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2 mars 2014, 23:15
 05/2039  Les raisins de la colère
      La jeune femme n'eut pas le temps de les remercier de l'avoir libérée. En effet, une étrange lueur, un fil rouge très exactement, s'échappa de son poignet avant de se rompre en centaines d'étincelles de la même couleur. A ce moment-là, les yeux de la jeune femme se remplirent de larmes, qu'elle sembla ravaler avec difficulté. Elle finit par remercier les deux collègues, se présenta et leur fit plusieurs révélations assez surprenantes. Elle était la belle-sœur et la femme de deux aurors envoyés à Poudlard. De ce fait, l'enfant qu'elle tenait dans ses bras était la fille et la nièce de ces mêmes aurors. Soit. Wilhelm écarquilla les yeux. Quelque chose clochait dans cette phrase. L'école serait donc à sang et à feu en cet instant même ? Alors, que faisaient ici les deux professeurs ? Pourquoi avait-on cherché à éloigner Anatéine – car c'est elle qui a reçu la carte, le polonais n'étant qu'un intrus à la situation – de Poudlard ? Et tant d'autres questions qui n'avaient pas – encore – de réponse. Pour l'heure, la jeune mère avait fondu en larmes. Si ce qu'elle disait était vrai, sa réaction était parfaitement compréhensible. Perdre un être cher... voilà une ignominie de la vie que le professeur d'Astronomie connaissait parfaitement.
      Anatéine et Wilhelm se mirent à consoler la jeune femme et la professeure de Divination fit apparaître des chaises tout proche d'eux et proposa de s'asseoir avant de remettre les choses au plat. Une excellente idée, en l’occurrence.


      « Je connais Aaron Coolidge, votre beau-frère. Enfin, je le connais... Disons plutôt qu'il a fait irruption dans mon bureau en me demandant une prédiction et que j'ai refusé. J'ai refusé car... Car je ne fais pas de prédictions comme ça. J'évite. En toute honnêteté, un inconnu débarquant chez moi et me demandant ce genre de choses ne m'inspirait pas vraiment confiance ; et de toute honnêteté, il ne valait mieux pas qu'il ait ce qu'il voulait, pour sa propre santé mentale... Bref, c'est ainsi que j'ai raisonné lorsque je l'ai rencontré. Oh, ajouta-t-elle, il m'a accessoirement donné une carte, aussi, une carte assez particulière, qui s'est révélée être un Portoloin qui nous a conduit ici, Wilhelm et moi. [...] »

      Wilhelm fut très surpris d'entendre que c'était l'un des aurors qui lui avait donné cette carte. Il se mit à réfléchir. Ainsi, l'auror avait voulu l'éloigner de son poste, c'était clairement établi. Cependant, Wilhelm avait touché la carte au moment où le portoloin s'était activé et ils avaient été transportés dans ce lieu gardé par deux brutes extrêmement vulnérables lorsqu'ils étaient attaqués de haut. Cette carte était l'Arcane sans Nom, plus connu comme étant la représentante de la Mort. Les yeux du professeur s'écarquillèrent. L'auror savait dès le début qu'il ne s'en sortirait pas vivant. Et s'il avait envoyé une professeure de l'école de magie la plus réputée d'Europe de l'ouest pour protéger sa belle-sœur, c'était parce qu'il avait un double jeu dès le départ. C'était évident !
      Sa collègue eut à peine le temps de demander à Ana-Rose des explications supplémentaires que Wilhelm avait sauté de son siège et avait commencer à faire les cent pas dans la pièce. Il devait réfléchir, et vite. Enfin, il discourra avec un débit de paroles élevé :


      « Il savait. Votre beau-frère savait qu'il ne s'en sortirait probablement pas vivant. Si ce que vous dites est vrai, pourquoi n'aurait-il pas abandonné sa mission et serait venu vous libérer du joug de vos assaillants, vous et votre fille ? McGee est apparemment derrière toute cette manœuvre. Et sans doute ne pouvait-il pas lui désobéir sans en subir de lourdes conséquences. En nous envoyant ici – ou plutôt Anatéine, étant donné que ma présence est purement accidentelle –, il trouvait un moyen de lutter contre cet homme. Votre beau-frère était contre McGee depuis le début. Anatéine, la carte que vous avez reçue était bien celle de l'Arcane sans Nom, n'est-ce pas ? Outre pour signaler des morts dans le château, et peut-être la sienne, pourquoi vous aurait-il donné un tel symbolisme ? Mme Coolidge, au nom du Ciel, savez-vous quelque chose d'autre sur cette affaire ? Le moindre petit indice nous aiderait... ! »

Ami des Centaures de la Vieille Forêt
Zarbi de l'année (Magic'Awards III)
4 mars 2014, 11:55
 05/2039  Les raisins de la colère
ANA-ROSE


Le chagrin l'accablait à ce point qu'Ana-Rose consentit à s’asseoir sans même s'en rendre compte. Tess gigota entre ses bras. Elle parvint à se redresser et à glisser ses petits bras autour de son cou pour l'enlacer comme seule une fille sait enlacer sa mère. Ana-Rose se mordit la lèvre en l'entendant lui murmurer qu'elle ne devait pas pleurer. Quelle piètre mère devait-elle faire à cet instant, songea-t-elle en silence.

Se laissant distraire par le discours de la dénommée Anatéine, elle ravala progressivement ses larmes et réussit même à taire les tremblements de son corps. Frappée par le manque de jugeote de son interlocutrice, elle sentit une boule de rage enfler dans le creux de son ventre. Cette colère ne lui était pas destinée mais maintenant que le mécanisme était enclenché, Ana-Rose ressentait le besoin de déverser toute sa colère, toute sa frustration, sur quelqu'un.

Elle ouvrit les yeux et renifla bruyamment en fixant son attention sur le professeur de divination. Elle eut l'impression de la voir pour la première fois à la lueur compatissante qui semblait animer son regard. Comme si elle pouvait réellement comprendre, songea Ana-Rose en serrant les dents. Elle était remontée comme une horloge mais à défaut de pouvoir tordre le cou d'Harald McGee ici et maintenant, elle éprouvait le besoin de cracher sa bile sur la femme assise face à elle... heureusement, la voix de son collègue la ramena à la réalité du moment. Une réalité où quelqu'un avait manifestement compris le fin mot de l'histoire.

Ana-Rose adressa dès lors un regard d'excuses au professeur de divination, à peine consciente que ce regard resterait totalement incompris, puis elle reporta son attention sur l'autre professeur, debout à faire les cents pas.

« Aaron... »

Sa voix s'enraya avec l'émotion. Ana-Rose toussota et repris son souffle.

« Aaron ne croyait pas au hasard, reprit-elle en regardant à tour de rôle ses libérateurs dans le blanc des yeux. Il répétait souvent que le hasard n'existait que pour ceux qui fuyaient leurs responsabilités. Je crois aussi qu'au fond de son coeur il se doutait que cette histoire lui coûterait la vie. Il venait ici aussi souvent qu'il le pouvait, parfois une demi-heure, une heure, parfois plusieurs heures, pour rendre notre enfer plus supportable... Cal n'était pas autorisé à nous voir... alors Aaron s'en chargeait à sa place. Harald ne devait pas y trouver à redire... je crois même que ça entrait dans son plan... il avait la mainmise sur notre famille et il connaissait assez bien Aaron pour savoir que lui rappeler fréquemment notre condition suffirait à le maintenir en place... mon mari, lui, n'aurait pas osé nous mettre plus en danger, c'est évident... »

Au fur et à mesure de son récit, Ana-Rose sentait que le poids du chagrin s'estompait au profit d'un profond sentiment de haine à l'égard d'Harald.

« Un jour, j'ai fait promettre à Aaron de protéger Cal, de faire tout son possible pour qu'il ne lui arrive rien. Il a consentit à sceller un Serment Inviolable autour de cette promesse... Une larme chargée d'amertume roula le long de sa joue. Mais il n'a vraisemblablement pas réussi à la tenir... »

Ana-Rose sentit son coeur se comprimer violemment au moment où sa voix déraya dans les aigus. Elle serra à nouveau les dents en ravalant tant bien que mal la douleur qui la poignardait sans cesse comme la lame d'un couteau.

« Harald voulait que mon mari et son frère fassent une diversion pour lui, continua-t-elle aussi dignement que le permettait la situation. Aaron m'a révélé que son but était de faire tomber les défenses de Poudlard pour permettre à quelqu'un d'y pénétrer... mais il ne savait pas qui... mon mari et son frère avaient pour ordre de piéger le plus grand nombre de professeurs et de les tuer... auquel cas ce sort nous serait réservé à moi et à ma fille... »

Tess resserra soudain ses bras autour de son cou. Ana-Rose la serra tendrement contre elle pour chasser sa frayeur.

« C'est fini mon coeur, tu n'as absolument plus rien à craindre, lui murmura-t-elle, poussée par le retour de son instinct maternel. »

« Si Aaron vous a réellement fait venir ici, reprit-elle à l'intention des deux professeurs. C'est qu'il avait encore un espoir de nous délivrer... il croyait plus que tout au pouvoir rédempteur de la vérité... je suis certaine qu'il ne voulait pas que lui et mon mari soient vus comme des meurtriers... »

Ana-Rose pleura encore mais cette fois sans se dérober. Elle se sentait de nouveau forte et prête à tout affronter dignement.

« Aaron a été le meilleur élève de métamorphose de son temps. Grâce à ça, il est entré dans les confidences de McGonagall, la directrice de Poudlard d'alors. Sur ses vieux jours, elle lui a appris que la grande majorité des protections magiques de Poudlard reposait sur son directeur ou sa directrice. Harald avait connaissance du lien entre eux. Il s'en est servi pour apprendre la vérité avant même que ce pauvre enfant soit assassiné au coeur de Poudlard... »

Elle marqua un silence. Sa rage atteignait de tels sommets que son poing droit s'abattit avec colère sur l'accoudoir.

« Harald McGee est un monstre ! Il va trouver votre directeur ! ..... et le tuer. »

LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
4 mars 2014, 12:12
 05/2039  Les raisins de la colère
Peu après ces révélations, Ana-Rose Coolidge-Harrington trouva la force d'accompagner les deux professeurs dans le jardin où elle récupéra sa baguette magique sur le corps stupéfixé de Damon Curtiss. Elle utilisa son patronus pour prévenir une voisine à qui elle confia la garde de sa fille.

Ensemble, Ana-Rose et les deux professeurs de Poudlard réutilisèrent la carte de l'Arcane Sans Nom pour retourner à l'entrée de Poudlard, Ana-Rose n'ayant pas le talent de son beau-frère pour créer un portoloin menant au coeur même de Poudlard. Ensemble, le trio remonta la pente abrupte du parc et atteignit le hall d'entrée au moment où les portes de la Grande Salle s'ouvrait sur une petite troupe d'élèves conduite par les professeurs Swan et Abercallie.

Le cri d'Ana-Rose s'inscrivit au fer blanc dans la mémoire des deux professeurs lorsqu'ils découvrirent le corps sans vie d'Aaron Coolidge, le cou brûlé par une marque d'étranglement.


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Merci à tous les deux ! =) C'était un plaisir de vous voir à l'oeuvre dans ce chapitre !

LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
4 mars 2014, 18:59
 05/2039  Les raisins de la colère
© MAGICLAND