Nouvelle Lune Conquérantes PV

7 MAI 2051,
SALLE NOUVELLE LUNE, LOGES D'HÉCATE

Alyona, 21 ans,


À quoi cela sert, qu'une sorcière comme moi vienne ici ? En ai-je le droit ? Suis-je légitime ? Ma magie est enracinée, elle recouvre, elle transmet, elle accompagne à la vie. Elle ne renverse pas, ne brutalise pas, ne frappe pas, alors peut-être qu'elle n'est pas faite pour les duels, que je la tords et la contrains dans une volonté purement égoïste et ridicule. J'essaye de me concentrer mais à chaque fois cette même pensée s'insinue et fissure mes convictions ; peut-être que je n'ai rien à faire en ces lieux. Je ne suis pas étudiante à la GEAD, ni inscrite à des compétitions, ni destinée à une carrière dans la protection magique ; je n'ai pas d'ambitions de duelliste, pas de vocation de duelliste, et même pas de régularité dans mes entraînements. Et je les vois autour de moi en venant ici, ceux qui sont habitués, dont les mouvements sont souples et aisés, ceux à la magie forte et incisive, venimeuse et offensive, maîtrisée mais sauvage, animal à la gueule pleine de crocs, toujours alertes, sur la défensive et les pieds ancrés mais prêts à réagir, même derrière un sourire. Vous pourriez me manger d'une phrase, moi et mes mains terreuses.

Je les vois, ces autres qui ne sont pas comme moi, et mon embarras m'encombre quand la comparaison s'insinue. Après certains essais, j'ai presque honte. Honte de moi. Je ne parviens même pas à obtenir un Patronus corporel ! Mes sorts n'ont aucune puissance !
Et pourtant, au-delà des failles et des tempêtes, des fossés qui me séparent de ce monde et de tous les autres mondes en ce moment où mon identité tend à se disloquer, pourtant je persiste et j'insiste et j'essaye, coûte que coûte, je me présente, j'y vais et je ne baisse pas les bras. Non, je ne suis pas habituée. Non, je ne me tiens pas bien par rapport à vous autres et je n'ai pas avec moi le matériel de protection, la tenue de duelliste ou les gants de duel de haute gamme. Je viens avec ma chair simple et animée, imparfaite. Je viens avec le peu que j'ai. Je me surprends, me dépasse.

Je suis botaniste, fille de, héritière, pantin dans les mains de ma mère, soumise à mon nom, discrète et sage, obéissante, fragile peut-être, incertaine, facile à manipuler et à tourmenter, mais je peux aussi être résolue, sorcière, et forte à ma façon. J'ai de multiples visages, comme des peaux et des mues qui s'entassent sur mon corps ; qui s'entassent tant que parfois je ne sais plus lequel est mien et lequel est celui qu'on a dessiné pour moi. Il m'arrive de me noyer dans ces peaux. De désirer en arracher certaines. Qui suis-je aujourd'hui ? Que revêtirai-je demain ? Et après ? Et en-dessous de tous ces tissus ? Y a-t-il un moi fixe là dedans ?
Ma magie trace une ligne droite, ma magie me définit. C'est pourquoi je me présente dans ces Loges, sans assurance mais complète quand il s'agit d'user de ma baguette. Moi-même lorsque je lance un sort.

Mon catalyseur dans la main, je me positionne et me concentre.
Calme comme la confluence de deux fleuves. En surface à peine bruyante, à l'intérieur troublée.

Le mannequin cristallise mon silence, ma solitude, la distance avec Vana, avec Nahele, la douleur de mon nom, la déception de ma famille ; le mannequin c'est celui qui pose ses mains sur moi pour me manipuler, faire de moi ce qu'il veut, et face auquel je ne résiste pas ; c'est celui qui ne me considère pas et sur lequel je voudrais pouvoir vomir toute ma colère tremblante et ma peur ravageante. Je pourrais frissonner, fondre et m'effondrer si ma magie ne pulsait pas dans mes veines.

« Incarcerem ! »

Mon bras tendu et mon sort qui trébuche, ne produit que quelques cordes qui retiennent à peine le mannequin avant que celui-ci ne riposte.
Je me jette en arrière pour éviter son lancer et mon cœur bat comme un fou, ivre du désir de montrer ce que je vaux ; car je suis capable de me défendre, capable d'autonomie, capable, capable, capable. Je ne suis plus la petite fille qui reste en arrière, souriante mais fantomatique, sans volonté et sans défense.

Je suis le printemps qui vient sans s'annoncer, rebattant les cartes et tirant la terre de son sommeil ; je me lève entre deux bourgeons, je fleuris, et de bleu j'éblouis.

@Miya Ryūu, en espérant que cela te plaise :cute: !

#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht