– Senestre
Hjúki avait la sensation de ne pas avoir franchi ce seuil depuis une éternité, le temps de cette année lui avait paru infiniment plus long que s’il avait s’agit d’un cycle scolaire où chaque semaine était un monstre qui dévorait la précédente, et il s’était privé le plus possible d’escales à Galway, s’étant laissé à une navigation plutôt tournée vers les mers européennes que du côté de l’océan, de cet vaste qu’il chérissait tant dans son enfance et qu’il avait toujours préféré par rapport à la face de l’Irlande en vis-à-vis avec la Grande-Bretagne, position fermée qu’il trouvait oppressante et l’avait relativement tenue à l’écart de Dublin. En termes de rupture, le jeune adulte avait coché quelques cases. Alors que ce n’était pas ses plans et qu’il avait cru en l’orientation jusqu’à la fin sa septième année, il avait fini déscolarisé, ne se sentant plus les forces de subir le moindre cadre académique. Par chance le père d’une sorcière qui lui était très chère et qui avait toujours vécu sur l’eau avait accepté de se faire le chaperon de son aventure sur les mers tout en lui offrant un accompagnement tout à fait officieux dans son domaine de recherches qu’étaient les potions et pour lesquelles l’adolescent s’était toujours consumé avec fougue. Même si son mentor était britannique, contrairement à lui, il ne s’était pas embêté à faire valider un partenariat officiel, que ses capacités soient reconnues ou non dans le monde sorcier était la dernière de ses préoccupations, d’autant plus qu’il avait toujours imaginé une corrélation entre quitter Poudlard et s’affranchir de la politique des décisionnaires britanniques, de retour en Irlande Hjúki considérait ne plus avoir à entretenir quelque lien avec cette île étrangère qui lui avait fait assez de mal.
Bien qu’il ait découvert une forme de liberté, à ne plus remplir des obligations arbitraires, le jeune Anastase avait surtout eu besoin de cette année d’échappatoire pour se perdre et se retrouver, savoir en somme quel cap suivre. Ayant réalisé l’été dernier que son lien de sang et culturel à l’Irlande venait d’un père spectral, il s’était longuement demandé s’il n’avait pas besoin de faire volte-face à cette terre, la perspective de s’installer en Europe s’était fait une place dans son esprit. La proposition d’Ada avait tout bouleversé puisqu’elle lui avait donné l’occasion de sillonner l’île par ses veines fluviales pour enfin déterminer s’il lui faisait ainsi ses adieux ou si s’éveillait enfin cette connexion invisible à ses racines qu’il supposait, avant de l’avoir ressentie, enfouie quelque part ailleurs, il ne savait où. À présent qu’il était à peu près sûr d’avoir pris sa décision, celle de rester et de tenter de construire quelque chose là où il était né, il était temps non plus de renier mais de lever le voile sur ses origines. Après avoir longtemps avoir assumé ne rien vouloir savoir, Hjúki était prêt à entendre Opa lui confier tout ce qu’il savait.
Bien qu’il ait découvert une forme de liberté, à ne plus remplir des obligations arbitraires, le jeune Anastase avait surtout eu besoin de cette année d’échappatoire pour se perdre et se retrouver, savoir en somme quel cap suivre. Ayant réalisé l’été dernier que son lien de sang et culturel à l’Irlande venait d’un père spectral, il s’était longuement demandé s’il n’avait pas besoin de faire volte-face à cette terre, la perspective de s’installer en Europe s’était fait une place dans son esprit. La proposition d’Ada avait tout bouleversé puisqu’elle lui avait donné l’occasion de sillonner l’île par ses veines fluviales pour enfin déterminer s’il lui faisait ainsi ses adieux ou si s’éveillait enfin cette connexion invisible à ses racines qu’il supposait, avant de l’avoir ressentie, enfouie quelque part ailleurs, il ne savait où. À présent qu’il était à peu près sûr d’avoir pris sa décision, celle de rester et de tenter de construire quelque chose là où il était né, il était temps non plus de renier mais de lever le voile sur ses origines. Après avoir longtemps avoir assumé ne rien vouloir savoir, Hjúki était prêt à entendre Opa lui confier tout ce qu’il savait.
– Senestre
Entendant le son familier du loquet résonner, Hjúki revécut tous les flashs de ses retours, ceux qui n’étaient qu’éphémères, conscient des implacables départs qui l’attendaient. Pour la première fois, il était libre de choisir de rester ou non. L’envie de changement de décor continuait à le démanger, mais il avait l’intuition qu’il n’aura plus besoin de s’exiler à des milliers de miles pour l’assouvir. Le pays n’était pas immense, il ne sera jamais bien loin. Opa était présent, non loin du miroir enchanté au travers duquel ils avaient communiqué à plusieurs reprises et qui avait pris une place centrale dans le séjour. S’asseyant silencieusement, il ne pipa pas le moindre mot. ‘Bonjour’, ‘En bonne forme ?’, en soit rien de ce qu’il pourra dire ne constituera une entame convenante. Le laissant s’installer juste à ses côtés, il posa sa tête contre son épaule en se focalisant uniquement sur sa respiration et ses pulsations, comme s’il redevenait un enfant pour un instant. S’il s’était refusé à y penser durant tout le temps où il en avait été privé, il se rendait compte à quel point ce genre de contact l’avait manqué, que quelqu’un soit simplement présent sans forcément devoir échanger de l’information textuelle. Son esprit n’était de toute façon pas en état de raconter quoique ce soit de concret. Peut-être qu’un jour il se fera le Conteur de ses périples, mais ce ne sera pas aujourd’hui.
Au fur et à mesure que l’apaisement le gagnait, ses Perles-de-Nótt glissèrent lentement vers le secrétaire où il savait que Opa gardait et triait soigneusement toutes les missives de sa fille et alors que ce n’était pas ce qu’il était venu lui demander, la question lui échappa.
« Elle te manque ? »
« Peut-être autant que tu me manques quand tu disparais… elle a toujours voulu revenir, l’éloignement devient parfois un empêtrement. »
Une crispation marqua le front de l’adolescent qui n’était pas insensible à ce que son aïeul lui disait dans leur langue instinctive et des émotions, l’allemand. Hjúki comprenait ce que c’était de ne pas avoir l’énergie d’accomplir un engagement un jour, puis le suivant, et à force de le repousser l’attente s’est tant et tant allongée qu’elle a atteint un niveau d’indécence qui devient à son tour le motif retenant de se bouger. Le seul remède qu’il avait trouvé pour ne pas sombrer dans la spirale du silence était la régularité du métronome, il n’avait pas perdu le lien avec Opa en s’imposant de le contacter à intervalles définis, mais sa discipline souffrait ponctuellement d’inégalité. Une pointe de culpabilité le pinçait, tout en sachant qu’il ne réalisait ses phases de retrait souvent qu’à rebours. Rassemblant son courage, il se lança sur le sujet qu’il avait laissé se flétrir dans la catégorie du tabou depuis des années.
« Quand j’avais dit que je ne voulais plus rien savoir après les avoir sentis aussi hermétiques…finalement je veux bien. Je sais que tu as persévéré. Est-ce qu’ils lâché quelque chose ? »
Le raidissement presque immédiat du corps de son aîné l’avertit de l’existence de nouvelles, mais de quelle nature ? Les battements propres à Hjúki s’accélèrent doucement, le pressentant à l’aube de révélations, il était possible que derrière la porte qu’il avait verrouillée de dépit ne règne pas le néant.
Au fur et à mesure que l’apaisement le gagnait, ses Perles-de-Nótt glissèrent lentement vers le secrétaire où il savait que Opa gardait et triait soigneusement toutes les missives de sa fille et alors que ce n’était pas ce qu’il était venu lui demander, la question lui échappa.
« Elle te manque ? »
« Peut-être autant que tu me manques quand tu disparais… elle a toujours voulu revenir, l’éloignement devient parfois un empêtrement. »
Une crispation marqua le front de l’adolescent qui n’était pas insensible à ce que son aïeul lui disait dans leur langue instinctive et des émotions, l’allemand. Hjúki comprenait ce que c’était de ne pas avoir l’énergie d’accomplir un engagement un jour, puis le suivant, et à force de le repousser l’attente s’est tant et tant allongée qu’elle a atteint un niveau d’indécence qui devient à son tour le motif retenant de se bouger. Le seul remède qu’il avait trouvé pour ne pas sombrer dans la spirale du silence était la régularité du métronome, il n’avait pas perdu le lien avec Opa en s’imposant de le contacter à intervalles définis, mais sa discipline souffrait ponctuellement d’inégalité. Une pointe de culpabilité le pinçait, tout en sachant qu’il ne réalisait ses phases de retrait souvent qu’à rebours. Rassemblant son courage, il se lança sur le sujet qu’il avait laissé se flétrir dans la catégorie du tabou depuis des années.
« Quand j’avais dit que je ne voulais plus rien savoir après les avoir sentis aussi hermétiques…finalement je veux bien. Je sais que tu as persévéré. Est-ce qu’ils lâché quelque chose ? »
Le raidissement presque immédiat du corps de son aîné l’avertit de l’existence de nouvelles, mais de quelle nature ? Les battements propres à Hjúki s’accélèrent doucement, le pressentant à l’aube de révélations, il était possible que derrière la porte qu’il avait verrouillée de dépit ne règne pas le néant.
– Senestre
Le vieil homme avait respecté les souhaits de son Enkel de tirer un trait sur ses Spectres avec lesquels il n’avait jamais eu l’occasion de créer des attaches. Dans sa jeunesse, il avait été incapable de lui fournir des réponses détaillées, non par volonté de dissimuler de sa part mais parce qu’on l’avait laissé avec un enfant dans les bras sans explications nettes, si ce n’est que lui serait plus apte à l’élever. Il avait appris beaucoup plus tard que sa fille et son gendre voyaient en cette prise de distance la possibilité de ne se montrer que sous leurs beaux jours, en cachant tout indice de la part sombre du tableau, d’où leur long silence résolu sur les seules questions qui importaient pour leur fils. Ce serait avouer la partie qui n’allait pas, et même le doyen avait pris un certain temps avant de décrypter leur attitude épistolaire et d’enfin comprendre leurs motivations à brouiller toute une partie de l’histoire. Dans la somme de leurs considérations et émotions, Opa en avait tiré la honte, qui avait suffi à les museler et leur faire préférer l’élaboration d’un mensonge qui rendait d’autant plus inexplicable leur retrait. Si tout allait bien, pourquoi s’être échappé de leurs responsabilités ? Même un gamin, en l’occurrence Hjúki, était capable de comprendre qu’un grain se cachait dans l’engrenage, au point de s’être déjà imaginé incarner ce parasite.
« Je crois qu’elle craignait que je juge leur relation, son compagnon. Est-ce lui qui éprouvait de la honte de ne pouvoir toujours être un père fonctionnel et lui a demandé de ne rien dire, est-ce elle qui s’est empêchée d’en parler pour le préserver ? Elle n’aurait pas voulu entendre l’alternative de le laisser après sa famille redoutant le ‘qu’en dira-t-on’ qui l’avait ostracisé. Il arrive que des personnes se musèlent même à leurs proches par crainte des réactions ou parce qu’elles jugent elles-mêmes leur situation honteuse, impropre au partage. J’espère que si un jour quelque chose te tourmente, tu ne laisseras pas ces peurs te couper la voix. »
*Ma propre fille ne m’a pas fait confiance…* songeait amèrement Opa qui avait, à l’inverse de son Enkel qui avait coupé les ponts, nourri la correspondance en attendant patiemment que leurs langues se délient. Se levant péniblement, l’adulte rejoignit le secrétaire pour y récupérer quelques feuillets dans une liasse bien ficelée avant de se reposer contre celui qu’il avait élevé comme un fils en les lui tendant. Même s’ils avaient été avertis du refus de Hjúki de lire la moindre ligne de leurs plumes depuis qu’il avait désespéré de les attendre, leurs confessions n’étaient pas uniquement destinées au Beschützer de leur enfant mais également à ce dernier.
« Si tu es prêt… »
« Je crois qu’elle craignait que je juge leur relation, son compagnon. Est-ce lui qui éprouvait de la honte de ne pouvoir toujours être un père fonctionnel et lui a demandé de ne rien dire, est-ce elle qui s’est empêchée d’en parler pour le préserver ? Elle n’aurait pas voulu entendre l’alternative de le laisser après sa famille redoutant le ‘qu’en dira-t-on’ qui l’avait ostracisé. Il arrive que des personnes se musèlent même à leurs proches par crainte des réactions ou parce qu’elles jugent elles-mêmes leur situation honteuse, impropre au partage. J’espère que si un jour quelque chose te tourmente, tu ne laisseras pas ces peurs te couper la voix. »
*Ma propre fille ne m’a pas fait confiance…* songeait amèrement Opa qui avait, à l’inverse de son Enkel qui avait coupé les ponts, nourri la correspondance en attendant patiemment que leurs langues se délient. Se levant péniblement, l’adulte rejoignit le secrétaire pour y récupérer quelques feuillets dans une liasse bien ficelée avant de se reposer contre celui qu’il avait élevé comme un fils en les lui tendant. Même s’ils avaient été avertis du refus de Hjúki de lire la moindre ligne de leurs plumes depuis qu’il avait désespéré de les attendre, leurs confessions n’étaient pas uniquement destinées au Beschützer de leur enfant mais également à ce dernier.
« Si tu es prêt… »
– Senestre
Hjúki scruta chaque mouvement qui suivit avec une extrême concentration, ne manquant pas de constater sa perte de tonus, il se souvenait encore de l’époque où il se mouvait encore de façon plus leste et énergique, l’âge n’était pas tendre avec Opa en lui grapillant peu à peu ses forces. L’adolescent sentit un état de suspension s’instaurer au moment crucial où il entendit les premières phrases abordant enfin concrètement les raisons de l’évitement de sujet qui avaient provoqué tant de frustration. Il paraissait que les générations pouvaient avoir tendance à se répéter, et il prit la mesure de l’impact de la culture du non-dit sur les personnes qui le subissaient. En effet, à force d’avoir voulu contrôler leur image en ne laissant rien filtrerautant qu’ils le pouvaient, le jeune Anastase doutait être devenu quelqu’un de très causant. Du moins, quand de vraies personnes étaient impliquées. Il ne tenait pas sa langue tant que c’étaient des objets, des inanimés. De quoi l’avaient-ils cru, présumé être un intolérant ? Que s’était-ils imaginé être si inacceptable ? Hjúki en était assurément curieux et il ne se fit pas prier pour saisir les papiers qui contenaient la promesse d’éclaircissements auxquels il n’avait jamais eu le droit jusqu’à présent.
Interdit, il découvrit le témoignage d’un épisode dont il ne possédait à l’évidence aucune trace ni souvenirs puisqu’il était alors nourrisson. Ils avaient eu la pudeur d’épurer les traits, laissant les choses se dessiner et être comprises à partir du strict minimum, à l’opposé de la démonstration excessive qu’aurait été la réminiscence à l’état brut de la Pensine. C’était complètement inédit, le jeune adulte se mit à essayer de penser selon la perspective de ce jeune couple, confronté à cette variable imprévisible dans la balance. Qu’aurait-il fait s’il avait été l’une ou l’autre ? Est-ce qu’être présent valait la peine de frôler l’accident à plusieurs reprises ? Sur ce fil de rasoir entre le monde de l’enfance et celui des adultes, il commençait à percevoir les enjeux et le dilemme qu’il aurait sans doute impulsivement balayé plus petit. Aurait-il pu être prêt plus tôt ? En tout cas eux ne l’avaient pas été, ce qu’il ne manqua pas de remarquer.
« Il leur en a fallu du temps… »
Malgré tout, le ressentiment de l’attente ne l’avait pas quitté. Il comprenait la situation déchirante, les doutes, un choix plus difficile qu’il ne se l’était imaginé ; en revanche il ne justifiait leur attitude de l’étouffement des circonstances, de faire croire qu’ils n’avaient même pas essayé. Cela arrivait un peu tard, il aurait aimé que ce petit secret soit levé plus tôt, quitte à être bêtement dégoûté et rejeter cette partie de soi avant de l’accepter les années passant. Là, ce n’était même pas d’apprendre cette instabilité d’un parent incompatible avec le soin d’un enfant qui le hérissait, mais le fait qu’ils l’avouent trop en retard pour qu’il compatisse et veuille comprendre. L’entrée en matière de Opa prenait subitement un sens capital, oui il comptait bien ne jamais se laisser bouffer par les jugements et la honte au point qu’il ne lui reste plus que l’évaporation.
Interdit, il découvrit le témoignage d’un épisode dont il ne possédait à l’évidence aucune trace ni souvenirs puisqu’il était alors nourrisson. Ils avaient eu la pudeur d’épurer les traits, laissant les choses se dessiner et être comprises à partir du strict minimum, à l’opposé de la démonstration excessive qu’aurait été la réminiscence à l’état brut de la Pensine. C’était complètement inédit, le jeune adulte se mit à essayer de penser selon la perspective de ce jeune couple, confronté à cette variable imprévisible dans la balance. Qu’aurait-il fait s’il avait été l’une ou l’autre ? Est-ce qu’être présent valait la peine de frôler l’accident à plusieurs reprises ? Sur ce fil de rasoir entre le monde de l’enfance et celui des adultes, il commençait à percevoir les enjeux et le dilemme qu’il aurait sans doute impulsivement balayé plus petit. Aurait-il pu être prêt plus tôt ? En tout cas eux ne l’avaient pas été, ce qu’il ne manqua pas de remarquer.
« Il leur en a fallu du temps… »
Malgré tout, le ressentiment de l’attente ne l’avait pas quitté. Il comprenait la situation déchirante, les doutes, un choix plus difficile qu’il ne se l’était imaginé ; en revanche il ne justifiait leur attitude de l’étouffement des circonstances, de faire croire qu’ils n’avaient même pas essayé. Cela arrivait un peu tard, il aurait aimé que ce petit secret soit levé plus tôt, quitte à être bêtement dégoûté et rejeter cette partie de soi avant de l’accepter les années passant. Là, ce n’était même pas d’apprendre cette instabilité d’un parent incompatible avec le soin d’un enfant qui le hérissait, mais le fait qu’ils l’avouent trop en retard pour qu’il compatisse et veuille comprendre. L’entrée en matière de Opa prenait subitement un sens capital, oui il comptait bien ne jamais se laisser bouffer par les jugements et la honte au point qu’il ne lui reste plus que l’évaporation.
– Senestre
À l’instant où son Enkel attrapa les feuillets, l’adulte sentit que le portail qu’il était sur le point de franchir était à sens unique, une fois qu’il aura vu tous les bords de la fresque qui lui avaient été cachées, il ne pourra a priori plus les oublier. C’est pourquoi il observa avec appréhension ses réactions, ayant toujours en mémoire le gouffre dans lequel il avait plongé estomaqué, leur donnant peu ou moins raison par le jugement qu’il avait émis, soit de trouver que leur option de dissimulation avait été loin d’être une idée brillante. C’est précisément ce qui les avait emprisonnés dans des sables mouvants, une fois qu’ils y avaient posé le pied, il était extrêmement délicat de se dépêtrer. Par son intuition ou le lien fort qu’il partageait avec son Enkel, il eut l’impression de percevoir physiquement la coulée de ces informations en lui, comme si ses veines en palpitaient autrement, qu’il sentait que la nature de son sang n’était pas telle qu’il se l’était imaginée. Le vieillard n’osait se figurer la variété des questions que ces témoignages soulevaient, mais il ne serait pas étonné que parmi elles se présente celle du chemin parallèle – et s’ils n’avaient pas choisi les sables mouvants ? À force d’échanges, il en avait extrait une bribe d’information sur le sorcier irlandais qui offrira, à son espoir, quelques réponses. Lui présentant la carte de visite qu’il avait récupérée, il ajouta d’une voix aussi douce que possible.
« Ce n’est pas tout. Il a une sœur qui est restée auprès de ses enfants. »
Attrapant d’un geste précis et assuré le carton où étaient inscrites les coordonnées de mages dont le patronyme ne lui disait rien, l’adolescent eut un temps d’arrêt avant d’être en mesure d’interpréter ce que cela signifiait. Des cousins dans le monde magique ? À en croire la situation décrite plus tôt, son géniteur avait été coupé de sa famille, possiblement pour ses épisodes instables, mais la pièce avait une autre face que celle de volatilisation des Spectres, celle d’une tante qui serait restée. Hjúki n’eut pas l’occasion d’ouvrir la bouche que son Opa le devança.
« Ils sont à Dublin. »
Tournant à plusieurs reprises la carte entre ses doigts, peinant encore à assimiler cet influx inattendu d’informations, une impulsion viscérale se cristallisa aussitôt dans son esprit qui n’avait pas attendu en vain. Dans le creux de sa main était logé un potentiel sérieux de perspectives et de réponses. S’il avait eu besoin de vingt ans pour annoncer qu’il était prêt, soit la durée symbolique du retour d’Ulysse dont l’épouse Pénélope était l’exemple le plus admirable de patience, l’heure n’était plus à la stagnation, il ira à leur rencontre.
« Je dois les contacter. »
« Ce n’est pas tout. Il a une sœur qui est restée auprès de ses enfants. »
Attrapant d’un geste précis et assuré le carton où étaient inscrites les coordonnées de mages dont le patronyme ne lui disait rien, l’adolescent eut un temps d’arrêt avant d’être en mesure d’interpréter ce que cela signifiait. Des cousins dans le monde magique ? À en croire la situation décrite plus tôt, son géniteur avait été coupé de sa famille, possiblement pour ses épisodes instables, mais la pièce avait une autre face que celle de volatilisation des Spectres, celle d’une tante qui serait restée. Hjúki n’eut pas l’occasion d’ouvrir la bouche que son Opa le devança.
« Ils sont à Dublin. »
Tournant à plusieurs reprises la carte entre ses doigts, peinant encore à assimiler cet influx inattendu d’informations, une impulsion viscérale se cristallisa aussitôt dans son esprit qui n’avait pas attendu en vain. Dans le creux de sa main était logé un potentiel sérieux de perspectives et de réponses. S’il avait eu besoin de vingt ans pour annoncer qu’il était prêt, soit la durée symbolique du retour d’Ulysse dont l’épouse Pénélope était l’exemple le plus admirable de patience, l’heure n’était plus à la stagnation, il ira à leur rencontre.
« Je dois les contacter. »
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