26 avr. 2023, 23:35
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
[PV : @Aelle Bristyle]
Suite de Accords perdus

Samedi 21 décembre 2047
23h40


-La Volilière, Tour Ouest-

Les hiboux, les chouettes et les Grands-Ducs, installées pour la nuit au sommet de la volière, s’étaient familiarisées depuis longtemps aux apprentis sorciers noctambules venus chercher un peu de solitude. Les amoureux les plus courageux, motivés par une pluie de baisers, arpentaient les innombrables marches de la tour ouest afin d’y trouver un endroit discret. Gabryel, pour sa part, s’y adonnait à son loisir préféré, celui de rêvasser face à un océan d’étoiles. Au loin, leur éclat se reflétait sur le Lac Noir, tel mille diamants brodés au revers d’un tissu de soie.

L’Écossais songeait à sa conversation avec Aelle. La Poufsouffle n’était guère convaincue par les affirmations du garçon. Ce n’était pas vraiment étonnant. Débarquer à une soirée de bal où il n’avait rien à faire, pour finalement la croiser, après une année à l’éviter, et finir par lui raconter une histoire de paternité suspecte. Il avait dèjà beaucoup de chance qu’elle ne l’ai pas éconduit en le traitant de fou furieux. Bien au contraire, son amie avait semblée disposée à étudier son bracelet. Il savait qu’elle ne ménagerait pas ses efforts afin de confirmer, ou d’infirmer les certitudes du Gryffon.

Il connaissait sa nature, et sa curiosité passionnelle pour tout ce qui avait attrait à une quelconque forme de magie. L’adolescent passa machinalement sa main sur son poignet, orphelin du présent d’Edward Penwyn. Gabryel avait toute confiance en Aelle, certainement même plus qu’en lui-même. Elle était la seule personne au monde à laquelle il aurait accepté de confier sa précieuse lanière de cuir. Perdu dans ses pensées, le Rouge et Or perçut à peine l’installation d’une jeune chouette blanche sur le bord de son épaule. La petite créature frotta les plumes de son front sur le cou du sorcier, dont un éclat de rire s’échappa des lèvres pour raisonner dans toute la volière.

- Dis donc, tu es une ppppetite chipie toi…
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Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

28 avr. 2023, 11:57
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Samedi 21 décembre 2047
Volière — Poudlard
7ème année



Mes pas résonnent dans les couloirs vides et obscurs. Les quelques silhouettes que je croise le long de mon chemin se font de plus en rares et de moins en moins visibles. Naturellement, ma baguette a retrouvé le chemin de ma main. Je déteste être soumise à des restrictions en ce qui concerne ma magie. Le fait même que l'on m'ait empêchée toute la soirée de lancer un sortilège si j'avais souhaité le faire a créé en moi des tensions discrètes, mais bien présentes, qui commencent à peine à s'évaporer maintenant que je sens le bois familier de mon catalyseur contre la paume de ma main.

Je prends mon temps pour atteindre la volière. Je profite du chemin pour me débarrasser des bruits qui m'ont accompagnés toute la soirée. La musique vibre encore dans mes oreilles et mon coeur semble battre en rythme avec elle. Je songe à Peers et à Araya, à Sorrow, à Elowen et Sangblanc que j'ai aperçues l'une contre l'autre un peu plus tôt. Je pense à tous ces visages familiers et à celui que je m'en vais retrouver. Quelle drôle de fin de soirée. Je n'aurais jamais cru quitter la salle de bal pour aller retrouver Gabryel Fleurdelys qui ne fait plus partie de mon horizon depuis tous ces mois. Mais cela ne me parait pas étrange d'aller le rejoindre. Nos relations ont toujours été légères, soumises à aucune loi. Nos entraînements, d'abord, n'arrivaient que lorsque je le décidais, de temps en temps. Puis lorsqu'il s'est mis à le vouloir aussi, encore plus rarement — parfois il venait me voir et il me proposait une date où nous retrouver au Petit Chalet. Après le bal, le premier, nos retrouvailles se sont faites plus rares encore. Pourtant, il a toujours été là. De temps en temps. Son visage dans la foule, mes pensées qui tombaient sur lui, presque par hasard. Et aujourd'hui, je m'en vais le retrouver et cela me semble tout à fait naturel.

Malgré tout, ma méfiance ne s'apaise pas plus aujourd'hui qu'elle ne l'a faite il y a un an, après notre conversation. Je n'oublie pas le contenue de celle-ci et sa colère qui lui va si mal. Ce jour-là, dans le parc, il m'a prouvé que sa grande bienveillance avait des limites. Et je ne risque pas de l'oublier. Je ne peux pas oublier que même Gabryel ne peut pas m'accepter entièrement. Ce n'est pas grave. Je suis habituée.

J'attrape les pans de ma robe habesha kemis pour ne pas trébucher dans les escaliers qui me mèneront au sommet de la volière. Cette tenue accroisse le sentiment que cette soirée a quelque chose d'irréel, comme hors du temps. Ce n'est pas demain la veille qu'on me reverra fringuée de cette façon. Cela manque de praticité. De poche, surtout.

Je m'immobilise à l'entrée de la volière, la main sur le mur en pierre. Au milieu des hululements aiguës s'élève un bruit que je reconnaîtrais entre mille. Alors je me fige, là, cachée par l'ombre de l'entrée et je baisse la tête sur mes pieds. J'ai sur les lèvres un léger sourire que personne ne peut apercevoir. Le revoilà, son rire. Je m'avance lentement dans la pièce. Mon regard tombe directement sur lui, tourné vers l'extérieur. Sa silhouette se découpe sur le ciel moucheté d'étoiles. Tout préoccupé par la présence du volatile sur son épaule, responsable du rire qui m'a habillée d'un sourire, il ne m'a pas entendu arriver. Et je profite de cet instant où rien ne bouge, ni les cœurs ni les regards, pour l'observer sans filtre. Ce garçon au coeur si tendre qui jamais ne pourra accepter l'immense noirceur qui me grignote parfois de l'intérieur.

Je m'installe en tailleur près de lui sans ne rien dire, sans me soucier de salir ma jolie tenue. J'arrange les pans de la robe par-dessus mes jambes nues pour me protéger du froid qui s'infiltre par les ouvertures de la volière. La nuit d'hiver est glaciale mais ça ne me dérange pas. Le dos droit, les mains sagement posées sur mes genoux, je jette mon regard dans le paysage obscur qui s'ouvre devant moi. Les montagnes sont imposantes, leurs ombres impressionnantes. À leurs pieds, la surface lumineuse du lac sur laquelle se reflète la voûte étoilée.

29 avr. 2023, 17:25
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Tandis que la petite chouette se nicha au creux de son épaule, le jeune écossais se pencha sur le rebord d’une lucarne. Dans une profonde inspiration, il huma les senteurs de la nuit. L’humidité hivernale charriait les essences conifères de la forêt interdite, mélanges de Pins et d’Épicéas. Malgré les courants d’air omniprésents au sommet de la vielle tour, l’adolescent n’avait pas froid. Il n’y pensait même pas, totalement absorbé par la contemplation d’un groupe de lucioles dansant dans la nuit. Il ne perçut pas immédiatement la présence d’Aelle, silencieusement installée au sol, en tailleur. Il quitta la fenêtre, et prit place à ses côtés, la petite hulotte toujours blottie dans son cou.

- Tu ssssavais que seules les lucioles mâles peuvent voler ? Les fffemelles aussi ont des ailes, mais elles ne s’en servent pas.

L’apprenti sorcier se gratta le bout du nez. Il posa les yeux sur les pans colorés du tissu qui composait la robe de la Poufsouffle. Le temps d’une danse, il aurait aimé lui aussi tenir Aelle dans ses bras.

- J’espère que tu as bien profité de ton bal. Je m’excuse de t’avoir interrompu.

Il passa machinalement le bout de son pouce sur le cou de la petite chouette endormie. Sa machoire se contracta soudain, comme si une pensée désagréable s’immiscait en lui, sans y avoir été invitée. Son visage prit alors une expression grave, et quelque peu mêlée à une sorte de nervosité.

- Merci d’être venue.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

2 mai 2023, 20:20
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Il s'installe près de moi dans un froissement discret ; il ne dérange ni la nuit ni les étoiles qui règnent loin au-dessus de nous. Pas grand chose est capable de déstabiliser ce garçon, pas plus mon arrivée que la présence de la chouette sur son épaule. Et comme si nous étions revenus un an en arrière, alors que rien ne l'encourageait réellement à me dire une telle chose, il parle des lucioles sans se soucier de savoir si le sujet m'intéresse ou non. Je le soupçonne pourtant de se douter, au fond de lui, que je me fiche des lucioles tout comme je me fiche des fourmis. Malgré tout, la tête penchée sur le côté, j'écoute.

Non, je ne savais pas que chez les lucioles seuls les mâles pouvaient voler. Si je l'ignorais, c'est tout simplement parce que la nature et ses millions d'habitants grouillants au sol ou volants, portés par les bourrasques du vent, ne m'intéressent en rien. Je ramène mes yeux sur la voûte étoilée tandis que résonne dans un coin de ma tête cette phrase qu'il m'a lancée et qui me fait froncer les sourcils : « La véritable force de la magie, ce n’est pas détruire la vie, mais décider de la préserver. » La vie, pour lui, ce sont les lucioles, les fourmis ou les grenouilles, ces êtres sans grand intérêt qui accaparent son attention parfois durant des heures. Je pourrais lui parler de ce qui m'alpague, moi, qui me passionne. De mes lectures nocturnes, des visages grimaçants dessinés sur certaines pages, de la magie qui consume cette vie qui le fait palpiter. Je pourrais confronter mon monde avec le sien et les regarder se percuter mais je n'en fais rien, je me contente de graver dans un coin de ma tête que les lucioles femelle ont des ailes mais qu'elles ne s'en servent pas.

J'allonge mes jambes devant moi et observe silencieusement mes orteils et mes chevilles qui se détachent sur la pierre froide du château. Les courants d'air me feront bientôt frissonner mais pour le moment mon corps est encore réchauffé par le voyage jusqu'ici. Je croise négligemment les chevilles en hochant la tête en réponse à Gabryel : je sais que tu es désolé de m'avoir interrompu et moi je sais que tu n'as rien interrompu du tout ; j'ai fait tout ce que je voulais faire dans cette salle de bal. Quitter ce lieu accablé de souvenirs est une bénédiction.

J'arrache mes yeux du ciel d'hiver pour tourner la tête vers lui, la crâne collé contre le mur, le dos très droit, si bien que je parais un peu plus grande que lui. Je dévisage le Gryffondor et la gravité qui lui assombrit les traits. Merci, me dit-il. Toujours ces paroles qui n'ont pas grande utilité mais qui semble si naturelles dans sa bouche.

Après quelques secondes à le regarder, je glisse le doigt sous l'écharpe qui me ceint les hanches et me tortille jusqu'à en extirper le bracelet que m'a remis le garçon un peu plus tôt. Je le fais rouler entre mes doigts après avoir déposé ma baguette magique à ma gauche, du côté où seul le vide me côtoie.

« Je vais lui lancer un sortilège, annoncé-je tranquillement à mi-voix, pour savoir s'il a été enchanté. Et s'il l'a été, de quelle manière. »

3 mai 2023, 02:27
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Les pans de tissu chatoyants coulaient sur ses jambes comme une rivière colorée. Elle y déposa délicatement le bracelet. Le cœur de Gabryel frappa un peu plus fort. Voyant sa camarade disposer près d’elle sa baguette, le garçon passa la main dans son dos, puis se contorsionna afin de récupérer la sienne, rangée dans sa poche arrière.
Il était maintenant au pied du mur. Il saurait sous peu s’il était ou non réellement cinglé. Malgré des nuits passées à attendre un nouveau signe, espérer pendant des heures percevoir encore une fois la voix rassurante, son sang se glaça. Une goutte de sueur coula le long de sa nuque.

Il posa sa main sur son bracelet, et plongea un long moment ses yeux dans ceux d’Aelle, sans prononcer un seul mot. À cet instant, il confiait son passé, son présent et son futur à celle dont la seule présence suffisait parfois à lui couper la respiration. De sa magie, lui révélerait-elle ce qu’il pensait avoir déjà deviné ? Son sang était-il identique à celui de Penwyn ? S’il s’était trompé, était-ce même envisageable ? Le Professeur n’aurait été que la fantasmagorie d’une image paternelle ? Il avait pourtant déjà un père.

D’un geste nerveux, Gabryel ôta ses doigts de la lanière tissée : « Allez, qu’on soit enfin fixés sur toutes ces conneries… ».
Observant les mouvements d’Aelle du coin de l’oeil, il se gratta distraitement la tête avec le bout de sa baguette. La petite chouette blanche rejoignit ses semblables sur l’une des poutres de bois de la volière. Ces oiseaux sentent lorsqu’un évènement magique se profile.
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 3 mai 2023, 21:57, modifié 1 fois.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

3 mai 2023, 15:50
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Je frissonne lorsque sa main se pose sur le bracelet. Ses yeux kidnappent les miens et je peux difficilement les détourner, même si je sens que le contact sur ma cuisse, seulement brisé par ce bracelet entre sa main et moi, me gêne trop pour que je sois capable de supporter en même temps la rencontre entre nos deux regards. Pourtant, je ne me détourne pas. Il m'a rarement regardé avec une telle intensité. Je comprends tout ce qui lui passe par l'esprit à ce moment-là, ou du moins je m'en persuade : la crainte de découvrir la vérité, que je dévoile que la folie dont il s'est bercé ces derniers mois n'était que mensonge. Il ne se doute certainement pas que je souhaite tout le contraire : j'aimerais ne rien trouver sur ce bracelet.

Une drôle de grimace tordue apparaît sur mes traits lorsque le mot connerie franchit ses lèvres. Ce ne sont pas des conneries pour toi, Gabryel, ne me fait pas croire le contraire. Sinon, tu ne serais pas venu me trouver en arguant qu'un bracelet te parle et qu'un ancien professeur aujourd'hui disparu est ton vrai père.

J'attrape le bracelet entre mes doigts. Je fais tourner la lanière, l'observe sous tous ses angles. Elle est interrompu à trois endroits par des petits cercles argentés d'une simplicité folle. Je me contorsionne pour attraper ma baguette de ma main droite. Je sens le regard de Gabryel posé sur moi et ressens je ne sais comment l'angoisse qui s'échappe de lui par vagues. Je serre les dents pour m'empêcher de me tourner vers lui pour lui dire d'oublier ce bracelet et surtout, d'oublier Edward Penwyn et les conneries qu'il a pu lui confier. Je m'accroche à ma baguette et inspire longuement par le nez pour me connecter à la magie qui grouille tout au fond de mon corps et dont la caresse m'est plus familière que tout ce que j'ai pu connaître d'autre.

« Specialis Revelio, » murmuré-je d'une voix très basse en pointant le bracelet de mon catalyseur.

Il s'agit d'un sortilège complexe qui n'a rien de flamboyant ou de grandiloquent. Le Sortilège de Scarpin agit en subtilité. Il creuse, il fouille, il agrippe les traces de magie qu'il trouve sur son passage pour me les ramener — à moi, ensuite, de me dépatouiller avec ce qu'il trouve, à moi de deviner, de comprendre. Lorsque je me suis entraînée à ce sortilège en sixième année, je m'amusais à le lancer partout. Sur toutes mes potions, mes aliments, mes livres, des objets que j'ensorcelais moi-même pour m'apprendre à mieux utiliser cet enchantement.

Je n'ai cependant jamais fait face à ce à quoi je suis confrontée aujourd'hui. La magie que trouve mon sortilège n'a rien de familière. Déjà, elle est beaucoup plus puissante que la mienne. Sa complexité me fait froncer les sourcils. Ce n'est pas un simple sortilège de protection qui a été posé sur ce bracelet ou je ne sais quelle autre connerie. C'est beaucoup plus complexe et profond, entortillé aussi, de telle sorte qu'il m'est difficile de comprendre ce dont il s'agit exactement. Je ferme les yeux pour me soustraire au regard de Gabryel et pour me concentrer plus facilement. Si ma vision s'obscurcit, celle de ma magie devient plus claire. Ce n'est pas un sixième sens, ce n'est même pas un sens à proprement parler. Ce n'est qu'elle, ma magie, qui glisse sur le bracelet, se faufile sous les petits cercles argentés pour analyser et fouiller l'énergie qui le compose.

Impossible de dire que ce bracelet n'a pas été ensorcelé. Évidemment qu'il l'a été, n'importe qui pourrait le voir, le sentir. Cet objet grouille d'une magie qui me serre le coeur et qui me noue la gorge.

Je m'octroie quelques secondes de plus pour analyser le nœud magique auquel je suis confrontée avant de baisser ma baguette. J'ouvre les yeux et me racle la gorge. J'observe le bracelet serré entre mes doigts pour ne pas avoir à dévisager le Gryffondor.

« Il a été ensorcelé, annoncé-je sans détour. C'est... »

Oui, de quoi s'agit-il ? Cette magie est beaucoup trop complexe pour que je puisse comprendre instantanément tous les éléments qui viennent de s'offrir à moi. Il y a comme quelque chose... Une profondeur difficilement atteignable. Comme si cette magie inconnue, celle de Penwyn donc, prenait la forme d'un immense océan. Je peux facilement comprendre ce qui se trouve juste en-dessous de la surface, même si cela me fait grincer des dents, mais ce qui se trouve plus en profondeur... Je devine qu'il me faudra beaucoup plus qu'un sortilège lancé un soir de bal dans une volière puante pour découvrir ce qui s'y cache.

J'interromps ma phrase pour froncer une nouvelle fois les sourcils et pour lancer pour la seconde fois mon sortilège. Cette fois-ci d'une façon un peu plus pressée, moins discrète. Je me plonge dans la magie, la mienne et celle de ce foutu Penwyn, et je creuse, je soulève les couches, je suis les filons de magie, je repousse les sortilèges dont j'ai déjà compris la nature pour me concentrer sur les autres.

Je coupe mon sortilège au bout d'un moment et baisse ma baguette en poussant un profond soupir. Je laisse tomber ma tête contre le mur derrière moi et observe silencieusement le paysage sombre qui s'étire sur l'horizon.

« C'est difficile à expliquer, commencé-je d'une voix lente. Le bracelet a bien été ensorcelé et il l'a été par une magie plutôt puissante. Ça, c'était plutôt facile à comprendre. »

Je baisse les yeux sur la lanière en cuir désormais bien familière sous la pulpe de mes doigts. Je hausse les épaules et enfin, je tourne la tête pour regarder Gabryel. Ses longs cils voilent légèrement son regard. Les ombres tombent étrangement sur son visage et lui donnent une apparence beaucoup plus sombre et mature. Mes yeux parcourent tous les recoins obscurs qu'ils peuvent trouver, se baladent longuement sur ses joues pâles, ses lèvres rosées et s'agrippent au rebord de son nez jusqu'à tomber dans l'océan bleu de ses iris.

« C'est à toi et seulement toi qu'il est lié. Magiquement, je veux dire. C'est une magie vraiment complexe, insisté-je en arrachant mon regard du garçon pour le poser, encore, sur le bracelet. Et... »

Ce point-là me déplaît particulièrement. Mes mâchoires se serrent nerveusement.

« Elle vous lie tous les deux. Enfin, si c'est bien Penwyn qui a lancé l'a ensorcelé, grincé-je d'une voix traînante. Les cercles, là... » Je lève le bracelet pour lui désigner les trois cercles du doigt. « Y'a un truc qui cloche avec eux. J'aurais besoin de plus de temps pour comprendre. »

Un soupir accompagne ces dernières paroles. Le fait de ne pas comprendre m'agace mais surtout, c'est la méfiance qui me crispe. Cet Edward Penwyn ne m'inspire rien de bon.

« C'est pas tant la magie du sorcier qui était puissante mais les intentions avec lesquelles il a ensorcelé ce truc. Comprend ce que tu veux. Y'a une forte magie protectrice, là-dedans. »

Je me rencogne contre le mur, les bras croisés sur ma poitrine et le regard perdu dans le paysage. Mon esprit tourne dans tous les sens les informations apprises magiquement et celles données par Gabryel un peu plus tôt. Impossible de ne pas penser à Penwyn sans lui associer les souvenirs que j'ai de ma directrice. Je vois dans ce présent mystérieux qu'il lui a offert les mêmes choses que toutes les paroles et les demi-promesses qu'elle m'a faites durant ces années : j'y vois les mêmes mensonges, les mêmes belles paroles prononcées sans sincérité, la même manipulation. Les mêmes trahisons. Il est où, maintenant, Penwyn ? Après lui avoir offert ce bracelet, l'avoir laissé se persuader qu'il avait un autre père, un vrai père ? Si ce que j'ai ressenti dans cette magie est sincère, où est passé l'homme a qui elle appartient ? Pourquoi n'est-il pas là pour expliquer tout ça à son soi-disant fils ? Et elle, où est-elle ? Après m'avoir promis d'être là pour moi, de ne pas « arrêter tout ça » ? Après m'avoir dit qu'elle m'accompagnerait, qu'elle m'apprendrait, qu'elle ne me laisserait pas. Hein, où est-ce qu'elle est ?

C'est tellement plus facile de laisser derrière soi une lettre au contenu abscons et un bracelet que l'on ne peut pas comprendre, n'est-ce pas ? Tout plutôt que d'affronter, d'expliquer. Le mystère vaut mieux que les paroles. La vérité et la sincérité n'ont pas sa place dans le monde adulte, surtout lorsque l'on s'adresse à des enfants.

3 mai 2023, 23:27
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Au commencement, ta baguette me touche. Sens-tu, ces picotements, presque imperceptibles ? Ils envahissent les reliefs du moindre de mes interstices. Sens-tu comme ces fourmillements s’insinuent dans toute la matière vivante qui me compose ? Je tente bien de les contenir, mais tu es très forte, gamine. Fouille, farfouille, je ne te laisserai pas m’ausculter aussi facilement. Ton sortilège est une tête chercheuse, une fouine affamée de réponses. Elle retourne tout, en surface du moins. Gratte encore, creuse encore. Ne vois-tu pas que Gabryel a envie de vomir ? Il ne te le dit pas, mais il se sent mal. Plus tu explores, et plus son malaise s’accentue. Tu me sens, fillette, tu as saisi que je dégueule de magie. Bien évidemment, tu l’as compris. Tu penses avoir fait le tour ? Tu sais bien que non. C’est juste que tu n’es pas assez forte. Tu le touches du doigt, ce mystère, en surface seulement. Cela te laisse un goût amer.

- Il a été ensorcelé. C'est...

