PNJ J La boîte de Pandore

Vendredi 15 septembre 2051
Avec @Elijah Cooper
15h00
La jeune fille inspira profondément, humant les senteurs de limon et d'algue, mêlées à la tourbe et à l'eau clapotante. Ici, elle pouvait être au calme. Le silence, la paix, la tranquillité. De précieux repères qui avaient chaque jour rythmé sa vie depuis sa naissance, et qu'elle avait brutalement perdu en entrant à Poudlard. Même dans les recoins les plus impossibles à ses yeux, le chaos semblait trouver un chemin. Elle avait bien tenté de chercher refuge dans la bibliothèque, sous la protection de sa mère, mais pour une raison qui lui était inconnue, les élèves prenaient un malin plaisir à venir perturber ce lieu...

Elle ne comprenait pas. Sa maman ne faisait-elle pas tout son possible pour faire de ce lieu un endroit de savoir et d'apprentissage ? De révision, de culture, un sanctuaire dans son esprit, qui ne pouvait que revêtir un caractère intouchable. Alors pourquoi ? Comment ? Elle qui avait vécu sa vie entière sans jamais s'attirer les foudres de sa mère, ne l'avait jamais vu aussi souvent hors d'elle.

Les frissons la courbèrent, voûtant ses épaules et fermant ses yeux jusqu'à rider son visage. Pas ça... elle ne voulait plus la voir s'emporter, elle ne voulait plus l'entendre en fureur. Ses mots, pourtant toujours aussi délicats et posés, étaient porteurs d'un tel poids, que l'enfant ne pouvait que céder face à eux. Et ils ne lui étaient même pas destinés.

C'était pour cela qu'elle cherchait refuge en d'autres endroits. D'autres lieux, sans sa mère. Voilà une pensée bien étrange, qu'elle se reprocha immédiatement. Comment pouvait-elle chercher à se distancier d'elle de cette manière ? Sa mère n'aurait pas manqué de lui reprocher de fuir la bibliothèque, et de ne pas s'imposer, mais qu'y pouvait-elle ? Elle préférait la paix, simple et entière, pouvoir pleinement s'immerger dans la lecture, et dévorer les pages. D'ailleurs, voilà qu'elle tira enfin son livre de son sac, pour relire le titre.

Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire.

Un vieil ouvrage, qu'elle avait troqué sans y penser contre son traité sur l'histoire de la magie. Elle frémit de nouveau en y repensant. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Si sa mère l'apprenait... Non, il faudrait qu'elle trouve un moyen de le récupérer. Il fallait qu'elle rende ce livre, qu'elle annule l'échange, et oublie tout ça.

Ses doigts effleuraient la couverture, puis glissèrent sur les pages. Son regard était inexorablement attiré par le coin supérieur gauche du livre. L'endroit qu'elle utilisait pour tourner les pages. De son index, sans réfléchir, elle révéla la première page. Il ne fallait pas qu'elle lise. Si elle commençait, elle ne pourrait pas rendre le livre avant de l'avoir terminé. Trop tard, les premiers mots s'étaient imprégnés dans sa rétine.

"Mais... c'est..."

Une triste histoire ? Mais... les histoires ne sont pas tristes. Les livres ne contiennent même pas d'histoires, mais simplement du savoir. Elle inspira brusquement, les épaules voûtées, avant de violemment claquer le livre pour le refermer.

De la fiction. Tenait-elle un roman, entre les mains ? Mais quelle sotte ! Si elle l'avait su, elle aurait refusé tout net l'échange, et aurait déguerpi. Si sa mère l'apprenait, si elle la voyait avec un tel livre, sa colère serait terrible. Et à juste titre, elle ne mériterait que ça. Les livres de fiction sont nocifs et creux, ils ne sont qu'une perte de temps et d'énergie. Thérèsa, grâce à la protection de sa mère, a toujours été préservé de leur influence néfaste.

Non, sa décision était prise. Elle allait rendre le livre. Et elle n'allait certainement pas rouvrir la page pour continuer de lire. Mais... Et si juste quelques lignes ? Elle regarda à gauche, puis à droite, en se mordillant la lèvre. Après tout, que deviennent ces trois enfants, dont l'auteur semblait parler, dans la première phrase ?

Et si...

"Bon... juste... quelques pages. Pour voir."

Voilà sa résolution implantée. Sa mère lui avait toujours dit qu'elle devait se forger ses propres opinions et chercher à voir plus loin que le conventionnel. Alors elle devait s'armer pour argumenter contre les livres de fiction ! Voilà, c'était cela. Si elle parcourait rapidement ce livre, elle comprendrait mieux pourquoi il ne fallait jamais lire ce genre d'ouvrage.

Ce fut donc réconfortée dans sa résolution qu'elle se redressa, assise contre l'arbre, et rouvrit le livre, un sourire aux lèvres.

Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »