Dolona PNJ OS

Dolona

Il existait sûrement de très bonnes raisons d’aimer l’Écosse. À cet instant, Dolona Saint-Cyr n’en avait trouvé aucune. Cela faisait quarante minutes qu’elle marchait depuis la gare sur une route dont elle avait naïvement pensé qu’elle la conduirait rapidement jusqu’au domaine Fleurdelys. À perte de vue s’offrait la campagne, la vraie avec de la terre, des chemins qui n’avaient jamais entendu parler de pavés, des herbes trop hautes, et une odeur d’humidité qui serait capable de s’incruster dans ses vêtements.

La blonde s’arrêta pour observer ses chaussures blanches. Une petite tache de boue souillait le côté de sa semelle.

- Formidable…

Son accent français résonna dans l’air estival. Dolona posa son gros sac sans fond en cuir sur le sol. Elle frotta la trace avec énergie, avant de sortir un miroir rond de son sac. Ses cheveux : Encore convenables. Sa casquette : Légèrement de travers. Elle la remit en place. Le vent avait fait tomber deux mèches blondes sur son front. Elle les remit avec soin derrière son oreille, et étudia un instant encore son reflet.

- Voilà.

Elle pouvait reprendre sa marche. Elle récupéra son sac en soupirant, et poursuivit sa route. Sa mère Éléonore lui avait toujours parlé des Fleurdelys, et de Flora, surtout : « Mon amie Flora », Flora par-ci, Flora par-là, son école, son mari, son fils, et des lettres qu’elles s’écrivaient depuis des années. Désormais elle allait vivre chez eux quelque temps afin d’améliorer son anglais. C’était en tout cas la raison officielle.

Dolona s’immobilisa soudain au son d’un coassement sur une petite mare qui bordait le chemin. Quelque chose la regardait, vert, humide et gonflé. C’était un crapaud. Une grimace s’installa sur le visage de la jeune femme.

- Oh non…

L’animal coassa de nouveau.

- Ne fais pas ça.

L’amphibien lui désobéit, et fit un petit bond dans sa direction. Dolona recula d’un pas.

- Mais quelle horreur !

La Française sortit sa baguette, et la dirigea d’un geste vif mais élégant en direction de ce gros têtard boutonneux.

- Bullitor !

Le crapaud disparut. À sa place, une grosse bulle flotta, descendit lentement, puis toucha la surface de la mare. Dolona haussa un sourcil, et la suivit des yeux tandis qu’elle traversait la surface de l’eau. Un sourire apparut sur les lèvres de la demoiselle.

- C’est beaucoup mieux.

Elle rangea sa baguette. Dans quelques minutes, le sortilège prendrait fin et le crapaud retrouverait ses congénères, ses verrues, et son existence répugnante. Dolona continua sa marche comme si rien ne s’était passé. Quelques centaines de mètres plus loin, le paysage n’était plus le même, moins sauvage pour laisser place à des champs entourés de longues clôtures. Elle aperçut, plus loin derrière les arbres, la silhouette d’un château.

La Française ralentit. Alors c’était là, le domaine dont sa mère lui parlait depuis son enfance. Lorsqu’elle arriva devant la grande grille en fer, elle observa la propriété qui s’étendait devant elle. Elle sortit son miroir pour une dernière vérification, remit une mèche en place, puis redressa une fois encore sa casquette. Cette fois-ci, elle était arrivée.

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Non loin de là, Flora Fleurdelys ignorait qu’un crapaud venait de vivre une expérience aérienne. Elle s’était installée sous les cerisiers japonais du parc. Une théière, une tasse en porcelaine, et quelques parchemins remplissaient une table ronde en fer forgé. L’air écossais annonçait déjà la fin de l’été. Dans quelques jours, Maeve Queen serait remplie de cris d’enfants, de courses dans les couloirs, et de dessins abandonnés sur les tables. Même si Flora pouvait parfois se plaindre, elle avait hâte, et la rentrée occupait déjà en partie ses pensées avec les futurs emplois du temps et les inscriptions des nouveaux enfants. Et il y avait cette petite fille de quatre ans dont le dossier l’indiquait très sérieusement car elle avait tendance à faire disparaître ses vêtements quand elle était contrariée. Une plume voltigeant au-dessus d’une feuille avait entouré la phrase trois fois. Flora allait l’adorer, c’était certain.

Une légère brise s’engouffra dans les manches de sa tenue, un pantalon large couleur crème sur une longue veste aux motifs japonais, serrée. Elle restait élégante mais confortable, assise en tailleur sur sa chaise. Ses cheveux roux tenaient sur son crâne dans un chignon relevé d’une baguette chinoise et d’un pinceau. Soudain, la sorcière plissa les yeux. Une silhouette avançait sur le chemin du domaine, blonde avec un énorme sac à la main. Elle se redressa.

- Oh !

Éléonore et elle s’étaient écrit pendant plusieurs semaines. Flora lui avait assuré que sa fille pouvait naturellement séjourner au château aussi longtemps qu’elle le voudrait. Elle se souvenait de Dolona enfant grâce aux photographies envoyées par son amie au fil des années. Mais cette jeune femme qui traversait le parc n’avait vraiment plus grand-chose d’une enfant. La mère de Gabryel posa sa tasse, et lui adressa de grands signes de la main en s’avançant de quelques pas sur la pelouse. Sa bonne humeur naturelle envahit son visage. La fille de son amie était enfin là.

- Dolona ! Par ici !

Dolona avait repéré de loin la chevelure rousse. Il était de toute façon difficile de manquer la femme qui lui faisait de grands signes sous les cerisiers : Flora. Elle eut un petit sourire. Elle connaissait ce visage. Il y avait au fond d’elle le souvenir ancien d’une femme rousse venue passer quelques jours en France quand Dolona avait six ou sept ans. Elle se souvenait surtout de son rire, et de sa présence énergique. La jeune fille tira sur la lanière de son sac, et s’avança. Arrivée à sa hauteur, Flora la dévisagea quelques secondes :

- Mais regarde-toi !

Avant que Dolona puisse réagir à cette phrase qui pouvait avoir deux sens, Flora l’avait prise dans ses bras. La jeune Française se raidit légèrement, puis elle rendit son étreinte à Flora.

- Je suis contente de vous revoir. Enfin… De vraiment vous rencontrer. Je ne me souviens pas très bien de la dernière fois.

- Tu étais haute comme ça !

Flora plaça sa main approximativement sur sa hanche.

- J’espère que j’étais un peu plus grande.

Flora éclata de rire. Dolona sourit, puis posa son énorme sac de voyage près de la table, et contempla les alentours. Tout était plus vaste que ce qu’elle avait imaginé. Et très vert.

- Ta mère m’a expliqué pour ton anglais. Tu peux rester ici le temps qu’il faudra. Tu es chez toi.

- Merci. Maman me parle souvent de vous.

Un petit silence s’installa.

- Même très souvent.

Flora rit à nouveau. Dolona retira sa casquette, puis passa une main dans ses longs cheveux blonds. C’est donc sous le toit de cette femme qu’elle vivrait quelque temps.

- Je crois que ça va me plaire ici. Enfin… Il y a beaucoup de campagne.

Flora ne put s’empêcher de sourire. Éléonore avait peut-être oublié de lui préciser deux ou trois choses au sujet du caractère de sa fille.

~~~~


- T’es crado, papa.

Gabryel marchait à côté de son père, couvert de boue de la tête aux pieds. Angel tourna la tête vers lui.

- Parce que toi, tu sens la rose peut-être !

- Moi, c’est pppas pareil.

- Ben tiens…

Ils revenaient de l’enclos des bovins après avoir passé l’après-midi à s’occuper des bêtes. Un jeune veau avait décidé que le seau de Gabryel était plus intéressant que ce qu’il contenait. Le jeune homme avait essayé de le repousser, mais le veau avait insisté, et Angel avait dû intervenir. Au final, deux Fleurdelys étaient couverts de terre, et un veau avait passé un bon après-midi.

Les deux hommes remontaient maintenant vers le château, lorsque Gabryel ralentit un instant.

- Y a quelqu’un avec Maman.

En effet, sous les cerisiers, Flora n’était pas seule. Une jeune femme blonde se tenait près d’elle. À cette distance, ils ne distinguaient qu’une fine silhouette avec une masse de longs cheveux blonds.

- Tu sais qui c’est ?

- Non.

Sous les arbres, Flora venait justement de les apercevoir. Elle leva aussitôt le bras.

- Angel ! Gabryel !

Elle leur fit signe de venir en agitant la main au-dessus de sa tête.

- Dolona est arrivée !

Gabryel leva un sourcil. Dolona… Le prénom lui disait bien quelque chose. Il avait entendu Flora en parler. C’était la fille d’une amie de sa mère. Couvert de boue, Angel continuait d’avancer. Son fils le regarda.

- On aurait peut-être ppppu se changer avant.

- Trop tard…

Dolona s’était retournée. Elle observa les deux hommes, dont l’un était sûrement Angel Fleurdelys, et le second son fils Gabryel. Son regard se posa sur leurs vêtements souillés et leurs bottes. Elle ne dit rien, mais une moue significative s’installa sur le bord de ses lèvres : Bienvenue en Écosse.

Angel lui tendit la main :

- Dolona Saint-Cyr, j’imagine. Angel Fleurdelys. Bienvenue chez nous.

Dolona regarda sa main. Angel s’aperçut qu’il restait un peu de terre entre ses doigts. Il les essuya rapidement sur son pantalon, ce qui ne fit qu’aggraver les choses, puis lui tendit de nouveau la main. Dolona finit par la serrer avec un sourire courtois.

- Enchantée, monsieur Fleurdelys.

- Angel, je vous en prie. Je crois que c’est la première fois que nous nous rencontrons.

Flora fronça les sourcils en direction de son mari.

- Angel… Tu l’as déjà rencontrée.

Angel regarda Dolona. Dolona regarda Angel.

- En France, chez Éléonore.

- Bien sûr.

- Tu ne t’en souviens absolument pas.

- Si.

- Elle avait sept ans.

- Voilà.

Flora leva les yeux au ciel.

- Cet homme ne se rappelle jamais de rien.

Dolona eut un petit rire. Gabryel, lui, n’avait encore rien dit. Il la regardait depuis qu’ils étaient arrivés sous les cerisiers. Son cerveau s’était momentanément déconnecté. Elle était… Très belle. Elle était vraiment très belle, avec ses longs cheveux blonds, et ses yeux verts. Dolona finit par tourner les yeux vers lui.

- SSSSa… lllut…

- Bonjour.

- Moi c’est…

Il avala sa salive.

- GGGGab… Ryel.

Flora se pinça les lèvres pour ne pas rire.

- Je sais.

Gabryel cligna des yeux.

- Ah.

Elle savait qui il était.

- CCCC’est…

Silence.

- … Bien.

Angel observait son fils avec intérêt, tandis que le regard de la jeune Française détaillait Gabryel de haut en bas, sa chemise tachée, et tout couvert de boue.

- Vous avez eu un accident ?

- Un veau.

Dolona attendit la suite, mais il n’y en eut guère.

- Un veau ?

- Oui.

- Je vois.

Évidemment, elle ne voyait rien du tout, en dehors de la crasse sur ses joues. Flora décida de mettre fin au supplice de son fils.

- Bon ! Dolona vient de traverser la moitié de l’Écosse avec son sac, alors on va rentrer.

Elle récupéra sa tasse, puis s’exprima en français.

- Viens ma belle, je vais te montrer ta chambre. Tu pourras poser tes affaires, et te rafraîchir un peu.

- Avec plaisir.

Elle adressa un dernier regard aux deux hommes.

- À tout à l’heure.

- À tttt…

Les deux Écossais les regardèrent s’éloigner. Quelques secondes s’écoulèrent. Angel tourna la tête vers son fils.

- Tu peux fermer la bouche maintenant.

- Votre PJ est présent ? Oui
- Nom et prénom des PNJ :
Flora Fleurdelys (mère de Gabryel) / Angel Fleurdelys (père de Gabryel) / Dolona Saint-Cyr (Amie de la famille) → PNJ actifs
- Référencement PNJ : ici[/center]
- Intérêt de ce RP pour votre PJ :
L’arrivée ee cette jeune fille va quelque peu troubler Gabryel.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR