♦CDC♦ ♦07.51♦ ♦D.T.♦ Une tasse d'amertume au pavillon des Vains Espoirs

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NOUVELLE SAINTE-MANGOUSTE
• Juillet 2051 •
Godric's Hollow
En duo avec @Diane Turner
La porte s'ouvrit sur le sifflement rauque de la respiration de son père, avant qu'Aaron n'en franchît son seuil et ne la refermât sans le moindre bruit. La poignée en cuivre — froide et lourde — sous sa paume s'enclencha dans un cliquettement imperceptible, presque élégamment sous la retenue du fils ; qui en apparence semblait reprendre le contrôle en ajustant les revers de sa veste en cuir et en lissant d'un coup de main un pli invisible de sa manche après s'être détaché de tous les équipements de protection.

Pour quiconque venait à le croiser dans les couloirs de la Nouvelle Sainte-Mangouste, Aaron n'était qu'un sorcier maître de lui-même, navigant avec la dignité d'un fils bien éduqué. Et pourtant, sous la surface, il n'était qu'un enfant qui étouffait ; l'air — aseptisé des lieux — refusait de redescendre ouvrir ses poumons. Chaque inspiration était une lutte ; une véritable souffrance quand les images de ce père — autrefois si fier — frappaient son esprit : une peau craquelée et verte comme les écailles d'un dragon, des pustules qui n'attendaient qu'à percer pour déverser sa phase mortelle ; et surtout cette immobilité forcée. Tout cela mordait Aaron au plus profond de son âme. Même si son père avait été avec lui exigeant, écrasant, lui infligeant une pression sociale à chaque rencontre, Aaron éprouvait pour Logan un amour profond. Mais aujourd'hui, ce même amour se transformait en une douleur bien trop encombrante.

Il ne s'en sortira peut-être pas…

Cette pensée le frappa comme une lame tranchante, mais il ne put frémir ; il se devait de garder la tête haute. Il était l'héritier de la famille Bagans ; il ne pouvait donc pas s'effondrer. Alors, il traversa le hall principal d'un pas mesuré, retenant les sanglots qui lui enserraient la gorge, qui le forçaient à maintenir ses lèvres pincées. Il devait se targuer du costume de l'indifférence comme son père le lui avait appris au fils des années ; même si pendant longtemps, il lui avait fait vivre l'enfer avec ses menaces sur son approche des Moldus — qu'Aaron enseignait désormais à Poudlard — sous couvert de protection. Un paradoxe cruel puisqu'Aaron ne souhaitait qu'une seule chose : sa survie pour continuer à l'entendre jaser sur ses choix. Il ne voulait pas que son père s'éteigne dans l'odeur suffocante des potions d'apaisement ; il désirait un agissement rapide quand le stade final se présenterait et une survie qui ne lui ferait pas reprendre la tête de la famille. Aaron n'en était absolument pas prêt.

Il finit par franchir le salon de thé de l'hôpital : une tasse lui ferait sans doute le plus grand bien. L'odeur du thé envahissait la pièce qu'il put en deviner l'effluence de la bergamote, du matcha ou de la cannelle. Cela lui saturait l'esprit, lui faisant oublier — un court instant — la cruauté qui le frappait. Il s'arrêta au comptoir, posa ses mains sur le bois — pour en cacher les soubresauts — avant de s'asseoir le dos bien droit.

Bonjour. Je voudrais un thé noir, le plus fort de votre carte et sans sucre, s'il vous plait.

Vav-mi-ia.
Code couleur dialogue :
Lieu froid #5f084e | Lieu chaud #500442 | Lieu neutre #53124d

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Le début des vacances estivales se faisait doucement ressentir. L’hôpital accueillait moins de visiteurs et les premiers départs avaient été annoncés, principalement parmi le personnel administratif de l’établissement. Cette baisse d'activité avait permis à la jeune femme de prendre du temps pour refaire la décoration de son salon de thé. Fleurs et coquillages ramassés par ses enfants étaient les maîtres mots de la saison tandis que les tissus des coussins et fauteuils revêtaient des tons pastel.

Occupée à ranger les étagères, Diane se retourna à la demande qui avait été faite et salua l’inconnu. En un regard elle sut. Cela ne faisait même pas un an que l’anglaise était responsable du salon de thé de la Nouvelle Sainte-Mangouste et pourtant, c’était suffisant pour identifier les sorciers qui allaient et venaient en ce lieu. Il y avait ceux qui préféraient combler les silences par des observations banales, ceux qui écoutaient en arborant un simple sourire de circonstance, puis il y avait ceux comme ce sorcier. Ceux qui n'étaient plus que l'ombre d'eux-mêmes et qui donnaient l'impression de perdre une part de vitalité à chaque porte passée.

"Je peux vous proposer un thé noir de Chine. Un Yunnan Impérial.", dit-elle en déposant devant eux une boîte métallique contenant lesdites feuilles séchées ainsi qu’une théière grise en fonte et la tasse assortie. "C’est un thé assez corsé mais très rond. Vous y trouverez des notes maltées, épicées, de miel, de cacao et quelques touches boisées sur la fin. Il a du caractère sans être agressif et propose une grande profondeur aromatique.", termina-t-elle avec un sourire légèrement attendri.

Tout en décrivant son produit, Diane s’affaira méticuleusement à la préparation de la boisson. Elle déposa les feuilles dans le fond de la théière et les recouvrit d’une eau frémissante. En une fraction de seconde, le liquide avait pris une coloration cuivrée.

Une fois la préparation prête après quelques minutes d’infusion, Diane en versa un fond dans la tasse et l’approcha de l’homme pour qu’il la goûte. C’était un thé plus réconfortant que revigorant mais particulièrement appréciable par sa complexité.

"Néanmoins… si vous préférez un thé plus puissant et qui réveille, j’ai l’Assam qui devrait vous plaire." ajouta-t-elle en déposant un nouveau contenant entre eux. Elle en ôta le couvercle, lui laissant le choix d’en sentir ou non les feuilles.

Couleur : #134f5c - Gérant du CB : #633512 (2046-2048)

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Aaron écoutait, mais la description détaillée des arômes sembla se perdre — étouffée par la résonance du râle de son père qui continuait de marteler le silence de sa mémoire —, tant il n'avait pas l'esprit à analyser les subtilités d'un grand cru de Chine. Son nez était encore imprégné par les émanations fétides des potions d'apaisement et par l'odeur ocre des fumées que produisait son père à chaque respiration. Et pourtant, cette attention — discrète et enveloppante — le percuta de plein fouet, comme une anomalie dérangeante que l'on n'attendait pas et qui, au plus profond de soi, faisait un bien fou alors que l'interdit d'espérer était formellement présent au milieu d'un tel calvaire.

Il y avait quelque chose d'infiniment troublant dans ce salon de thé — tant dans ses tons pastel que dans la présence de ces coquillages —, qui tranchait drastiquement avec le chaos et l'angoisse oppressante régnant à l'étage des maladies contagieuses. Pour Aaron, sentir qu'une inconnue pût, en un simple regard sur sa posture, deviner l'ampleur de son naufrage sans l'ensevelir de questions relevait de l'inattendu. C'était un immense cadeau fait à la vulnérabilité qu'il cachait sous son armure d'indifférence ; un masque qui se fendillait dangereusement, laissant affluer ce qu'il refoulait : l'image d'un fils sensible, pris au piège de son amour pour un père socialement intransigeant. Néanmoins, il lui fallait répondre à celle qui, en cet instant, lui tendait une bouffée d'oxygène.

Je vous prendrais le premier, alors. Le Yunnan, merci…

Sa voix jaillit plus basse que prévu, légèrement voilée par cette émotion qu'il peinait à maintenir derrière ses lèvres pincées, trahissant finalement le combat qu'il menait face à sa propre tendresse. Mais son regard, quant à lui, partit rapidement pour s'ancrer sur les veinures du comptoir, fuyant cette empathie qui pourtant le rassurait et qui avait calmé — un tant soit peu — les soubresauts de ses mains toujours posées à même le bois. Après tout, son père pouvait disparaître à tout moment, emporté par ce monstre qui le dévorait.

Enfin, je vous prendrais les deux… si c'est possible… Je suis désolé.

Vav-mi-ia.
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