PNJ Les heures inquiètes Solo

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Peyton et Pierce Savage

Mardi 25 avril 2051
FAREDALE
Angleterre


Le domaine de Faredale est l'une de ces bâtisses traditionnelles que l'on trouve souvent dans l'arrière pays anglais, dotée d'un parc de plusieurs hectares dans lequel coulent pas moins de trois ruisseaux et paissent de paisibles moutons shropshire. La maison qui comporte deux ailes, un large escalier à double volée, deux salles à manger et le charme des cottages anglais avec ses pierres et son toit de chaume est la plus riche possession de la famille Savage, si bien que lorsque la vie professionnelle de chacun le permet et quand tombent les weekend ou les vacances scolaires, c'est une vingtaine de cousins accompagnés de leur famille qui se battent le plaisir d'occuper la demeure loin de la frénésie des villes et de l’ardeur de la vie quotidienne. Bien qu'un calendrier ait été mis en place pour que ne se croisent pas ceux qui entretiennent de vieilles rancœurs ou les personnes dont le caractère se marie mal, il n'est pas rare, quand l'un ou l'autre des membres de la famille occupe les lieux, de voir débarquer un cousin ou une cousine persuadée que l'endroit serait libre ce jour-là. Peyton et Pierce ne sont pas épargnés par cette malédiction, alors même s’ils apprécient toujours une bonne réunion familiale à Faredale, il leur arrive régulièrement de faire en sorte de venir au domaine lorsqu’ils sont sûrs que personne ne s’y trouve afin de profiter de la paix qu’ils sont venus y chercher.

Comme prévu, la maison est fermée à double tour lorsqu’ils arrivent. Les volets clos confirment qu’ils ont eu le bon sens de choisir un mardi pour leur date de départ. Leurs vieilles habitudes reviennent rapidement. Même si cela fait une éternité qu’ils ne subissent plus le joug de leur mère et ses longues tâches de corvée pour « responsabiliser ses enfants », Peyton et Pierce agissent comme si elle était présente : ouvrir tous les volets et toutes les fenêtres, dépoussiérer, enlever les draps qui protègent les meubles, mettre des bûches dans les cheminée des chambres et celle du salon. La seule entorse qu’ils se permettent est l’utilisation de leur baguette magique, autrefois prohibée par Selena Savage qui a toujours juré par l’effort physique — ce qui lui a bien servi durant ses nombreuses décennies au Pitiponk.

C’est satisfaits de leurs tâches accomplies que le frère et la sœur se retrouvent dans le salon de l’aile ouest, les rideaux tirés sur la nuit tombante, l’intérieur éclairé par la danse faiblarde des flammes dans la cheminée. Ils ont poussé devant l’âtre deux fauteuils et leur repose-pied. Munis chacun d’une tasse fumante posée sur le guéridon entre eux et d’une couverture en laine sur les genoux, ils ont à peine conscience de reproduire le genre de scène maintes fois vécues dans leur appartement londonien dont la disposition du salon ressemble à s’y méprendre à ce qu’ils ont reproduit ici en bougeant les meubles.

Pierce, un livre ouvert entre les mains, fait comme souvent la lecture à sa sœur. Sa voix s’élève tout juste dans la pièce, tout comme Peyton l’aime : elle se fond dans le décor et ne gêne pas la mélodie du crépitement des flammes.

« ...fussent de nature à ébranler ou à retarder sa décision, elles n'auraient pu, je pense, empêcher au bout du compte ce mariage, si je ne les avais secondées en persuadant Bingley, comme je n'hésitai pas à le faire, de l'indifférence de votre sœur, conte-t-il en prenant soin de marquer les pauses et de respecter les virgules, de faire respirer sa lecture comme le lui a appris sa mère. Il avait, jusque-là, cru qu'elle répondait à son amour par un amour sincère, sinon égal au sien. Mais mon ami possède une grande modestie naturelle, qui le pousse à se... »

Il s'arrête subitement, ce qui est très étonnant venant de lui : la pause ne vient habituellement qu’au terme d’un chapitre. Dans ces moments-là, il ferme le livre, son index en guise de marque-page, et Peyton arrache enfin son regard des flammes pour lui livrer son opinion et lui faire l’éloge ou la critique des personnes. Peyton a toujours beaucoup de choses à dire à propos des personnages de Jane Austen, notamment d’Elizabeth Bennet de Fitzwilliam Darcy. Peut-être aurait-il confié avec sa familière intensité son avis à propos de ce chapitre si Pierce en était parvenu à bout mais voilà, on ne peut vivre quarante-six ans avec une femme dont on partage le jour de naissance sans connaître les nuances de ses regards. Et Pierce remarque bien que sa sœur est ailleurs.

« Que fais-tu ? intervient Peyton en papillonnant des yeux lorsqu’elle remarque qu’il a fermé le livre.
— Tu ne m’écoutes pas, dit-il sans reproche en observant son visage se détacher dans la pénombre.
— C’est vrai, avoue-t-elle après quelques secondes de réflexion. Je n’écoutais pas. »

Elle le regarde un instant avant de pousser un soupir. Sur sa peau blanche dansent les ombres portées par les flammes. Pierce attend sans la presser qu’elle décide de lui confier la teneur de ses soucis ou alors, si elle ne le désire pas, qu’elle l’encourage à reprendre la lecture — mais il sait qu’elle n’en fera rien.

« Le petit m’inquiète, » annonce-t-elle sans faire plus de mystère.

Elle tend la main pour récupérer sur le guéridon une pipe dans laquelle sont tassées des feuilles de tabac de qualité.

« Tu te souviens lorsque je suis retournée au Pitiponk, jeudi en huit ? Il était tôt, nous venions tout juste d’ouvrir pour le petit déjeuner à la P’tite Torche.
— Oh, je me souviens, confirme Pierce en croisant les doigts sur la reliure en cuir du livre. Tu avais oublié je ne sais quel document et tu m’as laissé seul pour servir Madame Gotterbury.
— De quoi te plains-tu ? le gourmande Peyton. Vivienne Gotterbury t’adore depuis que tu as choisis de porter la moustache.
— Voilà tout le coeur du souci et tu le sais très bien. Elle m’a charmée, annonce-t-il en fronçant les sourcils.
— Vraiment ? s’amuse Peyton.



Texte lu par Pierce tiré de Orgueil et Préjugé de Jane Austen.

Reducio
- Identité du/des PNJ (Prénom, Nom) : Peyton et Pierce Savage
- Lien avec le PJ : Amis, famille de coeur, patrons
- Lien dans le répertoire : Fiche de PNJ
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? (oui - non)
- Si "oui", impact envisagé : Pierce et Peyton s'inquiètent. Ils voient que Chris va mal et vont trouver des solutions pour l'aider. Impact : montrer qu'on s'inquiète pour Chris, expliquer ce qui sera mis en oeuvre pour l'aider ce qui va impacter son quotidien.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

PNJ Les heures inquiètes Solo
— Ne fais pas l’étonnée. Tu sais qu’elle n’a cesse de me complimenter quand elle vient dîner au restaurant. J’ai eu du mal à m’en défaire, cette fois-ci.
— Et bien, et bien…, sourit Peyton, c’est un gros problème.
— Effectivement. D'autant qu'elle manque de poésie dans sa cour. Qu’allais-tu dire à propos du petit ? »

Peyton passe sa pipe sous la flamme de son vieux Zippo et embrase le foyer. Sa tête s’auréole d’une fumée épaisse.

« Je suis arrivée peu après le lever du soleil. Les locaux étaient plongés dans l’obscurité, raconte Peyton qui sait combien son frère aime les récits bien racontés. Je suis montée à l’étage. Il n’y avait aucun bruit. J’ai récupéré le parchemin dans notre bureau et alors que j’allais redescendre pour quitter les lieux, je me suis aperçue que la salle de pause était ouverte. Et alors ? me diras-tu. Ce n’était qu’une porte ouverte. Mais un instinct m’a poussé à aller voir. Tu sais, ce genre de sentiment qui te pousse à regarder derrière toi quand quelqu’un te suit ou qui te fait sentir quand quelqu’un te regarde fixement. »

Happé par l’histoire, Pierce acquiesce. Peyton se penche pour lui donner la pipe, qu’il accepte avec un sourire léger.

« La pièce était sombre. Mais j’ai remarqué très rapidement une ombre sur le canapé. Mon cœur s’est affolé sans attendre, j’ai imaginé une bonne dizaine de scénarios ! Il s'agissait d'un vagabond ? Et si Elisha avait fait une crise et s'était senti mal ? Puis mes yeux se sont habitués à l’obscurité.
— Christopher. »

Peyton le regarde de ses grands yeux inquiets. Elle hoche silencieusement la tête et prend une inspiration avant de reprendre la parole.

« Christopher, confirme-t-elle.
— Tu l’as réveillé ?
— Grands Dieux, non ! Il dormait si bien. Je suis repartie sur la pointe des pieds, bien plus silencieuse qu’à l’aller. Il dormait là, Pierce… »

Au tour de Pierce de hocher la tête silencieusement. Il tourne les yeux vers l’âtre de la cheminée en recrachant un nuage de fumée.

« Son appartement doit lui sembler bien grand et bien vide, murmure-t-il après un moment.
— Oui, » acquiesce sa sœur sur le même ton.

Elle secoue tristement la tête, le regard happé par la danse des flammes.

« Il reste plus tard pour ranger la salle après la fermeture ces derniers temps, poursuit Pierce en coulant un regard vers Peyton. C’est Sasha qui me l’a dit.
— Et il arrive plus tôt, renchérit Peyton. C’est Elisha qui me l’a dit sans même avoir conscience de ce qu’il me confiait.
— Il va mal. »

Un même soupir coule des lèvres des jumeaux. Ils échangent un regard soucieux. Pierce confie la pipe à sa sœur, qui tire lentement dessus. Pendant un moment, plus personne ne parle. Seuls les murmures de la cheminée sont discernables dans le salon.

« C’est le mariage, finit par murmurer Pierce très bas, comme s’il craignait de réveiller des démons en en parlant à voix haute.
— Il faudrait brûler jusqu’au dernier des membres de ces familles aux mœurs désuètes ! » grince subitement Peyton, ses doigts pâles se refermant avec colère sur la pipe.

Sa voix résonne dans le salon. Elle ne rougit pas de cet éclat de colère, tout comme elle ne s’en excusera pas. Pierce laisse l’émotion s’exprimer sur le visage de sa jumelle avant de reprendre la parole. S’il partage sa colère, il n’est cependant pas du genre à l’exprimer.

« Aucune révolution ne sauvera Christopher de ce qu’il a accepté lui-même de subir, ma chère.
— Je sais bien, je sais bien.
— Nous ne pouvons faire ce choix à sa place. Le mieux que nous puissions faire, c’est d’être là pour lui.
— Être là pour lui…, réfléchit Peyton. Oui. Nous devrions l’inviter à dîner plus souvent.
— Pourquoi pas demain soir ? propose Pierce en se redressant, emballé par l’idée. Je ne l'ai pas vu sur le planning du Pitiponk.
— Tu lui prépareras ton rôti !
— Et tu nous trouveras un bon vin pour l’accompagner ! »

Pierce et Peyton échangent un sourire entendu. À chaque problème sa solution, comme aime tant dire leur mère. Leur inquiétude n’a pas disparu et ils ne cesseront pas de se faire du souci avant un moment, mais au moins savent-ils quoi faire pour apaiser quelque peu les tourments de celui qu’ils considèrent comme le fils qu’aucun d’eux n’a jamais eu et qu’ils n’auront jamais. C’est une chose dont ils parlent peu mais qui se passe de mot : l’amour qu’ils ont pour ce garçon rencontré un soir d’octobre alors qu’il venait déposer son CV au pub, le regard déterminé et l’âme motivée. C’est une évidence dont il est inutile de discuter.

« Nous devrions également l’inviter ici, reprend Pierce en croisant les mains sur la couverture couvrant ses genoux.
— Il pourrait égayer la fête d'anniversaire de ce pète-sec d'Yvan, qu'en penses-tu ?
— Cousin Yvan détestera Christopher, remarque Pierce avec un sourire rusé.
— C'est donc.., commence Peyton en rejetant la tête en arrière pour recracher une fumée compacte.
— ...une raison parfaite pour l'inviter ! Nous lui donnerons la chambre de l'aile est, celle qui donne sur l'étang.
— Oh, quelle fabuleuse idée ! C'est la seule qui a une radio ! Faisons ça, oui. Faisons ça... »

Quelques minutes plus tard, après un long silence entrecoupé de « nous mettrons Chris à côté d'Hélène, ils vont s'adorer » et autres « penses-tu qu'il participera au tournoi de cricket ? », Pierce ouvre de nouveau le livre abandonné plus tôt. Sa voix douce s'élève de nouveau dans le salon, repoussant les ombres et les inquiétudes.

« Mais mon ami possède un grande modestie naturelle, qui le pousse à se fier plus volontiers à mon jugement qu'au sien. Il ne me fut donc pas bien difficile de le convaincre de son erreur. Et lorsqu'il fut animé par cette conviction, il ne me fallut guère plus d'un instant pour le dissuader de retourner dans le... »

Fin


Texte lu par Pierce tiré de Orgueil et Préjugé de Jane Austen.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER