Mabon - Entre lumière et feuilles mortes
23 septembre 2051 - Dans l'après-midi vers 16h
Parc de Poudlard - OS
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Il y avait des jours où mes poches servaient à transporter des choses parfaitement normale, enfin normale selon mes propres critères, comme des bonbons, des bouts de parchemin froissés, quelques trucs ramassés au hasard ou même Kene quand monsieur décidait que marcher tout seul demandait beaucoup trop d'effort. Aujourd'hui, elles étaient surtout remplies de noix et de glands, tandis qu'une pomme récupérée à la Grande Salle voyageait bien à l'abri dans mon sac avec deux petites bougies et un morceau de tissu que j'avais emporté de Londres.
Je traversais le parc sans vraiment me presser, ce qui devait déjà être assez rare pour mériter d'être signalé. Pour une fois, je ne cherchais ni un passage secret, ni un endroit où grimper, ni quelqu'un à entraîner dans une idée qui finirait probablement par nous attirer des ennuis. J'observais plutôt les arbres autour de moi en essayant de trouver le bon endroit. Leurs feuilles avaient commencé à prendre toutes les couleurs de l'automne et certaines tombaient déjà avec le vent, alors forcément j'en ramassais quelques unes au passage, parce que maman avait toujours dit que pour Mabon il valait mieux utiliser ce que la saison nous offrait plutôt que de vouloir tout préparer à l'avance.
Mabon avait toujours été une fête assez simple chez nous. Quand j'étais petite, j'en retenais surtout qu'on mettait plein de choses sur la table, qu'il y avait des pommes et des noix à manger et que j'avais le droit de revenir d'une promenade avec les poches pleines de feuilles sans que personne me demande pourquoi j'avais encore ramené la moitié du jardin dans la maison. En grandissant, maman m'avait expliqué que c'était surtout le moment de remercier pour ce qu'on avait reçu pendant l'année et de profiter de cet équilibre entre la lumière et l'obscurité avant que les nuits commencent vraiment à devenir plus longues. Papa, lui, s'occupait souvent des deux bougies, une pour chacune, et j'avais fini par prendre l'habitude de les regarder brûler côte à côte sans vraiment réfléchir au fait qu'un jour je devrais préparer tout ca sans eux.
Cette année, justement, il n'y avait ni maman pour replacer discrètement une feuille parce que je l'avais mise complètement de travers, ni papa pour me rappeler pourquoi les deux bougies étaient importantes alors que je connaissais l'explication depuis longtemps. J'étais à Poudlard, eux étaient à Londres et je n'avais aucune envie de laisser passer Mabon simplement parce que je n'étais plus à la maison. Ça rendait même le petit morceau de tissu rangé dans mon sac encore plus important. Il avait déjà servi pour plusieurs sabbats chez nous et une petite lune était brodée dans un coin ; maman avait proposé de m'en donner un neuf pour Poudlard, mais j'avais préféré prendre celui là. Un tissu neuf aurait sûrement été plus joli, sauf qu'il n'aurait eu aucun souvenir accroché avec lui.
Je finis par choisir un grand arbre un peu éloigné des passages les plus fréquentés et m'installai à son pied, Kene venant rapidement trouver sa place près de moi pendant que j'étendais soigneusement le tissu sur l'herbe. La pomme prit place au milieu, accompagnée des noix, de quelques glands et des feuilles que j'avais ramassées en chemin. J'essayai même de les disposer joliment comme maman le faisait, avec une rouge, deux jaunes et une grande orange qui me plaisait particulièrement, avant qu'un coup de vent ne décide que mon sens de la décoration ne valait absolument rien et n'envoie la rouge rouler un peu plus loin.
Évidemment, il fallait que ça tombe sur celle que je préférais. Je me précipitai pour la récupérer avec un sourire malgré moi et revins la coincer sous un gland, plutôt fière d'avoir trouvé une solution aussi simple a un problème qui risquait sinon de se répéter toutes les trente secondes. Mon autel improvisé était loin d'être aussi joli que celui qu'on préparait à la maison, mais je n'avais jamais vraiment cru que Mabon était un concours de décoration. Si ça avait été le cas, maman aurait gagné tous les ans et j'aurais probablement été éliminée dès le premier tour.
Je sortis ensuite les deux petites bougies et les plaçai l'une à côté de l'autre. C'était la tradition de papa que j'avais le plus envie de conserver : l'une représentait la lumière, l'autre l'obscurité, toutes les deux presque égales à cette période de l'année. Petite, je trouvais surtout amusant d'avoir deux flammes devant moi, maintenant, je comprenais un peu mieux pourquoi il insistait toujours sur le fait qu'on avait besoin des deux et que l'arrivée de la saison sombre n'était pas quelque chose de triste. C'était simplement une nouvelle partie de l'année qui commençait, avec ses journées plus courtes, ses arbres qui perdaient leurs feuilles et tout ce qui allait changer jusqu'au retour de la lumière.
J'allumai les deux bougies avec ma baguette et m'installai en tailleur devant elles, Kene posé contre ma jambe. Une des flammes vacilla dangereusement lorsque le vent passa entre les branches et je rapprochai aussitôt mon sac pour lui faire un abri, refusant de passer les dix prochaines minutes à rallumer une bougie toutes les trente seconde. Une fois satisfaite, je reposai mes mains sur mes genoux et regardai simplement les deux petites flammes pendant quelques instants.
À la maison, c'était normalement à ce moment-là que chacun pensait à ce pour quoi il était reconnaissant depuis le dernier Mabon. Quand j'étais plus petite, mes réponses avaient parfois été très importantes à mes yeux et beaucoup moins aux yeux du reste du monde, comme l'année où j'avais remercié pour un énorme gâteau au chocolat ou celle où j'avais retrouvé une chaussette que je croyais définitivement perdue. Maman n'avait pourtant jamais ri et m'avait expliqué qu'il n'existait pas de chose trop petite pour mériter un merci si elle nous avait vraiment rendus heureux.
Cette année, j'en avais tellement que je ne savais même pas par laquelle commencer.
Il y avait évidemment maman et papa, qui devaient sûrement penser à moi aujourd'hui eux aussi, et puis il y avait Poudlard. Rien que le fait d'être ici méritait un énorme merci. J'avais la chance d'apprendre la magie pour de vrai, de découvrir de nouveaux sorts, de parcourir un château gigantesque et de vivre des aventures dont je n'aurais même pas pu rêver quelques années plus tôt. J'étais aussi assez reconnaissante de ne pas encore m'être fait virer malgré mon talent absolument incroyable pour me retrouver exactement là où je n'étais pas censée être et faire précisément ce qu'on m'avait probablement conseillé de ne pas faire. À bien y réfléchir, ça méritait peut-être même deux merci.
Et surtout, Poudlard ne serait vraiment pas pareil sans toutes les personnes que j'y avais rencontrées.
Andy arriva presque immédiatement dans mes pensées. Ma meilleure amie, ma partenaire dans tellement de mauvaises idées que mes aventures ici n'auraient clairement pas la même saveur sans elle. Il y avait des choses que je n'aurais jamais faites si elle n'avait pas été là, et probablement d'autres qu'il aurait été beaucoup plus raisonnable de ne jamais faire même avec elle, mais c'était justement ça qui rendait tous nos souvenirs aussi géniaux. Avec Andy, je savais qu'une journée parfaitement normale pouvait devenir complètement n'importe quoi en quelques minutes, et je crois que je n'aurais voulu échanger ça contre rien.
Puis il y avait Gaby, et rien que penser à lui réussit à me faire sourire bêtement devant mes deux bougies. C'était encore nouveau de pouvoir penser mon petit copain et de réaliser que c'était vraiment vrai, mais j'aimais tous les moments qu'on passait ensemble, même quand ils commençaient par une énorme bêtise et finissaient d'une manière que je n'aurais jamais imaginée. Je ne savais pas encore exactement comment on était censé s'y prendre avec tout ça, parce que personne ne vous donnait un manuel expliquant comment avoir un petit copain à douze ans, mais pour l'instant j'étais simplement heureuse qu'il soit là et de pouvoir découvrir tout ca avec lui.
Je pensai aussi à Lise. Ces derniers temps, il y avait cette distance entre nous que je ne comprenais pas complètement et qui me faisait parfois un peu mal, mais ça n'effaçait absolument pas tout le reste. Je m'entendais toujours super bien avec elle et elle comptait beaucoup pour moi, alors si elle avait besoin de cette distance, je pouvais bien essayer de la respecter même si ce n'était pas toujours facile. J'espérais seulement qu'un jour elle n'en aurait plus besoin et qu'on pourrait retrouver quelque chose d'un peu plus simple entre nous.
Archie me vint ensuite à l'esprit et ça me fit sourire aussi, parce qu'il avait cette façon de ne pas décider que quelqu'un était forcément comme ci ou comme ça simplement à cause de sa maison ou de ce qu'on pouvait penser de lui au premier regard. On pouvait être différents sur plein de trucs, se lancer des clichés complètement idiots à la figure et ne pas toujours voir les choses de la même manière, sans que ça empêche de discuter ou de rigoler ensemble. J'aimais bien ca chez lui, cette impression qu'on pouvait juste être soi-même sans devoir rentrer parfaitement dans une petite case.
Et puis il y avait Nym', qui réussissait chaque jour un peu plus à se battre contre sa timidité et qui, surtout, avait cette capacité assez extraordinaire à accepter mes défis alors qu'elle devrait probablement avoir appris depuis longtemps que c'était une très mauvaise idée. Je crois que j'étais presque aussi fière d'elle chaque fois qu'elle osait quelque chose qu'heureuse de trouver quelqu'un d'assez fou pour me suivre, et ca voulait quand même dire beaucoup.
