Mes draps froids PNJ J OS Jude River

Garde mon cœur contre le tien
et dis-lui des mots sacrés.
Promets-lui l’amour,
promets-lui l’éternité.
Il veut continuer à battre à tes cotés,
jusqu’à ce que meurent toutes les ombres
qui l’ont un jour maculés.


Mots extraits d’une chanson de Jude jamais terminée
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PNJ Joker : Jude River


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Mardi 02 octobre 2051

Ses doigts glissent contre les miens alors qu'elle s'éloigne déjà vers la porte de ma chambre. Un joli sourire ourle ses lèvres. Un au revoir, c'était bien qui se passe de mots. Ma main retombe sur le matelas, sur ces draps qui seront froids les nuits à venir.
Je la regarde quitter l'appartement depuis mon lit. Sa silhouette disparaît derrière la porte qui se referme derrière elle. D'un coup de baguette, je verrouille à distance. Mon corps roule sur le dos. J'inspire, les yeux braqués sur le plafond. J’aurai aimé qu’on le regarde ensemble, ses doigts occupés à jouer avec les miens, ses lèvres s’agitant pour me confier ses rêves et ses espoirs.

Il y a des jours où l’absence me pèse. D’autres jours où elle me manque. D’autres encore où je rêve d’une vie où je pourrai ne plus jamais avoir à la ressentir tant mon quotidien serait habité.
Seule dans mon lit, je souris.
J’ai eu une vie comme cela. Une vie sans absence. Une vie bien remplie dans laquelle je ne craignais ni les silences ni les bruits.

C’était un conte de fée. Je n’ai jamais pensé vouloir être une princesse, mais cela m’allait tant que c’était lui, mon prince. J’aimais que mon royaume se résume à ses bras autour de moi.
Dans ce conte de fée, j’ai eu le bonheur de croire que plus jamais je ne connaîtrai de drap froid. J’ai cru que le sons de mes pas sur le plancher serait toujours accompagné des siens. J’ai cru, naïvement, que je pourrai goûter à l’éternité, mon nez enfoui dans son cou. J’y ai cru, avec toute la sincérité d’un cœur amoureux.

Je roule sur le côté. Ma main se tend. Elle caresse les draps froissés. Elle remonte jusqu’à cet oreiller encore enfoncé. Elle caresse le tissu. Froid. Si froid. J’aime pourtant me réveiller dans la chaleur. J’aime grogner que je n’ai pas envie de me lever, seulement si un rire fatigué peut accueillir mes plaintes. A quoi bon se plaindre que la vie est trop dure si on ne peut pas m’affirmer le contraire en me ramenant contre un torse tout chaud ?

J’y ai cru, tu sais ? J’y ai vraiment cru. La simplicité d’un quotidien à tes côtés, ça me plaisait. Partager un mauvais café avec toi. Laisser tes bras s’enrouler autour de mes hanches. Te sentir respirer ma peau. J’y ai cru. Vraiment cru. L’éternité aurait pu se résumer à la même matinée, une boucle temporelle dans laquelle toi et moi nous aurions été coincé. Je ne m’en serai jamais lassé.

Je m’assois. Les draps froids glissent autour de mon corps chaud. Les volets ouverts me renvoient les lueurs de la journée qui débute. La voisine d’en face étend ses draps par sa fenêtre. Comme chaque matin. J’imagine ton bras me ramener contre toi, tu sais ? J’imagine tes lèvres couvrir ma peau de baiser. J’entends mon rire. J’entends ton souffle.
J’inspire en refermant les yeux. Mes poings s’écrasent contre eux pour les frotter. Je n’aime pas cette éternité là. Je ne l’aime pas. C’est pourtant moi qui l’aie choisie. Il faut assumer ses choix, car ils nous appartiennent. Ils sont le reflet de notre volonté.
Je regrette celui ci. Tout les matins. Je m’accroche à cette éternité que je nous ai volé. Je la fais vivre dans les ombres autour de moi. Ma vie se résumait à la tienne il y a quelques années. Celles-ci ne m’enveloppent pas aussi bien que toi. Elles sont froides. Elles n’ont pas ta forme.

Je me lève enfin. Le parquet est froid sous mes pieds. Pourquoi tout est froid depuis que tu n’es plus là, dis moi ? Est-ce que tout a toujours été comme ça ? Les femmes ne me réchauffent pas aussi bien que je le voudrai. La chaleur des hommes, je l’évite. Je n’en veux plus. Je les sais froide ou au contraire trop chaude. Leurs bras m’écrasent. Les tiens m’enveloppent. Leur sourire me dévore. Le tien m’avale. Il me recrache plus belle, plus grande, plus que je ne le serai jamais.

Je quitte la chambre, lentement, sur la pointe des pieds. J’ai froid, Kieran. Tu aurais jeté une chemise trop grande sur mes épaules nues, n’est-ce pas ? Ou bien tu m’aurais porté jusqu’à la cuisine. Tu m’aurais assise sur le comptoir et tu aurais préparé ce mauvais café que j’aurai bu comme de l’ambroisie. Ce café chaud qui me réchauffait de l’intérieur.
Mais la cuisine est vide et mes épaules sont nues.

Je m’installe contre le comptoir, mes doigts enroulées autour de ma tasse à café. Dis, tu reviendrais si je venais toquer à ta porte ? Est-ce que tu m’ouvrirais, moi qui l’ai gardé close de trop nombreuses fois alors que tu pleurais derrière ? Est-ce que tu accepterais de me voir, de partager le silence avec moi ? Est-ce que tu serais prêt à m’offrir la chaleur que je recherche ? Est-ce que tu accepterais que je renonce à cette décision ?
Est-ce que tu m’as pardonné ?
Moi, je n’ai jamais réussi.
Dieu non plus.
Voilà peut-être pourquoi le froid m’habite depuis que j’ai refusé d’ouvrir la porte, une dernière fois. C’est beau, tu ne trouves pas ? Toi, l’homme au dragon. Moi, la femme qui réclame les flammes.

Je bois mon café, les yeux dans le vide. Il est froid, lui aussi. Ça ne me dérange pas de le boire comme ça. Les matins sont trop éprouvants pour que je trouve la force de le réchauffer. C’est peut-être ça, mon problème. Le manque de volonté. Mais tu sais, je suis disciplinée. Je te reste fidèle. Non, pas vraiment. Je reste fidèle à ce que nous avons eu. Je continue à faire vivre ce et si auquel j’aurai dû m’accrocher quand tu étais là.
Et si je t’avais demandé de m’épouser malgré les risques ?
Et si j’étais repartie avec toi en Roumanie ?
Et si j’étais Madame Jude Hawthorne ?
Et si tu étais Monsieur Kieran River ?
Et si nous avions des enfants avec tes yeux et mes cheveux ?
Et si j’avais été assez forte pour nous choisir ?
Et si je t’avais laisser choisir pour nous ?
M’aurais-tu choisi, Kieran ? Aurais-tu choisi de m’aimer pour toujours malgré mes angoisses ? Tu m’aimais si bien. Comment je pourrais laisser quelqu’un d’autre le faire ? Ils ne sont pas toi. Il n’y aura plus de nous. Rien que des eux et moi.

Je tourne la tête vers ce bouquet insolent que j’ai laissé sur la table de la cuisine. Sa peau est chaude, à lui. Il n’a pas ton sourire. Il n’a pas tes mains. Il n’a pas ton rire. Il n’est pas toi. Il ne sera jamais toi. Il n’a pas le feu des dragons dont tu avais la charge, mais il l’incarne facilement. Ça ne m’amuse pas, tu sais. Rechercher l’ombre de tes flammes dans celles des autres. Ne m’en veux pas, je ne le fais pas exprès. Mon âme semble quémander la tienne. Je m’y oppose. Farouchement. Mais que veux-tu ? Je n’ai jamais été bien solide quand il est question de mes sentiments.

Je m’approche de ce bouquet. Je me penche pour le respirer, les paupières closes. Je ne me souviens plus de ton parfum, Kieran. J’ai peur que celui des roses le remplace. J’ai peur que ta chaleur disparaisse, que mes souvenirs deviennent aussi froid que mes doigts. J’ai peur de sacrifier ce qu’il reste de nous, même si il ne s’agit que de jolis mots dans ma tête.

Mais si tu savais comme j’aimerais qu’ils disparaissent. Si tu savais comme porter ton souvenir est lourd. Si lourd. Mais je continuerai à le porter. C'est ma croix à moi.
Mais...
Ne m’en veux pas, Kieran.
Je crois que j'aime l’odeur des bouquets du lundi soir.

1343 mots

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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin