Mamina

PNJ : Lucie Chambon (dite « Mamina »)
Vendredi 14 juillet 2051
14h25
Paris / France
Quartier du Palais Royal
Depuis le dernier étage de son immeuble, Mamina entendait craquer les marches lorsqu’un voisin rentrait chez lui. Depuis près de trente ans, elle s’y était habituée. Cela faisait partie des bruits rassurants, comme celui de l’horloge en bois qui retardait de trois minutes, ou des vitres anciennes sur lesquelles le vent parisien s’écrasait joyeusement.
À travers la lucarne, la capitale arborait ses couleurs d’été. Les toits en ardoise brillaient sous le soleil. Au loin, la silhouette de la tour Eiffel trônait fièrement. Déjà, derrière les arbres du jardin du Palais-Royal, des drapeaux tricolores avaient été installés sur les façades de la Comédie-Française. D’ici quelques heures, les rues seraient remplies de familles et de touristes venus admirer les drônes colorés, et les rituels feux d’artifice.
Une tasse de thé à la bergamote, posée sur la table basse, attendait d’être dégustée. Installée dans son fauteuil le plus confortable, un châle sur les épaules, Lucie tournait les pages d’un vieil album photo en cuir. Deux jeunes mariés riaient devant une mairie. Le visage heureux, ses longs cheveux châtains coulaient sur ses joues rouges. À côté d’elle, Louis avait aux lèvres ce sourire qu’elle reconnaissait entre mille. Son costume était trop grand pour lui. Il l’avait emprunté à un collègue, et avait passé toute la journée à se plaindre de sa cravate. Elle lui avait promis de la lui retirer dès que les invités auraient le dos tourné. Un sourire s’installa sur ses lèvres.
- Tu étais incapable de rester sérieux plus de cinq minutes…
Elle tourna la page. Un paysage écossais s’offrit à elle. Une petite fille rousse de six ou sept ans courait dans une prairie. C’était Flora, toujours les genoux écorchés, et persuadée qu’elle pouvait courir plus vite que son père. Lucie observa un long moment cette photographie. Elle revoyait les Highlands et leurs moutons, et repensa aux soirées passées en famille devant la cheminée. Ils avaient quitté Paris sans vraiment savoir si un jour ils reviendraient.
Elle était revenue. Sans lui.
Le vide laissé par Louis faisait moins mal qu’autrefois, comme une étoile qu’on ne voit pas le jour, mais qui est pourtant bel et bien là. Mamina but une gorgée de thé, et tourna une nouvelle page de l’album. Son sourire revint aussitôt. Gabryel à cinq ans, le visage couvert de farine, montrait fièrement une baguette sortie du four et à peine cuite, dont il se vantait que c’était « le meilleur pain du monde ». Évidemment, c’était immangeable, mais ils l’avaient pourtant terminée tous les deux jusqu’au bout.
Sur la suivante, Gabryel était un peu plus grand, les coudes sur une table en bois, qui observait avec ses immenses yeux bleus sa grand-mère tirer les cartes. Elle se rappela :
- Et celle-là, elle veut dire quoi ?
- Les cartes ne disent pas ce qui va arriver, mais ce que ton cœur sait déjà.
La vieille dame moldue referma l’album. Les années avaient passé. Son regard se posa sur l’horloge qui indiquait quatorze heures trente-deux. Elle secoua la tête.
- Ne sois pas ridicule, Lucie.
Elle se leva lentement, malgré le désaccord de ses articulations, traversa le salon, et ouvrit la fenêtre quelques instants pour laisser l’air envahir la pièce. Ses yeux se dirigèrent vers le téléphone dans l’entrée. Elle les détourna presque aussitôt. Attendre n’était pas sa qualité première. Afin de calmer sa nervosité, elle se dirigea vers sa vieille commode, en ouvrit le dernier tiroir, et attrapa son tarot de Marseille, enveloppé dans un vieux foulard bariolé.
Les cartes n’avaient plus leurs couleurs éclatantes du neuf. Elles étaient pliées à certains endroits. Mamina s’installa à la table de chêne de la salle à manger, puis les mélangea lentement, sans poser de question précise. Elle coupa le jeu, et tira une première carte : « Le Soleil », évidemment, la famille, les enfants. Le vieil album photo lui revint à l’esprit. La seconde carte afficha « La Tempérance ». Elle signifiait l’équilibre, l’attente patiente. Lucie disposa les deux cartes côte à côte.
Ses doigts effleurèrent une troisième carte, qu’elle retourna plus lentement que les deux premières. « La Maison Dieu » s’imposa sous ses yeux, avec sa haute tour frappée par la foudre, et ses deux silhouettes chutant dans le vide. Lucie resta immobile un long moment. Elle connaissait cette carte, qui annonçait des bouleversements et des incertitudes. Une phrase souffla au fond d’elle : « Les existences prennent soudainement une direction inattendue ».
Un frisson traversa son dos.
Le téléphone sonna une fois, puis deux. Lucie se leva pour répondre.
~~~~~~~~~~~
Au même instant, à plusieurs centaines de kilomètres à Fife, en Écosse, assis contre le tronc d’un chêne, Gabryel tournait les pages d’un livre consacré à de vieilles légendes écossaises. Sans qu’il puisse l’expliquer, quelque chose se contracta d’un coup dans sa poitrine. Ce n’était pas une douleur physique, mais plutôt une étrange inquiétude.
Reducio
- Identité du/des PNJ (Prénom, Nom) : Lucie Fleurdelys
- Lien avec le PJ : Sa grand-mère maternelle
- Lien dans le répertoire : ici
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ?
Oui, Gabryel sera sous peu confronté à la réalité du monde non sorcier, la maladie de sa grand-mère et l’impossibilité de l’aider malgré ses capacités magiques. Cet état de fait l’amènera à prendre des chemins de vie tortueux.
- Lien avec le PJ : Sa grand-mère maternelle
- Lien dans le répertoire : ici
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ?
Oui, Gabryel sera sous peu confronté à la réalité du monde non sorcier, la maladie de sa grand-mère et l’impossibilité de l’aider malgré ses capacités magiques. Cet état de fait l’amènera à prendre des chemins de vie tortueux.
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 28 juil. 2026, 00:48, modifié 1 fois.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Mamina
TW :
Examen médical
Ambiance anxiogène
Évocation de la maladie
La cabine était blanche. C’est ce que pensa Lucie en observant la banquette recouverte d’un papier jetable. Il n’y avait rien de vraiment inquiétant dans cette petite pièce. Elle ne semblait pourtant pas annoncer une suite agréable. Une affiche rappelait que tout objet métallique devait être retiré avant l’examen. Mamina massa l’annulaire de sa main gauche, avec cette sensation étrange qu’il lui manquait un bout d’elle-même.
Elle avait déjà répondu à deux reprises par la négative à toutes les questions de la professionnelle de santé :
Avait-elle un stimulateur cardiaque ou un appareil auditif ? Portez-vous une quelconque prothèse métallique ? Avait-elle déjà subi une opération liée au cerveau, au cœur, ou aux yeux ? Avez-vous des tendances à la claustrophobie ?
La praticienne lui avait adressé un sourire, mais cela ne l’avait pas rassurée :
- La machine peut être impressionnante, mais vous pourrez me parler pendant tout l’examen si cela peut vous rassurer. Si vous ressentez, à un moment ou à un autre, le besoin d’arrêter l’examen, appuyez sur cette petite poire d’appel.
On l’avait autorisée à garder ses chaussettes, ainsi que son pull sous sa blouse d’examen ouverte dans le dos. Elle avait tout de même retiré ses chaussures, et son soutien-gorge. La vieille dame se sentait ridicule sous ce tissu trop large.
- Ça va, madame ?
- Parfaitement.
C’était faux, évidemment, mais que répondre d’autre ? Au centre de la salle d’imagerie se trouvait une imposante machine blanche et arrondie. L’objet occupait presque toute la pièce, comme un gigantesque cylindre dans lequel on aurait emboîté une table. Cet espèce de tunnel n’était pas complètement fermé. Tant mieux, se dit-elle, car il ressemblait un peu à un four à micro-ondes géant.
On lui expliqua une nouvelle fois le déroulé de l’examen. La machine avait un peu la fonction d’un aimant très puissant. Des impulsions dites de « radiofréquence » perturbaient ce champ magnétique, libérant ainsi des signaux que l’appareil analysait pour reconstruire des images très détaillées du cerveau. C’est ainsi que se construisait une séance d’IRM. Lucie comprit le principe général en essayant de s’imaginer ce qui allait se passer à l’intérieur d’elle.
- Le plus important, c’est de rester totalement immobile.
- Combien de temps ?
- Environ vingt-cinq minutes, mais peut-être un peu plus.
La table n’était pas très confortable. Lucie s’allongea sur le dos. Un petit coussin fut placé sous ses genoux, ainsi qu’une espèce de casque en plastique autour de son crâne. Il s’agissait de l’antenne servant à recevoir les signaux. L’objet descendait sur son visage. Ce n’était pas une cage, mais ça y ressemblait. La Française avait l’impression d’être enfermée dans un masque comme Hannibal Lecter, personnage angoissant d’un vieux film. Des bouchons de cire furent placés dans ses oreilles.
- La machine fait beaucoup de bruit, parfois des sons assez forts. C’est tout à fait normal, ne vous inquiétez pas.
Une couverture légère disposée sur ses jambes, Lucie suivit les consignes. Elle plaça ses bras le long de son corps, puis ferma les yeux.
- Nous vous voyons par la vitre, ainsi que par la caméra. Nous vous entendons dans le casque. Vous êtes prête ?
Lucie respira. Non.
- Oui.
L’assistante quitta la pièce. Un bruit de moteur, puis celui d’une ventilation légère, se firent entendre. La table avança doucement. Mamina glissa vers l’ouverture de la machine. Elle était maintenant dedans. Sa respiration accéléra. Elle se retint de presser la petite poire d’appel entre ses mains pour tout arrêter.
- Madame, vous m’entendez ?
- Oui.
- Très bien. On commence par une première séquence de deux minutes. Ne bougez plus.
La machine se mit à frapper, des coups secs répétés. Lucie sursauta. Les claquements semblaient circuler tout autour d’elle. Elle ne devait pas bouger, ni avaler inutilement sa salive. La vieille dame pensa alors à son appartement, à son horloge en bois qui retardait de trois minutes, au bruit des marches dans l’escalier. Elle pensa à Louis devant la mairie, dans son costume trop grand, à son sourire.
Tout s’arrêta soudainement. Elle fut avertie dans le casque d’une nouvelle séquence de deux minutes. Ceci se répéta à plusieurs reprises. La Française ne compta plus. « Tu étais incapable de rester sérieux plus de cinq minutes… ». Elle s’accrocha à cette phrase. La notion de temps disparut, découpée en séquences, en séries de sons et de coups. Elle repensa à Flora courant dans une prairie, et au petit garçon aux yeux bleus qui posait toujours mille questions.
Après une dernière série, la table recula, et Lucie sentit une présence la tenir par le bras gauche. Elle rouvrit enfin les yeux. La lumière lui piqua un instant les iris. Après quelques dernières manipulations d’usage, la table sortit enfin du tunnel. L’examen était terminé.
- C’est fini ?
- Oui. Vous avez très bien tenu.
Lucie se redressa, et resta assise au bord de la table quelques secondes. On lui retira le cathéter, et une compresse fut posée sur son bras. Elle rejoignit la cabine pour se rhabiller. Elle passa son alliance à son doigt, puis sa chaîne autour de son cou, et poussa un souffle de soulagement. On la fit ensuite patienter dans une petite salle d’attente. Elle resta assise, son sac posé sur les genoux.
Au bout de vingt minutes, le médecin qui l’avait reçue avant l’examen l’invita à entrer dans son bureau. Lucie accepta l’invitation à s’asseoir. Deux écrans étaient allumés derrière le praticien, sur lesquels apparaissaient plusieurs images de son cerveau. Le radiologue les fit défiler une à une, des vues de dessus, de face et de profil. L’homme ne parla pas tout de suite, agrandissant de temps à autre les images.
- Vous voyez quelque chose, n’est-ce pas ?
Il se tourna vers elle.
- Nous avons effectivement identifié une anomalie.
Une anomalie, ce n’était pas un diagnostic, mais on n’utilisait pas ce mot pour dire que tout allait bien.
- Quelle sorte d’anomalie ?
- Nous apercevons une sorte de masse, au niveau du cerveau. Je préfère être prudent à ce stade.
Les doigts de la grand-mère de Gabryel se crispèrent sur son sac.
- Une masse, vous voulez dire une tumeur ?
Le médecin parlait doucement.
- Une tumeur fait partie des possibilités, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’elle soit maligne. Il faut analyser plus en profondeur les images, et certainement procéder à une petite chirurgie afin de prélever un peu de liquide…
- Oui, une ponction, donc.
- C’est ça.
- Elle est grosse, cette masse ?
- Suffisamment visible pour nécessiter des investigations complémentaires rapides.
- Et maintenant ?
- Maintenant, nous terminons avec mon équipe l’analyse complète de l’IRM, et nous reviendrons vers vous sous quarante-huit heures.
- Quarante-huit heures…
Les échanges s’étaient déroulés du tac au tac. Lucie n’était pas femme à tourner autour du pot. Elle fixa la forme sur l’écran, la grosseur. Quelque chose existait dans sa tête sans qu’elle l’ait su.
- Je sais que c’est très difficile à entendre, mais nous avons besoin d’aller plus loin. Et si entre-temps vous ressentez quoi que ce soit d’anormal, une faiblesse physique, des difficultés à parler, ou une perte de connaissance, vous appelez immédiatement les urgences. Mais pour l’heure, je n’ai aucune raison de vous garder hospitalisée ici.
Elle pouvait rentrer chez elle, et retrouver son quotidien. Tout serait exactement à la même place, et pourtant rien ne serait plus pareil.
- Est-ce que quelqu’un peut venir vous chercher ?
- Je peux rentrer seule.
Elle n’avait besoin de personne. Elle avait toujours été capable de rentrer seule, de porter ses courses seule. Lorsqu’elle quitta le bureau, la vie poursuivait son cours. Une infirmière poussait un chariot, et deux patients discutaient en riant. Lucie s’assit sur l’un des fauteuils de la salle d’attente, et respira. Elle passa sa main contre sa tempe. Elle ne sentit que le battement de son artère. Elle hésitait, à ce stade, à prevenir Angel et Flora. Et Gabryel.
Note pour la modération : Les échanges avec le personnel médical ont pour seul objectif d’illustrer l’ambiance d’un parcours médical. Ils sont anonymisés sans identité propre.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR