Etudier pour exister
Mercredi 13 septembre 2051, dans la matinée,
Le mercredi était le pire jour de la semaine. Déjà qu'il y avait trois jours dans la semaine où Daisy n'avait pas cours, il fallait en plus que le mercredi tout le monde ait cours SAUF les premières années. La pire des injustices selon la rousse. Mais qu'à cela ne tienne, s'il fallait apprendre seule, alors elle passerait ses mercredis à étudier.
Ce fut pour ça qu'elle se leva à six heures ce matin-là. Elle bouquina jusqu'à sept heures, prit son petit-déjeuner rapidement et à sept heures quarante-cinq tapantes, elle était dans la salle d'études, une montagne de livres sur les bras. Seule. Elle cligna plusieurs fois des yeux comme pour vérifier cette information. Etait-elle la seule à avoir eu le bon sens de penser à travailler un mercredi ? Elle soupira et rapprocha deux tables entre elles pour pouvoir s'y installer avec ses nombreux manuels. Elle sortit son carnet, elle avait réservé une heure à chacune des quatre matières qu'elle souhaitait étudier. Elle n'aurait que le matin pour réviser, l'après-midi était réservé à l'entraînement de Quidditch alors elle allait devoir se montrer performante. Elle regarda autour d'elle, cette salle n'était pas la plus accueillante de Poudlard : des chaises, des tables, un tableau et une ambiance un peu lugubre. Elle aurait presque souhaité que d'autres sorciers s'y trouvent pour réchauffer un peu l'atmosphère.
Elle prit une patacitrouille pour se motiver et sortit son devoir de sortilège. Il portait sur l'entretien de la baguette principalement. Daisy ouvrit son manuel et commença à rédiger un brouillon. Il y avait beaucoup de choses à dire et Miss Priddy n'avait pas donné de limites de mots. Elle copia trois pages ainsi et, quand elle fut satisfaite, les remit au propre. C'était du travail bien fait, comme elle aimait. Elle révisa ensuite le sort d'allumage Lumos qu'elle avait mis un peu de temps à maîtriser. Elle termina en lisant l'introduction du sortilège de lévitation Wingardium Leviosa pour prendre un peu d'avance sur les mois suivants. Satisfaite, elle se frotta les mains et prit un fondant du chaudron pour se féliciter.
Quelques élèves l'avaient désormais rejointe dans la salle, ce qui rassura un peu la fillette. Elle posa son devoir de sortilège et sortit celui de métamorphose. Miss O'Malley leur avait fait découvrir le sortilège Elasticus et sans surprise, Daisy avait rencontré quelques difficultés avec la pratique. Tout ce qui touchait à la théorie, à l'histoire, elle y arrivait sans problème. Mais la pratique... c'était autre chose. La rousse faisait partie des enfants qui pensaient qu'on ne réussissait qu'en travaillant alors elle ne s'en inquiétait pas. Elle rédigea son devoir rapidement. Trop rapidement, elle était en avance de trente minutes dans son emploi du temps. Elle mangea une chocogrenouille pour se féliciter et enchaîna sur quelques révisions impromptues en botanique. C'était un domaine très différent des autres, même si la petite fille savait qu'on pouvait y utiliser des sortilèges tels que Herbivicus pour faire pousser les plantes plus vite, en cours Miss Plogeth ne leur faisait jamais utiliser la magie.
Il fut rapidement dix heures et Daisy chercha un énième bonbon dans son sac. Elle en sortit un petit paquet de bonbons moldus qu'une Poufsouffle lui avait jeté la semaine passée. Elle avait cru comprendre que les roses étaient bons mais elle hésita quand même à cause de leur ressemblance avec les dragées de Bertie Crochue. Elle se décida à en goûter un et sourit. Ça n'avait pas si mauvais goût finalement, ça avait même plutôt bon goût. Autour d'elle, la salle commençait à se remplir, ce qui finit de rassurer la petite fille. Elle n'aimait pas le calme complet et les grandes pièces sinistres. Chez elle c'était chaleureux. Sa mère rentrait sans toquer dans sa chambre, son père écoutait les infos en continu, ses boursoufflets venaient régulièrement quémander des caresses. Elle avait grandi avec ça alors elle préférait continuer de travailler ainsi. Elle chercha une trace de ses amis mais bien qu'elle reconnut plusieurs visages familiers ni Liam ni Noa Vane ne semblaient être là.
Elle sortit alors un troisième devoir, de défense contre les forces du mal cette fois-ci. Le sortilège Periculum y était à l'honneur. Celui-là, la petite fille n'avait pas eu trop de difficultés à le produire. Il faut dire qu'elle avait été émerveillée lors du feu d'artifice géant qui avait suivi la répartition. Toutes ces baguettes tournées vers le ciel et toutes ces étincelles qui en avaient jailli... elle avait eu vraiment hâte de pouvoir faire ça à son tour. Alors forcément, quand Mister Puddlewick leur avait annoncé que ce serait le premier sort étudié dans l'année, son coeur n'avait fait qu'un tour. Elle l'avait bien réussi, pas à la perfection, ni du premier coup, mais mieux que Lumos et Elasticus. Le devoir était intéressant et elle y répondit dans un très grand nombre de lignes. Elle appréciait vraiment cette matière. Elle ne savait pas si c'était le sujet ou le professeur qui était fascinant mais les cours passaient toujours beaucoup trop vite. Arrivée à la fin du devoir, elle ouvrit le manuel pour prendre de l'avance sur le programme. Apparemment, le prochain sortilège qu'ils apprendraient était Bombarda et il servait à produire le bruit d'une détonation. Daisy se demanda bien en quoi il pouvait être utile et lu les pages du manuel qui lui étaient consacrées. Elle aimait beaucoup ce livre, il était même agrémenté de petites citations comme "Ce sont nos choix, Harry, qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes." De tous les chapitres d'histoire qu'elle avait étudiés enfant, la grande guerre d'Harry Potter contre Voldemort restait son préféré. Elle ferma le livre quelques instants et ferma les yeux. Pourvu qu'elle vive quelque chose d'aussi incroyable un jour.
Elle rangea ensuite son devoir terminé avec les autres et fouilla son sac pour trouver un autre bonbon. Elle ressortit une nouvelle fois ce paquet de friandises moldues. Elle hésita puis plongea sa main dedans. Elle prit une petite boule bleue en grimaçant, mais de manière assez surprenante, cette dernière eut un goût très similaire à la rose. Elle reposa le sachet et sortit le manuel d'une nouvelle matière.
Avec @Aelis Van Hecke
1024 mots de Daisy qui étudie
Mots en gras pour Au fil des mots
Vraiment très peu pour être heureux
Etudier pour exister
[CW : propos dénigrants, stigmatisants et caricaturaux sur les religions et l'autisme. propos très clichés et pas sympa sur la religion, et amalgames sur les personnes atteintes d'autisme ; il va sans dire qu'en tant que plume je désapprouve fortement ce type de propos]
PNJ présent : Swann Yang. Mon PJ est bien présent.
Ce matin, c’était la première fois que je revoyais Swann depuis juillet. Peu de mots ont été changés, laissant place à des silences presque envahissant. En tête à tête, j’ai du passer plus de temps à fixer mon assiette que ses beaux traits. C’était terrible, je savais juste pas quoi dire, j'avais des noeuds dans le ventre qui m'ont empêché de manger. Comme si entre nous, il y avait désormais une mer de secret agités. Je crois que ce moment m’a beaucoup fait souffrir. La sensation que plus rien ne serait jamais comme avant s’était définitivement installée dans ma tête, de pair avec celle qui maintenait que l’on ne pouvait pas vivre l’un sans l’autre. Et c’était juste la vérité : je pourrais pas raconter ma vie sans effacer Swann ___ il est probablement la première personne pour qui j’existe. Consciente de tout cela, je lui ai proposé de se retrouver vers 10h30 devant la salle d’étude, histoire de se débarrasser de tous nos devoirs de la semaine. Ca l’a fait sourire, d’un sourire doux comme la brise, qui souffle qu’il a très bien compris ce que j’essayais de faire : me rapprocher de lui en repartant sur de nouvelles bases. Car j’ai bien vu qu’en salle d'étude, que nous serions loin d’être les premiers ce matin.
Nous voilà donc à 10h30 devant la salle d’étude. Sans échanger plus de politesses, nous nous asseyons à deux tables côte à côte, avant de sortir mes affaires. D’un commun accord, nous décidons de commencer par l’astronomie, puis les potions, et ensuite, l’histoire de la magie et la métamorphose. Vite, les vieilles habitudes reprennent le pas sur la gêne des retrouvailles. Je ne me pose plus la question de savoir comment je dois me comporter ___ j’agis comme nous l’avons toujours fait, en mettant nos notes en commun. Sourires partagés lorsque je découvre les ornements de ses feuilles, et que lui parcoure des yeux les miennes, et j’ai presque l’impression de lire en lui lorsque je lis sa belle écriture formée de boucles bien huilées sur les différents outils d’observation de l’espace. Est-ce cela, renouer une complicité distendue ? En trente minutes, nous venons à bout des deux premières matières. Le rendu n’est certainement pas de première qualité, mais suffira amplement pour un des premiers devoirs de l’année. Mais bien vite, quand vient le tour de l’histoire de la magie, je peine à me concentrer, mes pensées toutes tournées vers la personne à mes côtés, que je n’ose pas regarder. Et c’est fou, je le sens à la fois terriblement loin, et terriblement proche, comme si on se connaissait plus… Car jamais, au grand jamais je n’aurais pu imaginer qu’une telle chose puisse se produire : nous, séparés par des rails, en train de pleurer parce qu’on avait pas eu le courage de se dire au revoir. Alors j’aimerais pouvoir lui dire « c’est fini, on est ensemble, c’est passé », mais non, ce n’est pas fini et ce n’est pas passé, c’est dans tous les mots qu’il hésite à prononcer, dans ses pupilles lorsque nos regards se croisent, dans ma main qui se tient bien à distance de la sienne. C’est gravé, c’est tout. Dans du marbre, ou nan, dans un truc encore plus dur, comme le diamant : c’est comme une cicatrice qui partira jamais. Car il faut bien s’en rendre compte : nous ne sommes plus que deux inconnus étrangement familiers.
Maintenant, j’en suis sûre, il a remarqué mon trouble ; et peut-être même qu’à cet instant les mêmes questions le taraudent. Comment faire pour reconstruire une amitié ? Peut-on vraiment repartir sur de nouvelles bases ? Est-ce qu’il y a un moyen de se réapprivoiser même lorsque le lien a été rompu ? Il y a le temps Swanny, il y a le temps… Je crois qu’il sera notre meilleur allié. Je le regarde s’agiter sur sa chaise, avec une mine attendrie. Ni lui ni moi n’aimons rester inactif, à écrire des tartines dans une pièce carrée (lui dirait rectangulaire), alors que l’on pourrait aller s’amuser dehors. Ou juste faire ce qu’on veut d’ailleurs. Ne pas aimer les règles, on a toujours eu ça en commun. D’abord, il s’étire ; il étend ses jambes sous la chaise de devant, penche sa tête en arrière, bloque quelques secondes avant de s’avachir complètement sur sa table en me regardant d’un air penaud. Un bref coup d’œil sur sa feuille me permet de voir qu’il n’a encore rien écrit, et que lui aussi a des préoccupations plus importantes en tête que de disserter sur les avantages et les inconvénients de l’Histoire. En tant que binôme de travail, je devrais le réprimander, mais je n’en ai pas la moindre envie. J’ai envie de lui proposer une partie d’échec, une promenade dans le parc, ou juste de s’allonger dans l’herbe pour regarder les nuages… C’est sans une once de conviction que je lui dit :
« Allez, faut bien qu’on le termine ce devoir…
___ Ouaiisss, genre jeudi soir à 23h59 ? »
On pense à la même chose. Vendredi matin, huit heures c’est histoire de la magie donc on aura du temps pour rattraper notre nuit. Mais même si je sais très bien que c’est à 99% de chance ce qu’il va se passer, je le reprends plus amusée qu’exaspérée :
« Mec, dose… ».
