18 sept. 2022, 19:52
 TW   Triptyque  Dextre
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Dans l’atelier, Anaël travaillait sur les finitions décoratives d’un objet d’exposition destiné à montrer aux clients l’étendue de ses compétences combinées à celles de sa sœur aînée Loïs afin que les sorciers intéressés par une création d’artisanat magique pour combler quelque besoin se fassent une idée du type de commandes que la fratrie était capable d’honorer. Absorbé par toute la minutie qu’il devait mobiliser, le jeune adulte n’entendit pas une enveloppe être déposée par une chouette qui s’éclipsa aussi discrètement qu’elle était venue, n’estimant pas nécessaire de s’attarder alors qu’une trappe à courrier adaptée à la correspondance ailée permettait de se délester aisément de sa missive. Habituellement, les messages reçus à cette adresse professionnelle constituaient des commandes ou des demandes de renseignements sur leurs prestations pour les mages qui préféraient la commodité d’un contact à distance plutôt que de se présenter directement à l’atelier de Dublin. Une fois ses outils nettoyés, rangés et les matières correctement scellées, l’artisan récupéra la pile de lettres en se préparant à traiter des requêtes relatives à son activité, ne s’attendant absolument pas à tomber sur un billet de nature plus personnelle.

Quelques lignes parcourues lui suffirent à comprendre que cela ne s’apparentait guère à un cahier des charges fonctionnel, et la curiosité fit glisser son regard jusqu’au bas du texte afin de découvrir la signature et trouver une identité qui ne lui évoquait malheureusement rien : ‘Hjúki Anastase’. Certainement un sorcier irlandais pour avoir eu vent de l’existence de ce lieu, du moins n’avait-il fait de promotion avec Loïs du côté de la Grande-Bretagne. Le support était fort peu commun, Anaël n’avait pas souvent eu affaire à quelqu’un écrivant sur du papyrus, même si en y réfléchissant ce choix végétal était plus censé que le parchemin, la plupart des échanges ne valait la peine de gâcher de la peau de bête. Changeant de disposition d’esprit, il retourna à l’en-tête qui confirma la provenance locale de la lettre, écrite à Galway. S’il était à peu près certain que leurs cartes de visite n’invitaient à cela, il eut d’abord l’impression de lire la biographie d’un étranger avant de reconnaître, une fois le propos bien entamé, sa propre histoire, qui s’y trouvait entremêlée. Il fallait se rendre à l’évidence, il y avait là l’écho à des informations qu’il n’avait jamais confiées à quiconque, des secrets dont seule une personne ayant traversé les mêmes épisodes aurait connaissance. Soit cet inconnu avait trifouillé dans sa vie par il ne savait quels moyens, soit son témoignage était vrai, impliquant qu’ils soient liés par la seule affiliation possible qu’il s’était imaginé stérile, Anaël ayant toujours visualisé l’arbre familial comme feuillu et étendu d’un côté, desséché de l’autre. La branche qui perçait méritait une relecture plus impliquée et attentive pour démêler le tracé des fils racinaires qui avaient été dessinés.
Dernière modification par Hjúki Anastase le 8 mars 2024, 11:05, modifié 1 fois.

18 sept. 2022, 21:11
 TW   Triptyque  Dextre
Reducio
Avertissement de contenu : Racisme
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Son attention alpaguée, Anaël se reconcentra dans sa lecture du papyrus afin d’en assimiler véritablement le contenu qui avait effleuré si ce n’est ébranlé quelques rochers dans son esprit lors de sa traversée en diagonale, il s’agissait désormais de les faire rouler et d’ouvrir les grottes qu’ils bouchaient. Les informations inédites exigeaient de lui une grande force de visualisation mentale pour être intégrées dans sa réalité, notamment quand il apprit que sa mère avait un frère et que c’était lui qui incarnait le maillon le reliant à ce Hjúki Anastase. Comment avait-il pu être rayé, son existence niée ? En une fraction de seconde, ses pensées se figèrent sur l’image de ses grands-parents irlandais. Le rejet les seyait tant, il ne serait pas étonné d’apprendre d’eux qu’ils auraient instigué une ‘damnatio memoriae’ sur leur propre fils, pour peu qu’il ait fait quoi que ce soit sortant du cadre de la famille propre qu’ils voulaient s’imaginer incarner. C’était déjà un miracle qu’ils aient accepté, ou plutôt toléré l’union de leur fille avec son père. En effet, ils ne fournissaient absolument aucun effort pour dissimuler leur suffisance mêlée de mépris lorsqu’ils regardaient son père. Si persuadés d’être supérieurs du fait de leur origine occidentale, du fait de leur magie : ils le traitaient comme un arriviste qui avait voulu profiter de leur enfant comme d’un ascenseur social et de prestige. Anaël ne comptait plus le nombre de fois où ses grands-parents avait qualifié sa culture asiatique d’inférieure voire carrément de ‘sauvage’, en opposition à la civilisation européenne, autant de fois où il était d’abord rentré en pleurant des dîners de famille alors qu’il était enfant, avant de commencer progressivement à en nourrir une colère sourde à leur égard.

Il ne saurait comment qualifier ce regard de dégoût qu’ils réservaient à lui et sa sœur Loïs, leur signifiant à quel point c’étaient des enfants dégradés par leur métissage, que c’est du gâchis d’avoir compromis la pureté de leur lignée. Parfois c’était la réprimande qui pointait s’il osait placer quelques mots de dialecte taïwanais dans une parole adressée à sa sœur ou son père, comme s’il était inconvenant de montrer qu’il n’était pas parfaitement irlandais et ‘blanc’, outre son physique qui le trahissait de toute manière. Cette obsession de la lignée et ce regret de voir ces rejetons mélangés semblaient avoir été accentués par la nature moldue de son père. En présence de leurs grands-parents, ils donnaient clairement l’impression à leurs petits-enfants qu’ils les avaient salis par leur simple existence, le seul moyen de trouver grâce à leurs yeux étant de dissimuler au plus leurs influences orientales ou moldues – ce qu’ils ne voulaient pas. Si sa mère ne se montrait pas aussi franche dans cette attitude abjecte de supériorité, le jeune adulte sentait quand même qu’elle trouvait son éducation irlandaise plus élevée, considérant le fait qu’elle ne s’était jamais donné la peine de s’intéresser une once aux racines culturelles de son mari, tenant pour acquis que c’était à lui de s’adapter et d’adopter les mœurs locales. Si son oncle était sorti des clous, l’artisan croyait ces sorciers imbus de leur image de pseudo-perfection – si cela ne tenait qu’à eux, l’arbre généalogique s’arrêterait à leur niveau, juste avant l’arrivée de nouvelles origines – parfaitement capables de l’éjecter de leur vie. Au vu de ce dont il avait été témoin, Anaël avait peine à croire qu’il y ait eu un enfant encore plus décevant que sa mère qui, bien que toujours en contact avec ses parents, n’avait clairement pas été soutenue et encouragée dans tous ses choix, si ce n’est que personne ne pouvait lui enlever sa brillante carrière professionnelle. La patine sociale, sauver les apparences, ainsi se résumaient donc ses aïeux irlandais.

19 sept. 2022, 13:37
 TW   Triptyque  Dextre
Reducio
Avertissement de contenu : Psychophobie /intériorisée
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À n’en pas douter, Anaël estimait que Hjúki avait de la chance de ne pas avoir connu ces grands-parents et d’avoir échappé à leurs jugements rétrogrades sur ce qui était acceptable, assumable ou non. Poursuivant sur les lignes suivantes, il put prendre connaissance du motif potentiel d’exclusion de son oncle. Il s’agissait d’un témoignage rapporté, puisque l’adolescent n’avait pas assisté en personne à ces comportements alarmants pour un père, mais leur évocation même superficielle s’avéra immédiatement parlante pour le jeune adulte qui songea à sa mère et aux épisodes troublés qu’il avait longtemps occultés. Reine de la dissimulation qu’elle était, il ne serait pas étonné que ses parents ne soient même pas au courant, expliquant le fait qu’ils aient cru n’avoir qu’un fils ‘gênant’, sa mère était extrêmement douée pour repousser une réunion familiale sous des prétextes savamment élaborés de sorte qu’ils ne se doutent pas des véritables raisons ; inavouables pour les interlocuteurs que ces sorciers venimeux aux puissantes œillères représentaient. Évidemment, il l’avait plus ou moins protégée en ne dévoilant pas au cercle extérieur aux seuls témoins directs pourquoi certains jours elle n’était pas présentable, ça l’avait même arrangé que cette information demeure scellée dans la discrétion. Lui-même en avait eu honte, et ça le rebutait de l’admettre, mais il avait un soupçon de compréhension pour la honte que ses aïeux auraient eue, si ce n’est que cela ne justifiait pas un rejet.

Aujourd’hui, il éprouvait de la honte en repensant à cet enfant pétri de honte qui tenait tant à ce que cela ne se sache surtout pas, car qu’il le veuille ou non, cela revenait à avoir été une présence néfaste pour sa mère, une part de lui ne l’acceptait alors pas entièrement. Il ne s’imaginait la violence subie par son oncle qui avait perdu le droit d’exister pour avoir traversé des tourments sûrement semblables à ceux de sa mère, peut-être à un autre degré, non dissimulables. Il lui avait bien fallu attendre d’entrer dans la vie adulte et indépendante pour qu’il ne nie plus le trouble que portait sa mère et avec lequel il avait dû grandir, s’étant persuadé qu’il n’y avait rien alors même qu’il était tombé enfant sur le document le prouvant noir sur blanc. En soit, la plupart du temps cela ne paraissait pas et c’est bien pourquoi elle était parvenue à berner efficacement l’entourage indirect, mais il y avait eu ces crises marquantes dont il n’avait jamais parlé et dont le souvenir ne l’avait pas quitté. Bien que rares et suffisamment espacées pour qu’elles ne constituent pas une routine, il n’avait pas oublié la sensation mêlant terreur et confusion – ‘la connais-je ?’ se demandait un esprit sidéré – qui s’emparait de lui lorsqu’il l’avait entendue hurler des litanies insensées sur de mystérieuses entités persécutrices. Le tabou était tel qu’il avait cru son cas inhabituel, illusion ménagée par un puissant phénomène d’[auto]-censure des personnes concernées, au point qu’il avait eu besoin d’environ une décennie pour enfin se sentir prêt à rouvrir un conte où un héros partageait partiellement son vécu. S’il était à présent en paix avec la condition de sa mère et même fier de ce qu’elle avait construit alors que ses grands-parents auraient été les premiers à la limiter s’ils avaient su, Anaël essaya de se mettre à la place de Hjúki dont le prix pour ne pas subir cette instabilité avait été l’absence de ses parents, incapable de trancher sur ce qui valait le mieux.

19 sept. 2022, 18:03
 TW   Triptyque  Dextre
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Son regard glissa sur quelques paragraphes avant de se figer sur quelques réflexions qui résonnaient fortement en lui. Du peu qu’il en savait, naturellement, Hjúki le rattachait à la branche irlandaise, ce qui était réciproque, mais cela impliquait dans son cas qu’il n’était lié à cette culture que par la terre et pas tellement par la transmission nourrie d’un parent, alors qu’Anaël avait eu sous les yeux sa mère et ses grands-parents irlandais durant toute son enfance. Quoique pas si souvent que cela, sa propriété étant visiblement le travail avant la vie privée, c’était surtout son père qui en sa qualité de parent en foyer avait consacré le plus de temps à la fratrie Zhang. Sans doute parce qu’il était de la deuxième génération, ses grands-parents ayant émigré depuis Taïpei vers Dublin mais son père ayant grandi certes en contact avec la communauté taïwanaise mais se mêlant volontiers aux irlandais, il était bien loin du cliché du parent asiatique ne valorisant ses enfants que par les résultats académiques. La valeur de l’exigence lui avait bien sûr été inculquée, mais le jeune artisan avait surtout appris à faire confiance à ses propres jugements et ne pas laisser les évaluations venant de-ci ou de-là faire fluctuer sa valeur comme un cours de bourse. Ce n’était pas parce que quelqu’un disait qu’il était mauvais que ce devait à l’instant le déterminer, ni parce que le lendemain quelqu’un louait son excellence qu’il passait immédiatement à un statut exceptionnel. C’est à lui de garder tête froide et de savoir ce qu’il valait, en se connaissant, en restant lucide, sans se laisser influencer par des notations volatiles ne ciblant qu’un fragment à la fois.

D’ailleurs, il avait appris à jouer l’erhu auprès de son père d’un choix libre, sans être forcé au nom de l’entraînement des rouages intellectuels, de l’esprit mathématique et de la performance ; motifs sous lesquels son père avait de son côté été conduit vers la pratique de cet instrument traditionnel qu’il enseignait désormais aux quelques curieux qui se présentaient au
Taipei Representative Office de Dublin où il animait régulièrement des ateliers bénévoles sur diverses branches de sa culture – la calligraphe, la poésie, la rhétorique en chinois traditionnel, la cérémonie du thé – dont il se faisait le Passeur autant pour des descendants affiliés par le sang à l’île que pour des irlandais souhaitant découvrir des traditions étrangères. En assistant à quelques-unes de ces sessions, Anaël y avait également appris la valeur de respect, son père n’exigeant de son public rien de plus qu’un intérêt sincère, préférant que les personnes qui n’étaient disposées à écouter quittent la salle plutôt que de rester en faisant tout autre chose sur ce rectangle lumineux desquels beaucoup trop de moldus peinaient à décrocher leur attention.

Le jeune adulte avait toujours trouvé essentiel d’appréhender les deux mentalités avec lesquelles il avait été éduqué, elles clarifiaient et justifiaient les attitudes de ses parents, s’il ne s’était pas intéressé il aurait été condamné à l’incompréhension et à une communication butée. Anaël s’opposait à la vision selon laquelle trop s’attacher à ses racines outre-mer serait un refus d’intégration, tout comme il était déplacé de juger un manque de liens à un part de ses origines, chacun trouvait sa propre juste mesure. Il ne comprenait que trop bien le conflit interne culturel auquel Hjúki faisait mention, étant d’autant plus renvoyé à la façon dont il gérait l’équilibre entre ses influences du fait qu’elles étaient plus ou moins inscrites sur son visage, l’option de s’uniformiser ou d’occulter une partie de soi n’était pas tellement envisageable.

19 sept. 2022, 20:43
 TW   Triptyque  Dextre
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Venant à bout de sa seconde lecture, Anaël avait examiné suffisamment d’aspects pour y trouver des points de réaction et avoir confirmation que cette lettre n’était pas un piège serti de sombres intentions, elle se fondait sur des piliers assez sérieux pour qu’il y croie, même si une confrontation avec sa branche maternelle ne sera certainement pas de trop pour éclaircir quelques parts d’ombre qui subsistaient. La sensation qui naît lorsque l’on apprend avoir un cousin, si proche, était indescriptible ; mais il demeurait mesuré, inutile de s’imaginer trop vite une connexion prête à se fortifier, les liens du sang ne faisant pas tout, il fallait d’abord se découvrir, au-delà de ce feuillet de présentation. S’arrachant à sa contemplation perçante de l’encre et de ses élégantes boucles, le jeune artisan retourna à la réalité de son atelier, constatant l’allongement manifeste des ombres trahissant le temps écoulé depuis l’instant où il avait ouvert l’enveloppe. Son attention détournée, il n’était pas venu à bout de la pile de courriers mais elle était assez modeste pour qu’il ne s’inquiète pas trop de l’impact de ce léger délai. Le billet ne lui étant pas exclusivement destiné, Loïs devait absolument être avertie pour le lire à son tour. Sa sœur était donc sa priorité : écartant le papyrus du reste, il griffonna quelques mots sur un morceau de papier qu’il épingla à côté pour qu’elle comprenne de quoi il en ressortait lorsqu’elle arrivera à l’atelier et évite comme lui la confusion avec le reste.

Se levant, il rejoignit aussitôt après le calendrier ‘chinois’ du fait de ses informations luni-solaires et astrales qui se présentait sous la forme d’un rouleau complètement étendu sur le mur, les baguettes de bois permettant leur enroulement étant situées en haut et en bas du rectangle tissé dans un papier à la texture de mosaïque dont il n’avait jamais pensé à demander le nom, trop occupé qu’il était enfant à en caresser la texture ou à l’enrouler et le dérouler compulsivement ; et observa la configuration des prochains mois dans l’optique de trouver le moment opportun pour un croisement. Anaël avait assurément matière à partager, mais pas par le biais d’une correspondance, il comptait bien rencontrer Hjúki en chair et en os avant de s’introduire à lui dans les formes. Son regard brun courant jusque vers les cycles plus tellement éloignés de la fin de l’année et du début de la prochaine remarqua avec amusement que le prochain nouvel an sera celui du Dragon, l’animal préféré du zodiaque dans la culture chinoise, au point que ses grands-parents paternels avaient regretté qu’il ne soit né pas deux petits mois plus tôt pour y être affilié. Au lieu de quoi il était un Serpent, sa répartition à Serpentard les avait en somme ravi, il n’y avait de toute façon pas de maison du Dragon en Écosse ; et l’artisan préférait largement ne pas être de cette génération si idéalisée subissant sûrement des attentes monstrueuses car incarnant un symbole trop fort pour elle.

Reculant de quelques phases pour revenir au temps présent, il se fixa sur une date parfaite autant pour sa relative proximité que pour ce qu’elle représentait. Cette fête, contrairement au nouvel an chinois, n’avait pas été réappropriée en Occident, et arrivait chaque année en toute discrétion, dans le sens où si son père l’avait toujours organisée ou avait à défaut envoyé un véritable gâteau de la Lune à ses enfants le jour correspondant lorsqu’ils étaient à Poudlard – se situant autour de la saison automnale, elle coïncidait malheureusement avec le temps scolaire – elle ne faisait quasiment aucun bruit chez les personnes étrangères à cette culture. Sa réponse fut donc une invitation pour la fête de la Lune à venir, ce qui sonnait comme un Pont plus que convenable considérant ce que devait signifier son prénom dans la culture germanique.
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