Chanson d'automne

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.
– Chanson d'automne, P. Verlaine

19 novembre 2050
Salle de répétition – Poudlard
4ème année


Fébrilement, j'entrouvre la porte de la salle de répétition et me glisse dedans comme une ombre. Dans la pièce, j'espère être seule, mais en parcourant rapidement les alentours du regard, je vois une fille de Serpentard déjà présente. Tant pis, je vais devoir faire avec. Le plus discrètement possible, je me dirige à un endroit où j'espère ne pas me faire remarquer et m'assieds sur un siège de piano. L'étui que je tiens se retrouve posé sur mes genoux et je glisse doucement mes doigts dessus, appréciant la sensation de la peinture, à certains endroits écaillées, et des quelques dorures, sous mes doigts. C'est un joli étui que j'ai sous les yeux. Un joli étui que je n'ai pas ouvert depuis trois ans.

Depuis ma toute première rentrée à Poudlard, je n'ai pas joué une seule fois au Château, et peut-être seulement deux fois pendant les vacances scolaires entre le 1er septembre 2047 et aujourd'hui. Je n'ai rien pour expliquer ce blocage qui n'est dû qu'à moi-même. Je suis la seule fautive de mon incapacité à jouer du violon que Natanaël m'a offert et j'en assume l'entière responsabilité. Et encore – quand l'on me pose des questions, à la maison, sur pourquoi est-ce qu'on n'entend plus la jolie mélodie de mon violon, je trouve toujours un moyen de changer de sujet.

Mais aujourd'hui, c'est terminé. Je ne me suis pas acharnée sur cet instrument pendant tant d'années, Tante Marilyn ne m'en a pas joué et ne m'a pas émerveillé les oreilles tant de fois quand j'étais petite, pour que j'abandonne aussi facilement que j'en suis tombée amoureuse. Aujourd'hui, je fais face à mes peurs – saurai-je jouer comme avant ? pourrai-je retrouver mon niveau ? ne pas me décourager ? – et c'est avec cette motivation que j'ouvre l'étui de mon instrument.

À l'intérieur, j'ai l'impression de retrouver une vieille amie. Le bois usé de mon cher violon est identique à mon souvenir et son odeur me ramène des années en arrière, lorsque je l'ai ouvert pour la première fois, assise à la table de la salle à manger. Mes mains tremblotent lorsque je me saisis de l'instrument et le tends à bout de bras pour l'admirer sous toutes ses coutures. Je pose sa boîte à terre et, machinalement, viens le positionner sous mon menton, comme pour jouer. Cependant je ne fais trembler aucune corde et le repose presque aussitôt sur mes jambes. Puis, après un dernier coup d'œil jeté à la Serpentard, qui elle aussi semble jouer du violon, je me penche sur mon instrument et l'accorde doucement, mes gestes teintés du souvenir nostalgique d'un mouvement répété des milliers de fois.

Cinquième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur