OS Je te laisserai des mots

16 septembre 2051, 20h


Il fait nuit et je n'ai toujours pas préparé de quoi manger.

C'est silencieux.

J'ai l'impression d'être habité par le vide.

C'est ça la paix ? Un silence beaucoup trop long ? Quelque chose qui me démange tellement que ça semble si peu naturel ? J'ai les pensées en vrac, cependant, elles ne disent plus rien. Je sens quelque chose de léger en moi. Je ne sais pas quoi en faire. C'est étranger mais pas parasite. C'est censé être là, n'est-ce pas ? Ça a si bien pris sa place dans mon thorax donc ça doit bien être ça ? C'est chaud... Comme les doigts de Lloyd sur ma mâchoire. Je les sens encore ici et dans ma nuque, s'agrippant légèrement à mes cheveux.



Ma main gauche se met à jouer une mélodie qui me revient de lointains souvenirs. Je chantonne pendant que les doigts de ma main droite passent lentement sur les sensations fantômes qui sont collés à ma peau. Je retrace tout le chemin, lentement, comme pour imiter son toucher à lui. Ce n'était pas doux mais c'était agréable sur ma nuque, ma mâchoire, ma main, mes doigts. J'ai aimé ce toucher. Insignifiant pour beaucoup, seulement une caresse de vent sur une peau sensible. Mais ce n'était pas que ça, c'était rempli de quelque chose que je ne saurais nommer. Quelque chose qui n'aurait pas dû s'arrêter, que j'ai envie de retrouver.

Ma main droite quitte mon visage pour se retrouver sur mon piano. Je joue alors que Lloyd, ce qui s'est passé entre nous il y a quelques heures, a mis un arrêt à la guerre dans ma tête. Pourquoi une partie de moi cherche à combler le vide ? Ça devrait être apaisant, non ? Je devrais juste aimer avoir enfin du silence. Mais je joue. Mes doigts appuient sur les touches de mon piano une chanson d'hier, une chanson que je n'ai plus jouée depuis une éternité. À qui je la chantais celle-là ? Je ne m'en souviens plus. Sûrement à un amour passé, dans la nuit, perdu dans mes émois amoureux.

C'est une chanson d'amour que mes doigts ont décidé de chanter, pourtant, je ne suis pas amoureux. Je le sais, c'est différent de ça être amoureux. Il y a les papillons dans le ventre quand on est amoureux, on glousse comme une jeune étudiante, on imagine des scénarios grandioses avec la personne qu'on aime, on... On fait plein de choses qui ne me viennent pas. Non, moi j'ai cette sensation légère, des caresses fantomatiques, des yeux noisette et une main qui m'a raconté toutes ses peines. Les mêmes peines que je retrouve dans mes mains de malheur qu'il appelle douces.

"... Je te laisserai des mots, en-dssous de ta porte... En-dssous de les murs qui chantent..."

Mon accent gallois se colle aux paroles et je voudrais que ce ne soit pas le cas. Mon français est désastreux, cassé, moche à l'oreille, mais je continue de chanter la langue de l'amour pour combler le vide. De ce que je me souviens, les paroles sont poétiques, belles, pleines de sens. Le trajet d'une lettre dans l'appartement de celle qui comble notre cœur. Du paillasson aux mains de la dite personne. Une lettre qui n'attend que d'être ouverte pour raconter mille poésies quand notre bien-aimée se retrouve seule avec son divan tout troué.

"Ramasse-moi, quand tu voudras... Ramasse-moi quand tu voudras....... Embrasse-moi quand tu voudras."

C'est une erreur de dire "embrasse-moi" mais ça a tant de sens. J'aime cette erreur de prononciation parce que c'est ce qu'attend toute lettre d'amour : un baiser sur les mots inscrits. Est-ce que je chante mes futures lettres ? Mais je n'ai pas envie que Lloyd les embrasse, en fait, une telle vision ne me plaît pas. Je préfère qu'il les garde pour lui, qu'il les lise mille fois pour sentir mon embrasse invisible. Je veux qu'il sente ma présence près de lui, qu'il ne sente pas seule contre la guerre qui se passe dans ses yeux noisette. Je veux que ces lettres soient des parties de moi qui lui donne la chaleur dont il a besoin pour que je sois sûr qu'il ne se brise pas avant que je ne le revoie.

Et.... Je n'attends rien en retour. Pas d'embrasse, de baiser, de draps chauds, non, rien. La seule chose que je demanderai, c'est de voir la flamme dans ses yeux. Je ne suis pas amoureux, je veux seulement faire durer cette paix le plus longtemps possible.

Il me prêtera cette flamme et moi... Je lui laisserai des mots.

761 mots
@Lloyd River parce que je suis inspiré :whistling:

Couleur : #9a3d1d IT'S PRIDE MY GALS ! - Fumeur pour éloigner la plèbe - Professeur de Divination depuis novembre 2050 inRP - Team tutoiement - Sulienonichou - être de nuisance _ Paige 2026