsque cette dernière lui avait fait croire qu'elle l'aimait alors qu'en fait ça n'avait été qu'un stupide défi... cela aurait dû mettre la puce à l'oreille de Rahima. Cela aurait dû lui faire comprendre. Lui faire comprendre qu'une relation n'était possible que dans le cadre d'une blague. Une mise en scène. Mise en scène qui s'est immédiatement révélée dès l'instant où la véritable âme sœur de Miya s'est mise sur leur chemin.
Ce n'est pas le hasard si Lloyd s'était trouvé ici. Au même endroit. Le jour de son anniversaire. Durant la soirée des fiertés. Non, ce n'était pas un hasard. Loin d'être un hasard, c'était la raison même pour laquelle Dieu les avait envoyés ici. Tous les trois au même endroit. Pour démonter le doux mensonge qu'était sa relation. Trop belle. Trop belle pour être vraie.
Il devait forcément y avoir une faille quelque part. Tout se passait beaucoup trop bien. Tout était rayonnant. Tout était doux. Tout était confortable. Tout était chaleureux. Tout était... parfait. Ce qui est impossible, dans une relation entre femmes. Donc forcément. Forcément, la chute devait être au moins aussi haute que le paradis que sa barmaid était parvenu à lui faire atteindre. Forcément. Cela ne pouvait durer. Ce doux mensonge qu'elles se racontaient à deux a très vite pris fin. Et cela de la pire des manières pour Rahima. Pour la punir de tous ses déboires plus jeune et toutes ses odieuses pensées perpétuelles au sujet de la gente féminine.
En lui faisant rencontrer l'âme sœur de Miya.
En les voyant ensemble. En les voyant proches. En stimulant une jalousie enfouie chez Rahima. Jalousie qui l'a premièrement poussée à rejeter la faute sur Lloyd. Une faute qui n'aurait jamais dû être sienne. Une faute qu'il n'avait jamais demandé. Une faute simplement due à une colère sourde que Rahima ne s'imaginait même pas contenir en elle. Mais qui était surtout guidée par une main qu'elle s'imaginait encore moins posséder : la jalousie.
Au lieu de remarquer les signes. Au lieu d'apercevoir que Miya était déchirée par le fait d'être séparée de lui. Au lieu d'accepter qu'elle l'aime encore. Au lieu de simplement l'écouter. La comprendre. La laisser. La laisser respirer. La laisser aimer. La laisser vivre. Qu'avait-elle fait ? Elle lui avait demandé de ne plus le revoir. Et ainsi, elle avait fait faire une crise d'angoisse à celle qu'elle prétendait être sa lumière. Au lieu de l'écouter, la comprendre, elle avait simplement essayé d'imposer son choix égoïste poussé par la jalousie alors que la seule chose que Miya avait essayé de faire était faire passer son message de la manière la moins blessante possible pour Rahima :
Elle était une relation pansement.
Miya n'aimait pas les femmes. Personne ne les aimait. Personne ne pouvait les aimer sincèrement. Réellement. Comme on aimerait un homme. Comme on aimerait une personne faite pour une relation avec une femme. Complémentaire. Naturelle. Elle ne l'aimerait jamais comme elle aimait Lloyd.
Et cette réalité la rendait... vide.
À quoi bon ?
Elle aurait dû être heureuse pour eux. Elle aurait dû se sentir mieux. Se sentir allégée d'un poids. Deux, même. Arrêter de se sentir coupable parce qu'elle avait pris la bonne décision. Elle avait fait en sorte que les deux âmes sœurs se rassemblent en se mettant de côté. Elle avait fait en sorte qu'ils puissent vivre leur idylle sans qu'elle ne risque de les bloquer. Elle avait permis de les réunir. Et, en plus de ça, elle avait arrêté de se détourner du droit chemin. Elle avait cessé sa débauche. Elle s'était détournée de la tentation que n'avait de cesse de lui murmurer les djinns des îles britanniques.
Et pourtant... elle se sentait vide.
La larme commença à dégringoler du coin de son oeil pour glisser le long de sa tempe.
Si ça avait été si facile hier de faire comme si de rien n'était, ce n'était plus du tout le cas aujourd'hui. Aujourd'hui, la réalité la rattrapait. Aujourd'hui, elle se rendait compte qu'elle ne pourrait plus voguer dans l'Allée des Embrumes à sa guise pour rencontrer sa douce barmaid. Aujourd'hui, elle réalisait que ça ne serait plus comme avant. Rien ne serait plus comme avant.
Elle devait vivre avec ça, désormais.
Actions de Sulien, Andrew et Alys vues avec le joueur.
Arbitre depuis le 01/09/50, en arrêt maladie à partir du 06/09/51 — Avatar par le ronchon Damon Nikonov
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