Un été dans les Marshes
Dimanche 15 aout 2049
Avec @Lavinia W. Campbell
Domaine des Waite
Avec @Lavinia W. Campbell
Domaine des Waite
L'éclat de la lune s'immisçait à travers les persiennes en traçant dans ma chambre de grands raies étirés et blancs. Du dehors, les sons remontaient du marais dans un bourdonnement nocturne envahissant. La journée qui s'estompait occupait encore mon esprit et m'empêchait de trouver le sommeil. Je songeais, à Lavinia installée à l'autre extrémité de la demeure, dans la chambre dite "aux nympheas". Dormait elle ? Qu'avait elle pensé de son arrivée ?
Il était presque 18h quand elle arriva. Derrière la maison, le vieux ponton servait en quelques sorte de piste d'atterrissage pour les personnes venant visiter notre famille. L'air brulé par le soleil de l'après midi formait par endroit des halos troubles sur les eaux. A mes côtés, mon père, sous son large fedora noir, arborait une mine renfrognée. L'ours n'aimait pas recevoir, surtout quand les invités lui étaient un inconnus. J'avais donc insisté, convaincu qu'une fois les présentations passées, il prétexterait des affaires importantes pour ne plus se montrer.
Lavinia apparut accompagnée d'un homme élégant qui devait être monsieur Campbell. C'est lui le premier qui prit la parole après s'être avancé vers mon père. Sa voix haute et pleine d'assurance trahissait des habitudes d'orateur. Tout l'inverse de mon père dont l'adjectif taciturne semblait avoir été créé en son nom. Ils échangèrent quelques mots auxquels, je ne préta pas attention. Lavinia et moi restions silencieux à quelques pas l'un de l'autre mais je ne pouvais détacher mon regard de sa mince silhouette dans sa robe de soie blanche. L'image de mon amie devant les étendues miroitantes du marais, comme surgit des eaux, m'empoignait d'un étrange hypnotisme. Je ne savais dire qui du sujet ou du paysage dégageait le plus de beauté.
Les adultes remontèrent vers la demeure après que mon père m'eut ordonné de montrer les affaires de Lavinia dans sa chambre.
C'était étrange de voir Lavinia en dehors du contexte de Poudlard. Je me sentais confus, sans trop savoir quelle attitude adopter. Entre les murs de l'école, les choses étaient plus simples, le contexte et notre statut d'élève définissait plus naturellement les rapports sociaux. Ici, c'était différent. Nous étions sensés nous comporter comme des amis. Devions nous nous faire la bise ou une accolade ? Je lui adressais un simple "Bonjour. Alors ce transplanage?" et sans trop savoir quoi ajouter, j'attrapais sa valise et la guida vers la maison dans un silence gênant.
Toute la soirée, je fis mon maximum pour égayer nos retrouvailles. Le souper à trois avait été, sans surprise, morose ; mon père me laissant faire la conversation. La discussion tourna vite aux récits de cet été presque écoulé et quand il fut l'heure pour mon père de prendre congés, j'invitais Lavinia à prendre l'air près des buissons d'osmanthe dont les senteurs d'abricot tenaient à l'écart les moustiques. L'atmosphère devint de minutes en minutes plus légère et nous restâmes jusqu'au déclin du jour à discuter assis dans l'herbe.
Un croassement rauque me ramena à ma chambre. Je me tournais dans mon lit en repoussant mes draps. Malgré l'heure avancée, la température ne chutait pas. Je me sentais idiot. Lavinia avait surement imaginé un autre accueil. Que pouvait elle penser ? Regrettait elle sa venue ? Ces questions me tourmentaient et je tentais de me rassurer en pensant à la journée du lendemain que nous irions passer dans le marais.
Demain, tout irait mieux.
Dernière modification par Ezra Waite le 25 avr. 2025, 14:09, modifié 1 fois.
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"“Toutes choses sont bonnes ou mauvaises par comparaison.” Edgar Allan POE
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Un été dans les Marshes
Lavinia n'aurait pas su dire qui, de son père ou d'elle-même avait été le plus nerveux, au fur et à mesure que les vacances chez Ezra se rapprochaient.15 septembre 2049 - Marshes
Osmanthus decorus - Parfum d'abricot
Scipion avait commencé à réaliser vers la fin juillet. Il allait laisser sa fille chez des inconnus, pendant plus d'une semaine. Il avait recommencé à poser des questions à Lavinia, sur la famille d'Ezra, sur leurs métiers, sur leurs occupations, ce à quoi la vipère avait répondu avec difficultés, d'autant que les questions se faisaient de plus en plus précises et insistantes. Nul doute que Scipion avait également cherché dans le registre des familles et avait interrogé d'autres collègues du ministère au sujet des Waite, mais le peu d'information qu'il avait récolté ne l'avait visiblement pas rassuré. Ils étaient nés-sorciers, c'était déjà ça. Cependant, ils n'avaient pas l'air de se mêler de politique, ni de mettre régulièrement les pieds en Angleterre... Il lui était difficile de faire confiance en de parfaits inconnus, jusqu'à leur confier la responsabilité de son enfant, le dernier qui lui restait.
De son côté, Lavinia avait été heureuse de l'invitation d'Ezra et attendait ce moment avec impatience, jusqu'à ce que la méfiance de son père ne vienne parasiter sa bonne humeur. Peu à peu, l'inquiétude l'avait envahi à son tour. Elle avait confiance en Ezra et avait pressenti l'importance que cette invitation pouvait avoir pour le garçon. Mais comme son père, elle ignorait si tout se passerait bien avec sa famille... Et en cas de problème, elle serait seule dans ces marais... Une semaine pouvait être une période terriblement longue si on ne s'y sentait pas à sa place, ou pire...
Le jour en question cependant, Lavinia avait volontairement laissé de côté ses inquiétudes. Elle s'était apprêtée avec soin et a vécu le transplanage dans les marais comme une fête. Scipion de son côté, avait revêtu son masque de politicien souriant et avenant, pour cacher la méfiance qui luisait malgré lui au fonds de ses yeux. Les deux pères échangèrent quelques mots, et les Campbell évaluèrent rapidement à qui ils avaient à faire. Si, malgré son sourire accroché au visage, Scipion sentait grossir son inquiétude de laisser Lavinia aux mains de cet homme bourru et antipathique, la serpentard était quant à elle un peu plus amusée par la situation. Elle croyait voir un Ezra de mauvaise humeur, en plus vieux. Il pouvait lui aussi se murer dans le silence et les répliques par monosyllabe lorsqu'il était en mauvaise compagnie, ou agacé par une situation. Heureusement, ce jour-là Ezra était bien plus avenant que son père, et Lavinia en fût un peu soulagée. Si sa présence n'avait pas l'air d'enchanter leur hôte, Ezra semblait toujours aussi satisfait de l'accueillir chez lui, malgré une légère gêne qu'il partageait avec Lavinia.
Avant de partir, Scipion se pencha à l'oreille de sa fille, comme s'il avait voulu lui faire la bise, mais sa main toucha le bracelet qu'il lui avait offert pour l'occasion. Il chuchota :
- N'oublie pas. Au moindre problème...
Il laissa sa phrase en suspens, mais Lavinia savait exactement de quoi il parlait et hocha discrètement la tête. Incrustée dans le bracelet plaqué argent, un fragment de miroir terni brillait comme aurait pu le faire une pierre de calcite polie. En cas de problème, elle n'aurait qu'à casser la surface et le dégât se reproduira sur son fragment jumeau, que Scipion portait lui aussi au poignet.
Puis son père prit congé des Waite, alors qu'Ezra porta la valise de Lavinia, amusée de le voir prendre des allures de gentleman.
La soirée se passa d'une manière un peu étrange. Si Mr Waite ne l'avait pas accueilli lui-même au point de transplanage, Lavinia aurait presque crû être une invitée indésirable. C'est Ezra qui teint la conversation pendant tout le repas, malgré les tentatives de Lavinia pour inclure le propriétaire des lieux dans l'échange. Mr Waite accueillit ses tentatives avec la même froideur qu'il avait accueilli les compliments de circonstance de Scipion, et Lavinia abandonna rapidement. Même lorsque la petite évoqua la quadriennal de la magie et présenta le cadeau que son père et elle avait choisi, un tableau astral représentant un paysage de marais sous un ciel étoilé enchanté par magie, l'homme ne lui offrit pas même un sourire derrière son remerciement bourru. Ce premier contact avait de quoi plomber un peu le moral de Lavinia... Cette situation allait-elle durer pendant toute la semaine ?...
Heureusement Ezra avait l'air parfaitement conscient de la situation et se donna du mal pour égayer le reste de la soirée. Assis sur l'herbe, ils avaient discuté rien que toutes les deux, face au soleil qui se cachait derrière les tiges des roseaux jusqu'à ce que ses derniers rayons ne disparaissent et ne soient remplacés par la fraîcheur humide de la nuit. Elle retrouvait l'Ezra qu'elle avait connu à Poudlard, et retourna dans la chambre d'invité le cœur un peu plus léger.
La pièce était magnifique, elle avait même droit à un balcon privatif. La chambre s'appelait la chambre aux nymphéas, sans doute nommée ainsi en raison des tableaux qui ornaient les murs, représentant ces fleurs aquatiques que Lavinia appréciait particulièrement. Peut-être qu'elle en croiserait dans les marais, qui sait ? Déballant sa valise, elle en profita pour sortir de sa poche le brin d'osmanthe qu'elle avait ramassé. Avec soin, elle plaça une feuille et une de ses fleurs multiples sur un papier buvard qu'elle avait pris spécialement à cet effet et mis le feuillet sous presse. Dans un carnet qu'elle avait préparé exprès, elle nota sur la première page le nom de la plante et tenta de dessiner au crayonné un aperçu du buisson près duquel les deux serpentards s'étaient installés pour discuter.
L'accueil qui lui avait fait Mr Waite n'avait pas d'importance, elle avait une semaine pour le faire changer d'avis, la faisant passer d'une gamine enquiquineuse à une invitée agréable. Mais ce n'était qu'accessoire, que cela ne faisait pas partie des deux missions qu'elle s'était fixée pour ce séjour. La première était de récolter les plantes les plus notables et de commencer son propre herbier-expérience des Marshes. Les marais n'étaient pas un milieu très documenté dans la grande bibliothèque des Campbell, et Lavinia se plaisait à ce travail pseudo-scientifique. La seconde mission demandait autant de méthode, de rigueur et de patience, mais aussi plus de doigté et de diplomatie. Lavinia était bien décidée à en savoir plus sur Ezra, l'environnement dans lequel il avait vécu, et percer les derniers mystères qui enveloppaient encore le garçon. Ils étaient devenus amis, mais ils ne s'étaient pas tout dit... Et Lavinia comptait bien découvrir le moindre des recoins qu'il gardait encore secret.
Un été dans les Marshes
Dans les marais, la journée se terminait. Le cœur triste, je manœuvrais la barque sur le canal du retour. Lavinia, elle, se tenait assise à l'avant. Sa main gracile qu'elle laissait pendre par dessus l'embarcation effleurait la surface de l'eau en traçant un sillon délicat. Nous restions silencieux.
Au petit matin, après sa première nuit, j'avais retrouvé mon amie, pénétrant sans bruit dans le petit salon où je me trouvais déjà. Lavinia s'était avancée dans une tenue moins sophistiquée, plus adaptée aux occupations de la journée. Ses longs cheveux arrangés, une tresse savamment nouée à la manière d'une couronne, lui conférait une allure quasi divine sous les rayons du soleil qui traversaient en oblique la grande baie vitrée. Je la trouvais belle, inaccessible.
Dans la cuisine, les préparatifs nous prirent un peu de temps : quelques pommes, du pain, du fromage au lait de dragonne, des tranches de goose and gooseberry pie... Ephraïm Waite, mon père, ne tolérait ni elfe, ni domestique. Le nécessaire nous était ramené par les Bowen, la famille de ma mère qui vivait sur nos terres. Cela devait surprendre Lavinia, mais elle n'en dit rien. La savoir dans une telle situation m'amusait, et nous rimes alors que nous remplissions le grand panier qui nous suivrait pour la journée.
Comme je le pensais, mon père ne se montra pas et nous rejoignîmes la barque qui devait nous porter à travers notre périple. J'avais prévu de m'enfoncer dans le dédale des canaux qui nous rapprochait de la mer jusqu'à Horsey. Nous pouvions y être avant que le soleil ne soit trop haut. Sur notre passage la végétation bruissait de mille bourdonnements d'insectes alors que les oiseaux errants, dérangés par notre présence s'envolaient. J'en nommais quelques uns à l'intention de Lavinia : busard, campagnol, butor et la fameuse Spatule blanche.
Même si je connaissais ces terres depuis mon plus jeune âge, leur beauté me touchait toujours autant. J'espérais qu'il en fut autant pour Lavinia. L'horizon infini sur ces vastes étendues de marais immaculés qui changeaient pourtant au grès des marais ne pouvait la laisser insensible.
Près de Cullen's Mouse, nous abandonnions l'embarcation pour rejoindre à pied la grève. Là, j'insistais pour que nous retirions nos chaussures afin de plonger nos pieds dans l'eau fraiche et vivifiante. Nous parlions de nos vies, elle à Godric's Hollow et moi ici. Malgré leurs différences cela nous rapprochait. Mais je sentais une retenue chez Lavinia comme si l'immensité du paysage l'inhibait. Avait elle seulement l'habitude de la liberté.
A l'heure du déjeuner, pour nous protéger de la chaleur, je la conduisais dans un de mes lieux préférés : la Tour sans venin. Là au creux du vieux moulin effondré, à l'ombre des vieilles pierres, entourés de hautes fougères, nous déjeunions. Lavinia me parut plus à son aise. J'expliquais l'histoire de ce vieil édifice dont le nom provenait de la présence de vipérine sur les rochers des alentours.
C'est ainsi, que Lavinia me questionna sur les plantes de la région. Je lui racontais comment les Waite étaient devenus riches grâce à l'exploitation des roseaux qui poussaient en abondance sur nos terres et qui servaient à la confection de toitures, de anches d'instrument ou pour les balais volants. Mais je sentais surtout qu'elle désirait en apprendre plus sur le savoir faire de ma mère. Je lui promettais donc que d'ici la fin de la semaine, nous irions lui rendre visite sur le campement de sa famille.
En retrouvant la barque, pour la faire patienter, je lui montrais quelques espèces remarquables : les petites fleurs blanches de l'Alisma, les buissons de Cyperus, les étoiles roses de Lis des cafres... et lui offris une fleur solitaire de nénuphar qu'elle attacha dans ses cheveux. Si pour les moldus, cette fleur symbolisait l'indifférence, pour moi, elle signifiait tout autre chose. Je le comprendrais bien plus tard.
Le ponton de la maison venait de faire son apparition à l'extrémité du chenal, c'est alors que l'idée me vint. Lavinia devait essayer. Je me tournais vers mon amie et, alors que la barque avançait mue par l'élan, je lui tendais la main.
"Vas y lève toi et prends la gaffe. Je vais t'apprendre à manœuvrer."
@Lavinia W. Campbell
* * *
Au petit matin, après sa première nuit, j'avais retrouvé mon amie, pénétrant sans bruit dans le petit salon où je me trouvais déjà. Lavinia s'était avancée dans une tenue moins sophistiquée, plus adaptée aux occupations de la journée. Ses longs cheveux arrangés, une tresse savamment nouée à la manière d'une couronne, lui conférait une allure quasi divine sous les rayons du soleil qui traversaient en oblique la grande baie vitrée. Je la trouvais belle, inaccessible.
Dans la cuisine, les préparatifs nous prirent un peu de temps : quelques pommes, du pain, du fromage au lait de dragonne, des tranches de goose and gooseberry pie... Ephraïm Waite, mon père, ne tolérait ni elfe, ni domestique. Le nécessaire nous était ramené par les Bowen, la famille de ma mère qui vivait sur nos terres. Cela devait surprendre Lavinia, mais elle n'en dit rien. La savoir dans une telle situation m'amusait, et nous rimes alors que nous remplissions le grand panier qui nous suivrait pour la journée.
Comme je le pensais, mon père ne se montra pas et nous rejoignîmes la barque qui devait nous porter à travers notre périple. J'avais prévu de m'enfoncer dans le dédale des canaux qui nous rapprochait de la mer jusqu'à Horsey. Nous pouvions y être avant que le soleil ne soit trop haut. Sur notre passage la végétation bruissait de mille bourdonnements d'insectes alors que les oiseaux errants, dérangés par notre présence s'envolaient. J'en nommais quelques uns à l'intention de Lavinia : busard, campagnol, butor et la fameuse Spatule blanche.
Même si je connaissais ces terres depuis mon plus jeune âge, leur beauté me touchait toujours autant. J'espérais qu'il en fut autant pour Lavinia. L'horizon infini sur ces vastes étendues de marais immaculés qui changeaient pourtant au grès des marais ne pouvait la laisser insensible.
Près de Cullen's Mouse, nous abandonnions l'embarcation pour rejoindre à pied la grève. Là, j'insistais pour que nous retirions nos chaussures afin de plonger nos pieds dans l'eau fraiche et vivifiante. Nous parlions de nos vies, elle à Godric's Hollow et moi ici. Malgré leurs différences cela nous rapprochait. Mais je sentais une retenue chez Lavinia comme si l'immensité du paysage l'inhibait. Avait elle seulement l'habitude de la liberté.
A l'heure du déjeuner, pour nous protéger de la chaleur, je la conduisais dans un de mes lieux préférés : la Tour sans venin. Là au creux du vieux moulin effondré, à l'ombre des vieilles pierres, entourés de hautes fougères, nous déjeunions. Lavinia me parut plus à son aise. J'expliquais l'histoire de ce vieil édifice dont le nom provenait de la présence de vipérine sur les rochers des alentours.
C'est ainsi, que Lavinia me questionna sur les plantes de la région. Je lui racontais comment les Waite étaient devenus riches grâce à l'exploitation des roseaux qui poussaient en abondance sur nos terres et qui servaient à la confection de toitures, de anches d'instrument ou pour les balais volants. Mais je sentais surtout qu'elle désirait en apprendre plus sur le savoir faire de ma mère. Je lui promettais donc que d'ici la fin de la semaine, nous irions lui rendre visite sur le campement de sa famille.
En retrouvant la barque, pour la faire patienter, je lui montrais quelques espèces remarquables : les petites fleurs blanches de l'Alisma, les buissons de Cyperus, les étoiles roses de Lis des cafres... et lui offris une fleur solitaire de nénuphar qu'elle attacha dans ses cheveux. Si pour les moldus, cette fleur symbolisait l'indifférence, pour moi, elle signifiait tout autre chose. Je le comprendrais bien plus tard.
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Le ponton de la maison venait de faire son apparition à l'extrémité du chenal, c'est alors que l'idée me vint. Lavinia devait essayer. Je me tournais vers mon amie et, alors que la barque avançait mue par l'élan, je lui tendais la main.
"Vas y lève toi et prends la gaffe. Je vais t'apprendre à manœuvrer."
@Lavinia W. Campbell
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Un été dans les Marshes
15 septembre 2049 - Marshes
Echium vulgare - Tête de vipère
Le lendemain, Lavinia s'était apprêtée avant le petit-déjeuner et avait choisi une tenue plus adaptée au programme que lui avait proposé Ezra. Elle avait opté pour un pantalon portefeuille vert sombre, qui volait autour de ses pas telle une jupe longue, mais qui lui permettait plus aisément de franchir des obstacles et faire de grands pas. Elle avait complété sa tenue par un débardeur noir, accompagné d'une petite veste en dentelle blanche dessinant des motifs de soleil. Malgré la saison, les marais pouvaient être un peu frais, elle l'avait rapidement compris.
Pour ne pas être gênée par ses cheveux lors de leur exploration, Lavinia aurait voulu porter une tresse collée, longeant son cuir cheveux et retombant de manière contrôlée à l'arrière de son crâne, mais elle avait dû faire face à une mauvaise surprise. La veille, elle avait déjà noté l'absence de serviteur, mais elle pensait que cela n'était qu'exceptionnel. Ce matin, elle les avait un peu cherchés dans les couloirs, d'un pas hésitant, avant de changer d'avis et de faire demi-tour, honteuse. Elle se retrouverait bête si elle tombait sur Mr Waite ou sur Ezra. Mara s'était toujours occupée de la coiffer, quand Madame de Turenne n'engageait pas de camériste pour des soirées huppée. À Poudlard, Lavinia portait ses cheveux détachés, ou en queue-de-cheval simple. Elle ne savait pas reproduire les coiffures sophistiquées dont elle avait l'habitude chez elle.
Lavinia était un peu en retard lorsqu'elle sortit de la chambre aux nymphéas, une tresse improvisée sur la tête et maintenue dans la forme d'une couronne à l'aide de plusieurs dizaines d'épingles invisibles, et une bonne dose de laque. Elle avait presque vidé sa trousse de toilette... Et alors qu'elle rejoignait Ezra dans le salon, elle sentait son cuir chevelu tiraillé de toute part commencer à lui faire mal. Non décidément, la prochaine fois, elle se contenterait d'une coiffure classique, tant pis. Elle savait qu'il fallait souffrir pour être belle, mais elle espérait qu'Ezra la trouverait belle sans qu'elle n'ait à s'imposer une torture pareille. Le regard qu'il lui lança quand elle entra dans la pièce et son compliment sur sa coiffure la fit un peu douter de sa résolution.
Les deux enfants passèrent le petit-déjeuner seuls. Lavinia avait pensé que le père d'Ezra les rejoindrait, qu'elle aurait au moins pu le saluer, mais il n'avait même pas daigné prendre des nouvelles de la première nuit de son invitée. L'absence de domestiques, humains ou elfiques, se confirma également, ce qui rendait Lavinia un peu mal à l'aise. Est-ce que les Waite étaient bien plus pauvres qu'elle ne l'avait imaginé ? Loin de révéler la nature de son trouble, Lavinia se joignit aux rires d'Ezra qui s'amusait de la voir si perturbée par l'absence de domestique. Mais alors qu'ils rejoignaient les barques pour continuer l'exploration des marais, Lavinia ne pouvait s'empêcher de penser à cette situation étrange et au sentiment de malaise qui pointait dans son esprit.
Ce n'était que le deuxième jour, mais Lavinia ne pouvait s'empêcher de penser à cette grande maison froide et vide. C'est ainsi qu'elle décrivait son propre foyer, habituellement. Mais un de ses parents était généralement présents à la maison quand elle y était, encore plus s'ils recevaient des invités. Ils faisaient toujours peu de cas de sa présence, mais ils étaient là. Quand ils la laissaient tous deux, c'était toujours sous la surveillance d'un autre adulte, souvent un précepteur. Plus jeune, il y avait eu son frère aussi, son compagnon qui animait ses journées d'ennuis par sa présence. Et quand bien même il n'était plus là, quand bien même ni ses parents ni les professeurs n'étaient là, la maison continuait de grouiller, avec les elfes de maisons toujours à s'afférer pour apporter soin à la maison et préparer les repas. Lavinia utilisait même Mara pour la distraire de son ennui, et l'elfe l'accompagnait dans ses aventures botaniques secrètes ou venait essuyer sa mauvaise humeur. Physiquement, elle n'était jamais seule, même si elle ressentait régulièrement la solitude et le manque affectif, sans l'identifier clairement. La maison des Waite, lui, le foyer d'Ezra, était véritablement vide. Un père qu'on ne voyait pas, et presque mutique quand il était présent. Pas de serviteurs, pas d'elfes de maisons, pas de professeurs, pas de frère ni de sueur. Le sentiment de solitude ne devait qu'en être plus pesant.
Lavinia avait réajusté son pantalon pour patauger dans l'eau jusqu'à la grève sans le mouiller, par une savante réutilisation des attaches, le transformant en une sorte de short bouffant. Alors qu'elle savourait la sensation de la vase sous ses pas, elle levait le regard et sentait son souffle se couper à chaque fois que son regard se portait vers l'horizon infini du marécage qui semblait s'étendre à perte de vue. C'était beau, c'était impressionnant. Effrayant, aussi un peu, pour une raison qu'elle ne réussissait pas à saisir.
Ezra était un excellent guide, et Lavinia buvait ses paroles, retenant l'envie de tout marquer sur un parchemin pour ne rien oublier de ces informations. Animaux, plantes, les marais ne semblaient avoir aucun secret pour lui. Elle le regardait, alors qu'il ramait à travers les roseaux, ses yeux pétillants d'enthousiasme, son verbe et sa langue totalement déliés, heureux de partager ce moment avec la jeune fille. C'était un côté de lui qu'elle n'avait pas l'habitude de voir. Un côté plus enfantin, plus attendrissant. Et Lavinia comprit comment il pouvait supporter la froideur de sa demeure solitaire. Sa maison n'était pas entre quatre murs. Son foyer, c'était là, flottant à la surface d'une eau sombre, caché dans les bosquets des plantes marécageuses, bercé par le vrombissement des insectes et des cris des oiseaux. Son foyer, c'était le Moulin sans venin et l'intimité de ses murs qu'il n'ouvrait qu'à des personnes qui comptaient pour lui, dont il était proche. Et Lavinia était à la fois émue et ravie qu'elle en fasse partie.
La vipère ramassait chacune des plantes dont Ezra lui donnait le nom, d'abord avec la plus grande discussion, alors qu'il lui tournait le dos, puis de manière plus naturelle. Il y en avait tant, et elle devait les glisser dans l'enveloppe qu'elle avait apportée, entre les feuilles de séparation, avec beaucoup trop de soin pour se permettre de bâcler ses gestes en les camouflant. Seule la fleur de Nénuphar qu'il lui glissa dans les cheveux avec une tendresse surprenante resta à sa place.
Alors qu'ils rentraient de leur escapade verdoyante, Ezra eut l'idée farfelue de lui tendre les rames. Lavinia le regarda, d'abord surprise, et ensuite un peu honteuse. Elle l'avait laissé pagayer pendant toute la journée, elle n'avait pas proposé un instant de l'aider et ne l'avait même pas remercié. Comme si tout cela était normal, comme s'il n'avait été juste là qu'un guide qui lui était alloué. Mais Ezra n'était pas serviteur, il était son ami, et Lavinia se sentit mortifiée de ne se rendre compte de son impolitesse qu'à cet instant.
- Oh, heu, bien sûr ! Excuse-moi, je... Hum... Comment est-ce que je dois procéder ?
Lavinia plaça ses doigts fins et délicats sur les manches de bois rugueux de la rame, le regard un peu perdu. Elle essaya de reproduire les gestes qu'elle avait vus Ezra faire, sans les avoir vraiment observés pour autant. Ce n'était pas la même sensation que lorsqu'elle tenait le manche de son balai de course. Le bois était plus épais, beaucoup plus lourd et la résistance de l'eau la surprenait. Son premier essaie ne fût pas fructueux, et encore moins le suivant. Elle avait l'impression d'utiliser beaucoup d'effort pour pas-grand-chose, la rame passant bien trop de temps en l'air et éclaboussait la surface de l'eau bruyamment quand elle la relâchait. Ce n'était pas un mouvement qu'elle avait l'habitude de faire, et elle sentait que cela sollicitait des muscles qui jusque-là n'avaient pas eu besoin d'être mobilisé au cours de sa vie... Il lui semblait que, sous ses gestes maladroits, l'embarcation prenait la forme d'une grue folle et blessée, sur le point de couler, agitant ses deux longues pattes dans les airs de manière désespérée, désordonnée et parfaitement grotesque. C'était bien plus difficile que ce qu'elle avait crû, et le sentiment de culpabilité enfla encore un peu plus.
- Désolée de t'avoir laissé ramer seul aujourd'hui. J'essaierais de faire ma part demain... Si tenté que je réussisse à dompter ces rames sans me faire une entorse...