Couleurs d'un monde nouveau
L'idée d'un encas fait furieusement gronder mon ventre. Une poignée de chewing-gum ne constitue pas un véritable repas et avec ma maigreur et mon corps fragile, je supporte peu la faim et suis rapidement sujet aux malaises. J'acquiesce aux différents propos du sorcier, mais une partie de mon cerveau est en proie à une panique croissante : j'ai faim, et j'ignore à quelle heure nous mangerons, en quelle quantité et si mon corps tiendra correctement d'ici là. A Poudlard les repas sont simples : ils sont tous les jours à heure précise. S'il m'est compliqué de me sustenter au milieu de centaines d'autres étudiants, j'ai toutefois appris à gérer cette foule sans avoir à me soucier du contenu de mon assiette ou de l'heure à laquelle le repas arrive, puisque ces deux derniers points sont réguliers. Chez mes parents le concept est similaire : le repas est à heure fixe et mes parents m'appellent simplement quand vient le moment de passer à table. Etre seul ou en compagnie d'une personne qui n'est ni un tuteur ni un parent, cela requiert une certaine autonomie dont je ne dispose peut-être pas encore.
Je me montre particulièrement passive sur cette fin de première journée, me contentant de suivre Hjúki Anastase où il m'emmène, et lui accordant l'aide demandée si cela s'avère nécessaire. Incapable de prendre des décisions sur le moment ou même la plus simple des initiatives, je laisse mon accompagnateur se charger de tout, et accueille avec un soulagement inouï le repas quand celui-ci arrive. L'appétit est tel que récipient ovale ou non, j'aurais tout dévoré : toutefois le soin apporté à l'assiette qui m'est proposée et sa forme si familière me réchauffe instantanément le cœur et me permet de me reconnecter un peu à la réalité et mes habitudes. Je me retrouve alors et me sens un peu plus moi-même, alerte et capable d'entreprendre des choses. C'est aussi comme si mon cerveau se rallumait après un Nox sorti de nulle part : je reviens à moi et me sens de nouveau capable d'interagir avec le monde.
L'heure du coucher arrive et malgré mes habituelles insomnies, le sommeil m'emporte étonnamment très vite. Je me sens bien dans cette petite cabine même s'il me faut du temps pour me faire à ces petits ballotements réguliers. Le mouvement ne m'est cependant pas désagréable et loin de me rendre malade, je me sens simplement bercée. Mes figurines autour de moi, à l'instar de l'assiette ovale, me permettent de me sentir comme à la maison.
Le lendemain est abordé de manière plus sereine que ce premier jour, bien qu'il me faille du temps pour instaurer parfaitement mes habitudes. La flexibilité d'un hôte qui semble parfaitement attentif à mes besoins est une aide inestimable : je n'avais pas beaucoup de doutes à ce sujet, autant lors de notre première rencontre que des missives échangées par la suite, j'ai senti qu'il y avait quelque chose de commun entre Anastase et moi qui pourrait nous permettre de nous comprendre et nous entendre. Il m'est cependant rassurant de constater que je peux me fier à ce type d'intuition.
Le matin venu, Cuilcagh Boardwalk nous offre des paysages extraordinaires. Loin de la tranquillité des lieux exclusivement magiques, le passage régulier de nombreux promeneurs ne me dérange cependant pas puisque l'espace naturel et l'absence de lieux confinés me permettent de ne pas me sentir oppressé par ces présences. J'imprègne chacun de ces paysages dans ma mémoire pour pouvoir être capable de les ressortir le soir venu sur papier, et apprécie les quelques pauses pour soulager mes jambes douloureuses et esquisser de premiers croquis.
Une petite poignée de jours passe. Au milieu de quelques arrêts ponctués de moments de repos loin de la foule et de l'agitation de la vie moldue, la navigation se poursuit le long du fleuve et nous emmène non loin de Lough Key, qui se révèle aussi intéressant pour son immense lac que pour le parc forestier environnant.
Nous dénichons un petit endroit aussi calme qu'agréable. Mes jambes me tirent douloureusement après déjà plusieurs promenades : si j'ai l'habitude de forcer sur mes limites après des années à grimper quotidiennement les escaliers menant à la tour de Serdaigle, l'exercice se révèle différent quand on emprunte des chemins plus escarpés sans marches régulières.
Je suis donc soulagé quand je me pose enfin dans l'herbe, à côté d'un petit banc en bois1.
Mon regard se tourne vers mon compagnon de voyage.
« Je prendrais bien le temps d'esquisser un nouveau croquis, si ça ne vous dérange pas qu'on s'arrête un peu ici. »
Nous sommes seuls dans ce petit coin de verdure, et je n'aperçois aucune personne à l'horizon. Il est donc possible d'aborder à priori tout type de sujet -et c'est un en particulier qui me vient à l'esprit après y avoir pensé quelques fois depuis notre départ.
« Je regrette de ne pas avoir ma baguette magique. Maintenant que je suis majeure, j'aurais pu me montrer un peu plus utile depuis le début de notre voyage si j'avais pu faire usage de la magie. Je ne comprends pas ce décret qui nous interdit de l'avoir » soupiré-je.
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1 pour Hjúki s'il n'est pas du genre à s'asseoir à même le sol.
Je me montre particulièrement passive sur cette fin de première journée, me contentant de suivre Hjúki Anastase où il m'emmène, et lui accordant l'aide demandée si cela s'avère nécessaire. Incapable de prendre des décisions sur le moment ou même la plus simple des initiatives, je laisse mon accompagnateur se charger de tout, et accueille avec un soulagement inouï le repas quand celui-ci arrive. L'appétit est tel que récipient ovale ou non, j'aurais tout dévoré : toutefois le soin apporté à l'assiette qui m'est proposée et sa forme si familière me réchauffe instantanément le cœur et me permet de me reconnecter un peu à la réalité et mes habitudes. Je me retrouve alors et me sens un peu plus moi-même, alerte et capable d'entreprendre des choses. C'est aussi comme si mon cerveau se rallumait après un Nox sorti de nulle part : je reviens à moi et me sens de nouveau capable d'interagir avec le monde.
L'heure du coucher arrive et malgré mes habituelles insomnies, le sommeil m'emporte étonnamment très vite. Je me sens bien dans cette petite cabine même s'il me faut du temps pour me faire à ces petits ballotements réguliers. Le mouvement ne m'est cependant pas désagréable et loin de me rendre malade, je me sens simplement bercée. Mes figurines autour de moi, à l'instar de l'assiette ovale, me permettent de me sentir comme à la maison.
Le lendemain est abordé de manière plus sereine que ce premier jour, bien qu'il me faille du temps pour instaurer parfaitement mes habitudes. La flexibilité d'un hôte qui semble parfaitement attentif à mes besoins est une aide inestimable : je n'avais pas beaucoup de doutes à ce sujet, autant lors de notre première rencontre que des missives échangées par la suite, j'ai senti qu'il y avait quelque chose de commun entre Anastase et moi qui pourrait nous permettre de nous comprendre et nous entendre. Il m'est cependant rassurant de constater que je peux me fier à ce type d'intuition.
Le matin venu, Cuilcagh Boardwalk nous offre des paysages extraordinaires. Loin de la tranquillité des lieux exclusivement magiques, le passage régulier de nombreux promeneurs ne me dérange cependant pas puisque l'espace naturel et l'absence de lieux confinés me permettent de ne pas me sentir oppressé par ces présences. J'imprègne chacun de ces paysages dans ma mémoire pour pouvoir être capable de les ressortir le soir venu sur papier, et apprécie les quelques pauses pour soulager mes jambes douloureuses et esquisser de premiers croquis.
Une petite poignée de jours passe. Au milieu de quelques arrêts ponctués de moments de repos loin de la foule et de l'agitation de la vie moldue, la navigation se poursuit le long du fleuve et nous emmène non loin de Lough Key, qui se révèle aussi intéressant pour son immense lac que pour le parc forestier environnant.
Nous dénichons un petit endroit aussi calme qu'agréable. Mes jambes me tirent douloureusement après déjà plusieurs promenades : si j'ai l'habitude de forcer sur mes limites après des années à grimper quotidiennement les escaliers menant à la tour de Serdaigle, l'exercice se révèle différent quand on emprunte des chemins plus escarpés sans marches régulières.
Je suis donc soulagé quand je me pose enfin dans l'herbe, à côté d'un petit banc en bois1.
Mon regard se tourne vers mon compagnon de voyage.
« Je prendrais bien le temps d'esquisser un nouveau croquis, si ça ne vous dérange pas qu'on s'arrête un peu ici. »
Nous sommes seuls dans ce petit coin de verdure, et je n'aperçois aucune personne à l'horizon. Il est donc possible d'aborder à priori tout type de sujet -et c'est un en particulier qui me vient à l'esprit après y avoir pensé quelques fois depuis notre départ.
« Je regrette de ne pas avoir ma baguette magique. Maintenant que je suis majeure, j'aurais pu me montrer un peu plus utile depuis le début de notre voyage si j'avais pu faire usage de la magie. Je ne comprends pas ce décret qui nous interdit de l'avoir » soupiré-je.
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1 pour Hjúki s'il n'est pas du genre à s'asseoir à même le sol.
♦ Étudiant.e à l'IMSM - #b45f06 ♦
Appelez-moi Ada ou Lest ! ♦
Appelez-moi Ada ou Lest ! ♦
Couleurs d'un monde nouveau
Hjúki comprend que son oubli n’est pas si anodin que cela en décelant les symptômes de la perte d’énergie, du moins c’est l’explication qui lui vient le plus immédiatement en ayant l’impression d’un passage à un mode d’économie des ressources. Il n’y peut malheureusement pas grand-chose, ne maîtrisant pas les bons et les mauvais stimuli d’Ada, mais retient qu’il lui faudra demeurer un minimum vigilant pour la suite et essayer de montrer qu’il peut être sollicité, même pour un verre d’eau qui est plus précieux qu’il n’y paraît en été et qui fait pourtant partie des omissions les fréquentes. Essayant de ne pas se focaliser outre-mesure sur ce qu’il n’avait pas fait ou ce qu’il aurait dû faire, l’adolescent décida de se concentrer plutôt sur le présent et la planification de leurs prochaines excursions.
Après avoir constaté ses talents graphiques dans le portrait qui lui avait été envoyé, c’est sans surprise qu’il voit à plusieurs reprises Ada immortalisant une scène ou l’autre des paysages irlandais que le jeune Anastase n’imprime que sur ses rétines, ayant pour ainsi dire quasiment plus touché au papier ni à l’encre depuis voilà un an. Alors qu’il n’est plus obligatoire de poser ici des réflexions, là des régurgitions de données sur papyrus, il a à présent presque abandonné le médium de l’écrit, qui lui est désormais inutile pour communiquer avec Opa grâce à la surface miroitante enchantée. En ressortant son matériel d’écriture tout desséché d’avoir été délaissé des mois durant, il se souvient avoir fait les frais de sacrés dégâts d’encre et avoir rayé quelques supports avec une pointe de plume pas prête, pour opter en somme pour le crayon qui glissait tout seul afin de poursuivre sa rare correspondance. Tout ce qu’il avait tenté, ses expérimentations étalées sur plusieurs saisons, il n’en avait gardé aucune trace gravée dans le marbre, ne faisant confiance qu’à sa seule mémoire et n’éprouvant plus ce besoin de noter qu’on inculque à l’école.
Étant invité à faire halte, Hjúki s’assied non loin sur l’herbe, tout en se gardant un espace suffisant pour étendre ses jambes à sa guise, se rappelant le dernier échange qu’il avait pratiqué dans cette position, à Londres, à disserter des magies en lesquelles il ne savait pas s’il croyait encore, à croire que cette énergie était plus de désillusions que d’illusions réussies. Ses pensées gravitant autour de son émissaire se renforcèrent d’autant plus quand il entendit Ada évoquer ce décret qui ne l’avait pas trop fortement affecté, n’étant pas un sorcier à baguette et ayant de toute façon terminé sa scolarité dans la foulée.
« Votre utilité ne se mesure pas à votre pratique de la magie. Je veux dire, si c’est un besoin qui vient du fond de vous, que c’est votre moyen d’expression qui vient transformer vos émotions en quelque de concret, je peux comprendre que cela vous manque mais… la baguette n’est pas une question de se rendre utile… »
Son esprit revint encore quelques années en arrière, lorsqu’il avait rencontré cette magicienne aux sortilèges si harmonieux, si bien accordée à son instrument. Il était à des années-lumière, mais ce qu’elle lui avait dit sur l’interprétation des sorts comme des partitions d’autres compositeurs, où il fallait non pas véhiculer leurs émotions mais les nôtres l’avait tout de même aidé à ne pas être complètement à l’ouest avec sa baguette, même s’il n’avait toujours pas perdu son abjection pour cette forme de magie.
« Je n’ai jamais apprécié ce postulat de la baguette qui exige de nous de naviguer sur commande entre nos ressentis, de toujours changer de visage. Je préfère les potions, je peux les préparer quand je suis d’humeur et garder un éventail de diverses couleurs de ma magie accessible en une fois, sans devoir me transformer continuellement. »
Après avoir constaté ses talents graphiques dans le portrait qui lui avait été envoyé, c’est sans surprise qu’il voit à plusieurs reprises Ada immortalisant une scène ou l’autre des paysages irlandais que le jeune Anastase n’imprime que sur ses rétines, ayant pour ainsi dire quasiment plus touché au papier ni à l’encre depuis voilà un an. Alors qu’il n’est plus obligatoire de poser ici des réflexions, là des régurgitions de données sur papyrus, il a à présent presque abandonné le médium de l’écrit, qui lui est désormais inutile pour communiquer avec Opa grâce à la surface miroitante enchantée. En ressortant son matériel d’écriture tout desséché d’avoir été délaissé des mois durant, il se souvient avoir fait les frais de sacrés dégâts d’encre et avoir rayé quelques supports avec une pointe de plume pas prête, pour opter en somme pour le crayon qui glissait tout seul afin de poursuivre sa rare correspondance. Tout ce qu’il avait tenté, ses expérimentations étalées sur plusieurs saisons, il n’en avait gardé aucune trace gravée dans le marbre, ne faisant confiance qu’à sa seule mémoire et n’éprouvant plus ce besoin de noter qu’on inculque à l’école.
Étant invité à faire halte, Hjúki s’assied non loin sur l’herbe, tout en se gardant un espace suffisant pour étendre ses jambes à sa guise, se rappelant le dernier échange qu’il avait pratiqué dans cette position, à Londres, à disserter des magies en lesquelles il ne savait pas s’il croyait encore, à croire que cette énergie était plus de désillusions que d’illusions réussies. Ses pensées gravitant autour de son émissaire se renforcèrent d’autant plus quand il entendit Ada évoquer ce décret qui ne l’avait pas trop fortement affecté, n’étant pas un sorcier à baguette et ayant de toute façon terminé sa scolarité dans la foulée.
« Votre utilité ne se mesure pas à votre pratique de la magie. Je veux dire, si c’est un besoin qui vient du fond de vous, que c’est votre moyen d’expression qui vient transformer vos émotions en quelque de concret, je peux comprendre que cela vous manque mais… la baguette n’est pas une question de se rendre utile… »
Son esprit revint encore quelques années en arrière, lorsqu’il avait rencontré cette magicienne aux sortilèges si harmonieux, si bien accordée à son instrument. Il était à des années-lumière, mais ce qu’elle lui avait dit sur l’interprétation des sorts comme des partitions d’autres compositeurs, où il fallait non pas véhiculer leurs émotions mais les nôtres l’avait tout de même aidé à ne pas être complètement à l’ouest avec sa baguette, même s’il n’avait toujours pas perdu son abjection pour cette forme de magie.
« Je n’ai jamais apprécié ce postulat de la baguette qui exige de nous de naviguer sur commande entre nos ressentis, de toujours changer de visage. Je préfère les potions, je peux les préparer quand je suis d’humeur et garder un éventail de diverses couleurs de ma magie accessible en une fois, sans devoir me transformer continuellement. »
Couleurs d'un monde nouveau
Si j'interprète dans un premier temps les mots d'Anastase comme une simple volonté de me rassurer -ce que je n'ai pas demandé et dont n'ai pas particulièrement besoin, je comprends très vite qu'il s'agit de bien plus que cela. Le point de vue exposé est inhabituel mais pertinent. Mon entourage m'a toujours amené à voir la bonne maîtrise de la magie, essentiellement à travers des sortilèges, comme l'objectif ultime pour devenir un sorcier, et par extension une personne, accompli. Tant à Poudlard que dans mon environnement familial, tout adulte utilise sa baguette pour chaque acte de la vie quotidienne -jusqu'aux mépris de certains pour les personnes qui ne disposent pas de pouvoirs magiques. Mes résultats scolaires dépendant pour beaucoup de ma bonne utilisation des sortilèges et de la maîtrise de ma baguette, j'ai acquis moi aussi l'idée qu'il s'agit d'un élément essentiel de la vie de tout sorcier, et que notre valeur se mesure en partie par ceci -les notes accordées par les professeurs fluctuant selon la réussite et la maîtrise des différents sorts étudiés. Ainsi et même si je n'ai jamais utilisé la magie en dehors de Poudlard, je me sens toute démunie quand je n'ai pas ma baguette.
Pourquoi, d'ailleurs ? A quoi me sert-elle, entre les murs de l'école ? La majeure partie de son usage est faite pendant les cours -le reste englobe majoritairement des entraînements destinés à améliorer ma pratique des sorts pour ces mêmes cours. Et améliorer mes notes, toujours avec une idée de performance sans réelle prise en compte de ce que moi, je désire. J'utilise bien quelques sorts parfois pour mon usage personnel -pas grand chose, généralement un Recurvite parce que j'aime la propreté, ou un sort pour amener vers moi un objet désiré pour simplement m'éviter la peine d'aller le chercher. Effacer une erreur sur un parchemin, découper un morceau de papier : en somme, des choses qui pourraient aussi être réalisées manuellement -tout comme je le fais à la maison, et à bord du bateau avec Anastase pour les diverses tâches du quotidien qui commence doucement à s'installer.
Comme lors de nos précédentes conversations, je suis surprise par la justesse des mots de mon interlocuteur. Il a l'air si adulte, si grand que je me sens à côté comme un enfant malgré mes dix-sept ans -est-ce la maturité acquise à force de voyages et d'expériences, le résultat de nos deux années d'écart ? Maintenant que la conversation sur l'usage de la baguette tombe, je réalise qu'il ne me semble pas avoir aperçu mon compagnon faire usage de la magie de cette façon depuis le début de notre voyage. Je l'ai vu concocter des potions, mettre la main à la pâte quand il le fallait mais n'ai pas le souvenir d'avoir vu l'ombre d'une baguette : je ne sais même pas à quoi ressemble son catalyseur.
« Hjúki, vous êtes vraiment impressionnant ! » et c'est peut-être la première fois que je m'exprime à lui avec autant d'enthousiasme, en l'appelant d'autant plus par son prénom. Je sens mon cœur se gonfler d'affection pour cette personne que je ne connais pourtant pas beaucoup, mais que j'aurais apprécié avoir comme adelphe aîné. Pour m'apporter d'autres pistes que mes parents, m'aider à grandir autrement.
Me souvenant que le cheminement de mes pensées n'est peut-être pas clair pour qui n'est pas dans ma tête, j'ajoute : « Après avoir grandi dans une famille de sorciers et déjà étudié six ans à Poudlard, c'est la première fois que j'entends quelqu'un assumer librement que la baguette n'est pas indispensable, » du moins c'est ainsi que j'interprète les choses, « et qu'il y a des alternatives. Je n'y avais jamais vraiment pensé... et j'ai parlé un peu trop vite, je me sens un peu stupide. Mais je partage totalement votre point de vue, et c'est agréable de parler avec quelqu'un qui semble ressentir la même chose que moi. » Même si au milieu de tout cela, je sais combien il est important pour les jeunes sorciers d'apprendre à contrôler leur magie, pour ne pas devenir un danger tant pour eux-mêmes que pour les autres.
« J'ai toujours eu du mal à comprendre mes émotions, alors sans les identifier, il est aussi difficile de les canaliser à travers ma baguette avec ma magie pour les laisser s'exprimer, surtout quand tout un panel d'émotions sont nécessaires, et que les sentiments que l'on me demande d'y raccrocher ne sont pour moi que des concepts vagues et indistincts. »
« Hjúki, cela fait quelques jours que j'y pense, mais me laisseriez-vous apprendre un peu les potions à vos côtés ces prochains jours ? Si vous avez l'occasion et le besoin d'en préparer d'autres, évidemment. Je pourrais vous assister. »
Pourquoi, d'ailleurs ? A quoi me sert-elle, entre les murs de l'école ? La majeure partie de son usage est faite pendant les cours -le reste englobe majoritairement des entraînements destinés à améliorer ma pratique des sorts pour ces mêmes cours. Et améliorer mes notes, toujours avec une idée de performance sans réelle prise en compte de ce que moi, je désire. J'utilise bien quelques sorts parfois pour mon usage personnel -pas grand chose, généralement un Recurvite parce que j'aime la propreté, ou un sort pour amener vers moi un objet désiré pour simplement m'éviter la peine d'aller le chercher. Effacer une erreur sur un parchemin, découper un morceau de papier : en somme, des choses qui pourraient aussi être réalisées manuellement -tout comme je le fais à la maison, et à bord du bateau avec Anastase pour les diverses tâches du quotidien qui commence doucement à s'installer.
Comme lors de nos précédentes conversations, je suis surprise par la justesse des mots de mon interlocuteur. Il a l'air si adulte, si grand que je me sens à côté comme un enfant malgré mes dix-sept ans -est-ce la maturité acquise à force de voyages et d'expériences, le résultat de nos deux années d'écart ? Maintenant que la conversation sur l'usage de la baguette tombe, je réalise qu'il ne me semble pas avoir aperçu mon compagnon faire usage de la magie de cette façon depuis le début de notre voyage. Je l'ai vu concocter des potions, mettre la main à la pâte quand il le fallait mais n'ai pas le souvenir d'avoir vu l'ombre d'une baguette : je ne sais même pas à quoi ressemble son catalyseur.
« Hjúki, vous êtes vraiment impressionnant ! » et c'est peut-être la première fois que je m'exprime à lui avec autant d'enthousiasme, en l'appelant d'autant plus par son prénom. Je sens mon cœur se gonfler d'affection pour cette personne que je ne connais pourtant pas beaucoup, mais que j'aurais apprécié avoir comme adelphe aîné. Pour m'apporter d'autres pistes que mes parents, m'aider à grandir autrement.
Me souvenant que le cheminement de mes pensées n'est peut-être pas clair pour qui n'est pas dans ma tête, j'ajoute : « Après avoir grandi dans une famille de sorciers et déjà étudié six ans à Poudlard, c'est la première fois que j'entends quelqu'un assumer librement que la baguette n'est pas indispensable, » du moins c'est ainsi que j'interprète les choses, « et qu'il y a des alternatives. Je n'y avais jamais vraiment pensé... et j'ai parlé un peu trop vite, je me sens un peu stupide. Mais je partage totalement votre point de vue, et c'est agréable de parler avec quelqu'un qui semble ressentir la même chose que moi. » Même si au milieu de tout cela, je sais combien il est important pour les jeunes sorciers d'apprendre à contrôler leur magie, pour ne pas devenir un danger tant pour eux-mêmes que pour les autres.
« J'ai toujours eu du mal à comprendre mes émotions, alors sans les identifier, il est aussi difficile de les canaliser à travers ma baguette avec ma magie pour les laisser s'exprimer, surtout quand tout un panel d'émotions sont nécessaires, et que les sentiments que l'on me demande d'y raccrocher ne sont pour moi que des concepts vagues et indistincts. »
« Hjúki, cela fait quelques jours que j'y pense, mais me laisseriez-vous apprendre un peu les potions à vos côtés ces prochains jours ? Si vous avez l'occasion et le besoin d'en préparer d'autres, évidemment. Je pourrais vous assister. »
♦ Étudiant.e à l'IMSM - #b45f06 ♦
Appelez-moi Ada ou Lest ! ♦
Appelez-moi Ada ou Lest ! ♦
Couleurs d'un monde nouveau
Ah ? Haussant un sourcil, Hjúki écouta avec curiosité ce qui justifiait cet élan et ce qualificatif d’impressionnant alors qu’il pensait s’être exprimé assez sobrement sans même apporter sur la table toutes les perspectives qu’il avait déjà rencontrées, ayant souvent l’impression que plus il en disait, plus il perdait en pertinence parfois. Le point de vue d’une personne profondément connectée à sa baguette n’aurait sans doute pas manqué, mais l’adolescent n’aurait pu que rapporter des sensations en tant que témoin, n’entretenant pas en personne ce genre de rapports étroitement tissés avec son conduit enchanté.
Il se voyait du moins confirmer une nouvelle fois que l’éducation dans le milieu sorcier connaissait mille et une variations, ce n’était pas la première personne croisée qui venait purement de ce milieu, et pourtant Ada avait été imprégné de principes forts différents de ceux qui avaient été transmis par Opa ou encore de ce qui avait entendu être inculqué chez d’autres étudiantes avancées. C’est vrai que la baguette a un côté séduisant au premier abord, toute belle et travaillée, l’on voudrait écouter des heures durant son facteur ou sa factrice, mais de là à la voir comme la béquille sacrée du sorcier, il avait toujours été clair à Hjúki que la magie ne se définissait pas à ce simple bout de bois, il y a tout de même quelques disciplines même à Poudlard où il n’est pas question de faire joujou avec.
« C’est important de réguler notre énergie, mais il n’existe pas une seule manière d’équilibrer nos forces. La contenir encore et encore de crainte qu’elle ne sorte trop débordante est dangereux, et il est certain qu’il est plus sûr d’extérioriser sa magie par une branche avec laquelle nous avons des affinités plutôt qu’à reculons en se forçant à correspondre à une vision qui nous étrangère. »
Le jeune Anastase s’accorda une petite pause pour mieux agencer le flux de ses pensées, en prenant en compte la dernière demande qui avait été formulée.
« Chaque solution magique est le fruit d’un esprit extrêmement subjectif, d’un regard unique sur le problème et la magie. Lorsque nous apprenons le Reducio, c’est qu’un sorcier devant un obstacle s’est un jour dit qu’il lui fallait sa baguette pour surmonter cet obstacle, mais rien n’empêche qu’une autre personne face à la même situation l’écarte avec quelques gouttes d’une potion rétrécissant la matière, et qu’encore une autre fasse appel à une créature magique qui utilisera sa force ou son pouvoir contre. Plusieurs chemins existent et sont valables lorsqu’une solution est requise, ce peut être celui des émotions, du grammage précis des propriétés de la nature, du travail et traitement de la matière. Il s’agit de choisir celui dans lequel nous évoluons le mieux. Je peux tout à fait vous montrer, Ada, ma façon de concevoir des solutions, mais comme n’importe quel sort ou n’importe quelle recette appris, c’est à prendre comme un exemple pour à son tour trouver sa propre réponse magique à une situation. »
Il se voyait du moins confirmer une nouvelle fois que l’éducation dans le milieu sorcier connaissait mille et une variations, ce n’était pas la première personne croisée qui venait purement de ce milieu, et pourtant Ada avait été imprégné de principes forts différents de ceux qui avaient été transmis par Opa ou encore de ce qui avait entendu être inculqué chez d’autres étudiantes avancées. C’est vrai que la baguette a un côté séduisant au premier abord, toute belle et travaillée, l’on voudrait écouter des heures durant son facteur ou sa factrice, mais de là à la voir comme la béquille sacrée du sorcier, il avait toujours été clair à Hjúki que la magie ne se définissait pas à ce simple bout de bois, il y a tout de même quelques disciplines même à Poudlard où il n’est pas question de faire joujou avec.
« C’est important de réguler notre énergie, mais il n’existe pas une seule manière d’équilibrer nos forces. La contenir encore et encore de crainte qu’elle ne sorte trop débordante est dangereux, et il est certain qu’il est plus sûr d’extérioriser sa magie par une branche avec laquelle nous avons des affinités plutôt qu’à reculons en se forçant à correspondre à une vision qui nous étrangère. »
Le jeune Anastase s’accorda une petite pause pour mieux agencer le flux de ses pensées, en prenant en compte la dernière demande qui avait été formulée.
« Chaque solution magique est le fruit d’un esprit extrêmement subjectif, d’un regard unique sur le problème et la magie. Lorsque nous apprenons le Reducio, c’est qu’un sorcier devant un obstacle s’est un jour dit qu’il lui fallait sa baguette pour surmonter cet obstacle, mais rien n’empêche qu’une autre personne face à la même situation l’écarte avec quelques gouttes d’une potion rétrécissant la matière, et qu’encore une autre fasse appel à une créature magique qui utilisera sa force ou son pouvoir contre. Plusieurs chemins existent et sont valables lorsqu’une solution est requise, ce peut être celui des émotions, du grammage précis des propriétés de la nature, du travail et traitement de la matière. Il s’agit de choisir celui dans lequel nous évoluons le mieux. Je peux tout à fait vous montrer, Ada, ma façon de concevoir des solutions, mais comme n’importe quel sort ou n’importe quelle recette appris, c’est à prendre comme un exemple pour à son tour trouver sa propre réponse magique à une situation. »
Couleurs d'un monde nouveau
Tout en conservant une oreille attentive aux propos de mon interlocuteur, je réajuste ma position et étire mes jambes face à moi pour soulager un peu quelques tensions qui commencent à s'installer. Les vérités énoncées par Anastase ne font que renforcer mon envie de terminer au plus vite ma scolarité à Poudlard. Le choix de filière ne m'a pas aidé avec cette dominance de l'usage de la baguette dans ma scolarité : la filière Auror inclut énormément de cours pratiques, là où j'aurais aimé un enseignement orienté vers les sciences ou des aspects plus théoriques. Malheureusement, la pression familiale en a décidé autrement ; mes grands-parents paternels estimant avoir déjà perdu un fils lorsque celui-ci est allé à leur encontre avant d'abandonner purement et simplement ses études puis d'épouser une femme d'origine modeste, j'ai hérité de ces attentes et leurs espoirs. Au moins, je tends à être moins vulnérable qu'à treize ans où je me suis laissé porter par le choix que l'on avait fait pour moi : dorénavant, je construis mon propre chemin.
L'idée de trouver sa propre voie rejoint les propos d'Anastase. Je pense que jusqu'ici, il m'a simplement manqué des exemples pour me montrer qu'il était possible d'évoluer et de vivre avec sa magie autrement. Etre une personne très solitaire et n'avoir commencé à se faire des amis qu'au cours de l'année passée n'a pas joué en ma faveur, mais depuis quelques mois j'ai l'impression d'y voir un peu plus clair sur mes souhaits et sur l'adulte que je souhaite devenir. Je commence à construire l'individu que je serai, et c'est aussi grâce à mes proches : Sybil et Ennis ont été d'une aide précieuse. Amelia aussi à sa manière, car elle m'a aidé à m'ouvrir aux autres.
« Vous avez raison... J'ai presque fini mes études à Poudlard, il serait temps que j'apprenne à réfléchir autrement et à m'ouvrir à d'autres pratiques. Il semble que j'aie encore une fois une vision un peu limitée des choses. » Pourtant, j'ai maintes fois l'occasion de le faire à travers mes lectures : j'ai passé une bonne partie de ma scolarité à arpenter les rayonnages de la bibliothèque de l'école, à la recherche de pépites à lire pour enrichir mes connaissances. Mais si j'ai bien compris une chose ces derniers mois, c'est que j'apprends bien plus en m'ouvrant aux autres et à travers mes rencontres plutôt que le nez dans les bouquins. C'est quelque chose que je n'aurais jamais soupçonné avant d'en avoir fait le constat.
« Merci, je me souviendrai de vos mots. J'ai hâte de voir ce que vous avez à me partager, je ne doute pas que ce sera très enrichissant. » Comme l'a été mon apprentissage auprès de ma mère. Après des années d'exercice, elle a sa manière bien à elle de concevoir ses potions, et ses propres règles dans la petite pièce qu'elle consacre à cette activité. L'observer travailler m'a beaucoup appris.
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Désolé, c'était extrêmement laborieux pour moi cette fois, je me sentais complètement bloqué et je ne savais pas du tout quoi répondre.. de fait, j'ai l'impression que mon post est fait de vent, j'espère que ça te conviendra quand même.
Si tu le sens, on peut peut-être ellipser un peu la suite, j'ai peur qu'on tourne un peu en rond.
L'idée de trouver sa propre voie rejoint les propos d'Anastase. Je pense que jusqu'ici, il m'a simplement manqué des exemples pour me montrer qu'il était possible d'évoluer et de vivre avec sa magie autrement. Etre une personne très solitaire et n'avoir commencé à se faire des amis qu'au cours de l'année passée n'a pas joué en ma faveur, mais depuis quelques mois j'ai l'impression d'y voir un peu plus clair sur mes souhaits et sur l'adulte que je souhaite devenir. Je commence à construire l'individu que je serai, et c'est aussi grâce à mes proches : Sybil et Ennis ont été d'une aide précieuse. Amelia aussi à sa manière, car elle m'a aidé à m'ouvrir aux autres.
« Vous avez raison... J'ai presque fini mes études à Poudlard, il serait temps que j'apprenne à réfléchir autrement et à m'ouvrir à d'autres pratiques. Il semble que j'aie encore une fois une vision un peu limitée des choses. » Pourtant, j'ai maintes fois l'occasion de le faire à travers mes lectures : j'ai passé une bonne partie de ma scolarité à arpenter les rayonnages de la bibliothèque de l'école, à la recherche de pépites à lire pour enrichir mes connaissances. Mais si j'ai bien compris une chose ces derniers mois, c'est que j'apprends bien plus en m'ouvrant aux autres et à travers mes rencontres plutôt que le nez dans les bouquins. C'est quelque chose que je n'aurais jamais soupçonné avant d'en avoir fait le constat.
« Merci, je me souviendrai de vos mots. J'ai hâte de voir ce que vous avez à me partager, je ne doute pas que ce sera très enrichissant. » Comme l'a été mon apprentissage auprès de ma mère. Après des années d'exercice, elle a sa manière bien à elle de concevoir ses potions, et ses propres règles dans la petite pièce qu'elle consacre à cette activité. L'observer travailler m'a beaucoup appris.
_________
Désolé, c'était extrêmement laborieux pour moi cette fois, je me sentais complètement bloqué et je ne savais pas du tout quoi répondre.. de fait, j'ai l'impression que mon post est fait de vent, j'espère que ça te conviendra quand même.
♦ Étudiant.e à l'IMSM - #b45f06 ♦
Appelez-moi Ada ou Lest ! ♦
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Couleurs d'un monde nouveau
Hjúki n’avait jamais voulu dire que la vision d’Ada était limitée, et que ce soit son interprétation l’interrogeait sur ses activités ou recherches magiques outre-scolaires. Qu’est-ce qui l’amenait à croire que son chemin ne l’avait pas conduit à des horizons nouveaux ? Bien sûr, l’adolescent avait eu le privilège de se constituer une bibliothèque parallèle grâce aux envois de son Opa, et se construire selon des textes que Poudlard n’aurait pas spontanément présenté à ses élèves pour élargir leurs perspectives ; mais il demeurait persuadé que si l’on se montrait curieux et ouvert à toute source d’inspiration, chaque étudiant était à même d’apporter sa touche dans l’usage de son énergie sorcière. C’était sans doute l’une des premières choses qu’il apprendrait à son partenaire de voyage.
« Je vous en prie, je vais réfléchir à quel angle adopter pour que vous découvriez comment je peux penser les potions. »
En effet, le jeune Anastase cogita longuement les jours qui suivirent, se demandant quel point de départ adopter pour dérouler au mieux la démarche qu’il avait peu à peu développée, passant en revue les ressources littéraires qui l’avaient le plus titillé et poussé à croire que les fruits de l’imagination de bien des esprits méritaient d’être réalisés. Après s’être perdu dans le corpus affolant des Grimm ou de Perrault qui contenaient certes mille et une merveilles à concrétiser, il se fixa sur les contes modernes qui détenaient des idées joliment exploitables. Ayant convié Ada à une séance de partage sur les potions, il l’accueillit en lui présentant la couverture des trois récits moldus suivants : Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Caroll, Le Magicien d’Oz de Baum, et Peter Pan de Barrie.
« Il existe chez une part de la communauté sorcière un mépris qui m’échappe à l’égard de la culture moldue, alors que leurs auteurs et autrices adorent inventer toutes sortes de productions et manifestations magiques dans leurs histoires, et qu’ils ne connaissent pas notre monde ne fait pas de leurs récits des sources d’inspiration moindres. Au contraire, ils ne sont pas limités par des règles ou habitudes qui nous seraient inculquées. »
Pointant le premier volet de Caroll, il développa.
« Caroll introduit notamment une magie associée à la taille sous deux formes : transformée et brute. Nous découvrons d’une part une boisson rétrécissante, d’autre part un gâteau grandissant, et enfin un champignon dont chaque côté du pied correspond à l’une de ces propriétés. C’est un conte sur la recherche de sa place dans un monde qui n’est pas le sien, Alice est soit trop grande soit trop petite, elle cherche à retourner là d’où elle vient, là où elle ajustée. »
Il passa ensuite au roman américain.
« Chez Baum, il s’agit d’une quête de valeurs humaines dont chaque personnage pense manquer : l’intelligence pour l’épouvantail, l’amour pour le bûcheron, le courage pour le lion. De nouveau, Dorothée veut son chez-soi. La conclusion est assez fascinante, en somme seule Dorothée a besoin de magie pour changer de monde, pour les trois autre personnages le magicien éponyme s’avère être un charlatan et comble chacun avec une solution soi-disant enchantée mais placebo. La ‘potion de courage’ du lion est un breuvage quelconque associé à la certitude que cela le libérera de sa poltronnerie. Comme quoi les émotions, ce peut aussi être progressivement mis en disposition, pourquoi pas par une quête, pour leur éclosion. »
Hjúki arriva enfin au dernier conte, à partir duquel il comptait tirer la partie pratique.
« Wendy est une énième héroïne qui réalise que le monde d’où elle vient est celui qui lui est le plus adapté. Ce n’est pas la potion de Peter sur laquelle je vais m’arrêter, mais ladite poudre de fée. La magie du Pays Imaginaire est étroitement liée à l’intention et à la foi, la conviction de pouvoir voler permettrait de voler et cette poudre serait le raccourci pour les personnes devenues trop rationnelles pour s’évader. Je ne propose pas d’aller chercher des fées dans la lande et de les secouer pour en extraire dans leur magie, je ne prends pas ce récit à la lettre mais comme une inspiration pour la création d’une potion en poudre. »
L’adolescent reprit une respiration pour poursuivre et également permettre à Ada de bien intégrer son discours, puisque cela ne ressemblait pas trop à ce qu’il avait entendu sur les bancs des cours de potions à son époque.
« Une magie en grains permet une répartition externe autant sur des êtres que des objets, cela permettrait par exemple de faire voler un navire en répartissant bien la poudre sur sa coque, plutôt que s’épuiser à chaque instant de sa lévitation avec Wingardium, par exemple. Avez-vous déjà étudié le processus de distillation ? Cela permet de dissocier les éléments d’une préparation et notamment d’en extraire une poudre en prenant en compte la température d’évaporation des parties liquides. »
Pas mal d’informations avaient été débitées et le jeune Anastase s’interrompit plus longuement pour permettre des retours ou commentaires.
« Je vous en prie, je vais réfléchir à quel angle adopter pour que vous découvriez comment je peux penser les potions. »
En effet, le jeune Anastase cogita longuement les jours qui suivirent, se demandant quel point de départ adopter pour dérouler au mieux la démarche qu’il avait peu à peu développée, passant en revue les ressources littéraires qui l’avaient le plus titillé et poussé à croire que les fruits de l’imagination de bien des esprits méritaient d’être réalisés. Après s’être perdu dans le corpus affolant des Grimm ou de Perrault qui contenaient certes mille et une merveilles à concrétiser, il se fixa sur les contes modernes qui détenaient des idées joliment exploitables. Ayant convié Ada à une séance de partage sur les potions, il l’accueillit en lui présentant la couverture des trois récits moldus suivants : Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Caroll, Le Magicien d’Oz de Baum, et Peter Pan de Barrie.
« Il existe chez une part de la communauté sorcière un mépris qui m’échappe à l’égard de la culture moldue, alors que leurs auteurs et autrices adorent inventer toutes sortes de productions et manifestations magiques dans leurs histoires, et qu’ils ne connaissent pas notre monde ne fait pas de leurs récits des sources d’inspiration moindres. Au contraire, ils ne sont pas limités par des règles ou habitudes qui nous seraient inculquées. »
Pointant le premier volet de Caroll, il développa.
« Caroll introduit notamment une magie associée à la taille sous deux formes : transformée et brute. Nous découvrons d’une part une boisson rétrécissante, d’autre part un gâteau grandissant, et enfin un champignon dont chaque côté du pied correspond à l’une de ces propriétés. C’est un conte sur la recherche de sa place dans un monde qui n’est pas le sien, Alice est soit trop grande soit trop petite, elle cherche à retourner là d’où elle vient, là où elle ajustée. »
Il passa ensuite au roman américain.
« Chez Baum, il s’agit d’une quête de valeurs humaines dont chaque personnage pense manquer : l’intelligence pour l’épouvantail, l’amour pour le bûcheron, le courage pour le lion. De nouveau, Dorothée veut son chez-soi. La conclusion est assez fascinante, en somme seule Dorothée a besoin de magie pour changer de monde, pour les trois autre personnages le magicien éponyme s’avère être un charlatan et comble chacun avec une solution soi-disant enchantée mais placebo. La ‘potion de courage’ du lion est un breuvage quelconque associé à la certitude que cela le libérera de sa poltronnerie. Comme quoi les émotions, ce peut aussi être progressivement mis en disposition, pourquoi pas par une quête, pour leur éclosion. »
Hjúki arriva enfin au dernier conte, à partir duquel il comptait tirer la partie pratique.
« Wendy est une énième héroïne qui réalise que le monde d’où elle vient est celui qui lui est le plus adapté. Ce n’est pas la potion de Peter sur laquelle je vais m’arrêter, mais ladite poudre de fée. La magie du Pays Imaginaire est étroitement liée à l’intention et à la foi, la conviction de pouvoir voler permettrait de voler et cette poudre serait le raccourci pour les personnes devenues trop rationnelles pour s’évader. Je ne propose pas d’aller chercher des fées dans la lande et de les secouer pour en extraire dans leur magie, je ne prends pas ce récit à la lettre mais comme une inspiration pour la création d’une potion en poudre. »
L’adolescent reprit une respiration pour poursuivre et également permettre à Ada de bien intégrer son discours, puisque cela ne ressemblait pas trop à ce qu’il avait entendu sur les bancs des cours de potions à son époque.
« Une magie en grains permet une répartition externe autant sur des êtres que des objets, cela permettrait par exemple de faire voler un navire en répartissant bien la poudre sur sa coque, plutôt que s’épuiser à chaque instant de sa lévitation avec Wingardium, par exemple. Avez-vous déjà étudié le processus de distillation ? Cela permet de dissocier les éléments d’une préparation et notamment d’en extraire une poudre en prenant en compte la température d’évaporation des parties liquides. »
Pas mal d’informations avaient été débitées et le jeune Anastase s’interrompit plus longuement pour permettre des retours ou commentaires.
Couleurs d'un monde nouveau
Quelques jours sont passés depuis Lough Key, ses paysages verdoyants et son parc forestier. La navigation a repris son cours et je me suis finalement habitué à vivre sur les eaux bien plus vite que je ne l'avais imaginé. Si j'ai du faire quelques concessions sur des habitudes que je pensais pouvoir instaurer tranquillement, j'en ai déniché d'autres qui me satisfont de la même façon. En somme le voyage se poursuit, toujours riche en découvertes diverses et appréciant les conversations avec un compagnon que je regrette de ne pas avoir fréquenté dès les bancs de Poudlard.
Cejourd'hui, Hjúki Anastase m'a invité à partager un moment avec lui faisant suite à la conversation que nous avons eu à Lough Key. Installé sur un tabouret aussi petit qu'inconfortable -l'un des inconvénients d'un quotidien sur un bateau, je passe un regard sur les couvertures des trois livres présentés par mon professeur du jour. Deux d'entre eux me sont familiers -le troisième m'est connu que de nom. Ce sont des ouvrages moldus, ce que me confirme rapidement le sorcier.
Je l'écoute me parler de ces livres, du lien avec la magie et de l'interprétation qu'en ont fait leurs auteurs, ainsi que les idées qu'Anastase lui-même en a tiré. J'y vois aussitôt le rapport avec notre discussion passée, et sur les multiples façons de pratiquer la magie et de trouver la voie et les solutions qui conviennent à chacun. Pour sûr, Anastase est bon professeur. Je l'écoute avec la même assiduité que je réserve aux enseignants de l'école, mais admiratif de ce jeune homme de deux ans seulement mon aîné, je me perds bien vite dans le brun de ses cheveux et l'éclat d'un œil bleuté.
Quand le silence se fait, il me faut une bonne minute pour remettre de l'ordre dans mes pensées et détacher mon regard du brun.
« J'ai lu Alice au pays des merveilles et Peter Pan quand j'étais enfant, mais j'avoue ne pas y avoir détecté ces possibles autres axes de lecture. » Ce qui est plutôt normal, considérant le jeune âge auxquels je les ai lus : petit, on accorde davantage d'intérêt au côté merveilleux du voyage et ses péripéties qu'aux messages qui peuvent y être transmis. « Si vous le permettez, j'aimerais bien vous les emprunter. Les relire maintenant que je suis un peu plus âgé, et découvrir le Magicien d'Oz. » Avec une tante travaillant dans une librairie fournissant tant sorciers que moldus, j'ai bénéficié d'un grand choix de livres avant même mon entrée à Poudlard, mais la lecture ne trouvait pas toujours grâce aux yeux de l'enfant que j'étais.
Oubliant dans un premier temps la dernière question du sorcier, mes pensées s'attardent un instant sur l'histoire d'Alice et celle de Wendy -et leurs mondes (in)adaptés. Plus que les histoires de poudre et de distillation, c'est ce qui retient en premier mon attention. Se sentir inadapté dans un monde qui ne semble pas conçu pour soi est un sentiment que je connais plutôt bien et que j'ai expérimenté dès mon plus jeune âge à travers les autres. Je reste persuadé qu'une fois les bancs de Poudlard quittés et mes études achevées, il me sera plus aisé de trouver moi aussi un monde qui m'est adapté.
Reprenant le sujet de conversation initial, je réponds enfin à la question posée.
« J'ai déjà lu quelques livres de chimie évoquant le principe de la distillation, mais n'ai jamais eu l'occasion de mettre ça en pratique. Est-ce une potion en poudre que nous allons étudier aujourd'hui ? »
Cejourd'hui, Hjúki Anastase m'a invité à partager un moment avec lui faisant suite à la conversation que nous avons eu à Lough Key. Installé sur un tabouret aussi petit qu'inconfortable -l'un des inconvénients d'un quotidien sur un bateau, je passe un regard sur les couvertures des trois livres présentés par mon professeur du jour. Deux d'entre eux me sont familiers -le troisième m'est connu que de nom. Ce sont des ouvrages moldus, ce que me confirme rapidement le sorcier.
Je l'écoute me parler de ces livres, du lien avec la magie et de l'interprétation qu'en ont fait leurs auteurs, ainsi que les idées qu'Anastase lui-même en a tiré. J'y vois aussitôt le rapport avec notre discussion passée, et sur les multiples façons de pratiquer la magie et de trouver la voie et les solutions qui conviennent à chacun. Pour sûr, Anastase est bon professeur. Je l'écoute avec la même assiduité que je réserve aux enseignants de l'école, mais admiratif de ce jeune homme de deux ans seulement mon aîné, je me perds bien vite dans le brun de ses cheveux et l'éclat d'un œil bleuté.
Quand le silence se fait, il me faut une bonne minute pour remettre de l'ordre dans mes pensées et détacher mon regard du brun.
« J'ai lu Alice au pays des merveilles et Peter Pan quand j'étais enfant, mais j'avoue ne pas y avoir détecté ces possibles autres axes de lecture. » Ce qui est plutôt normal, considérant le jeune âge auxquels je les ai lus : petit, on accorde davantage d'intérêt au côté merveilleux du voyage et ses péripéties qu'aux messages qui peuvent y être transmis. « Si vous le permettez, j'aimerais bien vous les emprunter. Les relire maintenant que je suis un peu plus âgé, et découvrir le Magicien d'Oz. » Avec une tante travaillant dans une librairie fournissant tant sorciers que moldus, j'ai bénéficié d'un grand choix de livres avant même mon entrée à Poudlard, mais la lecture ne trouvait pas toujours grâce aux yeux de l'enfant que j'étais.
Oubliant dans un premier temps la dernière question du sorcier, mes pensées s'attardent un instant sur l'histoire d'Alice et celle de Wendy -et leurs mondes (in)adaptés. Plus que les histoires de poudre et de distillation, c'est ce qui retient en premier mon attention. Se sentir inadapté dans un monde qui ne semble pas conçu pour soi est un sentiment que je connais plutôt bien et que j'ai expérimenté dès mon plus jeune âge à travers les autres. Je reste persuadé qu'une fois les bancs de Poudlard quittés et mes études achevées, il me sera plus aisé de trouver moi aussi un monde qui m'est adapté.
Reprenant le sujet de conversation initial, je réponds enfin à la question posée.
« J'ai déjà lu quelques livres de chimie évoquant le principe de la distillation, mais n'ai jamais eu l'occasion de mettre ça en pratique. Est-ce une potion en poudre que nous allons étudier aujourd'hui ? »
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Appelez-moi Ada ou Lest ! ♦
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Couleurs d'un monde nouveau
Hjúki opine du chef, rassurée d’apprendre que les ouvrages ne sont pas complètement étrangers à Ada, au moins ses propos en revêtent-ils plus de sens que s’il les avait prononcés face à quelqu’un n’ayant pas la moindre idée de ce que ces contes traitaient. Il devait bien reconnaître qu’aux premières lectures, notamment à cause des exactions d’Alice et Dorothée, il s’était montré particulièrement incompréhensif à l’égard de ces gamines issues d’un autre monde et détruisant tout sur leur passage – respectivement une demeure et un village pour être exact – et les avait détestées. À présent, il commençait à se dire qu’elles n’étaient pas complètement fautives d’être le fruit de leur culture, qui ne s’embarrassait pas nécessairement de comprendre la différence en accostant une nouvelle terre. Pourtant, même si l’idée du décalage, de ne pas se sentir dans le bon univers lui avait déjà traversé l’esprit, il n’avait pas l’impression que sa réaction soit de piétiner les pauvres autochtones du lieu où il s’imaginait ne pas avoir correctement atterri, et ne pardonnait pas vraiment leur attitude, quoique potentiellement forgée malgré elles par un certain cadre et ses mœurs.
« Naturellement, vous pouvez les emprunter, je me réjouis d’apporter également des perspectives du côté des contes. »
L’adolescent n’était pas étonné de sa réponse, il était extrêmement rare que la texture finale d’une potion à exécuter à Poudlard soit poudreuse, en général cela ne concernait que des étapes intermédiaires, par la réduction de telle herbe ou tel ingrédient séché en grains afin de les diluer plus tard avec solvants et excipients. Si la distillation allait constituer une première pratique, ce ne serait sûrement pas productif de rendre cette initiation indigeste en mettant sur le tapis trop de méthodes d’extraction des pouvoirs des ingrédients. S’il fallait passer par une demi-douzaine d’étapes techniques avant d’en arriver à la préparation finale, le jeune Anastase n’aurait pas le temps ni l’énergie d’expliquer sa démarche, l’intérêt de cette forme particulière en fonction de la situation qu’il fallait résoudre. C’est pourquoi il s’accorda de ne pas partir d’un produit absolument brut.
« Nous allons en effet étudier une poudre. Un cas de figure où elle me paraît tout à fait adaptée voire nécessaire est la plaie, il s’agira donc d’une poudre de guérison. En effet avec les autres textures comme le gel, le liquide ou la pâte de l’onguent, il y a un risque selon le développement de la blessure que la mixture réparatrice colle au bandage, à chaque renouvèlement elle se rouvrirait. La poudre est, je trouve, la seule solution qui combine son pouvoir de guérison à l’effet de couche protectrice. »
Bien sûr, beaucoup de sorciers se contentaient des formats habituels, et il était probable que ce genre de poudre éveille l’indifférence chez certains qui estimaient avoir déjà un nécessaire de premiers soins très convenablement fourni.
« Ce peut s’avérer très utile pour les peaux se montrant réticentes à cicatriser et surtout les plaies se situant à des endroits délicats. Dans l’interstice entre les doigts, dans un pli de l’oreille, la poudre s’infiltre beaucoup mieux dans les moindres recoins et se fixe bien sur la blessure en dépit des mouvements. »
En s’entendant parler, Hjúki craignit un instant vraiment devenir un professeur, alors que toute sa vie l’une des pensées les plus obsédantes qu’il avait eu en cours était ‘c’est insupportable’, mais il se rassurait en se disant qu’il n’avait rien de ces adultes dont le devoir était d’extraire des résultats arbitraires de pauvres enfants enfermés dans leur classe. Ouvrant sa mallette sertie d’une magie extensive, il sortit un flacon opaque ainsi que les quelques éléments de verrerie requis dans la distillation.
« Un composant aux vertus cicatrisantes peut être extrait d’algues brunes marines, nous allons en tirer une poudre de guérison qui agira par contact. Comme l’effet est destiné à la matière organique, il n’y a pas à s’inquiéter pour le verre, mais il faut prendre garde avec toutes les potions au mode d’action par contact destinées aux objets, les ustensiles de préparation et conservation doivent être immunisés, il serait dommage qu’une potion d’invisibilité fasse disparaître son flacon, n’est-ce pas ? »
Tendant à Ada un schéma montrant tous les éléments installés dans la configuration correspondant à une distillation, il l’invita à s’y mettre.
« N’hésitez pas à formuler vos pensées ou commentaires. Est-ce que vous souhaitez essayer de faire le montage ? »
« Naturellement, vous pouvez les emprunter, je me réjouis d’apporter également des perspectives du côté des contes. »
L’adolescent n’était pas étonné de sa réponse, il était extrêmement rare que la texture finale d’une potion à exécuter à Poudlard soit poudreuse, en général cela ne concernait que des étapes intermédiaires, par la réduction de telle herbe ou tel ingrédient séché en grains afin de les diluer plus tard avec solvants et excipients. Si la distillation allait constituer une première pratique, ce ne serait sûrement pas productif de rendre cette initiation indigeste en mettant sur le tapis trop de méthodes d’extraction des pouvoirs des ingrédients. S’il fallait passer par une demi-douzaine d’étapes techniques avant d’en arriver à la préparation finale, le jeune Anastase n’aurait pas le temps ni l’énergie d’expliquer sa démarche, l’intérêt de cette forme particulière en fonction de la situation qu’il fallait résoudre. C’est pourquoi il s’accorda de ne pas partir d’un produit absolument brut.
« Nous allons en effet étudier une poudre. Un cas de figure où elle me paraît tout à fait adaptée voire nécessaire est la plaie, il s’agira donc d’une poudre de guérison. En effet avec les autres textures comme le gel, le liquide ou la pâte de l’onguent, il y a un risque selon le développement de la blessure que la mixture réparatrice colle au bandage, à chaque renouvèlement elle se rouvrirait. La poudre est, je trouve, la seule solution qui combine son pouvoir de guérison à l’effet de couche protectrice. »
Bien sûr, beaucoup de sorciers se contentaient des formats habituels, et il était probable que ce genre de poudre éveille l’indifférence chez certains qui estimaient avoir déjà un nécessaire de premiers soins très convenablement fourni.
« Ce peut s’avérer très utile pour les peaux se montrant réticentes à cicatriser et surtout les plaies se situant à des endroits délicats. Dans l’interstice entre les doigts, dans un pli de l’oreille, la poudre s’infiltre beaucoup mieux dans les moindres recoins et se fixe bien sur la blessure en dépit des mouvements. »
En s’entendant parler, Hjúki craignit un instant vraiment devenir un professeur, alors que toute sa vie l’une des pensées les plus obsédantes qu’il avait eu en cours était ‘c’est insupportable’, mais il se rassurait en se disant qu’il n’avait rien de ces adultes dont le devoir était d’extraire des résultats arbitraires de pauvres enfants enfermés dans leur classe. Ouvrant sa mallette sertie d’une magie extensive, il sortit un flacon opaque ainsi que les quelques éléments de verrerie requis dans la distillation.
« Un composant aux vertus cicatrisantes peut être extrait d’algues brunes marines, nous allons en tirer une poudre de guérison qui agira par contact. Comme l’effet est destiné à la matière organique, il n’y a pas à s’inquiéter pour le verre, mais il faut prendre garde avec toutes les potions au mode d’action par contact destinées aux objets, les ustensiles de préparation et conservation doivent être immunisés, il serait dommage qu’une potion d’invisibilité fasse disparaître son flacon, n’est-ce pas ? »
Tendant à Ada un schéma montrant tous les éléments installés dans la configuration correspondant à une distillation, il l’invita à s’y mettre.
« N’hésitez pas à formuler vos pensées ou commentaires. Est-ce que vous souhaitez essayer de faire le montage ? »
Couleurs d'un monde nouveau
Particulièrement intéressée par la médicomagie, mon regard s'illumine à l'écoute du choix de la potion du jour. J'écoute les indications avec attention, hochant parfois la tête pour confirmer ma compréhension de ce qui est dit. Anastase ne m'apprend pas grand chose sur le choix des récipients destinés à recueillir ingrédients ou potions -c'est un point important qui est rapidement abordé tant dans les ouvrages sur le sujet que dans les cours , mais la confirmation que la poudre agit uniquement sur la matière organique est toutefois bonne à savoir. J'observe chaque élément de verrerie sortie -la plupart me sont effectivement familiers après l'étude faite dans des livres, si ce n'est que ceux-ci tendent à partager davantage de schémas que de réelles illustrations. Déjà occupée à les assembler mentalement dans ma tête, je hoche naturellement la tête avec approbation quand Anastase me propose de faire le montage.
Devinant le matériel plutôt onéreux, je fais preuve de la plus grande prudence pour épargner à la verrerie les conséquences de ma maladresse légendaire. Tournant un peu les éléments dans mes mains, je cherche comment les imbriquer ensemble pour que le tout ressemble à l'image que j'ai en tête -car la vraie vie n'est en fait pas un schéma d'un vieux livre, et bien que je sois un peu perdue je tâche d'être la plus méthodique et logique possible -et arrive peu à peu je crois à un résultat convenable.
Tout en procédant au montage, quelques questions sur la mixture étudiée me reviennent.
« Pour la poudre curative, ne forme-t-elle pas aussi une sorte de pâte après être étalée sur la plaie, revenant ainsi au même qu'un gel ou un onguent au niveau de ses désavantages ? Je n'ai jamais eu l'occasion d'en utiliser, mais j'imagine qu'avec les fluides corporels -le sang, le pus et tout ce qui peut s'échapper d'une plaie, la poudre doit rapidement se gorger d'humidité et devenir aussi pâteuse qu'une autre préparation, à moins que ça ne soit appliqué sur une plaie qui est déjà bien avancée sur le processus de guérison ? »
J'ai le souvenir d'avoir déjà aperçu quelques substances poudreuses dans l'atelier de ma mère -parfois des potions complètes sous cette forme, mais je ne sais pas à quel usage elles sont destinées. Si ma mère me laisse parfois la rejoindre dans son atelier pour lui apporter un peu d'aide, elle tend souvent à me confier les tâches les plus simples pour ne prendre aucun risque vis-à-vis de ses patients avec une potion mal élaborée, ainsi je n'ai pas toujours l'occasion de lui poser toutes les questions qui me trottent dans la tête. Ce que je sais en revanche, c'est que mes petites blessures d'enfant ont toujours été soignées avec des onguents et autres gels, ce qui attise d'autant plus ma curiosité pour cette potion de soin en poudre.
Après avoir achevé d'assembler un dernier élément tout en douceur, le montage me semble complet. Trop inexpérimenté pour savoir si tout est bien en place et correctement relié au niveau des jointures, je me tourne vers le jeune sorcier en attente de son retour.
Devinant le matériel plutôt onéreux, je fais preuve de la plus grande prudence pour épargner à la verrerie les conséquences de ma maladresse légendaire. Tournant un peu les éléments dans mes mains, je cherche comment les imbriquer ensemble pour que le tout ressemble à l'image que j'ai en tête -car la vraie vie n'est en fait pas un schéma d'un vieux livre, et bien que je sois un peu perdue je tâche d'être la plus méthodique et logique possible -et arrive peu à peu je crois à un résultat convenable.
Tout en procédant au montage, quelques questions sur la mixture étudiée me reviennent.
« Pour la poudre curative, ne forme-t-elle pas aussi une sorte de pâte après être étalée sur la plaie, revenant ainsi au même qu'un gel ou un onguent au niveau de ses désavantages ? Je n'ai jamais eu l'occasion d'en utiliser, mais j'imagine qu'avec les fluides corporels -le sang, le pus et tout ce qui peut s'échapper d'une plaie, la poudre doit rapidement se gorger d'humidité et devenir aussi pâteuse qu'une autre préparation, à moins que ça ne soit appliqué sur une plaie qui est déjà bien avancée sur le processus de guérison ? »
J'ai le souvenir d'avoir déjà aperçu quelques substances poudreuses dans l'atelier de ma mère -parfois des potions complètes sous cette forme, mais je ne sais pas à quel usage elles sont destinées. Si ma mère me laisse parfois la rejoindre dans son atelier pour lui apporter un peu d'aide, elle tend souvent à me confier les tâches les plus simples pour ne prendre aucun risque vis-à-vis de ses patients avec une potion mal élaborée, ainsi je n'ai pas toujours l'occasion de lui poser toutes les questions qui me trottent dans la tête. Ce que je sais en revanche, c'est que mes petites blessures d'enfant ont toujours été soignées avec des onguents et autres gels, ce qui attise d'autant plus ma curiosité pour cette potion de soin en poudre.
Après avoir achevé d'assembler un dernier élément tout en douceur, le montage me semble complet. Trop inexpérimenté pour savoir si tout est bien en place et correctement relié au niveau des jointures, je me tourne vers le jeune sorcier en attente de son retour.
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Couleurs d'un monde nouveau
Hjúki suit d’un œil vigilant chacun des gestes d’Ada, conscient que ce sont des ustensiles un peu plus délicats à manipuler que les bons vieux chaudrons des cachots qui ne risquent pas plus qu’un bénin cabossage si des mains peu fermes les laissent s’échapper. D’un autre côté, ce ne sont pas des pièces aussi massives, donc le poids ne devrait être un facteur déstabilisant. Elle a l’air de plutôt bien se débrouiller, le diamètre des embouchures aidant sûrement à engager les bonnes connexions, même si ça se voit qu’elle n’a pas encore eu l’occasion de s’exercer en des travaux pratiques précédents. L’adolescent hoche doucement la tête en intégrant ses interrogations, son œil se dotant d’une brillance enthousiaste, ravi d’y trouver l’occasion de développer les avantages de cette préparation.
« Question absolument pertinente. Eh bien non, précisément.* Il faut se figurer que chaque poudre a son propre comportement vis-à-vis en l’occurrence de l’humidité issue d’une plaie ou de toute autre source. Vous pouvez sans doute vous imaginer qu’en versant du sel, du sucre, du bicarbonate ou du sable dans de l’eau, vous n’obtiendrez pas les mêmes réactions. Je ne dis pas que toutes les poudres resteront stables au contact d’une blessure, mais celle issue de ces algues est justement destinée à cet usage car au contact de la plaie elle contient l’humidité sans devenir plâtreuse et forme une couche sèche qui prévient cet effet collant. Cet ingrédient est choisi en particulier parce qu’il ne devient pas une bouillie au contact des fluides de la blessure. »
Détectant de quoi rebondir plus généralement sur les textures des potions, il poursuivit.
« Tout comme derrière la poudre il existe diverses propriétés, mêmes les textures liquides recèlent un éventail de comportements variés, il y a un spectre immense entre les potions les plus fluides et celles si visqueuses qu’elles couleraient au rythme d’un goutte toutes les décennies. »
Estimant avoir apporté pour l’instant les précisions qu’il avait en tête, il approcha le montage pour le valider, ne pouvant s’empêcher de repasser sur des jointures pour des ajustement même de quelques millimètres ou degrés, juste pour être parfaitement certain que le circuit ne souffre d’aucune fuite et que tout soit bien en équilibre avec des raccordements solides. Par sécurité, il ouvrit un hublot pour éviter qu’ils s’enfument à cause de la source de la chaleur et sortit sa flamme en bocal – cette astuce de feu magique en pot datait déjà de sa scolarité à Poudlard pour avoir sous la main une source de lumière ou de chaleur sans forcément solliciter sa baguette – pour alimenter le réchaud sous le ballon. Offrant le flacon opaque contenant les molécules extraites des algues à Ada, il lui proposa.
« Est-ce que voudriez verser l’ingrédient de ce côté-là du montage, dans le ballon ? Je peux m’occuper de la source de chaleur en parallèle. »
Après quoi, la réaction se produisait de façon plus ou moins autonome, pour peu que la bonne température et intensité soient maintenues, il serait dès lors question de patience.
« Question absolument pertinente. Eh bien non, précisément.* Il faut se figurer que chaque poudre a son propre comportement vis-à-vis en l’occurrence de l’humidité issue d’une plaie ou de toute autre source. Vous pouvez sans doute vous imaginer qu’en versant du sel, du sucre, du bicarbonate ou du sable dans de l’eau, vous n’obtiendrez pas les mêmes réactions. Je ne dis pas que toutes les poudres resteront stables au contact d’une blessure, mais celle issue de ces algues est justement destinée à cet usage car au contact de la plaie elle contient l’humidité sans devenir plâtreuse et forme une couche sèche qui prévient cet effet collant. Cet ingrédient est choisi en particulier parce qu’il ne devient pas une bouillie au contact des fluides de la blessure. »
Détectant de quoi rebondir plus généralement sur les textures des potions, il poursuivit.
« Tout comme derrière la poudre il existe diverses propriétés, mêmes les textures liquides recèlent un éventail de comportements variés, il y a un spectre immense entre les potions les plus fluides et celles si visqueuses qu’elles couleraient au rythme d’un goutte toutes les décennies. »
Estimant avoir apporté pour l’instant les précisions qu’il avait en tête, il approcha le montage pour le valider, ne pouvant s’empêcher de repasser sur des jointures pour des ajustement même de quelques millimètres ou degrés, juste pour être parfaitement certain que le circuit ne souffre d’aucune fuite et que tout soit bien en équilibre avec des raccordements solides. Par sécurité, il ouvrit un hublot pour éviter qu’ils s’enfument à cause de la source de la chaleur et sortit sa flamme en bocal – cette astuce de feu magique en pot datait déjà de sa scolarité à Poudlard pour avoir sous la main une source de lumière ou de chaleur sans forcément solliciter sa baguette – pour alimenter le réchaud sous le ballon. Offrant le flacon opaque contenant les molécules extraites des algues à Ada, il lui proposa.
« Est-ce que voudriez verser l’ingrédient de ce côté-là du montage, dans le ballon ? Je peux m’occuper de la source de chaleur en parallèle. »
Après quoi, la réaction se produisait de façon plus ou moins autonome, pour peu que la bonne température et intensité soient maintenues, il serait dès lors question de patience.
Reducio
*Réaction cohérente supposée sur la base du fonctionnement de la version moldue de ladite poudre cicatrisante, qui forme une couche sèche ne s’humidifiant pas ni ne devenant pâteuse même sur des blessures imposantes dispensant d’activité physique et suintantes de pus.