Marine avait également une place particulière dans tout ça. Quand j'étais arrivée à Poudlard et que tout était immense, nouveau et franchement assez facile pour se perdre, elle m'avait prise sous son aile comme marraine et m'avait montré les coins de l'école, expliqué plein de choses et surtout évité que je me sente complètement larguée au milieu de tout ce nouveau monde. Aujourd'hui, j'avais parfois l'impression d'être ici depuis toujours, mais je n'avais pas oublié qu'au début je ne connaissais presque rien ni personne et qu'elle avait été là pour m'aider à trouver ma place.
Mon regard descendit finalement vers Kene, toujours installé contre ma jambe, et ma main alla naturellement lui caresser doucement le dos. Lui aussi méritait son merci, peut-être même un énorme, parce qu'il me suivait partout sans jamais se plaindre de mes idées, ce qui était déjà une qualité exceptionnelle. Avec sa petite tête qui dépassait de ma poche ou sa présence sur mes genoux quand je restais quelque part un peu trop longtemps, je n'étais finalement jamais vraiment toute seule. Même aujourd'hui, alors que j'étais venue célébrer Mabon loin de ma famille, il était là avec moi, beaucoup plus intéressé par les noix de mon autel que par mes grandes réflexions, mais présent quand même.
Plus j'y pensais, plus les visages se succédaient et plus je réalisais que ma liste pouvait continuer encore longtemps. Il y avait tous ceux avec qui j'avais partagé une aventure, un fou rire, une discussion, une bêtise ou simplement un bon moment depuis mon arrivée. Il y avait ceux qui acceptaient encore de me parler après m'avoir vue faire quelque chose de complètement stupide, ceux qui essayaient parfois de me raisonner sans beaucoup de succès et surtout tous ceux qui n'avaient pas encore perdu patience malgré mon incroyable capacité à transformer une idée toute simple en catastrophe potentielle.
Finalement, c'était peut-être ça que j'avais le plus envie de remercier cette année. J'avais la chance d'être entourée.
Je n'avais pas besoin que tout soit parfait pour m'en rendre compte. Certaines amitiés étaient compliquées, certaines choses changeaient, certaines personnes étaient plus proches qu'avant et d'autres un peu moins, mais elles faisaient toutes partie de ma vie et de cette deuxième maison que Poudlard était doucement devenu pour moi. Maman avait raison : être reconnaissante, ce n'était pas faire semblant que rien de mauvais n'arrivait. C'était réussir à regarder tout ce qu'on avait quand même et se rendre compte que, franchement, j'avais beaucoup de chance. Pour une fille qui réussissait aussi souvent à attirer les ennuis, j'étais quand même sacrément bien entourée.
Je pris finalement la pomme entre mes mains. Chez nous, on partageait toujours une partie de la nourriture préparée pour Mabon, une partie pour nous parce que célébrer les récoltes en regardant de la nourriture sans la manger aurait quand même été une idée assez étrange, et une petite partie rendue à la nature en guise de remerciement. Je croquai donc dedans sans le moindre remords avant d'en détacher un morceau que je déposai au pied de l'arbre avec quelques noix. Maman m'avait appris à ne pas seulement prendre ce que la terre donnait, mais à penser aussi à rendre quelque chose, même si le geste était surtout symbolique.
Je restai encore un moment devant mon petit autel, beaucoup plus silencieuse que d'habitude, à écouter le vent remuer les branches au-dessus de moi et les bruits du château qui arrivaient jusqu'ici en étant déjà devenus lointains. Les deux flammes bougeaient légèrement mais continuaient de brûler côte à côte, et je me surpris à être assez contente de moi. J'avais sûrement oublié quelque chose, mes feuilles étaient posées n'importe comment et papa aurait probablement trouvé une bien meilleure façon de protéger les bougies du vent, mais ce n'était pas vraiment important. Pour la première fois, je célébrais Mabon toute seule à Poudlard et, malgré tout ce qui était différent, j'avais réussi à ramener un petit morceau de notre tradition familiale avec moi.
Lorsque je commençai finalement à ranger, je laissai les feuilles, les glands et la petite offrande au pied de l'arbre, puis repliai soigneusement le tissu avant de le remettre dans mon sac. Le soleil avait déjà commencé à descendre et sa lumière traversait les branches en donnant aux feuilles des couleurs encore plus chaudes. Je récupérai Kene avant de me relever, mais je ne repris pas tout de suite le chemin du château. Mon regard resta encore quelques secondes sur les deux bougies, les feuilles et la petite offrande laissée au pied de l'arbre.
Cette année, Mabon avait été différent de tous les autres, mais peut-être que c'était aussi ça, grandir : garder les traditions qu'on nous avait données tout en commençant doucement à en faire quelque chose qui nous ressemblait. Un petit sourire aux lèvres, je serrai Kene contre moi avant de regarder une dernière fois le soleil descendre entre les arbres et de murmurer tout bas :
"Merci pour tout. "
2431 mots
@Andreas Wilson, @Gabriel Yates, @Lise Blackburn , @Archibald Sinclair, @Nymeria Nifadis, @Marine Baylacq, et tous ceux que je n'ai pas cité , merci
2A RP (promo50)#691414 Andreas Ma best
«Les bonnes idées changent le monde. Les mauvaises écrivent les légendes.»