{ Triple Axel }
TRIPLE AXEL
À tous ceux qui voit la roulade latérale comme un moyen de self-transportation révolutionnaire.
{ @Sage Matthews }
Un dimanche matin, Août 2051
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À tous ceux qui voit la roulade latérale comme un moyen de self-transportation révolutionnaire.
I. Chorégraphie circulaire{ @Sage Matthews }
Un dimanche matin, Août 2051
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S'il y avait bien une chose qu'on pouvait lire sur le visage d'Adélaïde, c'était la fierté. Oui. Adélaïde était fière. Fière, lorsqu'elle glissa le parchemin enroulé et serré dans un ruban noir entre les petites pattes de Chips, son pigeon voyageur. Fière lorsqu'elle caressa son ventre rond de l'arrière du doigt une dernière fois avant de l'attraper de chaque flanc et de le transporter jusqu'à la fenêtre.
Chips n'avait que quelques jours en âge post-adoption. Un peu plus depuis sa naissance. Pour autant, et sans prendre en compte ni l'un, ni l'autre, il n'était pas laborieux de deviner que l'oiseau gris-bleu avait un sérieux retard mental. Chacun de ses deux yeux globuleux roulait dans une direction opposée, et sa rondeur extrême lui conférait des airs de beignet de plumes. Oui, Chips avait tout d'une friandise : le genre qu'on supplie à ses parents — ou à soi-même si l'on tente de résister — car sa tendresse est irrésistible. On en fait l'acquisition, on est heureux. Puis, passé les quelques secondes d'euphorie, on réalise que l'admiration est temporaire, qu'elle ne peut durer. Un bonbon est vite consommé, et l'aveuglement face à la condition de Chips également.
Lorsque l'astrophysicienne avait compris pour la première fois que l'oiseau était tout simplement bête, elle s'était contentée de quitter la pièce pour avaler un verre de vin en cachette, et y noyer son désespoir, pendant que le pigeon marchait en rond dans la pièce à vivre, se cognant de toute sa rondeur contre les meubles boisés.
Mais l'oiseau avait un bon fond, Adélaïde en était persuadée : son petit regard, bien qu'éparse, avait quelque chose d'attendrissant, et sa façon de se déplacer, et de traîner tout son poids avec lui, était aussi courageuse qu'honorable. Et il faisait de super câlins. Alors elle décida de le mettre à l'épreuve. Il pouvait bien voir comme une taupe et marcher comme un poisson, il restait un pigeon, et pas n'importe quel pigeon : un pigeon voyageur. À quoi bon marcher lorsqu'on pouvait voler ? C'est la réflexion que se fit l'Allemande, persuadée que Chips n'avait tout simplement pas encore eu l'occasion de s'illustrer dans son domaine de prédilection. Alors, elle glissa effectivement un parchemin —vide— mais ça, il n'était pas obligé d'en être informé, pour faire une simulation de voyage.
Devant cette fenêtre ouverte, elle prit un instant le temps d'observer la magie de la Capitale Sorcière en plein été, sous un soleil dont les rayons coulent sur les pavés, et glissent entre les fentes des volets pour rayer les murs de son appartement. Les deux mains de part et d'autre du pigeon, elle lui murmura des mots d'encouragements en allemand, que son retard intellectuel n'aiderait certainement pas à comprendre. Enfin, elle prit un peu d'élan et le projeta dans les airs comme on lancerait des confettis à une fête d'anniversaire, ou une colombe à un mariage. Ses bras restèrent tendus vers le ciel comme un appel divin pendant une bonne dizaine de secondes. Le tout avec un air de Vole, petit pigeon, vole !
Son regard suivi la boule grise emportée au-dessus de la fenêtre, avec admiration, impatience et fierté inconditionnelle, elle le regardait percer le ciel, flotter dans le bleu de l'horizon, nager dans l'univers, s'envo- Ah non. Chips atteignit le point culminant jusqu'auquel l'avait portée la propulsion de sa maîtresse puis, sans même oser un battement d'aile, fit un piqué vers le sol. Le sourire de la trentenaire, attaché à la promesse d'un vol d'excellence pigeonnière, retomba subitement, et ses deux bras avec. L'oiseau semblait avoir accepté sa destinée, et s'écrasa dans un grand craquement entre deux branches d'arbres qui caressaient l'immeuble de la sorcière. Entre les feuilles, on distinguait son bec se lever en direction de sa maîtresse.
Bon. Finalement, Adélaïde n'était pas si fière que ça. Honteuse, elle fit furtivement un pas en arrière pour s'éloigner de la fenêtre, qu'elle referma d'un coup sec avant de tirer les rideaux. Rideaux qui plongèrent la pièce dans le noir complet pendant une bonne minute, avant qu'elle n'en entoure sa tête comme un voleur pour scruter discrètement le colombidé tombé à l'extérieur. Il fallait s'y résoudre, il était complètement nul.
Mais bon, Adélaïde était loin d'être une femme sans cœur, et aussi entreprit elle de descendre chercher — ou plutôt décrocher — la bête de sa prison verte.
Sur les pavés de la rue, elle porta en visière une main sur son front levé dans l'arbre en question. Il y avait des bruissements incessants de feuilles là-haut, mais rien du gris de Chips ne s'échappait des couleurs estivales de la végétation de Godric's Hollow. La directrice de l'Astronarium soupira en se demandant ce qu'elle allait bien faire de ce truc tout rond qui était censé savoir voler, mais qui ne savait pas voler. Avant qu'elle ne puisse trouver une réponse potable à cette interrogation infinie, une masse grise rebondit de branche en branche, attirée de tout son poids vers le sol, comme une balle rebondissante, à l'exception qu'une balle rebondissante n'était sûrement pas remplie de graisse. Le regard plissé d'Adélaïde le suivi lentement, sans expression, jusqu'à son contact avec le sol. Le pigeon retomba sur les fesses, tout en bas de l'arbre, puis regarda à gauche, à droite, comme s'il sortait simplement d'un tobogan géant. Il hissa la tête vers sa maîtresse, puis la pencha sur le côté, avec un air interrogateur.
Adélaïde leva les yeux au ciel en soupirant. Bon. Son pigeon était par terre, assit sur les pavés de Godric's Hollow. Que pouvait-il arriver de pire...
922
{ Triple Axel }

Lord Kensington, 3 ans, 13 kg 800 g
Il fait beau, ce matin. Le soleil coule sur les toitures de Godric's Hollow avec grâce et la ville se réveille petit à petit. C'est agréable. Dans les rues, les passants commencent à se dégourdir les jambes, les oiseaux chantent gentiment et le bruit du vent glisse sur nos oreilles avec douceur. Une matinée parfaite pour se promener.
Alors, naturellement, c'est ce que je suis venue faire ici. On pourrait dire que je suis un peu loin de chez moi — Londres, ce n'est pas la porte à côté —, mais je suis ici pour une raison bien précise avant tout. Quand je baisse les yeux, je tombe nez à nez avec le motif de ma venue. Une grosse boule de poil me regarde avec des yeux ronds et fatigués, curieuse de savoir pourquoi elle a été sortie de son panier de si bonne heure. Assis sur son postérieur, Lord Kensington oscille entre mon regard et sa toilette approximative, limitée par les quelques bourrelets qui le séparent de ses fesses. Cette vision me fait rire ; évidemment, je suis certaine qu'il aurait préféré rester à la maison pour dormir et, à intervalles réguliers, retrouver sa gamelle en me regardant avec des yeux suppliants pour que j'y rajoute encore quelques croquettes.
Parce qu'il faut bien que je voie les choses en face. Lord Kensington est... Oui, il est obèse. Ce n'est pas ma faute. Je veux dire, je l'ai recueilli il y a à peine une ou deux semaines ? Je n'ai pas pu faire de miracles. Quand je l'ai trouvé, abandonné, dans cette ruelle, il se goinfrait sur un paquet de chips, traînant ses poils et sa graisse derrière lui comme des compagnons de voyage. Il était si dodu qu'au départ, je n'ai pas cru qu'il était abandonné. C'est quand j'ai réalisé que personne ne prenait soin de lui et qu'il se nourrissait dans les ordures d'un café du Chemin de Traverse que j'ai décidé de le prendre à la maison. Et qu'est-ce que je l'aime, ce Lord Kensington ! Il n'est peut-être pas le plus habile ni le plus sportif, mais il est bourré d'amour — et de bourrelets . Et bien qu'il ait du mal à faire plus de cinq mètres sans s'asseoir et mimer une toilette pour qu'on ne comprenne pas qu'il est en réalité essoufflé, moi, au fond, je sais qu'il ne rêve que d'une chose : gambader et se sentir libre de vivre sa vie de chat pleinement !
Une mission s'est alors imposée à moi : le faire maigrir, coûte que coûte.
Alors, me voilà ici, à Godric's Hollow pour une promenade de santé. Et avec moi, mon grassouillet camarade, Lord Kensington.
« Prêt à me montrer ce que t'as dans le bide, Milord ? demandé-je, sourire malicieux aux lèvres. »
Il relève la tête vers moi, me fixe quelques secondes, l'air de me dire Hein ?, puis la rebaisse et se remet à se lécher. Ah. Bon. Je soupire. Je ne sais pas comment le motiver. Enfin, non. Je sais comment le motiver. Mais lui faire une trainée de croquettes ne contrera pas la quantité de calories brûlées sur le chemin vers ces dernières.
Alors, j'avance d'un pas. Puis d'un deuxième. Je m'éloigne un peu de lui.
Il s'allonge et commence à se rouler sur les pavés pour se gratter le dos qu'il n'arrive pas à atteindre à cause de la rondeur de son ventre. Doux Jésus... Je recule encore un peu. Sa tête se lève, me guette, se relaisse tomber sur le sol qu'il semble tant apprécier.
« Pst, pst, viens par ici, Lord Kensington, tenté-je en tendant la main vers lui, à moitié accroupie. Minou, minou, allez, viens ! »
Pas un regard, non, pas un ! Misère, ce régime risque d'être plus compliqué que prév-
Un bruit me surprend derrière moi. Un roucoulement ? Des branches qui semblent craquer ? Le son sourd d'une balle qui tombe sur le sol. Non loin de moi s'écrabouille une sorte de... Mais... Qu'est-ce que c'est exactement ? Un... pigeon ? Comment un pigeon peut-il bien tomber d'un arbre ? Ça vole pas, ces bestioles ? Par Morgane, il est énorme.
Pourtant, l'animal ne semble pas perturbé pour un sou et, bien que je pensais que sa boîte crânienne avait également fait connaissance avec les pavés, il se relève. Derrière moi, en revanche, j'entends du mouvement et, quand je me retourne, je vois les yeux ronds de Lord Kensington s'agrandir et... Qu- Oh ! Non. Non, non, non. Ce pauvre pigeon !
« LORD KENSINGTON, NON ! m'écrié-je alors que je le vois s'élancer de toute sa rondeur vers l'avant. »
Je m'attends à entendre le craquement de sa hanche lorsque son corps retrouve le sol. Ou une patte qui se brise sous son poids. Misère, il va mourir, j'en suis sûre. Pourtant, il atterrit sans trop de dommage, si ce n'est le bruit lourd et disgracieux de sa charge qui rencontre les pavés sans aucune élégance. Est-ce qu'il... court ? Oui, je crois qu'il court. Non mais sérieux, depuis quand a-t-il un instinct de chasseur, lui ? Une jambe après l'autre, il avance au ralenti vers l'oiseau qui semble aussi perdu qu'un enfant de trois ans dans une foule et je crains pour sa vie.
« QU'ON RÉCUPÈRE CE PIGEON ! »
Je hurle presque un peu trop fort. Quelques passants se retournent, aucun ne bouge, alors je cours à la suite de mon chat. Je pousse quelques personnes, remarque que certaines ont failli trébucher sur le ventre pendouillant du félin, et au plus je me rapproche, au plus je perds espoir. C'est que ce gros chat est rapide, en plus de ça ! Pourquoi ne m'a-t-il jamais montré cette condition physique auparavant ? Et surtout, depuis quand est-il intéressé par la nourriture qui bouge ? J'hallucine. Vraiment, j'hallucine. Est-ce que... je suis fière ? Non, Sage-
« IL VA LE BOUFFER, RAMASSEZ-LE ! »
@Adélaïde Brennen
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Employée chez Apothic'Herbes depuis juillet 2051 - couleur #727955 - fiche