Thomas Sangblanc, ou l'Avenir en blanc

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Septembre 2040 |1ère année à la GEAD

Mes lèvres se détachent de celles appartenant à la femme que je présente comme ma petite amie devant mes parents. Sa peau a le goût de vanille depuis que je lui ai dit qu’il s’agissait de mon parfum préféré. Une délicate preuve d’amour que je trouve charmante autant que désespérée.
Ses doigts roulent sur mes omoplates nues, les siennes encore recouvertes par les draps froissés. Je ne la regarde pas. Mes yeux fatigués par ma courte nuit contemplent les rayons du Soleil matinal que filtrent les rideaux de ma chambre. Notre chambre, devrais-je dire ? Dans mon lit, son parfum de vanille se mêle à celui florale de sa camarade de dortoir, aussi suis-je pris d’un doute.
Non, il s’agit bien de ma chambre à moi.

Ma mère vous le dira avec un sourire étonnement sincère : je suis son enfant préféré. J’ignore quel en est la raison. Peut-être est-ce pour mes traits semblables aux siens, au privilège naturel du premier enfant ou pour ma facilité à donner raison à toutes ses propositions. J’assume sans honte cette vérité, celle d’être un bon fils. Un fils serviable qui sait reconnaître en les paroles de sa mère des conseils avisés. Concernant mon père, les Ancêtres me pardonnent… je ne me sens pas être le fils prodige que ma mère voit en moi. N’escomptez pas croire que je ne fais rien pour l’être, ce serait une idiotie. J’essaye, de bien des manières. Tout d’abord, en suivant ses traces. L’Ecole des Aurors, voyez vous, fut ma première volonté. J’aspirais devenir comme lui. Veiller sur la population, traquer les Mages Noirs à travers tout le pays. Mais je l’avoue : je ne suis pas un bon élève en toutes les matières. L’art minutieux des potions m’ennuie à mourir. La métamorphose ? Beaucoup de complexité pour peu de charme. Mais je me démarque ailleurs. En duel, par exemple. Sinon, que ferais-je dans la Grande École de l’Art du Duel ?
Alors, à défaut d’être le fils parfait de mon père, je serai celui de ma mère, elle même diplômée de cette grande et noble école sur laquelle j’ai jeté mon dévolu pour ma première année d’études supérieur. Peut-être que Père me portera enfin une attention farouche lorsque je serai devenu le plus grand duelliste de toute la Nation. Peut-être daignera t-il me porter l’attention que je mérite. Pour l’heure, monsieur Dorian Sangblanc préfère donner tout son amour paternel à sa précieuse fille. Allez savoir ce qu’un homme tel que lui peut bien trouver à l’éducation d’une pauvre petite chose comme Alice. Là voilà désormais âgée de huit ans. Non, vraiment : pourquoi donner de l’intérêt à une enfant à peine bonne à geindre et à faire des caprices ?
Je l’avoue : il se pourrait que j’éprouve quelque jalousie pour la dernière née de la glorieuse famille a qui Père pardonne tout, même l’impardonnable.

Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

Thomas Sangblanc, ou l'Avenir en blanc
Elle s’en va, laissant dans son sillage son parfum de vanille qui commence à me taper sur les nerfs. Dorénavant, je jetterai mon dévolu sur le chocolat, ou bien la fraise. Je n’ai jamais été un homme bien compliqué en matière de parfum.
Mon appartement est désormais vide, et c’est ainsi que je l’aime. J’ouvre grand les fenêtres pour remplacer son odeur par celle de la ville en contrebas. Édimbourg m’est aussi agréable qu’un coup de pied bien placé, mais j’aime mon appartement. Il m’apporte toute l’indépendance que je réclame depuis des années. Et puis, je n’ai nullement à me préoccuper d’un quelconque loyer à payer. Mère s’occupe de tout. Oui, mon vœu d’indépendance connaît ses limites. Travailler ? Nenni. J’ai tout ce dont j’ai besoin dans mon coffre qui attend sagement dans le ventre de la vieille Gringotts. Appartenir à deux vieilles et riches familles présentes de nombreux avantages, si tant est qu’il soit juste de voir en les Nerrah une gueule dégoulinante d’or et de richesse. Mère ne me parle pas de sa famille, et je ne quémande pas d’histoire à leur sujet. Je sais seulement ce qu’elle a bien voulu me raconter. Fille unique d’une fratrie de quatre enfants dont trois garçons, elle a préféré quitter l’Allemagne pour suivre la vie de femme libre qu’elle désirait ardemment avoir et qu’il lui fut refusé pour ses attributs de naissance. Une grande femme, ma mère. Une très grande femme. Je suis fier de marcher dans ses pas, et cela commence ici, en Écosse, à quelques lieux de l’école qu’elle fréquentât après avoir tiré un trait sur sa famille : la Grande École de l’Art du Duel.

Et cette école me sied. Il n’y a que l’élite pour accéder à cette grande institution. Dire que je m’estime chanceux d’y étudier serait d’une idiotie sans nom : j’ai gagné ce droit et ne suis nullement déçu de ne pas faire mes études à l’École des Aurors qui, au final, accepte toute sorte d’énergumènes au sang impur. Père me condamnerait sévèrement pour cette pensée qu’il jugerait indigne de "nous". Un "nous" dans lequel je ne me retrouve en rien.
Je ne me suis jamais senti ni Sangblanc, ni Nerrah. Hélas, dans nos glorieuses familles, il semble important — pour ne pas dire "primordial" — de porter nos couleurs avec fierté. Les miennes ne sont ni la tête tentaculaire de ma famille allemande, ni celle à bois de ma famille française. Aussi puis-je me permettre de me comporter comme je le désire, n’est-ce pas ? Je refuse que l’on me dise comment penser ou même agir. J’écoute les conseils qui me permettent de continuer ma merveilleuse vie de jeune héritier doré, mais les autres ? Je n’en ai cure.

Il en va de même dans être prestigieuse école dans laquelle j’avance comme si elle m’appartenait. Aucune de mes fréquentations à Poudlard ne m’a suivi ici. Je n’en ressens aucune contrariété. Je sais que je me ferai bien vite tout un tas de nouveaux acolytes avec qui partager ma scolarité. Et si je n’en ai moins, qu’importe ? Comme le dit justement ma mère, un loup solitaire vaut bien une meute défectueuse, ou quelque chose dans ces eaux là. Mère m’instille de nombreuse sagesse, et si j’en retiens certaines, la majorité me sont dérisoire.

Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050