Tu insistes, tu persistes. Ton camarade ne parvient plus à respirer. Ne le vois-tu pas, concentrée que tu es à vouloir me percer à jour ? Il est figé. Tous ses membres sont crispés. Ton obstination l’oppresse autant que moi. Ne comprends-tu pas que nous sommes liés, lui et moi ? Les cercles ? Ne sois pas si présomptueuse. Ce ne sont pas tes poussières de Perlimpinpin qui te permettront de comprendre leur signification. Si tu dois encore me triturer, c’est comme si tu le torturais, lui. Moi c’est lui, lui c’est moi. Et je ne te laisserai pas faire…

- C'est pas tant la magie du sorcier qui était puissante mais les intentions avec lesquelles il a ensorcelé ce truc. Comprend ce que tu veux. Y'a une forte magie protectrice, là-dedans.

~~~

Gabryel se leva pour tourner le dos à sa camarade. Une crampe avait douloureusement pris ses quartiers au fond de son estomac. Du sang s’écoula du bout de ses doigts. Tout ce temps durant lequel Aelle avait tenté de comprendre, et sans qu’il en eut conscience, le jeune sorcier avait enfoncé ses ongles dans les lattes de chêne qui composaient le sol de la volière. Des copeaux de bois dépassaient de sa chair. L’adolescent frotta ses phalanges décharnées sur son front. Une éclatante traînée de plasma vermeil s’étala sur sa joue, pour finir sa course à la commissure de ses lèvres bleues. Extirpée de ses veines, elle accentuait sur sa joue la pâleur inquiétante de son visage. Vacillant un peu, l’Écossais tourna sur lui-même. Debout, devant la Poufsouffle, dans une expression de douce lassitude, il la fixa. Puis, dans un souffle, il supplia.

- Tu dois essayer, encore une fois s’il te plaît. (Silence) Maintenant, essaie une fois encore … Arya. S’il te plaît.

De ses ongles charcutés, une goutte de liquide couleur rubis se détacha, pour s’écraser sur la robe d’Aelle.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

4 mai 2023, 09:39
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Gabryel ne sait rien de la teneur de mes pensées, il ne peut même pas deviner la méfiance que je ressens actuellement, l'inquiétude mêlée de colère qui sourde au fond de mon coeur. Il ne peut pas deviner que ma gorge est nouée et que ma tête est pleine de souvenirs. Non, il ne le peut pas, c'est pour ça qu'il se lève soudainement, accaparé par ses propres démons. Des démons qui ressemblent aux miens. Je crispent les mâchoires en l'observant de dos. Son trouble m'agace. Ce que je lui ai dit l'a perturbé, il doit retourner la moindre parole dans sa tête, chercher à comprendre, à deviner ce que Penwyn a essayé de lui dire, comprendre les messages qu'il lui a laissé, les miettes qu'il a daigné lui offrir dans l'espoir que ça apaise un peu les milles espoirs dont il a toujours dû être fait. Alors oui, ça m'agace de le voir se frotter le visage, d'imaginer les larmes dans les yeux, sa gorge nouée, ses pensées en cascade.

Puis il se tourne vers moi. Il dit « Arya » mais mes yeux sont trop accaparés par ce que je vois pour se soucier de ce que mes oreilles peuvent bien entendre. Aucune trace de larmes sur son visage ou d'une tristesse trop familière. Mes yeux scannent ses traits et suivent la ligne discrète du sang, sur son front, sa joue, le coin de la lèvre — elle forme une trace qui parait presque noirâtre dans l'obscurité mais elle est bien visible. Je fouille à la recherche de la source. Qu'est-ce qu'il a fait, putain ? Puis je note sa pâleur, ses yeux fatigués, ses traits crispés, et le bout de ses doigts qui semble plus sombre que le reste de sa peau. Je remarque l'accent désespéré dans sa voix. Je le remarque mais je le repousse mentalement car une vague de fureur monte soudainement jusqu'à ma conscience et prends le contrôle de mon corps.

Je me lève prestement, ma baguette toujours en main. En un geste, je suis sur lui. Je ne prends pas en compte le fait qu'il semble déjà étrangement mal, que sa peau est livide, que sa voix était essoufflée. La colère agit sans mon consentement et même si je l'avais eu, je crois que j'aurais fait la même chose. Je l'attrape brusquement par la veste.

« Qu'est-ce qui t'arrive ? » demande-je violemment en affirmant ma prise.

Mais je ne le laisse pas répondre. Je le lâche aussitôt pour attraper ses deux mains et les observer à la lueur de la lune.

« T'as vu dans quel état tu te mets pour un putain de bracelet, Fleurdelys ? »

Ma voix s'élève dans les hauteurs de la volière. Ce n'est pas un cri mais c'est une voix qui frappe et qui condamne. C'est une voix qui veut dire : qu'est-ce qui t'arrive, Merlin ? Pourquoi tu te bousilles pour un mec qui n'en a rien à faire de toi, hein ? Pourquoi est-ce que tu l'as laissé prendre autant de place ? Pourquoi est-ce qu'elle compte autant, bordel, pourquoi tu te mets mal comme ça, pourquoi tu le prends à coeur, pourquoi ton horizon ne se limite-t-il qu'à el—lui ?

4 mai 2023, 15:06
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Le garçon n’entendait pas son amie. Ses lèvres bougeaient, mais aucun son ne parvenait aux oreilles de l’adolescent. Il ne sentit ni la force avec laquelle elle le secoua, ni les mains empoignant ses doigts ensanglantés. Le Gryffon ne quittait pas des yeux son bracelet, gisant sur le sol, comme épuisé. Sans trop savoir pourquoi, il lâcha sa camarade, et se baissa pour le ramasser. De son pouce, il caressa instinctivement l’un des deux plus petits cercles.

- S’il te plaît, concentre-toi sur celui-ci. Cherche encore. Je sens…

Il ne termina pas immédiatement sa phrase. La lumière feutrée d’une lune discrète éclaira son visage blème. On pouvait y percevoir un sourire, léger comme une brume matinale. Il y avait quelque chose dans ce motif rond, vide de tout ornement. Elle avait déverrouillé une porte, il fallait peu de chose pour l’ouvrir en entier. Dans son estomac, les picotements s’intensifiaient à mesure qu’il caressait cet endroit du bracelet. L’adolescent y percevait encore la magie d’Aelle, ainsi qu’une autre, puissante. Il n’en connaissait pas l’origine, elle lui était pourtant familière. Des vagues d’électricité s’extirpaient du morceau de cuir, s’insinuaient dans ses muscles, et dans tous les pores de sa carcasse. Des couleurs dansaient autour de lui. Gabryel la voyait toujours sous cette forme chromatique, du clair au sombre, de tons intenses et lumineux. La magie était bien là, dans l’air, partout. Des hiboux commençaient à s’agiter sur leurs perchoirs.

- Il y a un truc qui se passe. Lance encore ton sortillège.

Le Rouge et Or déposa délicatement la lanière tressée dans la paume d’Aelle, et plongea son regard bleu translucide dans le sien. Si son visage blanc semblait inerte, la détermination du jeune sorcier exacerbait ses traits.

- Tu sais très bien pourquoi je dois savoir. (silence) C’est maintenant. Il faut insister. S’il te plaît.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

5 mai 2023, 10:28
Le bracelet  PV : Aelle Bristyle 
Toute coincée dans ma colère désespérée, je me tourne pour le suivre du regard lorsqu'il se penche sur le sol. Le bracelet, je l'avais déjà oublié. Il est tombé par terre. Je me décale légèrement pour observer plus facilement Gabryel. Ce que je trouve sur son visage m'inspire des sentiments qui ne me sont pas agréables. À demi-penché sur son bracelet qu'il caresse doucement du pouce, le visage baissé vers ce fameux présent, ce sourire un peu béat sur les lèvres qui ressort étrangement sur cette face livide où se dessine encore une trace de sang... Je n'ai jamais éprouvé la moindre pitié pour ce garçon, pas même la première fois que je l'ai rencontré, affalé dans la boue à la recherche d'une grenouille, pas même les autres fois quand sa naïveté et ses premiers pas maladroits dans la magie me faisaient lever les yeux au ciel, moins encore ces derniers temps quand il m'a prouvé être si différent de moi. Pourtant aujourd'hui, à le voir prostré sur cette chose, j'éprouve une pitié lancinante qui me fait serrer les poings et qui me donne envie de le secouer brutalement.

Je ne doute pas qu'il ait raison. Peut-être se passe-t-il réellement un truc mais son acharnement me fait pitié et m'énerve. Je le trouve pitoyable à s'accrocher à la miette qu'on lui a remise il y a des années. Minable d'y apporter une si grande importance. C'est à peine s'il me regarde, toute son attention est dirigée vers cette chose. Il n'a même pas conscience que découvrir des fragments de réponse ne lui apportera rien du tout. Je peux te le dire, moi, que ça ne t'apportera rien, Fleurdelys ! Tu vas trouver des choses qui vont te donner envie d'en discuter avec lui, d'avoir encore plus besoin de réponses, et au final, qu'auras-tu ? Rien. Absolument rien du tout. Dans tes petits discours tu n'as pas fait référence à des hiboux plein de bons sentiments que vous vous échangiez, je crois, non. Tu es seul, complètement seul, alors fous-toi dans le crâne que—

Je lui arrache le bracelet des mains et jette au garçon un regard noir et accusateur.

« T'es emmerdant, Gabryel. »

Je m'affale lourdement sur le sol, à la même place que tout à l'heure, sans réussir à apaiser la colère toute piquante qui me fait froncer les sourcils et qui me noue les entrailles d'angoisse. Je ne sais pas pourquoi ça me touche autant mais je pars du principe que quoi qu'il arrive, c'est de leur faute. À lui et à son bracelet idiot.

« Garde tes mains devant toi, craché-je sans même le regarder, consciente que les blessures que je lui ai vues sur les doigts ont été faites par la terrible angoisse qui l'a tenaillé durant ma recherche. Ou je te les attache. »

Je me fiche de mon ton froid, de mes paroles dures. Je n'ai plus envie de sourire. Juste besoin d'en finir avec ce bracelet pour retrouver le semblant de quiétude que nous avions avant de l'évoquer. Je pose une nouvelle fois la chose sur mes genoux et entreprends d'apaiser mon souffle étriqué. Ce n'est pas facile, il me faut plusieurs longues inspirations que j'effectue jusqu'à avoir extirpé de moi les émotions qui ne me serviront pas pour mon enchantement.

Je ferme les yeux et me laisse guider par ma magie. Je tombe de nouveau dans cet entrelacs inconnu qui contient plusieurs couches de magie ayant toutes une signification différente. Je retrouve cette étrange chaleur ressentie plus tôt, celle qui me noue la gorge et qui me prouve que les intentions mises dans ces sortilèges n'étaient pas intrinsèquement mauvaises. Je fouille longuement, je me promène, bien déterminée à lui extirper tout ce qu'il a à me dire avant d'arrêter mon sortilège. C'est étrange d'utiliser un sortilège qui me permet d'en découvrir d'autres que je ne connais pas. J'ai besoin de me concentrer pour les comprendre, pour saisir leur nature.

Je connais la magie. J'ai ouvert et lu un nombre incalculable de livres et j'ai passé les six dernières années à ne surtout pas me cantonner à ce que l'on apprend dans les cours. Sans parler des enseignements simultanés de Zikomo et Nyakane qui ont une vision bien plus large de la magie que moi de par leur âge avancé. Je connais donc la magie et je sais, la plupart du temps, comment elle fonctionne. Pour lancer ce genre d'enchantement complexe que Penwyn (ou qui que ce soit d'autre) a utilisé, il ne suffit pas de le vouloir. Il y a quelque chose de plus, plus profond, plus complexe. La magie est liée à ce que nous sommes, à nos sentiments profonds. Et impossible de ne pas me souvenir, en ressentant celle qui parcoure le bracelet, de Gabryel qui m'a soutenue qu'Edward Penwyn était son père : la magie d'un parent pour son enfant, pour ne citer que ce lien-là, est l'une des magies les plus puissantes au monde. Ça a été prouvé maints et maints fois. C'est cela, qui me dérange. Le fait que ça ne me paraîtrait pas incohérent que la drôle de force que je ressens dans ce bracelet puisse provenir de l'amour d'un père pour son fils.

Sauf que... Sauf que je n'ai aucune envie d'y croire, car peu importe qu'il s'agisse de son père ou non : il n'est pas là aujourd'hui, il ne lui a laissé aucune réponse. Et pour ça précisément, je le méprise tellement que je n'ai aucune envie de faire part à Gabryel de mes réflexions savantes.

Ignorant totalement le garçon qui m'a tant agacée plus tôt, je me penche un peu plus sur le bracelet, et le décortique plus en avant. J'explore d'abord le premier cercle du bout de ma magie, les yeux fermés, le regard tourné à l'intérieur de moi. Ce premier cercle truffé de sortilèges qui nouent la gorge, qui dégagent quelque chose de réconfortant. Je ne sais pas comment l'autre a pu imprégner le bracelet de cette façon mais le fait est qu'il y a quelque chose sous ce cercle argenté, quelque chose d'intimement lié aux souvenirs du lanceur. Je pense être incapable de l'expliquer à voix haute mais j'essaie de comprendre parce que Gabryel me demandera des comptes. Comment expliquer que la magie est parfois difficile à expliquer en mots ? Comment expliquer ce qu'est ce que je ressens ? Je n'ai jamais été habituée à faire part à quiconque de recherches de ce genre, aussi poussées et complexes à comprendre.

« Ce cercle, là, marmonné-je en pointant le premier cercle du bout de ma baguette, les yeux toujours fermés. La magie du lanceur est plus affirmée ici, comme si... »
Dernière modification par Aelle Bristyle le 10 mai 2023, 10:25, modifié 1 fois.