Delnabo
Samedi 5 août 2051
Delnabo, Ecosse
Avec Sildnir
Delnabo, Ecosse
Avec Sildnir
Pour les vacances d'été, j'ai obtenu une permission exceptionnelle de deux semaines pour retourner voir ma famille, à Delnabo. Monsieur Fletcher est quand même bien sympa de m'accorder autant de repos, ses articulations le font de plus en plus souffrir, il est peu probable qu'il arriver à faire tourner la boutique à lui tout seul pendant ce laps de temps.
Sildnir m'accompagne évidemment, elle a bien plus de libertés que moi, vu qu'elle vient de finir ses études, même s'il lui faut à présent chercher à trouver du travail. Le souci, c'est que je me suis installée à Mochdinam, que mon patron (aussi illégal soit-il) compte sur moi, et que je peux pas tout à fait partir comme ça, puis je veux pas non plus, mais Sildnir, elle, elle voudrait qu'on déménage, qu'on se trouve une colocation ensemble, dans un endroit trop beau, en plein centre-ville de Londres, pour sortir, être jeunes, faire la fête tout ça tout ça. Ca me fait un peu peur. Enfin, non, ça me plaît, mais je crois que pour notre sécurité à toutes les deux vaut mieux qu'on reste planquées, encore un peu de temps, qu'on nous oublie vraiment - ce qui ne nous empêche pas de transplaner régulièrement dans des grandes villes pour aller à des concerts ou à des festivals de musique ou de danse !
Bref. En ce jour nous avons décidé de déconnecter nos deux cerveaux et d'aller se resourcer chez mes parents, à la cambrousse, à Delnabo.

=> Les photos qui suivront sont des photos du vrai village de Delnabo que j'ai prises il y a quelques jours. Je vous le précise juste : y'a 3 maisons qui se battent en duel, donc je sais pas encore trop ce que je vais pouvoir raconter pour le décrire haha, mais j'étais inspirée par les photos alors...
Delnabo

Je suis bien décidée à montrer à Sildnir chaque recoin de mon enfance, tous ces passages, ces arbres, ces sentiers que j'ai passé des heures à explorer avec ma tripotée de frères et soeurs, lorsque j'étais encore jeune et insouciante. A peine arrivées à la maison que j'attrape ma meilleure amie par la main, après avoir salué d'un bisou rapide mes parents qui restent les yeux grand ouverts de me voir quitter le domicile même pas dix minutes après l'avoir rejoint, et je cours poser mon derrière sur les berges de la rivière Avon.
« Là, tu vois ? Avant, j'escaladais ces branches et je jouais au singe au dessus de l'eau !
- Qu'est-ce qui nous empêche de refaire de la pareille, aujourd'hui ? Allez, viens Elo, décoince toi ! »
Riant aux éclats je me précipite derrière Sildnir et nous escaladons les branches en nous balançant à la maigre force de nos bras. Enfin, du moins, à la maigre force de MES bras, parce que Sild, elle, elle est devenue super forte, elle s'est lancée dans l'escalade et sa silhouette svelte se meut avec une facilité déconcertante, alternant entre tractions, suspensions, et lancers dans le presque vide, se rattrapant toujours une seconde avant la catastrophe.
Moi, évidemment, la catastrophe, je la côtoie d'un peu plus près. Tant et si bien que je finis simplement par... me casser la margoulette. Une branche s'est fendue sous mon poids de plume, et je m'explose dans l'eau glacée. Qu'à cela ne tienne, j'attrape une jambe qui est justement suspendue au dessus de ma tête à cet instant et tire dessus de toutes mes forces, faisant chuter le corps de ma meilleure amie dans l'eau profonde.
« Mais t'es abrutie comme un balai toi, possible c'est pas hein ! Tout ça parce que je être meilleure que toi ! »
Elle me tire la langue en fermant les yeux, alors j'en profite pour la couler, tout simplement, sous l'eau boueuse de la rivière.
Delnabo
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Alors qu'on finit par ressortir de l'eau, dégoulinantes comme c'est pas permis, je remarque que nous sommes entourées de jolies couleurs. « Tu voudrais pas devenir une princesse des fleurs avec moi, dis ? » J'interroge mon amie du regard avant de bondir dans le champs d'à côté, dans lequel trottinent gaiement quelques moutons. |
Sildnir me dépasse - elle est décidément plus douée, tous sports confondus, que moi -, et enjambe la barrière pour aller saluer un bêêêêhleur de plus près.
« Salut, bestiole. T'es une tête à t'appeler David. Ca te dirait, une couronne de fleurs, toi, David ? »
De mon côté, je suis déjà occupée à esquisser des pas de danse, tournoyant allégrement autour d'une jolie fleur violette qui vient de se cogner à ma rétine. Je la cueille et la fais tourner entre mes doigts tout en virevoltant dans le sens des aiguilles d'une montre, et j'enchaîne, petit saut, galipette, pas chassé, pendant bien deux minutes que je trémousse en tous sens, oubliant qu'il existe un monde autour de moi, il n'y a que mon corps, la musique dans ma tête et cette très jolie fleur.
Morte d'épuisement, je m'effondre dans l'herbe haute et suis rejointe par mon amie, qui a profité de mon moment d'égarement pour cueillir plusieurs sortes de tiges colorées.
« Allez, on attaque, Elo ! Regarde, pour faire toutes les décorations de la monde ! Il y a de même des plumes dans le lot, si jamais ça peut l'inspiration nous donner. »
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Delnabo
Deux petits lapins viennent alors se poser à nos côtés, sans la moindre trace d'inquiétude sur leur pelage soyeux. Ils me rappellent nous deux, soudés, guillerets, pleins de soif de découvrir le monde. Tout doucement, j'allonge mon corps et pose ma tête sur les jambes de Sildnir, qui commence alors à me glisser des fleurs dans les cheveux et à me les tresser. Ses gestes sont minutieux et pleins de bienveillance, et peu à peu je ferme les yeux et me laisse aller à cet instant simple d'amitié la plus pure qui soit. |
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Sildnir commence alors à fredonner une chanson viking, héritage de ses années oubliées. Il arrive cependant parfois que des bouts de sa vie d'antan ressurgissent, que ce soit dans l'emploi de certaines expressions, dans son accent, ou parfois, dans les mélodies qui lui viennent en tête.
Ainsi lovées l'une auprès de l'autre, nous restons silencieuses tandis que l'air autour de nous se rafraichit.
« Elo, tu veux aller faire une cueillerie de champignons pour une soupe de ce soir ? J'en vois, à l'orée du bois ! »
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Je redresse la tête lentement et fixe la direction qu'elle m'indique. « Ca m'va ! » Ensemble, nous nous redressons et commençons à ramasser les champignons qui se trouvent en nombre important sur notre chemin. M'man et P'pa seront ravis de nos trouvailles, j'en suis certaine. Puis il nous faudra en récolter une belle quantité, si on veut que ça nourrisse toute ma fratrie ! |
La forêt semble monter une colline, alors, ni une ni deux, sans jamais s'arrêter de déposer des gouttes sur notre sillage, nous inspirons un bon coup et commençons à grimper.
Delnabo

Les sorcières traversent des champs d'une végétation colorée et dense et, comme si l'eau de la rivière Avon ne suffisait pas à leur refiler un coup de froid du tonnerre, un gros nuage se précipite au dessus de leurs tête.
« TOUS AUX ABRIS ! CAPITAINE SILDNIR, GUIDEZ-NOUS VERS UNE PLANQUE ! »
Je suis obligée de hurler pour recouvrir le bazar généré par le vent qui se perd dans tout ce qu'il peut, les branches, nos vêtements, les troncs creux des arbres morts... Une pluie diluvienne nous tombe soudain sur la tête, mais Sildnir n'en a que faire, dehors, elle se sent plus vivante que jamais.
« J'ADORE ! »
Je m'immobilise et regarde mon amie avec une affection toute particulière. Elle est magnifique, blanche comme une colombe, bras ouverts en plein épicentre d'un monstrueux orage, elle semble dominer les éléments avec une joie insensée. Loin d'être décidée à vouloir nous aider à fuir, la sorcière continue à grimper en haut de la colline, esquivant les branches, se frayant un chemin au travers des fougères pleines de tiques, et des rires puissants sortent de son corps, incontrôlables, et Sildnir part en fou-rire total, n'y tenant plus. Elle se laisse rarement aller, cachant en permanence qui elle est vraiment, et il n'y a que loin de tout, quand je suis là pour la faire sentir à l'aise, qu'elle expulse tout. J'en viens à me demander si les éclairs qui illuminent le ciel ne sont en réalité pas de son fait ? Comme si l'électricité qu'elle gardait en elle finissait par s'évacuer ici, à Delnabo ? |
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« SILDNIR ? »
L'ex-génie du Dominion me regarde avec toute la bienveillance dont elle est capable, et elle m'inspire un respect profond. Elle en impose à donf, et la puissance irradie de son être.
« JE T'AIME ! J'VEUX PASSER MA VIE AVEC TOI ! »
Ma meilleure amie ne détourne pas son regard du mien, elle me fixe avec intensité et douceur, et je ressens toute la puissance de notre amour dans nos veines. Indétrônable. Rien ni personne ne se mettra jamais entre nous deux.
« LA DERNIERE ARRIVEE AU SOMMET, C'EST UNE HIPPOGRIFFE MOUILLEE ! »
Je m'exclame, pour casser la sérénité du moment, la première chose qui me passe par la tête et m'enfonce dans les trainées creusées par les tracteurs, croyant sincèrement que j'ai la capacité physique de courir plus vite que mon amie. Tsss, cette sorcière me prouve vite le contraire. Elle a volé mon cœur, cette dingue.

Voilà. J'vous jure, y'avait rien d'autre à Delnabo. J'y suis restée une aprèm entière et j'ai fini par grimper les collines autour tellement y'avait RIEN dans le bled. PS : par contre c'est VRAIMENT blindé de tiques. Gare à vous.
Fin