Il ne répond pas toute suite, mais se redresse en s’adosse négligemment à sa chaise. Il ajoute après un certain temps, avec un petit rire supérieur :
« Le pire, c’est que je suis sûre que cette folle de Daisy s’est levée à six heures du mat’ pour tout finir le plus parfaitement possible… »
J’esquisse une drôle d’expression : mi-grimace, mi-sourire. Parce qu’en même temps, une part de moi trouve Daisy terriblement coincée et intello, mais l’autre me rappelle de pas juger sans connaître. Et en toile de fond, je sais exactement ce qui se dessine : Swann essaye de me dire que rien n’a changé. Que comme avant, on sera toujours les deux intelligents incompris crachant sur les intellos au dernier rang. Et j’aimerai y croire, que rien n’a changé, j’aimerai déverser tout ce que je pense de mauvais, mais je sais que ça serait pas bien du tout. Alors je le fais pas. Ca me demande un effort, mais je temporise :
« Bah, si en contrepartie elle se couche à vingt heures… On la connais pas elle est peut-être pas si pire ? »
C’est le plus gentil que j’ai pu faire, mais Swann, moqueur, sourit : car il sait très bien qu’il va me lancer et qu’il arrivera à tirer de moi bien plus que cette micro pique. Il répond comme toujours avec de sérieux arguments pour me faire céder :
« On la connais pas, vraiment ? Mais frère t’as bien vu comment elle est restée plantée devant la porte avant le cours de DcFM. Cette meuf c’est une méga fayote, je sais pas c’qui t’faut d’plus ! »
Je ris à mon tour, de bonne guère cette fois. Tout en essayant de ne pas faire trop de bruit pour ne pas déranger les autres, mais Swann ne s’y trompera pas ; il sait que ça y est, il a trouvé une nouvelle cible sur qui bitcher. Et vite, je me prends au jeu : parce que j’aime le sourire qui creuse cette fossette sur sa joue, j’aime le voir s’amuser avec insolence, et parce que j’ai l’impression de retrouver un bout de ce que je pensais perdu. Il a pas changé, hein ? Voilà qu’il secoue légèrement la tête pour remettre ses cheveux en place. Alors à moitié en riant moi aussi, je réponds avec un accent londonien des hautes classes très forcé :
« Swann, tu n’as pas honte de dire des choses pareilles ? Surveille un peu ton vocabulaire. »
Et nos regards se font complices lorsque son sourire s’élargi encore. Je viens à nouveau de devenir sa partenaire de crime. Il me répond, imitant Daisy de façon aussi caricaturée que criarde :
« Oh, maman, je suis vraiment navrée. Je vais sagement retourner lire La Bible pour savoir comment me faire pardonner. »
Ca, c’était une belle balle perdue pour les croyants. Mon regard se durcit ___ je ne cautionne pas ce qu’il est en train de faire. Les croyances, c’est perso : il sait très bien que j’aime pas quand il fait ce genre de blagues. Il rit, et si sa voix reste aussi moqueuse, il arrête d’imiter Daisy :
« Oh c’est bon… avoue que pour être aussi intello que ça faut être complètement au___. »
« autiste », c'est ça qu'il allait dire. Il s'est retenu juste avant que je ne le foudroie. Je kiffe pas trop la tournure que prends la conversation. Se moquer, c’est ok. Mais là, c’est juste méchant. Ca ne m’étonne pas de Swann, il est souvent un peu extrême dans ses propos. Et moi, je suis la partie attentive et rassurante. Mes yeux trouvent les siens : quelques instants, on se regarde, avant qu’il ne baisse les yeux en s’excusant, comme quelqu’un qui n’a pas trop réfléchi à ses paroles le ferait :
« My bad, celle-là elle était pas cool. »
Je réponds d’une voix douce, parce que mon petit cœur faible a beaucoup trop de tendresse pour ce garçon aux défauts exorbitants :
« On aime pas trop Daisy. Et c’est clair qu’elle est hyper spé. Mais mec, laisse les autistes et les croyants tranquille steuplaît. »
Il acquiesce, je souris. Ca ne sera certainement pas la dernière vanne sur Daisy de la journée, mais au moins on a posé les bornes.
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