New York PNJ Chrysalide Recueil d'OS TW

𝒄𝒉𝒓𝒚𝒔𝒂𝒍𝒊𝒅𝒆 [n.f]
stade relativement immobile oĂč se produit la transformation


°‧ 𓆝 𓆟 𓆞 Â·ïœĄ

Ce recueil d'OS suivra la relation de Sage avec son ex petit ami, Isaiah, suite à cette demande auprÚs des MJs. Il y aura donc lieu de TW violence conjugale (verbale, psychologique et physique), nécessitant une lecture avertie, tout en restant en adéquation avec les rÚgles du site. Il n'est jamais trop tard pour en parler, ma voliÚre est ouverte si certaines personnes en ressentent le besoin.<3

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1. Le début de la fin
2. Étreins-moi
3. Tu m'aimes
4. Pardonne-moi
5. Choisir de rester
6. Anesthésie
7. Dépérir
8. Envol


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DerniÚre modification par Sage Matthews le 8 sept. 2026, 11:44, modifié 9 fois.

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New York PNJ Chrysalide Recueil d'OS TW
{ Le début de la fin }

14 janvier 2045
22 ans

PNJs présents : Isaiah Madsen #003500, Elisa Anderson #5e3a00


Mon bras emmĂȘlĂ© Ă  celui d'Elisa, je la suis en gloussant vers l'intĂ©rieur du bar sorcier new-yorkais dans lequel elle a prĂ©vu qu'on fasse la fĂȘte. Je ne sais pas vraiment Ă  quelle occasion et, Ă  vrai dire, aprĂšs les deux cocktails que j'ai dĂ©gustĂ©s chez elle, je crois que je ne le saurai jamais. Tout ce que je sais, c'est que je rigole et qu'elle me traĂźne derriĂšre elle. Elle est trop marrante, cette fille. Elle m'aide Ă  me sortir de mon quotidien chez les Jacobsen.

Enfin, Agatha n'est pas mĂ©chante, je crois, mais elle ne m'est pas la plus chaleureuse. Pourtant, je jure que j'essaie ! Je nettoie toujours derriĂšre moi, je fais Ă  manger quand je rentre un peu plus tĂŽt de la formation, et je m'exerce mĂȘme Ă  mes sortilĂšges du quotidien pour que la maison soit propre comme un sou neuf quand elle et Monsieur Martin reviennent. C'est juste que... Ouais, ils sont froids. Je reconnais bien maman en eux. C'est pas un manque d'amour, ils attendent juste plus, je crois. Dans les yeux d'Agatha, je peux toujours voir la mĂȘme perplexitĂ© quand elle me voit m'activer. Comme s'il y avait quelque chose qui clochait ou qui tournait pas rond chez moi. Je sais jamais trop quoi lui dire, alors je lui souris et je lui raconte ma journĂ©e. GĂ©nĂ©ralement, elle m'Ă©coute un peu en se taisant, mais elle ne pose jamais de questions. Peut-ĂȘtre que c'est parce que je lui dis dĂ©jĂ  tant de dĂ©tails qu'elle ne sait plus quoi demander ? Ça doit sĂ»rement ĂȘtre ça, ouais. Je sais pas.

« Tu verras, meuf, il est vraiment incroyable !, me hurle Elisa à deux centimÚtres de mon visage, me faisant rigoler un peu plus au passage.

— De quoi ? Le bar ? DemandĂ©-je, pas sĂ»re de savoir de quoi elle parlait.

— Non ! Enfin, si, il est super aussi. Mais mon pote ! Tu verras, c'est une crĂšme ! Je suis certaine que tu vas l'adorer et lui aussi. Il adore les brunes ! »

Je ne comprends toujours ni de qui, ni de quoi elle me parle, mais je la suis. Un mec ? Je ne rechigne pas, j'adore rencontrer les amis d'Elisa. Ils sont toujours adorables et certains sont mĂȘme dĂ©jĂ  devenus mes potes aussi. Un de plus ne peut pas faire de mal, pour ne pas me perdre dans cette grande ville qu'est New York ! J'y suis depuis deux ans, mais je dĂ©couvre toujours quelque chose de nouveau. On bouscule des gens en titubant qui nous jettent de sales regards. Dans mes quelques Ă©clairs de luciditĂ©, je m'excuse Ă  la place d'Elisa qui ne leur prĂȘte pas la moindre attention, dĂ©cidĂ©ment concentrĂ©e sur un objectif invisible. Puis, finalement, je vois son visage s'Ă©clairer et elle hurle :

« Isaiah ! Blake ! Wouhou, on est là ! »

Je plisse les yeux, essayant de voir à qui elle s'adresse à travers la foule, et deux garçons se retournent vers nous. L'un d'eux est trÚs grand, aux cheveux blonds mi-longs, tandis que l'autre est un peu plus petit et a les cheveux noirs attachés dans un chignon. Directement, je les sens gentils. Ils nous adressent un grand sourire et secouent tous les deux le bras pour qu'on ne les perde pas de vue. Un, deux, trois gros pas et on y est. Miracle !

« Yo les gars, ça fait un bail ! Je vous avais dit que je vous ramenais une surprise, alors voilà Sage. Une pépite, je vous jure, elle est hilarante ! Dit-elle, large sourire aux lÚvres, tandis que je rougis face à ses compliments.

— Oh, euh, salut tout le monde ! »

Je sais qu'elle est saoule, moi aussi, mais ça n'empĂȘche que ce genre de compliments, ça fait vraiment plaisir. Je ne sais pas trop ce qui me prend, mais je viens lui coller un gros bisou sur la joue qui la fait glousser. Elle est vraiment super, Elisa. Je l'adore. Elle me rĂ©pond en secouant ma chevelure dans tous les sens, ce qui me fait rire Ă  mon tour. PurĂ©e, elle est vraiment trop fun.

Celui qu'elle me prĂ©sente comme Blake m'adresse un large sourire et me salue avant de s'accaparer Elisa en lui posant un baiser sur la joue. Par le regard qu'il lui jette et le rougissement sur ses joues, je devine qu'il l'apprĂ©cie plus que bien et me dĂ©tourne pour me retrouver au grand blond que je devine ĂȘtre Isaiah. Je ne me considĂšre pas petite, pourtant je lĂšve les yeux et croise son regard ambrĂ© qui me regarde gentiment.

« Sage, c'est ça ? Enchanté, je suis Isaiah, me dit-il en me souriant doucement.

Je hoche la tĂȘte.

— Euh, oui, c'est ça. Et tu es... Isaiah, c'est juste ? Ah oui, tu viens de le dire, balbutiĂ©-je. »

Il rigole un peu avant d'opiner de la tĂȘte. Je ne sais pas trĂšs bien ce qui se passe, mais je sens son regard me dĂ©tailler de tout mon long. Ou bien c'est Ă  cause des deux cocktails que j'ai bu avant de venir ? Je sais pas, mais je rougis. Il a le regard profond, presque insondable, mais il a l'air doux. Sa peau est lĂ©gĂšrement hĂąlĂ©e, ce qui contraste assez bien avec sa chevelure blonde que je reconnais ĂȘtre un peu dĂ©colorĂ©e. Il a une fine barbe qui Ă©pouse sa mĂąchoire avec finesse et des sourcils qui approfondissent son regard. C'est un beau type, rien Ă  dire. Typique le genre de mec qui aurait plu Ă  Don.

« Un verre ?

— Hein, quoi ? »

Je sors de mes pensĂ©es, piquant un fard en me rendant compte qu'il a sĂ»rement dĂ» ĂȘtre mal Ă  l'aise Ă  cause de mon analyse de meuf bourrĂ©e. Pourtant, il rigole.

« Tu veux un verre ? Je te l'offre. Cadeau pour la surprise d'Elisa.

— Oh ! Avec plaisir, rĂ©torquĂ©-je, un peu gĂȘnĂ©e. Juste un jus de citrouille, ça ira, je suis un poids plume. Alors, l'alcool... Ouais, juste un jus de citrouille.

— Il me semblait bien que t'Ă©tais British. En plus de l'accent qui ressort, y a que vous pour boire ce genre de truc, ricane-t-il en secouant la tĂȘte. »

Sa remarque me fait rire. TouchĂ© dans le mille, Isaiah ! Non pas que j'essaie de cacher mes origines, mais c'est vrai que j'ai un peu pris l'accent amĂ©ricain de maman depuis que je suis arrivĂ©e il y a deux ans. La plupart d'entre eux ne le reconnaissent pas immĂ©diatement. Ce gars doit ĂȘtre vraiment intelligent. Il me sourit puis part dans la foule pour aller nous chercher nos boissons. En attendant, je regarde un peu le monde autour de moi. Ça tourne sĂ©vĂšre. Je sais pas quelle quantitĂ© d'alcool Elisa a mise dans nos cocktails, mais elle a pas lĂ©sinĂ© sur la bouteille, ça, j'en suis sĂ»re ! Bien assez vite, cependant, le beau gosse revient et cale mon verre dans ma main.

« Un jus de citrouille pour la belle demoiselle, dit-il en me regardant avec de drĂŽles d’yeux.

— Oh, je... Merci, c'est adorable ! »

Et pour la deuxiĂšme fois de la soirĂ©e, je ne sais pas ce qui me prend, mais je viens lui coller un gros bisou sur la joue. PurĂ©e, Sage, contrĂŽle-toi un peu ! Mais j'y peux rien, je crois que l'alcool me monte trop Ă  la tĂȘte. Je me retire aussi vite que je suis arrivĂ©e et pique un nouveau fard en Ă©carquillant les yeux face Ă  son regard surpris.

« Oh ! Mince ! Désolée ! Je sais pas ce qui m'a pris ! Je voulais juste te remercier, je- Oh non, promis, je te drague pas, encore moins si t'as une copine ! Je suis pas de celles qui draguent les mecs en couple ! Ah, ça, non, jamais de la vie. J-je-

— Woooh, on se dĂ©tend, Ă©clate-t-il dans un rire qui me dĂ©tend instantanĂ©ment tandis que sa main vient trouver mon Ă©paule pour la presser gentiment. C'est vraiment pas un souci. Outre le fait que j'ai bien aimĂ©, j'ai pas non plus de copine. T'es safe.

— Oh... Je- Euh, tant mieux, alors. »

J'ai le regard rivĂ© au fond de mon verre que je rĂȘve de descendre d'une traite. La honte. La giga honte. Et il a dit qu'il avait bien aimĂ© ? Je suis confuse et gĂȘnĂ©e. Je peux dĂ©jĂ  voir le regard de maman qui me gronde d'avoir parlĂ© aussi vite et sans avoir une seconde pensĂ©e pour le mot d'aprĂšs. Pourtant, Isaiah semble ĂȘtre d'un autre avis. Doucement, presque enjĂŽleur, il vient trouver ma mĂąchoire pour remonter mon visage.

« T'inquiÚte, vraiment. Sage, du coup, c'est ça ?

— C'est... Oui, c'est ça.

— Tu fais quoi dans la vie, alors, Sage ? »

Sa main quitte mon visage pour retourner le long de son corps. J'observe ses yeux. Ils sont gentils, curieux. Je lui souris, trouvant un rĂ©confort Ă©vident dans son regard. Mon cƓur qui tambourinait dans ma poitrine se calme peu Ă  peu et je prends une profonde inspiration. Il s'intĂ©resse Ă  moi, je crois ? J'ai pas trop l'habitude, mais sa question me bombe le cƓur de bonheur. Il veut m'entendre parler. Il veut savoir ce que j'ai Ă  dire. Il veut me connaĂźtre. Il veut m'entendre parler.

Alors je lui parle.

Je lui parle de ma formation en herboristerie. Je lui parle de ma venue aux États-Unis pour m'Ă©manciper un peu et pouvoir trouver des formations qui n'existent pas encore en Grande-Bretagne. Je lui parle de Poudlard. De Don. De Jeremiah. De Tinworth. De mes voyages. De mes passions. De moi. Bien sĂ»r, je lui retourne les questions. Et on parle. On parle, on parle, on parle. J'apprends qu'il est dĂ©tective, qu'il travaille en indĂ©pendant. J'apprends qu'il a Ă©tĂ© Ă  Ilvermorny et qu'il s'est formĂ© dans une fac amĂ©ricaine. Il me parle de ses parents qui vivent Ă  Chicago, de sa sƓur qui enseigne dans une famille sorciĂšre amĂ©ricaine. Il me raconte sa passion pour les sortilĂšges informulĂ©s et je lui explique que si je sais utiliser ma baguette, c'est dĂ©jĂ  un miracle, ce qui le fait rire. Pour la premiĂšre fois depuis que je suis arrivĂ©e, et mĂȘme depuis Elisa, je me sens mise en valeur comme jamais. Je ne remarque mĂȘme pas que cette derniĂšre est dĂ©jĂ  partie avec le fameux Blake tant je suis absorbĂ©e par ma discussion avec Isaiah. Il me paie tous mes verres de jus de citrouille et on s'assoit mĂȘme Ă  une table Ă  deux.

Plus tard, on arrive Ă  des sujets plus sensibles. Il me parle de ses problĂšmes d'amour, avec trois ex qui Ă©taient apparemment complĂštement folles. Il me dit qu'il semble les collectionner, un peu tristement, et j'ose mĂȘme poser sa main sur la sienne pour lui dire que je comprends, un sourire empathique sur le visage. Dans ses yeux, je peux voir une lueur qui me souffle que ça le touche. En Ă©change, je m'ouvre sur ma relation complexe avec mes frĂšres. Je n'ose pas dire Ă  un seul moment que Jeremiah est parfois dur avec moi — je n'oserais jamais —, mais j'Ă©voque le fait qu'il n'est pas trop fier de moi. Je sens son regard se crisper, mais je le rassure immĂ©diatement. Mes frĂšres m'aiment, pas de doute lĂ -dessus. Pourtant, je rougis Ă  sa rĂ©action.

La soirĂ©e touche doucement Ă  sa fin, alors il propose de me raccompagner. J'accepte sans aucune hĂ©sitation. Pour m'amener dehors, sa main se pose au creux de mes reins, ce qui me fait frĂ©mir. Je crois qu'il me drague. Je le pensais un peu, honteusement, mais jamais un homme n'a posĂ© sa main sur mes hanches de maniĂšre aussi effrontĂ©e avant s'il ne voulait pas un tant soit peu me revoir. Il me propose de transplaner, mais je refuse — je n'ose pas encore lui dire que je ne suis pas la pro du transplanage. Alors on marche encore un peu pour arriver jusqu'Ă  chez moi. Ça nous prend une bonne heure, et il me propose sa cape d'hiver quand il remarque que je grelotte encore un peu avec la mienne. Quel gentleman, vraiment. Je fonds.

Puis, finalement, on arrive devant chez moi. Je ne sais pas combien de temps on parle avant qu'il m'embrasse, mais je me rappelle que le froid de ses lĂšvres a rencontrĂ© la chaleur des miennes avec assurance, me rendant un peu plus fĂ©brile. Un mĂ©lange d'alcool et d'un je-ne-sais-quoi, sĂ»rement. Il me complimente. Une bonne dizaine de fois, comme il l'a fait tout au long de la soirĂ©e. J'arrĂȘte pas de rougir, Ă©videmment, mais surtout, je monte sur mon petit nuage. Comment est-ce que la terre a pu me mettre sur le chemin d'un homme si parfait ? Et qui m'apprĂ©cie de la sorte ? Mon cƓur vibre. Il m'embrasse encore quelques fois puis, en bon gentleman, il me dit qu'il va partir pour me laisser me reposer. Mais il me promet de revenir me voir le lendemain soir. Et celui d'aprĂšs. Et celui d'encore aprĂšs, si je veux bien de lui. Comment refuser ? Je pourrais presque sauter de joie.

Et enfin, il me souhaite la bonne nuit. Je lui rends sa cape, alors il me glisse un bracelet de communication pour me dire oĂč je suis si je veux le revoir le lendemain. Quel. Homme. Il m'embrasse les mains et, finalement, Isaiah Madsen transplane en me laissant seule avec mes souvenirs de la plus belle soirĂ©e de ma vie. Je rentre Ă  l'intĂ©rieur de la maison de ma tante et je m'effondre contre la porte, le sourire aux lĂšvres. Mon Dieu. Mon Dieu. Mon Dieu.

« Qu'est-ce qu'il m'arrive ? »

2323 mots

Employée chez Apothic'Herbes depuis juillet 2051 - couleur #727955 - fiche

New York PNJ Chrysalide Recueil d'OS TW
{ Etreins-moi }

20 mai 2045
22 ans

PNJs présents : Isaiah Madsen #003500, Elisa Anderson #5e3a00


Isaiah Madsen m'a demandĂ© qu'on soit officiellement en couple le 14 mars 2045, soit prĂ©cisĂ©ment deux mois aprĂšs notre rencontre. Il est... parfait. AttentionnĂ©, il me couvre de tout ce que je veux. Je l'aime. Je l'aime tant. Il vient me chercher aprĂšs ma formation, m'emmĂšne faire des balades Ă  Central Park pour m'aĂ©rer l'esprit, m'offre tout ce qui me fait rĂȘver. On a mĂȘme passĂ© une journĂ©e entiĂšre consacrĂ©e Ă  moi et Ă  ce que je voulais acheter. Il a tout payĂ©, Ă©videmment.

Je ne sais pas d'oĂč il sort tout cet argent. Papa et maman m'envoient de l'argent tous les mois, Ă©videmment : de quoi me nourrir et, si je budgĂ©tise bien le tout, j'arrive Ă  m'offrir une ou deux fringues en fripes. Et puis, Agatha et Mr. Martin sont aussi assez gentils pour me convier aux repas du soir, donc ça m'allĂšge pas mal. Mais Isaiah, lui, il gagne tout son argent tout seul ; du moins, c'est ce qu'il m'a dit. C'est vraiment un homme de qualitĂ©. Je suis bien heureuse qu'Elisa me l'ait dĂ©gotĂ©. Il est tellement prĂ©sent que j'ai mĂȘme oubliĂ© Ă  quoi ressemblait la solitude que je pouvais avoir Ă  la maison. On est tout le temps ensemble et on fait tout ensemble.

Aujourd'hui, c'est soirĂ©e avec les autres. Elisa, Blake et leur clique. Je sais pas trop ce qu'ils sont, eux deux, d'ailleurs, mais ça m'importe peu. Je suis tellement dans ma bulle avec Isaiah que je vois un peu moins Elisa. Elle m'a juste dit qu'elle devait me raconter des choses ce soir, un peu Ă  la va-vite quand je l'ai croisĂ©e en allant prendre une boisson dans son bar avec Isaiah aprĂšs une balade le soir. Alors, mon beau blond et moi, on se prĂ©pare. Il me complimente, comme d'habitude, et on s'apprĂȘte Ă  quitter son appartement oĂč il m'a laissĂ©e dĂ©poser quelques affaires. J'ai l'impression qu'il veut qu'on emmĂ©nage bientĂŽt. Je sais pas trop ce que j'en pense. Je crois que je veux ? Mais... Et si on allait trop vite ? S'il se lassait de moi ? C'est rapide. C'est tĂŽt. Mais il insiste, alors je laisse des affaires pour lui faire plaisir, et les nuits qu'on passe ensemble sont encore douces et timides. Donc je me sens en confiance.

« Tu restes prÚs de moi, quand on est au bar, ça va ? Demande-t-il, la voix inquiÚte, en attrapant ma main quand on quitte son appartement.

— Oh ? Je crois qu'Elisa voulait me dire quelques trucs. Petit moment entre filles, ris-je et ses doigts se referment autour des miens.

— Oui, oui, Elisa, ça va. Mais tu me reviens vite aprĂšs, hein ? »

Je fronce les sourcils puis rigole. Il est mignon. On dirait qu'il a peur que je m'envole. Alors j'acquiesce et son sourire s'apaise légÚrement. Enfin, on sort du building et sa main se reserre avant qu'on ne transplane.

⟡⟡⟡


On arrive au bar dans lequel on s'est rencontrés un peu plus tard que l'heure du rendez-vous, mais ça n'a pas d'importance ; vu le monde, on va de toute façon prendre dix minutes à faire face à la marée de sorciers qui s'empile à l'intérieur.

« Reste prÚs de moi, me rappelle encore Isaiah en me rapprochant de lui, et je rougis. »

Je n'ai pas l'habitude d'ĂȘtre aussi... dĂ©monstrative en public. Je sais pas, j'ai toujours Ă©tĂ© tactile avec tout le monde, c'est vrai. Mais avec un homme que je cĂŽtoie romantiquement, c'est pas... C'est pas pareil. C'est plus intimidant. Ça soulĂšve des questions, ça me fait rougir, ça me gĂȘne. Isaiah le sait, mais il s'en fiche un peu. Lui, il aime bien montrer que je suis sa copine Ă  qui veut l'entendre. Ça ne me vexe pas, mais parfois, j'admets que j'aimerais un peu plus de pudeur. Beaucoup plus de pudeur, en rĂ©alitĂ©.

Je souffle un peu, prenant sur moi, et on rentre dans la piĂšce bondĂ©e. J'Ă©touffe. Contre lui, contre les gens. Je naviguerais bien plus facilement toute seule, j'en suis sĂ»re, mais il me tient. On avance, et mĂȘme s'il y a un vacarme assourdissant autour de moi, je n'entends plus rien. Seulement des acouphĂšnes qui anesthĂ©sient mes oreilles. Si je pouvais juste... me dĂ©gager.

« Isaiah ! Sage ! On est là ! »

La voix d'Elisa. Je respire de nouveau. Je vois sa chevelure colorĂ©e et je respire. Je lĂąche la main d'Isaiah et accĂ©lĂšre pour la rejoindre. Je peux sentir le regard confus de mon amoureux dans mon dos, mais il ne dit rien. Il a sĂ»rement compris. Je suis sĂ»re qu'il a compris. On se retrouve autour d'une table et il replace sa main au bas de mon dos. Je lui souris, mais ça doit ĂȘtre plus une grimace qu'autre chose. Ma main se glisse au creux de mes reins et j'essaie d'Ă©loigner ses doigts de moi, mais il insiste encore. J'Ă©touffe. Encore, encore, encore. J'ai l'impression que tout le monde me fixe, me juge. Qu'on pose sur moi des regards dĂ©sapprobateurs parce que je devrais avoir honte d'ĂȘtre aussi dĂ©monstrative en public. Je rĂ©essaie de l'Ă©loigner, mais il ne flĂ©chit pas. Pas mĂȘme un regard pour essayer de comprendre ce que je tente de lui crier.

Je capitule.

Je m'avance vers Elisa et l'enlace, sans que les doigts d'Isaiah ne me quittent une seule seconde.

« Ma Elisa, comment tu vas ? Je demande en me sentant plus à l'aise au contact d'une amie. »

Je ne comprends vraiment pas ce qui cloche chez moi. Quelle est la différence entre elle et lui ? AprÚs tout, Isaiah, je l'aime. Je l'aime tant. Fichue pudeur, elle est tellement stupide. Je me gronde intérieurement avant de faire face aux yeux rieurs d'Elisa qui me sourient.

« Ma belle, tu devineras jamais ce qu'il s'est passé l'autre soir ! Attends, je te raconte... »

Son bras vient s'enrouler autour du mien et elle me raconte toutes ses péripéties en me tirant vers elle. Je me détache enfin d'Isaiah et je respire.

Enfin.

L'idĂ©e que le bar entier me juge s'envole au mĂȘme instant. Je me dĂ©tends. Je me concentre sur mon amie. Pourtant, un regard persiste. Chaud. BrĂ»lant. Il me dĂ©taille. Je tourne les yeux et je vois mon Isaiah. Il me sourit lĂ©gĂšrement, mais je sens qu'il n'aime pas que je sois si loin de lui. Pardonne-moi, mon amour. Je lui avais dit que je discutais avec Elisa et que je lui reviendrais. Je tiendrai ma promesse, bien sĂ»r, mĂȘme si son regard me dĂ©chire le cƓur.

« Tu m'écoutes ?

Elisa m'apostrophe en haussant les sourcils et je secoue la tĂȘte.

— Oh ! Pardon, j'Ă©tais dans la lune ! Tu disais quoi ? Une soirĂ©e jeu ?

— Oui, et lĂ , reprit-elle en chuchotant, Blake me surprend en se pointant. J'te jure, je crois que ça devient sĂ©rieux ! »

Je souris. Il me semblait bien qu'il se passait un truc entre eux. Et ça a l'air de lui faire plaisir. Elle continue de me raconter toute leur histoire tout en détail, je réagis, je m'intéresse, on discute. Elle est contente, moi aussi. Qu'est-ce qu'elle est drÎle. Mais son histoire touche à sa fin, et j'ai promis à Isaiah de lui revenir. Une nouvelle fois, mes yeux se détournent pour le voir discuter tranquillement avec Blake, son bras posé sur la chaise que j'avais laissée vacante.

« Je vais retourner prÚs d'Isaiah, soufflé-je à ma copine, le rouge aux joues.

— Oh, va, va ! Il ne fait que te regarder, chanceuse, va ! »

Je glousse avant de me déplacer lentement. S'il pouvait juste garder ses distances, cette fois... Juste cette fois.

J'apparais dans sa vision pĂ©riphĂ©rique et il m'adresse un large sourire. Je m'assois et, directement, sa main vient trouver ma hanche pour me serrer prĂšs de lui. Non... J'Ă©touffe de nouveau. De gĂȘne, de je-sais-pas-quoi. C'est qu'une main. C'est qu'un contact. Un bĂȘte truc, une simple marque d'affection. Mais j'suis pudique, j'suis comme ça. Je sais pas changer ma rĂ©serve. Alors, c'est un rĂ©flexe. Mes doigts attrapent sa main et je la dĂ©gage. Libre. Il Ă©carquille les yeux.

« Sage ? Demande-t-il, confus. T'arrĂȘtes pas de m'Ă©loigner, y a quoi ?

— Juste... Je veux juste pas que tu m'attires comme ça, ça me gĂȘne, je rĂ©ponds en rougissant, lĂ©ger sourire aux lĂšvres pour tenter d'apporter de la lĂ©gĂšretĂ© Ă  mes mots.

— Mais je suis ton copain, rĂ©torque-t-il en fronçant les sourcils. T'arrĂȘtes pas de me repousser depuis le dĂ©but de la soirĂ©e.

— Je te repousse pas, c'est juste que... S'te plaüt. Je veux vraiment pas.

Son regard s'assombrit. Il éloigne sa main sÚchement.

— Je suis ton copain, c'est un truc de couple. C'est carrĂ©ment normal, se moque-t-il. Tu veux jamais qu'on se tienne la main en public non plus, c'est pas cool de ta part.

— Je suis dĂ©solĂ©e, je-

Mon sourire fane peu Ă  peu.

— Non mais oublie.

Sa voix me tue.

— PathĂ©tique. »

Il se lÚve vivement et mon souffle se coupe dans ma gorge. Le bruit de sa chaise qui racle le sol attire l'attention de tout le monde. Petite. Je veux me faire toute petite. C'est encore pire. Je... Je voulais déranger personne... Je-

Je lÚve les yeux vers lui, les joues cramoisies en tentant d'atteindre son bras dans un geste désespéré.

« Blake, viens, j'dois te parler.

— Isaiah, atte- »

Il a dĂ©jĂ  quittĂ© la table, Blake sur les talons. Ma main droite vient trouver mon bras gauche que je serre, le cƓur battant. Je comprends pas. Je comprends pas du tout. Je voulais pas que ça dĂ©rive comme ça. Je voulais juste ĂȘtre discrĂšte, ĂȘtre pudique, pas qu'on m'Ă©tale comme ça Ă  la vue de tous. Mes entrailles sont complĂštement retournĂ©es. J'ai envie de vomir et de m'enfouir six pieds sous terre. Elisa et le reste de ses amis me regardent, les sourcils froncĂ©s, mais j'ai l'impression qu'ils sont tout aussi subjuguĂ©s que moi. Ils savent pas quoi dire.

« J'arrive, soufflé-je en me levant. »

Je tangue. Je suis tremblante. Je me sens coupable. Pourquoi j'arrive pas Ă  dĂ©passer cette stupide pudeur ? J'ai envie de me donner trois gifles pour me rĂ©veiller un peu. Enfin, Sage, c'Ă©tait qu'une main ! Une bĂȘte main de rien du tout !

Je fends la foule, les yeux baissĂ©s, remplie d'espoir que je retrouverai Isaiah Ă  l'extĂ©rieur pour m'excuser. Je bouscule un gars, je reconnais Blake, mais je le dĂ©passe sans m'attarder. C'est pas lui que je veux retrouver, c'est Isaiah. C'est mon amoureux parfait qui est simplement fier d'ĂȘtre mon copain. Et finalement, j'atteins l'extĂ©rieur du bar Ă  bout de souffle, oĂč je vois mon Isaiah les bras croisĂ©s. Il m'attend, je le sens. Je me prĂ©cipite vers lui, mes mains tentant d'attraper son poignet.

« Je suis dĂ©solĂ©e, vraiment, c'est juste que ça me gĂȘne et que je suis pudique, vraiment, je-

— J'ai dit Ă  Blake de te surveiller, ça sert Ă  rien que je reste si tu veux pas que je sois lĂ . Profite de ta soirĂ©e. De toute façon, si tu fais un truc qui pourrait pas me plaire, il me le dira. »

Ses mots sont comme des poignards. Ils me tailladent, me fendent, me transpercent et m'avalent. Je veux disparaßtre et oublier tout ce qui s'est passé. Pitié. Pitié...

« Je voulais juste que tu sois proche de moi et te serrer contre moi... Juste t'étreindre, c'est tout... T'as honte ou quoi ?

— Mais non, pas du tout !, m'empressĂ©-je en secouant vivement la tĂȘte, doigts agrippĂ©s sur ses bras croisĂ©s.

— Oublie. On se voit... Je sais pas quand on se revoit. Peut-ĂȘtre demain. Ou quand je le sentirai. J'sais pas. »

Il arrache mon cƓur, morceau par morceau, mot Ă  mot. J'ai fait quelque chose de si horrible ? Je comprends pas. Les larmes me viennent enfin et coulent le long de mes joues. Je me sens nulle. PathĂ©tique. C'est le mot qu'il a utilisĂ©. Il s'infiltre sous ma peau, se fraye un chemin jusqu'Ă  ma moelle Ă©piniĂšre pour me faire flĂ©chir, violent et lĂ©tal. Je suis incapable de penser clairement. La seule chose que je perçois, c'est son corps qui s'Ă©loigne de moi comme pour me souffler que cette fois, c'est lui qui a honte de moi. Le vent qui me frappe le visage m'explique qu'il a transplanĂ© sans moi.

Et quand je relĂšve la tĂȘte, la rĂ©alisation de son absence m'assĂšne le dernier coup fatal.

2089 mots

Employée chez Apothic'Herbes depuis juillet 2051 - couleur #727955 - fiche

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{ Tu m'aimes }

3 septembre 2045
22 ans

PNJs présents : Isaiah Madsen #003500

Hola, Lu’

Au moins un truc que je sais dire en espagnol. Je crois qu’avec merci, au revoir et s’il vous plaĂźt, c’est Ă  peu prĂšs tout. Nan mais en mĂȘme temps, l’espagnol, t’as entendu ça ? C’est ULTRA DUR. Je suis incapable de comprendre cette langue du dĂ©mon.

Plus sĂ©rieusement, j’espĂšre que tu vas bien. Pour ma part, oui, si on oublie le fait que tu me manques.
Je vais rentrer, Lu’, rentrer en Angleterre, m’installer à Godric’s Hollow, trouver un job. Faut que je me trouve une vie, je vais pas rester sans travailler à compter sur mes parents toute ma vie. C’est à moi de les aider, maintenant.
Je les ai prĂ©venus, dĂ©jĂ . Tu es la derniĂšre informĂ©e, mais je suppose que tu t’en fiches. Tu me rĂ©pondrais plus souvent, sinon.

Je suis allĂ©e Ă  la mer, cette semaine. Il faisait beau, encore. Je me suis baignĂ©. J’ai bronzĂ© ! Tu me verrais, je suis super sexy (y avait une fille qui me matais, je te jure). Bref, tout ça pour dire que je m’amuse bien, mais bon, Ă  force je me sens un peu seul. Je pense que c’est aussi pour ça que j’ai besoin de rentrer maintenant. De retrouver tout le monde.

Et toi ? S’il te plaĂźt, Lu’, rĂ©ponds-moi autre chose qu’un vague « ça va ». J’ai l’impression que tu me fais la tĂȘte, qu’est-ce qu’il y a ? PitiĂ©, rĂ©ponds-moi, je ne supporte pas ton silence. Comment c’est, lĂ  oĂč tu es ? Tu es bien installĂ©e ? Tes amis sont toujours aussi sympas ? Tu es encore avec ton mec ?
Tu m’en veux pour quelque chose ?
Est-ce qu’on pourrait se voir, bientĂŽt ? Ça fait bien trop longtemps pour mon pauvre petit coeur (imagine les larmes qui coulent, s’il te plaĂźt, un peu de respect pour le comĂ©dien que je suis).

Bref, rĂ©ponds-moi, Lu’
Soso, hm
⟡⟡⟡

Je regarde les mots de Soren, l'angoisse au bout des lĂšvres. De ne pas lui rĂ©pondre, de le laisser tout seul alors qu'il me parle de toutes ces choses super. Mon cƓur est partagĂ© entre la joie de le voir construire une si belle vie pour lui et le stress qu'Isaiah dĂ©couvre ces mots qui habillent le papier. Qu'est-ce qu'il croirait ? Que j'ai menti ? Que je n'ai pas respectĂ© sa demande ? Il n'apprĂ©cie pas Soren, je ne sais pas trop pourquoi. Il prĂ©fĂšre que je reste avec ses amis en qui il a confiance, mais il ne supporte pas l'idĂ©e que je sois amie avec d'autres hommes. Je peux le comprendre ; quand il est proche d'autres filles, ça me brise le cƓur aussi. Mais avec So, est-ce que c'est vraiment pareil ? Je le connais depuis si longtemps, c'est comme mon frĂšre... J'ai essayĂ© de l'expliquer Ă  mon Isaiah, mais il ne veut rien entendre.

C'est un homme, Sage. Bien sĂ»r qu'il ne veut pas ĂȘtre qu'ami avec toi.

Ça me tord les boyaux de me dire ça. Mon Soren n'est pas comme ça, il n'a jamais tentĂ© quoi que ce soit. Il m'a toujours regardĂ©e avec cette mĂȘme amitiĂ© et ce mĂȘme amour fraternel dans le regard, j'en suis sĂ»re. J'ai une confiance aveugle en lui. C'est mon meilleur ami. C'est mon Soren. Mais aux yeux d'Isaiah, rien n'y fait. Et moi, je suis tellement folle amoureuse de lui que je n'ose pas le contrarier. Alors, on a fait un marchĂ©. Pour ne pas le blesser, je ne parle plus Ă  Soren. Ni Ă  Don. Ni Ă  Jeremiah. En fait, j'ai laissĂ© mon Angleterre derriĂšre moi pour me concentrer sur ma formation et mon amoureux. Mais j'en ai fait la promesse. Je ne brise pas mes promesses.

Mais mon Soren, il rend tout ça si dur. Il essaie. Il essaie si fort. Il me renvoie des lettres dÚs qu'il en a l'occasion, mais dÚs qu'Isaiah tombe dessus, il grogne.

Tu vois ce que ça me fait, Sage ? Coupe les ponts une bonne fois pour toute.

Il force. Je t'avais bien dit qu'il ne voulait pas ĂȘtre qu'un ami.

C'est un homme. Je les connais, j'en suis un.

Ces mots sont si durs Ă  encaisser. C'est aussi dur que si on m'enfonçait un pieu dans le cƓur. Je croyais tellement en mon amitiĂ© avec Soren. J'avais tellement d'espoir qu'il ne voie en moi que sa meilleure amie, sa Luciole. Sa Lu'. Mais Isaiah a raison ; qui donc enverrait autant de lettres s'il n'y avait pas un intĂ©rĂȘt autre que purement amical ? J'ai beau avoir une confiance aveugle en mon Soren, c'est mon copain que je me dois de croire. Il ne veut que mon bien et celui de notre couple. Et force est de constater qu'il est moins en colĂšre quand je parle moins Ă  Soren. Alors je ne lui parle pas.

Je souffle face Ă  la lettre de mon ami. La relis quelques fois, histoire de m'imprĂ©gner de ses nouvelles qui me font tant de bien. Puis, je la replie et je me dirige vers la poubelle de l'appartement d'Isaiah. La porte d'entrĂ©e grince et je le vois entrer. Les battements de mon cƓur s'accĂ©lĂšrent. Un large sourire se dessine sur ses lĂšvres en me voyant, puis ses yeux se baissent sur le bout de papier entre mes mains que je suis sur le point de jeter.

« Coucou mon amour. Qu'est-ce que c'est ? demande-t-il, la voix empreinte d'une curiosité particuliÚre.

Je ne mens pas.

— Une lettre. De Soren. Mais je m'apprĂȘtais Ă  la jeter ! dis-je d'une petite voix. »

Je m'attends Ă  la foudre. Je m'attends Ă  la tempĂȘte, Ă  la colĂšre et au chaos. MĂȘme si je voulais jeter cette fichue lettre, Isaiah ne le voit jamais du mĂȘme Ɠil. Il croit que je lui cache des choses et ne parvient pas Ă  se rendre compte que je ne veux que notre bien. Alors j'attends son rĂąle qui me fera perdre pied et me rappellera que je ne tiens jamais mes promesses comme je le devrais.

Pourtant... Pourtant rien ne vient. Un simple soupir. Une expiration presque embĂȘtĂ©e. Il me regarde en fronçant les sourcils, puis secoue la tĂȘte. Je ne sais pas si je suis plus dĂ©stabilisĂ©e par son silence ou son langage corporel. OĂč est la tempĂȘte ? OĂč est la foudre ? Je cligne des yeux plusieurs fois, les doigts resserrĂ©s autour de la lettre de Soren.

« Je me rends compte que j'ai été trop dur, commence-t-il.

Je fronce les sourcils, confuse.

— Je ne devrais pas te laisser aussi loin de ton ami. Je sais Ă  quel point il compte pour toi et je t'Ă©loigne de lui. Ce n'est pas ce que je dois faire, je dois ĂȘtre lĂ  pour t'encourager, pas te brider.

— Que- Hein ?

— Ne jette pas la lettre, dit-il avec un petit sourire. RĂ©ponds-y, je sais que t'en as envie. Je devrais pas t'empĂȘcher de faire ce dont tu as envie. »

Mon cƓur rate un battement. Un poids se relĂšve de mon estomac. Je suis... soulagĂ©e ? Heureuse ? Perdue ? J'en sais rien. Mais je peux sentir ma poitrine se gonfler d'un sentiment que je n'avais pas ressenti depuis longtemps.

Soren. Je vais pouvoir répondre à Soren.

Je ne peux m'empĂȘcher de rĂ©primer le sourire qui tombe sur mon visage. Je rapproche la lettre de mon cƓur, plus heureuse que jamais. Mon Isaiah. Il sait exactement ce dont j'ai besoin, c'est pour ça qu'on va si bien ensemble, non ? Il m'aime tellement, je le sais, je le sens. Il veut me voir tellement heureuse.

« Tu es sûr ? demandé-je, les traits déjà étirés par toute la splendeur qui peut radier de mon visage.

— Oui, je veux que tu sois heureuse. »

Je me prĂ©cipite vers lui et mes bras viennent se refermer autour de son cou. Je le serre. Fort. Mon Isaiah. Mon amoureux. Mon cƓur. Il me rend mon Ă©treinte en me serrant contre lui et je souris contre son torse. Il n'y a que lui pour me faire me sentir aussi spĂ©ciale, je le sais. Il est si incroyable. J'en oublie toutes les lettres jetĂ©es, toutes les larmes coulĂ©es sur l'absence de mon meilleur ami. Tout ça est effacĂ©, puisque je pourrai enfin lui rĂ©pondre.

J'embrasse mon copain sur les lÚvres, réveillée par une énergie nouvelle.

« Je t'aime, soufflé-je, le bonheur dans la bouche.

— Je t'aime aussi. Plus que tout au monde. »

Je souris. Je me cramponne à la lettre et je fonds sur le bureau. Je vais pouvoir tout lui raconter. Tout, tout, tout. De ma rencontre avec Isaiah à toutes ses attentions à... à tout. Ma formation, aussi. Que je réussis bien, que je suis à la perfection, vu que le reste de ma vie est rythmé par mon copain génial et qu'il y veille si bien.
⟡⟡⟡

Tu me manques, on se revoit bientĂŽt,
Lu'

Je ponctue la lettre, sourire aux lÚvres, deux heures plus tard. Je range ma plume dans un des tiroirs du bureau et je place mon écrit dans une enveloppe blanche comme neige. Je ne veux que ça pour mon Soren qui attend une réponse depuis si longtemps. Je la ferme à la bougie et fais glisser le sceau d'Isaiah sur la cire pour la sceller avant qu'elle ne quitte l'appartement. J'ai hùte, si hùte. Je tiens à peine en place.

Isaiah est sur le canapé de l'appartement, pas loin du bureau, alors quand je sors, je le croise directement. Il est en train de lire un livre, sourcils froncés, l'air concentré. Je m'approche doucement de lui, les joues rosies par la joie, et m'éclaircis la gorge.

« Tu penses que je peux emprunter ta chouette pour envoyer le hibou ? C'est un long trajet, je sais, mais si elle prend quelques jours, ce n'est pas bien grave, dis-je.

— Pour ?

Il ne relĂšve pas les yeux.

— Pour ma lettre. Ma lettre pour Soren.

Je le vois grimacer. Lentement, il redresse son visage en fronçant les sourcils.

— Ah.

— Oui, vu que tu avais dit que je pouvais lui rĂ©pondre, j'en ai profi-

— Tu vas vraiment rĂ©pondre, alors ?

— Eh bien, oui. Comme tu voulais bien, je me suis dit que je n'allais pas attend- »

Ma voix s'Ă©teint sur la fin de ma phrase. Je vois son regard changer. Il se crispe ou se tord, je ne sais pas. Mais il n'a pas l'air ravi, ça, j'en suis sĂ»re. Lentement, il referme son livre avant de pousser un long soupir et de se prendre la tĂȘte entre les mains. Il se penche, s'appuie sur ses genoux en secouant la tĂȘte.

« Tu vas vraiment lui répondre ?

— Je pensais que tu voulais bien, tu m'as dit-

— Mais enfin, Sage ! »

Sa voix explose. J'ai un mouvement de recul. La seule ancre Ă  laquelle je peux me rattraper, c'est le bout de papier entre mes doigts, alors je m'y cramponne.

« T'es stupide ou quoi ? Purée, je savais que je pouvais pas te faire confiance. T'es vraiment débile. »

Ma gorge se noue presque automatiquement. Je dĂ©teste quand il me dit ce genre de choses. Si cruelles, si dures. Elles me bousillent et me retournent l'estomac en un claquement de doigts, sans que je ne puisse rien y faire. Je ne sais mĂȘme pas quoi rĂ©pondre, je suis tellement perdue que le seul rĂ©flexe de mon corps est de faire perler des larmes au coin de mes yeux.

« Merde quoi, on a déjà eu cette conversation des dizaines de fois. Tu croyais vraiment que je voulais que tu lui répondes ? demande-t-il en me regardant avec ce regard qui me rappelle que je ne fais jamais ce qu'il faut. Tu penses pas à moi, c'est ça ?

Sa voix se brise.

— T'es super Ă©goĂŻste. Je te dis une fois que tu peux lui rĂ©pondre et tu fonces. Tu l'aimes, c'est ça ?

— Mais non, j-je t'aime toi, tu le sais bie-

— Alors t'en as rien Ă  faire de nos discussions, c'est ça ? T'es tellement Ă©gocentrique que tu penses qu'Ă  ton petit cƓur et le mien, tu le laisses au placard. »

Ses mots me frappent suffisamment au visage pour qu'une larme s'Ă©chappe Ă  jamais de mes yeux. Elle coule, elle s'Ă©crase sur le sol. Je resserre encore mes doigts autour du papier, le cƓur craquelĂ© par ce qu'il me dit. Comment peut-il croire ça ? Je ferais tout pour lui. Tout. Je regarde ses yeux et je vois qu'ils brillent. Je le fais pleurer. Moi, je le fais pleurer. Une brique tombe au fond de mon estomac et me cloue sur place. Je ne sais pas quoi dire, je ne sais pas quoi faire. Je suis complĂštement inutile face Ă  l'homme que j'aime et que je suis en train de blesser Ă  cause d'une stupide lettre que je n'aurais jamais dĂ» Ă©crire et Ă  laquelle je n'aurais jamais dĂ» songer.

« Pourquoi tu me fais ça ? demande-t-il d'une voix Ă©tranglĂ©e, avant de se frotter l'Ɠil pour effacer la larme qui coule sur sa joue. Je pensais que tu m'aimais, je pensais que-

— Mais je t'aime ! »

Une force me pousse vers lui. Je ne veux pas qu'il croie ça. Je l'aime. Je l'aime. Bien sĂ»r que je l'aime. Comment ne pourrais-je pas, avec tout ce qu'il fait pour moi ? Alors que lui-mĂȘme me traite comme la plus belle chose qui lui soit arrivĂ©e ?

Je baisse mon regard vers l'enveloppe. Elle a Ă©tĂ© broyĂ©e sous mes doigts, agressĂ©e par ma stupiditĂ© et ma crĂ©tinerie. J'ai blessĂ© mon Isaiah pour une futilitĂ©. Mes larmes viennent mouiller le papier qui ne ressemble plus Ă  rien. Je voulais une belle enveloppe pour mon Soren, mais je me rends compte qu'elle Ă©tait dĂ©jĂ  tachĂ©e par mon imbĂ©cilitĂ©. Alors je la dĂ©chire. Je la dĂ©chire en mille morceaux, en un million de morceaux s'il le faut, et je jette les bouts de papier sur le sol. Je veux les piĂ©tiner un par un, les effacer pour faire en sorte qu'ils n'aient jamais vu le jour. Je veux gommer toute trace de mon absurditĂ© et arrĂȘter de voir la dĂ©ception sur le visage tordu de mon amoureux. Quand je relĂšve les yeux, je le vois fixer les bouts de papier, affligĂ© et triste.

« Je suis désolée, je pensais... Je pensais mal, je ne voulais pas te faire de mal. Je n'essaierai plus jamais de le contacter, je te promets, continué-je en pleurant.

Je me mets Ă  genoux devant lui en prenant ses mains pour capter son regard qui me fuit.

— Je t'en supplie, pardonne-moi. J-je ne voulais pas, je te jure. Je ne voulais pas te blesser, jamais.

Les larmes strient mon visage, des lames qui viennent cisailler tout ce qu'il reste de ma dignité.

— Regarde-moi, s'il te plaüt. S'il te plaüt. Je t'aime. S'il te plaüt, me fuis pas, me quitte pas.

Lentement, il capte mes prunelles Ă  travers ses larmes et les miennes.

— Tu m'aimes ? dit-il, la voix tremblante.

— Oui, oui, je te jure. Je t'aime de tout mon cƓur. »

Il soupire. Sa respiration s'abat sur mon visage qui est plus bas que le sien et, de son souffle, je peux capter toute la dĂ©ception et le soulagement qui en Ă©manent. Je reprends espoir. Puis, comme un arc-en-ciel au milieu de la tempĂȘte, ses mains pressent les miennes. Un toucher doux, mĂȘme si tachĂ© par toute la douleur que je lui ai infligĂ©e.

« Lui parle plus. S'te plaßt, je veux plus jamais entendre parler de lui. »

Sa demande me fait l'effet d'une gifle, mais je l'ai mĂ©ritĂ©e, alors je hoche la tĂȘte. Si je dois sacrifier mon Soren pour ne plus ĂȘtre seule, pour continuer Ă  ĂȘtre sa reine, alors je le ferai. Parce que je me rends bien compte qu'exister Ă  ses yeux me maintient mieux Ă  flot que de n'exister pour personne ici. Sans lui, je coule. Sans lui, je suis pathĂ©tique et je blesse les autres. Sans lui, je ne suis rien dans ce pays que je ne connais pas assez pour y ĂȘtre entiĂšrement. Je suis une herboriste ratĂ©e et rien d'autre. Au moins, avec lui, je peux aussi ĂȘtre son amoureuse. C'est assez. C'est assez ? C'es assez. Je veux que ce soit assez.

« Je te le promets. »

@Soren Mayfield
2772 mots

Employée chez Apothic'Herbes depuis juillet 2051 - couleur #727955 - fiche

New York PNJ Chrysalide Recueil d'OS TW
{ Pardonne-moi }

décembre 2045
23 ans

PNJ présent : Isaiah Madsen #003500
TW : violence conjugale physique


On m'a toujours dit que j'étais une jolie fleur. Je ne sais pas trop pourquoi, mais on me l'a souvent répétée.

Tu es une jolie fleur, Sage.

SĂ»rement parce que je souris, sĂ»rement parce que je suis souvent joyeuse et que j'essaie d'offrir aux autres ce qu'il y a de plus beau chez moi. J'essaie de rester moi-mĂȘme, j'essaie de me rendre utile, j'essaie d'ĂȘtre la jolie fleur Ă  laquelle on m'a toujours comparĂ©e. Pour faire plaisir aux autres, parce qu'au final, rendre les autres heureux me satisfait et me donne un peu de bonheur Ă  moi aussi.

Isaiah aussi, il me considĂšre comme une jolie fleur. Il me complimente, il me protĂšge des autres. Il me protĂšge si bien que je ne sais mĂȘme plus si c'est eux ou moi qui fuyons l'autre. Et puis, quand je cesse d'ĂȘtre la jolie fleur qu'il aime tant, il me rappelle ce que je dois faire pour la retrouver.

Parfois, ça passe par des cris.

Parfois, ça passe par des pleurs.

Souvent, ça finit mal.

Il laisse une nouvelle trace en moi, une trace suffisante pour que je perde un de mes pĂ©tales. Je veux essayer de rester jolie, pourtant. Je garde la face, j'oublie, je passe Ă  autre chose. J'essaie de ramasser ce qu'il m'a pris en ignorant mĂȘme l'avoir perdu. Parfois, ça semble peine perdue. Quand je regarde mon visage dans le miroir, j'ai l'impression qu'on m'a retirĂ© ce qui faisait que j'Ă©tais une jolie fleur. Je me demande Ă  quel point je suis prĂȘte Ă  continuer comme ça. À combien de pĂ©tales je suis prĂȘte Ă  abandonner avant qu'il ne reste rien de mon enveloppe corporelle, avant que je ne fĂąne pour de bon.

Mais lĂ  encore, j'oublie. Je passe Ă  autre chose. Parce qu'il m'a convaincu que perdre un pĂ©tale Ă©tait suffisant pour qu'il m'aime Ă  nouveau. Pour qu'il me pardonne lĂ  oĂč j'avais fautĂ©. J'acquiesce, j'opine de la tĂȘte et je le laisse continuer Ă  me parler et Ă  me rassurer. Il s'excuse pour ce qu'il a piĂ©tinĂ©, me caresse la joue et m'embrasse avec tant de tendresse que je me demande si c'est mĂȘme possible que ce soit lui qui ait pu me faire verser mes premiĂšres larmes.

Parce qu'il est lĂ , son talent, chez Isaiah. Il m'aime. Il m'aime si fort. Il me le rĂ©pĂšte tant que c'est presque devenu un automatisme pour moi de le croire. Il ferait n'importe quoi pour moi. N'importe quoi. N'importe quoi. C'est ce qu'il me dit en boucle aussi. Comment ne pas avoir foi si lui-mĂȘme s'en convainc si bien ? Je n'ai pas d'autre choix que de le croire. Parce que si je ne le fais pas, ça voudrait dire que j'ai arrĂȘtĂ© de rĂ©pondre Ă  Soren pour des mensonges, que j'ai arrĂȘtĂ© de cĂŽtoyer Elisa pour un baratin auquel je veux tellement me fier. Et ça, j'en suis physiquement incapable. Mon cƓur se ferme Ă  la simple idĂ©e qu'il ne m'aime pas rĂ©ellement.

Il m'aime. Il m'aime... J'en suis sûre.

⟡⟡⟡

Je referme la porte d'entrĂ©e de l'appartement d'Isaiah, fatiguĂ©e de ma journĂ©e Ă  l'atelier d'herboristerie. Isaiah me laisse y aller parce qu'il y a Ă©tĂ© et qu'il n'y a que des filles. Ça lui va, alors je peux y aller.

Je retire mes chaussures, je pends mon manteau, je le vois sur le canapĂ© en train de lire. Il s'arrache Ă  sa lecture, passe ses yeux au-delĂ  de son livre et m'adresse un doux sourire. Je le lui rends, je m'assois Ă  ses cĂŽtĂ©s. Sa main m'attire vers lui pour qu'il vienne dĂ©poser un baiser sur mes lĂšvres et j'essaie de profiter du contact de sa bouche contre la mienne. Je comprends rapidement que la fatigue m'en empĂȘche.

« Je pense que je vais aller dormir tÎt, ce soir, dis-je avec un léger sourire. Je suis épuisée.

— Non, non, reste, dit-il en resserrant ses doigts autour des miens.

— Je suis vraiment fatiguĂ©e, insistĂ©-je. »

Il soupire et je peux déjà sentir que j'ai mal au bide. Le non, il ne l'apprécie que rarement. Presque uniquement quand il s'agit de refuser qu'on vienne me rendre visite à l'appartement.

Mais il ne dit rien de plus. Il se lÚve, ouvre le frigo dans lequel il récupÚre des restes d'un plat préparé la veille et sort sa baguette. Je peux sentir l'ambiance lourde qui me pÚse sur les épaules. Je suis dans l'attente. Dans l'attente de ses prochains mots, de son prochain regard qui va couler sur moi comme du fer chauffé à blanc. Puis, de son silence qui voudra me punir et me faire comprendre à quel point je n'ai pas été une jolie fleur. Il chauffe le plat à l'aide de son catalyseur, le sert sur deux assiettes et les met sur la table à manger.

« Mange au moins un bout, fait-il doucement et je hoche de la tĂȘte. »

On s'installe. Je ne sais pas vraiment quoi dire — je suis vraiment fatiguĂ©e — et lui me fixe. Je lui demande si tout va bien ; il me rĂ©pond que oui. Je mange une bouchĂ©e, puis une autre, toujours sous la braise qui anime son regard. Je ne comprends pas bien ce qu'il veut — une question ? Une conversation ?

Non, bien sûr que non.

Je sais bien que non.

Je ne finis pas mon assiette. Je la vide, la nettoie rapidement et je m'apprĂȘte Ă  partir pour aller me coucher. Je sais qu'il ne veut pas ; ses yeux me l'ont criĂ© tout le repas.

« Tu vas oĂč ? demande-t-il alors que je suis presque dans le couloir.

— Dormir. Je suis crevĂ©e, vraiment.

— Tu veux pas rester un peu ? Avec moi ?

Je souffle un peu. Il se poste devant moi.

— Demain, si tu veux. Mais lĂ , je vais me coucher, rĂ©pĂ©tĂ©-je doucement avec un petit sourire.

— T'as dĂ©jĂ  dit ça hier
 rĂąle-t-il en roulant des yeux. Et t'avais promis de rester un peu avec moi aujourd'hui.

Je me pince les lĂšvres ; il n'a pas tort.

— Juste... Allez, demain, je suis en congĂ©. Je te promets que demain, on passe la soirĂ©e ensemble. Sans faute, rajoutĂ©-je encore en tentant d'ĂȘtre rassurante.

Ma main vient trouver son bras et le presse doucement. Je tiens mes promesses d'habitude. Mais j'ai le droit d'ĂȘtre fatiguĂ©e, aussi, non ?

— T'avais promis...

— Demain, prom- »

Son bras se retire violemment de ma main. Le regard qu'il me jette est noir. Mon cƓur se dĂ©fait.

Je crois connaßtre ce regard. Pourtant, quelque chose cloche. Je l'ai déjà vu en colÚre. Mais ce regard-ci est pire. Plus sombre. Plus imposant. Je crois que j'ai peur.

« T'es qu'une putain de menteuse, crache-t-il.

Mon estomac tombe dans mon ventre.

— Tu sais pas tenir une putain de promesse. Jamais. Jamais pour me faire plaisir. »

Mon souffle se coupe quand sa main se lĂšve. Je ne sais pas ce que j'attends. Un impact ? Non, bien sĂ»r que non. Jamais. Ses doigts se referment sur eux-mĂȘmes, sa main se serre, se desserre.

Puis, c'est un fracas qui résonne quand son corps se tourne.

Son poing s'abat dans le mur, y laissant la trace de sa colÚre et de ma plus grande crainte comme une tache d'encre indélébile.

Je crois que je ne respire plus. Ou bien le temps s'est-il suspendu ? Est-ce que le temps peut s'arrĂȘter quand on meurt de trouille ? Quand on se retrouve face Ă  la peur ? La seule chose qui me rappelle que je suis dans le monde rĂ©el, ce sont mes ongles qui s'enfoncent dans mes propres paumes et me font souffrir. Mais je ne bouge pas. Je ne cille pas. Ma gorge me fait mal Ă  force de se nouer. Les battements de mon cƓur rĂ©sonnent dans mes oreilles, assourdissants et incessants.

L'espace d'un instant, je crois sombrer pour de bon.

Tremblante, je reviens à la réalité quand mes ongles finissent par me faire gémir de douleur et je viens vivement essuyer les larmes qui perlent au coin de mes yeux pour qu'Isaiah ne les voie pas.

« J'ai jamais vu quelqu'un d'aussi nul que toi, j'te jure, ça me rend fou, recrache-t-il en se retournant vers moi. »

Il n'adresse pas son geste. Il regarde Ă  peine la trace de son poing dans le plĂątre, observe Ă  peine mon corps flageolant face Ă  sa violence.

Je crois que j'ai peur qu'il ne fasse plus. Plus que de me regarder avec son animosité dans ses pupilles dilatées, plus que de me laisser plantée là.

Pourtant, il part simplement. Il secoue la tĂȘte et s'Ă©loigne. C'est tout.

La distance se fait entre son corps et le mien, et quand il est enfin un peu plus loin, j'expire tout l'air qui Ă©tait restĂ© dans mes poumons. J'ai du mal Ă  respirer. Je sanglote. Je suis secouĂ©e par des spasmes. Je crois mĂȘme mourir. Mes mains continuent de frotter mon visage pour me dĂ©faire de mes larmes qui strient mes joues avec vĂ©hĂ©mence, sans s'arrĂȘter ni me laisser le temps de rattraper les prochaines. Je frotte, je m'Ă©crabouille la face pour leur Ă©chapper. Puis, je me laisse tomber au sol, je pleure, je peine Ă  retrouver mon souffle. Est-ce que je vais mourir ?

Isaiah s'est assis dans le canapĂ©. Il ne me regarde mĂȘme pas, ne m'adresse pas la parole. Il me laisse crever sur le sol. Je ne sais mĂȘme plus si je veux que ce soit lui qui me sauve.

Mais si ce n'est pas lui qui me sauve, alors qui ?

Mes mains viennent trouver mon cou, mes doigts se resserrent sur ma poitrine pour tenter de retrouver un peu la maĂźtrise de mon corps, mais rien n'y fait.

Je crĂšve.

Je crĂšve, je crĂšve, je crĂšve.

Je ne sais pas combien de temps ça dure. Cinq minutes ? Dix heures ? J'en n'ai pas une foutue idĂ©e. Je sais juste que ça dure. Je sais mĂȘme plus quel jour on est, je sais plus quelle heure il est. Je pleure, je gĂ©mis, je sanglote. Mes entrailles se tordent de douleur et me font affreusement mal. Je veux juste me rattraper Ă  quelque chose. Un rien. N'importe quoi qui me garderait un petit peu Ă  flot. Le souci, c'est que ma seule bouĂ©e de sauvetage ne veut pas de moi et ne me jette pas un regard.

Alors je dois aller la chercher.

Entre mes hoquets de douleur, mes mains trouvent le sol et me redressent. Je vois flou, mais je vois assez clair pour repĂ©rer Isaiah toujours assis au mĂȘme endroit, son fichu livre entre les doigts. Il ne lĂšve pas les yeux vers moi quand je me remets sur mes pieds. Il attend. C'est moi qui ai fautĂ©, alors c'est Ă  moi de venir. Je tremble quand j'atteins le canapĂ© et que je me laisse tomber dessus. Je suis incapable de parler, pas un seul mot n'arrive Ă  passer la barriĂšre de mes lĂšvres chancelantes, encore trop secouĂ©e par mes sanglots.

« D-d-d-Ă©sol-l-l-Ă©e, tentĂ©-je Ă  travers la douleur, recroquevillĂ©e sur moi-mĂȘme. »

Il soupire, agacĂ©. Il n'est pas encore prĂȘt Ă  me pardonner. Mais il le fera. Pour moi, il le fera. Lentement, il repose son livre sur la table basse et ouvre son bras. Je m'y rĂ©fugie. Est-ce vraiment un refuge ? Je m'y sens Ă  peine en sĂ©curitĂ©. Mais je n'ai pas le choix, hein ? Non, j'ai pas le choix. Il me l'a pris, mon choix. Il me l'a volĂ©, mĂȘme si je ne le dirai jamais Ă  voix haute.

Et comme ça, une fois encore, il me prend un pétale.

Et il piétine le reste de la jolie fleur que j'étais. Parce qu'il faut que je retrouve celle qu'il veut que je sois. Celle qui ne dit pas non. Celle qui fait ce qu'il veut.

Je deviens sa jolie fleur. Et je cesse d'ĂȘtre la mienne.

Alors pardonne-moi, jolie fleur.


2016 mots
DerniÚre modification par Sage Matthews le 1 sept. 2026, 23:10, modifié 3 fois.

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New York PNJ Chrysalide Recueil d'OS TW
{ Choisir de rester }

début février 2046
23 ans

PNJ présent : Isaiah Madsen #003500
TW : emprise, chantage affectif


Faut que ça s'arrĂȘte.

Je dois partir, hein ? Oui, je dois partir. Elle est lĂ , la solution. J'aimerais qu'il y en ait une autre. J'aimerais tant. Qu'il continue de s'excuser et que je passe Ă  autre chose. Qu'il soit tendre et qu'il continue de me rassurer en me disant que cette colĂšre, c'Ă©tait la derniĂšre. Qu'il continue d'essuyer mes larmes et mes doutes du bout de ses pouces comme il efface les insultes qu'il vient de me hurler au visage. J'aimerais que ça suffise. Mais la peur me bouffe. Elle s'empare de moi et me dĂ©vore de l'intĂ©rieur. À chaque mot de travers, Ă  chaque regard qui se durcit, Ă  chaque cri qui s'abat sur moi pour me fissurer. Elle m'englobe et me fige sur place. Ma gorge s'Ă©trangle, se tord et supplie que ça s'arrĂȘte. Mes membres tremblent, mon esprit s'Ă©vade dans un lieu qui me dissocie de la rĂ©alitĂ© pour lui Ă©chapper le temps que sa fureur passe sur mon corps et sur mon Ăąme.

Je dois partir. Je sais que je ne peux faire que ça. Faut que je parte, que je m'en aille loin. Je ne peux pas me contenter de cet Ă©chappatoire créé de toutes piĂšces par mon esprit. Non. Je dois me tirer. Je le sais. Je le sais, hein ? Je le sais. DĂšs que je regarde cet appartement que je ne peux plus quitter. DĂšs que je touche mes cĂŽtes amaigries parce que tout me coupe l'appĂ©tit. DĂšs que je croise mon regard oĂč la lumiĂšre ne passe plus qu'Ă  peine. DĂšs que mes yeux se posent sur le renfoncement dans le mur qui a la forme exacte de son poing. J'ai pas le choix.

Parce que je crois que si je reste, je vais mourir.

Je suis dans le canapĂ© de cet appartement auquel j'aimerais Ă©chapper, les ongles ancrĂ©s dans mes paumes, l'angoisse au bord des lĂšvres. Aujourd'hui, je pars. Je pars, hein ? Faut que je parte. Faut que je lui dise que je pars. Parce que j'en peux plus de l'odeur de renfermĂ© qui rĂšgne dans cette piĂšce trop petite pour nous laisser vivre, tous les trois. Lui, moi et sa colĂšre. Parce que j'en peux plus de ce mĂȘme mur blanc Ă  la peinture dĂ©crĂ©pie que je fixe Ă  longueur de temps pour tenter de comprendre ce que je suis devenue en un an Ă  peine. Parce que j'en peux plus du bruit du robinet qui goutte constamment et que mĂȘme la magie ne rĂ©pare pas complĂštement. Parce que je veux plus voir son ombre s'appuyer sur le mur qui mĂšne au couloir et m'empĂȘcher de rejoindre les rĂȘves parce que je dois rĂ©pondre Ă  l'ordre qu'il a dĂ©cidĂ© de m'imposer. J'en peux plus. Je peux plus.

J'aimerais que ce soit le silence qui rĂšgne autour de moi. Que je puisse me retrouver un peu seule avec mes pensĂ©es et mes angoisses avant de rencontrer la tempĂȘte. Mais j'entends l'eau qui coule dans la salle de bain, j'entends sa voix qui chantonne un air d'amour qu'il n'arrive pas Ă  me donner correctement, ou du moins comme j'aurais aimĂ© le recevoir. Et j'entends toujours cette fichue goutte qui fuit du robinet de la cuisine.

Tac.

Tac.

Tac.


L'intervalle est régulier, ordonné, presque militaire. Tout comme l'aura lourde qui pÚse sur la piÚce. Celle qui me dit à présent à quelle heure je peux aller dormir, à quelle heure je dois me lever et à qui j'ai le droit d'adresser la parole si je ne veux pas finir avec sa colÚre noire qui se retourne contre moi.

J'entends un bruit sourd de mĂ©tal qui grince, puis l'eau qui cesse de couler. Le rideau de douche s'Ă©carte, la chansonnette ne s'Ă©teint pas. Je continue de me gratter les paumes et de me mordre la lĂšvre infĂ©rieure. Aujourd'hui, je pars. Je me le suis promis. Je pars, je pars, je pars. La porte de la salle de bain s'ouvre, Isaiah en sort vĂȘtu de son pyjama. Ses pas sont lourds sur le parquet grinçant, si lourds que je sais qu'il revient vers la piĂšce commune dĂšs qu'il tourne les talons. Son ombre apparaĂźt une fois encore dans le couloir, de la mĂȘme maniĂšre que j'aimerais ne plus jamais la voir en sortir. Je sens l'angoisse monter dans ma gorge et le stress grimper dans ma colonne vertĂ©brale. Je me courbe un peu, baisse les yeux vers mes mains que je suis en train de cisailler et pousse un long soupir.

« Tout va bien, mon amour ? demande-t-il, la voix douce. »

J'aime quand il me parle comme ça. Sur ce ton agréable et qui me donne l'impression qu'il pourrait décrocher la lune pour moi. Il me le réserve toujours quand j'agis comme il l'a demandé. Mais c'est pas une vie, ça, hein ? Je peux pas simplement espérer qu'il soit doux uniquement quand je suis celle qu'il a façonnée et pas celle que je suis vraiment. Je dois pouvoir exister sans ça. Je dois pouvoir vivre sans cette douceur factice qu'il utilise pour m'enrober et brouiller mon esprit. C'est pour ça que je dois partir. Parce que c'est cette douceur qui me fait oublier ma peur, mais ma peur est devenue trop grande pour que je continue à l'ignorer.

Son corps s'approche, vient s'asseoir Ă  cĂŽtĂ© de moi sur le canapĂ© et sa main vient trouver ma cuisse qu'il presse doucement. Je tourne la tĂȘte vers lui et rencontre son regard qui a l'air sincĂšrement inquiet. Il doit sĂ»rement se demander si j'ai mal Ă  la tĂȘte ou au ventre ; je sais qu'il ne se doute pas une seule seconde que je veux qu'il retire sa main qui me brĂ»le la peau, qu'il s'Ă©loigne de mon corps qui me supplie d'avoir de l'espace ou qu'il cesse de me regarder avec ces yeux remplis de cet amour destructeur qu'il a construit de toutes piĂšces pour me garder pour lui.

« Je- Il faut que je te parle d'un truc, réponds-je, la voix fébrile. »

Ses sourcils se haussent. Au fond, ça doit presque devenir physique, parce que mon cƓur rate un battement et pourtant, sa prise sur ma cuisse n'a mĂȘme pas cillĂ©. C'est mon corps qui rĂ©agit tout seul Ă  la frousse que j'ai appris Ă  internaliser. Mais il ne bouge pas et continue de m'interroger du regard. Je sens malgrĂ© tout mon cƓur qui s'accĂ©lĂšre. Mais je pars, hein ? Oui, je pars. C'est pour ça que ces mots ont glissĂ© de mes lĂšvres et que mon cƓur veut reculer. Partir, ça fait peur aussi.

Tout mon corps tremble, ma gorge s'Ă©trangle quand j'ouvre la bouche, incapable de dire quoi que ce soit. Je la referme. Je la rouvre. Je la referme. Les mots sont lĂ , quelque part, en moi. Ils essaient de se frayer un chemin vers la sortie, vers la fin de ce qu'on a créé pour y mettre un terme. Je sais qu'ils sont lĂ . Ils forcent mes barriĂšres, ils sautent par-dessus mes craintes et, alors que je m'Ă©loigne de lui et de sa main sur ma peau, je relĂšve enfin la tĂȘte.

« Je- Je crois qu'il faut qu'on rompe. »

Silence arrive.

Silence dĂ©barque, englobe l'espace qui nous sĂ©pare et alourdit l'air qui rentre dans mes poumons. Silence rĂšgne enfin. Ou alors ce sont les acouphĂšnes dans mes oreilles qui Ă©teignent eux-mĂȘmes le bruit de la goutte dans l'Ă©vier ? Tac. Tac. Tac. Non, je ne l'entends pas. Pas vraiment. Silence a mĂȘme mangĂ© la goutte. Je regarde ses yeux verts me sonder, ses sourcils se froncer et sa respiration se comprimer.

« Quoi ? »

Sa voix n'est pas aussi dure que ce Ă  quoi je m'attendais. Il est surpris. RĂ©ellement surpris. Il ne s'y attendait pas. Je me pince les lĂšvres, continue Ă  gratter la peau qui entoure mes ongles jusqu'Ă  me mordre la joue quand la douleur remonte. Un rapide coup d'Ɠil me confirme que je me suis fait saigner. Je souffle.

« Je... Je peux plus rester. Je- Je ne me sens plus en sĂ©curitĂ©. Ici, avec toi. Je me sens plus bien. J'ai peur. Je veux pas avoir peur, mais j'ai peur. Je ne me sens plus en sĂ©curitĂ© dans tes bras ou avec toi. Mais c'est pas sensĂ© ĂȘtre comme ça, hein ? Tu vois, hein ? Je- Je peux plus vivre avec ta colĂšre envers moi. Tes mots me font mal. J'ai mal. Je- Il faut que ça s'arrĂȘte. Faut que ça s'arrĂȘte.

Ma voix tremble. Je peine Ă  parler.

— Je vois plus personne. Je suis seule.

— Mais tu m'as, moi, me coupe-t-il.

— Mais pourquoi ? Pourquoi j'ai que toi ? Avant toi, j'avais pas que toi. J-j'avais pas que toi..., dis-je alors que les mots meurent sur mes lĂšvres. »

Il baisse les yeux, les sourcils toujours froncés. Ses mains commencent à triturer son jogging de pyjama de maniÚre machinale.

« Mais je t'aime..., continue-t-il, la voix cassée.

— Je t'aime aussi, dis-je, parce que c'est la vĂ©ritĂ© et que je n'arrive pas Ă  y Ă©chapper. Mais ça fait mal. Ça fait trop mal. J'ai trop mal. »

Sa tĂȘte commence Ă  se secouer de droite Ă  gauche, comme un refus.

« J'te promets de faire mieux, j'te promets de plus me mettre en colÚre. J-j'te promets, je t'aime Sage. J'suis désolé de me mettre en colÚre. Mais je t'aime. Tu le sais que je t'aime, oui ? demande-t-il en relevant les yeux vers moi. Je t'aime. Tu te rends pas compte. »

Je sens mon visage qui se défait. J'aimerais lui dire que non. Que je ne le crois pas. Que je ne le crois plus. Mais il me le dit si bien. Il le dit tant de fois. Si souvent. Et je peux toujours pas me dire qu'il ne m'aime pas. Soren, Elisa, Don. Je le leur dois bien. Je peux pas ne pas le croire, parce qu'autrement, je leur ai fait du mal pour rien, hein ?

La respiration d'Isaiah devient de plus en plus lourde, de plus en plus irréguliÚre. Comme un buffle à qui on a asséné le dernier coup, il serre les poings sur le tissu. Les déserre. Les resserre. Les déserre.

« Sage, t-tu peux pas me laisser. Tu peux pas me faire ça. Tu peux pas me laisser. Tu vois pas ce que ça me fait ? dit-il en me regardant, les larmes aux yeux. Je sais pas vivre sans toi. Je ferais tout pour toi, tout. Je fais tout pour toi. »

Plus il parle, plus les gouttes perlent au coin de ses yeux. Je gronde mon cƓur qui se serre à cette vue.

Aujourd'hui, je pars.

Aujourd'hui, je pars...

Ma main se tend. Elle agrippe la sienne qui est à deux doigts de déchirer le coton de son t-shirt. Je la serre.

« J-je sais. Mais il le faut-

— Mais pourquoi ? s'emporte-t-il, les larmes striant ses joues. Pourquoi, Sage ? Je sais que je suis pas parfait. Mais je t'aime. Je t'aime, hein ? Regarde dans quel Ă©tat tu me mets, regarde com-

Il s'étrangle.

— Pars pas. Je t'en supplie. »

L'image est trop lourde, trop dure Ă  emmagasiner. Il me regarde avec cette souffrance que je n'ai jamais vue chez lui. Cette douleur que je cause.

« On peut trouver une solution, hein ? demande-t-il. On peut. Je t'aime, Sage. Je f'rai mieux, j'te jure. Faut juste qu'on trouve une solution. Je veux que tu te sentes bien avec moi, j'te jure. J'te j- »

La peine coupe encore une fois ses mots. Il s'effondre dans mes bras. Son dos est secouĂ© par les sanglots tandis que son visage s'enfouit dans mes jambes et qu'il me serre contre lui. Je me sens flĂ©chir. Assombrie par la tristesse de le voir comme ça, tordue Ă  l'idĂ©e de le briser. Il fera mieux ? Je devrais pas y croire. Je sais bien. Je devrais pas. Mais mon estomac tombe dans mon ventre et ses doigts qui s'agrippent Ă  moi comme si j'Ă©tais ce qui le gardait Ă  flot Ă©crabouillent ce qu'il me restait de courage. Il me sert avec tant de force que je me mets moi-mĂȘme Ă  pleurer.

Aujourd'hui, je pars, hein ?

Pars pas. Pars pas.

Il le répÚte en boucle. Encore. Encore et encore et encore. Je caresse ses cheveux blonds qui sont devenus humides par endroits en se noyant dans ses larmes, la vue brouillée par la propre humidité de mes yeux.

« Regarde ce que tu m'fais, dit-il en continuant à pleurer. »

J'écrase ma main libre sur ma bouche pour étouffer le hoquet qui me vient.

« J-je... On va trouver une solution, dis-je. On va trouver une solution. »

Il me serre encore plus fort. Je crois que j'Ă©touffe, mais je ne m'Ă©loigne pas. Je peux pas m'Ă©loigner. Je peux pas le laisser dans cette souffrance. Pas quand c'est moi qui en suis la cause. Mes doigts continuent de caresser ses cheveux, mes larmes continuent de couler. Faut que ça s'arrĂȘte. Faut que je parte. Mais je reste. Je reste, je continue de le consoler.

On va trouver une solution.

Pars pas.

Les mots se mélangent, nos voix peinent à s'écouter.

Et ça s'arrĂȘte pas. Et je pars pas.

2235 mots

Employée chez Apothic'Herbes depuis juillet 2051 - couleur #727955 - fiche