Le Poids du Nom
Lorsque la famille posa le pied à Godric's Hollow, Aitana bondissait presque sur place. Elle n'avait pas vu ses grands-parents de l'été. En réalité, elle ne les avait pas vu depuis les vacances de Pâques, en avril. Des mois sans les voir, voilà qui n'était pas habituel. Si depuis son entrée à Poudlard elle les voyait évidemment moins, les deux années précédentes, elle allait y passer quelques jours avant de partir pour l'Andalousie. Cette année, il n'en avait visiblement pas été question, et Aitana ignorait pourquoi. Mais elle n'avait pas posé la question. Elle estimait qu'il devait y avoir une raison tout à fait logique.
Et il y en avait une. Pas vraiment celle que la jeune fille imaginait.
- Alors, Aitana. Commença Jonathan à peine furent-ils tous installés à table. Quelle filière as-tu choisi ?
- Totale ! Répondit-elle, enjouée.
Un silence suivit ses mots. Le regard de Jonathan et Joanne dériva sur leur fille, qui prit une grande inspiration. Elle savait ce qui venait. C'est pour cette raison qu'elle n'as pas emmené les filles jusqu'ici au début de l'été. Si cela n'avait tenu qu'à elle, la petite famille ne serait pas venue du tout. Mais lorsqu'on est appelé par Jonathan et Joanne Sinclair, on ne refuse pas. Ce ne sont pas des gens à qui on dit non.
- Nous nous étions mis d'accord, Victoria.
Le regard de Javier tomba sur le visage de sa femme. Elle avait vraisemblablement et volontairement omis de lui en parler, à lui, de cet accord.
- Elle est encore jeune. Elle n'a que 13 ans, elle a tout le temps de penser à son futur. Répondit la blonde sur un ton qui ressemblait bien trop à de la justification. Cela ne plaisait pas à Javier, pas du tout.
- Elle en a presque 14. C'est à cet âge que tout se décide. J'espère au moins que tu l'as inscrite dans des options qui permettront de corriger ce... choix.
Aitana ne comprenait pas. Elle avait eu du mal à se décider, puis elle avait finalement décidé de choisir une filière qui lui permettrait de presque tout faire. Qu'est-ce que cela pouvait bien changer pour ses grands-parents, ce qu'elle allait étudier ? Victoria, elle, savait de quoi ils parlaient. La conversation entre elle et ses parents à beau dater d'il y a plusieurs mois, elle s'en souvenait comme si c'était hier. Elle n'avait pas dit grand chose. Elle les avait surtout écouter parler de la nécessité d'envoyer leur petite fille en Complète. Pour eux, ce n'était pas vraiment une proposition. C'était une obligation. Aussi étaient-ils dans une colère noire maintenant qu'ils constataient que leur fille n'avait pas respecté leur choix. Joanne n'eu pas besoin d'entendre la réponse de Victoria quant aux options : la réponse était évidemment un non.
- Nous vous avons laissé beaucoup trop de liberté quant à l'éducation que vous accordez aux enfants. Nous avons accepté que vous déménagiez à Tinworth au lieu de nous suivre dans la capitale. Nous avons accepté que la première venue s'occupe de leurs classes. Nous avons accepté qu'elles continue à côtoyer Jade, son moldu de mari et leurs sangs-de-bourbe. Il faut croire que nous avons eu tort de croire que vous étiez capable de leur donner une éducation décente.
La quantité d'air respirable semblait devenir de plus en plus rare à mesure que Joanne s'emportait. Aitana détestait ça, les disputes. Elle n'aimait pas quand les gens criaient. Elle n'aimait pas ce que disait sa grand-mère. Elle aime Tinworth, elle aimait les cours avec Maggie, elle aime sa tante, son oncle et ses cousins. Ils étaient en famille, ils ne s'étaient pas vu depuis longtemps : pourquoi est-ce que tout le monde ne profitait pas simplement des retrouvailles ? Pourquoi est-ce que ses grands-parents s'emportaient si soudainement à propos d'un choix tel que sa filière ou ses options ? Ce choix n'était-il pas censé lui appartenir ? Pourquoi reprochaient-ils si brusquement tout ce que ses parents avaient pu faire depuis leur départ de Londres ?
- Ce n'est pas la peine de vous déplacer jusqu'à Londres, à Noël. Nous irons récupérer les filles nous-même. Asséna Jonathan.
Aitana eu l'impression que sa respiration se coupa. Elle ne verrait pas ses parents ? Elle ne verrait pas ses tantes, oncles et cousins ? Pourquoi ce changement ? Tout fonctionnait très bien avant. Maintenant, tout le monde criait, décidait pour elle. Elle essaya de croiser le regard de sa mère, mais celui-ci était figé dans celui de son grand-père. Lorsqu'elle se tourna vers son père, il était bien trop concentré à ne pas bondir hors de sa chaise pour dire à ses beaux-parents tout ce qu'il pouvait bien penser. Il voulait que ce soit Victoria qui le fasse, enfin.
- Ce sont nos enfants. A Noël, nous allons dans la famille de Jav-...
- Il est temps que vos erreurs soient corrigées. La coupa Joanne. A ce rythme-là, c'est comme Jade qu'elle finira. C'est cela que tu veux ?
Le silence se fit pesant. Les regards se tournèrent enfin vers la jeune fille. Mais Aitana avait déjà disparu.

