Porque te vas
Elle est venue Un jour de pluie Dessiner le soleil. |
xx novembre 2041__ ![]() (Miya, 28 ans)_______ |
« Mademoiselle, vous êtes enceinte. »
La phrase tourne en boucle dans mes oreilles. Elle résonne dans cette pièce où tout est blanc, tout est parfaitement bien ordonné, tout est propre, tout sent l'antiseptique. Je suis assise sur une chaise dans cette pièce trop parfaite. Ma tenue de sorcière contraste avec tout ce blanc, je me fais la remarque que je dois faire tâche ici. Une énorme tâche sombre, informe et qui prend de la place. Une tâche enceinte, je pense, et cette pensée n'a aucun sens, aucune logique. Je ne peux pas être enceinte, c'est impossible. Je ne suis pas faite pour être mère. Je ne veux pas être enceinte, je ne veux pas d'enfants dont je vais devoir m'occuper, je ne veux p-
« Prenez une grande inspiration, ordonne l'homme en face de moi. Inspirer. Expirez. »
La voix du médecin claque comme un fouet. Je relâche mon souffle, je dilate mes poumons et je prends l'oxygène avec plaisir, je l'accueille avec soulagement, ravissement. J'ai même pas fait attention à ça. Comment il a pu voir que j'étais en apnée ? Respire. Ouais, je respire. Je suis en vie. Je suis enceinte. Putain. Y'a un...un... J'ai un sursaut. Mes mains viennent agripper mon ventre avec force, avec violence. J'ai envie de vomir. Je suis enceinte. Je vais avoir un enfant.
Incapable de rester assise, je bondis de mon siège, sans jamais lâcher mon ventre. Par Merlin y'a un vrai... un vrai... Les larmes me montent aux yeux, j'ai le tournis, je comprends pas. Merde.
« Je ne... C'est... Non. »
Je m'étouffe avec mes mots, je m'étouffe avec mon air, ma salive. Non. Non. Non. Non. Je ne peux pas avoir d'enfant, je ne suis pas enceinte, je ne- Lloyd. Mon coeur éclate en un millier de petits morceaux. Lloyd a le droit de savoir, Lloyd doit rien savoir. Les pensées se disputent, je suis incapable de me décider, je sais pas quoi faire bordel. Y'a un humain qui va grandir dans mon ventre. Un vrai. Un fœtus. Un enfant. Une petite chose, minuscule et fragile mais bien réelle. Et vivante.
« Non ? répète le médecin. Non vous n'arrivez pas à respirer ? Ou non vous ne voulez pas avoir cet enfant ? Respirez mademoiselle Ryuū, n'oubliez pas. »
« Non je ne- je...je.. J'peux pas être enceinte, c'est impossible, je balbutie. Je peux.. J'peux pas avoir d'enfant j'ai pas de- j-j-j j'ai p-p-as de vie, je ne.. Père. Père va me.. Mère aussi, je peux pas leur dire ça. Je ne- Cet enfant ne peut pas m'avoir comme mère, je serais une mauvaise mère, je suis une mauvaise personne, j-j-e ne.. Je ne peux pas être mère. »
Il me regarde avec pitié. Ce médecin, ce docteur, qui est là pour m'aider et me conseiller, il est un autre con comme les autres, il me regarde avec pitié. Il a compris. Compris que je buvais, il a compris que je n'étais pas quelqu'un de bien, il a compris que je ne serais jamais une bonne mère et que je ne pourrais jamais élever un enfant convenablement. Je ne peux pas être enceinte parce que je ne peux pas être mère. Je ne sais pas ce que c'est, je ne saurais pas bien le faire, je ne suis- Bordel. Tout va trop vite. Je perds la notion de mes pensées, je n'arrive plus à compter le temps, je ne sais pas quoi faire de moi. Tout ce que je ressens, c'est la panique. Parce que je suis incapable d'être la personne dont les autres ont besoin, je n'arrive même pas à être la personne dont moi j'ai besoin. Alors cet enfant, ce petit être en moi ? Ma main se crispe davantage. Ce petit être n'a aucune chance d'être heureux, pas avec moi comme mère, je le sais. Je ne suis pas faite pour ça, je suis incapable de prendre soin d'un enfant. Je vais lui gâcher sa vie. Et ça me terrifie.
« Mademoiselle Ryuū ? »
Mon regard, vide, remonte vers celui du sorcier installé de l'autre côté de son bureau, l'air un peu... ennuyé. Je l'ennuie. Mes problèmes ne l'intéressent pas. De toute évidence il attend que je parte pour qu'il puisse recevoir ses prochains patients, il n'en a rien à faire de moi.
« Est-ce que l'enfant a un père ? »
Un père. Un père. Un père. Mais c'est encore un fœtus. Ce n'est pas un enfant, je n'ai pas encore de bébé. Un père. Lloyd. Lloyd père. Moi mère. Un rire nerveux m'échappe.
Bien sûr que si l'enfant aura un père. Un père qui vaut mille fois plus que la mère dont ce pauvre petit écopera. La voix acide de Mère et de Père résonne dans ma tête. Leurs commentaires me font mal à la tête, ils détruisent mes idées, empoisonnent mon esprit. J'ai besoin de sortir de cette pièce, j'ai besoin de m'extirper de ce piège tout de blanc et de courir dans les rues. Je veux me fumer cigarette sur cigarette, je veux boire jusqu'à oublier que j'existe, je veux me perdre dans mes addictions et ne jamais en revenir. Je veux retrouver Lloyd. L'embrasser et le serrer contre moi, le supplier de m'écouter. Je veux qu'il me regarde, qu'il comprenne qu'on n'a plus le choix, qu'on doit se prendre en main parce qu'on a une responsabilité sur les bras. Je serre mes doigts sur mon t-shirt, mes jointures blanchissent et mes ongles s'enfoncent dans les paumes de mes mains. On peut plus se disputer et se retrouver, on peut.... On doit s'arrêter.
Je veux garder cet enfant.
« Mademoiselle j'ai beso- »
« Je veux garder cet enfant. »
Le silence se fait. Il me regarde d'un air passablement agacé, comme s'il était contrarié que je l'ait interrompu dans sa phrase. Mais il peut la recommencer quand il veut, sa phrase, alors que ma vie je ne l'ait qu'une seule fois. Je ne pourrais jamais la recommencer, je n'ai qu'une seule chance.
« Au-revoir. »
Je me lève. La tête ailleurs, comme si je flottais sur un nuage, je me lève de ma chaise. Je prends mes affaires, je passe mon sac à mon épaule. Je flotte, je me rends à peine compte de ce que je fais, de ce qui se passe. Une sorte de calme inquiétant s'est imposé en moi, je ne me pose plus de question, je n'ai plus de doutes, je sais ce qu'il faut que je fasse. Je me rassemble, je me reprends, je me détends. Quand je sortirais de l'hôpital, je fumerais une cigarette. Je regarderais la fumée s'enrouler autour de moi, je sentirais le poison détruire un peu plus mon corps, je profiterais de la paix illusoire que m'offre ce bâton de nicotine. Je pleurerais un peu ou beaucoup, sûrement, et je ne saurais pas quoi faire de moi. J'aurais envie de hurler, de casser quelque chose. Oui, je vais faire ça. Je vais sortir, je vais fumer, je vais pleurer. Je vais rentrer chez moi.
Non.
Je ne peux pas rentrer chez moi, je peux pas rentrer là où Lloyd et moi avons vécu, pas après ce que je viens d'apprendre. Jude. Je peux aller chez Jude. Sauf que non, je peux pas aller chez elle parce que ce n'est plus mon amie, ce n'est plus ma Jude. Un nœud dans l'estomac. Je sors du cabinet du médecin sans le regarder, l'air hagard. Où est-ce que je peux aller ?
Kieran. Alden. Mel. Tous ces noms défilent à toute vitesse dans mon esprit mais aucun n'est bien ce que j'attends, ce dont j'ai besoin. Ils poseront tous des questions, ils verront que ça ne va pas.
Noah.
Ce nom apparait alors comme une lumière, comme mon sauveur alors que je marche au hasard dans les couloirs de ce grand hôpital. Noah. Noah m'accueillera, il l'a toujours fait et il le fera une fois de plus, il le fera de nouveau. Pour moi. Un sanglot m'échappe, j'attire quelques regards. Noah, il faut que je rejoigne Noah. Il ne posera pas de questions, il m'acceptera sans me demander quoi que ce soit. Je pleure pour de bon désormais. Il faut que je m'en aille, il faut que je quitte cet endroit, que je disparaisse, que je me rende là où personne ne pourra venir me trouver.
Je pars, je dois m'enfuir, je dois partir.
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1402 mots
mention : @Lloyd River
#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage
