13 nov. 2022, 22:34
 RPG+  Quand est-ce que tu rentres ?  SOLO 
30 mars 2045
Hôpital Saint James, Dublin


Oscar portait Narcisse dans ses bras en courant dans les couloirs de l'hôpital aussi vite qu'il le pouvait. En cet instant, son fils ne pesait rien, seul une inquiétude folle occupait ses pensées, alors que Narcisse s'accrochait du mieux qu'il le pouvait à son père, en faisant attention à ne pas faire tomber son doudou renard. Oscar n'avait pas eu le temps de dire à son fils ce qui s'était passé, lui-même n'en savait trop rien. Il était à bout de souffle, il savait qu'il aurait dû se mettre au sport, mais repoussait encore et toujours, préférant se plonger dans ses livres. En cet instant, il maudissait sa maigre forme, qui l'empêchait de courir plus rapidement au chevet de sa femme mourante.

Il n'avait reçu que ce coup de fil, d'un numéro masqué, l'informant qu'Honor avait été grièvement blessée, et qu'elle avait transporté de toute urgence dans cet hôpital. Elle était passée sur la table d'opération alors qu'un jet privé de l'armée était venu chercher la famille de la commandante Honor Brando. On ne lui avait donné aucune information, les agents et soldats qu'il avait croisés gardant un silence de plomb. Narcisse ne comprenait pas vraiment ce qui se passait, il était juste content de voir de nouvelle têtes, et leur faisait des petits saluts de la main. Il avait même dormi durant une partie du vol, tandis que son père se rongeait les sangs.

En arrivant à l'aéroport, il avait été transporté par une voiture personnelle, encore une fois, le chauffeur n'avait rien dit, pas un mot. Oscar avait dû retenir ses larmes quand son fils lui avait demandé :


- Elle est où maman ?

Il avait détourné les yeux pour regarder par la fenêtre, la main sur la bouche, s'imaginant le pire, si on ne lui disait rien, cela pouvait vouloir dire le pire. "Pas de nouvelles, bonnes nouvelles" lui aurait dit Honor, si elle avait été là. Oscar avait toujours trouvé cette phrase particulièrement optimiste et parfois naïve, mais pour une fois, il souhaitait de tout cœur avoir tort. Il chuchota dans sa main :

- Toi et ton foutu pragmatisme...

Narcisse se tourna vers lui pour lui donner une petite tape sur le torse.

- T'as dit un gros mot ! J'ai entendu ! C'est pas bien papa ! Tu vas t'faire disputer par maman !

Oscar ne put rien faire d'autre que le prendre dans ses bras pour le restant du voyage, et il avait refusé de le lâcher en arrivant à l'hôpital pour commencer à courir en direction de la chambre de sa femme. Il espérait qu'elle serait encore en état de pouvoir le disputer pour le gros mot dans la voiture.
Dernière modification par Narcisse Brando le 13 avr. 2023, 16:21, modifié 3 fois.

13 nov. 2022, 22:34
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Le moniteur cardiaque résonnait de son inlassable "bip" dans le silence assourdissant de la chambre austère. Tout était trop blanc, trop vide, stérile. Pendant un instant, Oscar fut pris d'une violente rage, froide et meurtrière que quelqu'un ait pu laisser sa femme dans un tel endroit. Avant de s'éteindre aussitôt, il n'était pas fait pour ressentir ce genre d'émotion, il n'y était pas habitué, et il caressa le dos de son fils en s'approchant à pas de loup du lit d'Honor, derrière un rideau semi-transparent.

Un médecin arriva en trombe. Oscar n'écouta que d'une oreille distraite, alors que Narcisse ne pouvait détourner son regard du lit.


- Elle est là maman ?

Chaque mot de Narcisse était un crève-cœur pour Oscar, qui regarda le médecin, ce dernier hocha la tête, avalant sa salive, avant de le briefer rapidement sur l'état d'Honor.

TW : Mention de blessure grave et handicapante.

Narcisse ne comprenait pas, qui était cette personne dont le médecin parlait ? Il entendit le mot "lacération", ou encore la phrase "les organes internes ont été durement touchés". Il ne comprenait pas. Pourquoi était-il là, avec son père ? Et où était sa mère ? Elle travaillait, mais elle était censée être revenu à cette époque de l'année. Oscar déposa Narcisse au sol, avant de s'effondrer sur une chaise. Narcisse prit le bras de son père.

- Papa ! Qu'est-ce qui s'passe ?

Une légère panique pointait dans sa voix, alors qu'il voyait son père prendre son visage dans ses mains et s'effondrer. Narcisse n'avait pas compris la phrase "votre femme ne pourra plus jamais enfanter" mais elle avait l'air d'avoir fait du mal à son papa, et ça, Narcisse n'aimait pas du tout. Il foudroya du regard le méchant médecin qui avait dit de méchantes choses à son père. Oscar posa une main sur la tête de Narcisse, avant de demander au médecin de s'en aller, ce que ce dernier fit, en mentionnant que quelqu'un d'autre serait là très vite. Narcisse avait compris le mot "officier supérieur", ça, il connaissait.

Oscar tenant Narcisse par la main, il s'agenouilla devant lui, le prenant par les épaules, pour plonger ses yeux brun sombre dans les pupilles noires de son fils.


- Mon grand... Ta mère est très malade, non... Elle a eu un accident... Un terrible accident, tu comprends ? Et...

Il réprima un sanglot, et Narcisse, qui ne comprenait pas grand-chose, pour lui sa maman était juste très malade, et il fallait aller la voir sans tarder ! Il posa sa petite main sur l'épaule de son père, et fit parler sa peluche renard.

- "Môsieur R'nard dit qu'il faut aller voir si la maman de Narcisse va bien !"

Oscar ne put réprimer un petit rire, puis il prit Narcisse dans ses bras pour passer le rideau.

13 nov. 2022, 22:35
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Honor était étendue dans le lit d'hôpital, les vêtements blancs à usage unique se confondant avec les couvertures et les draps tout aussi blanc. Une légère bande rouge sombre striait du haut de son épaule droite jusqu'au bas de son ventre son torse, et Oscar laissa échapper un souffle choqué en mettant sa main devant la bouche.

Narcisse devint soudainement très inquiet pour sa maman, elle était toute blanche, et même son visage n'était pas aussi rose qu'auparavant. Quelques pansements parsemaient ci et là son visage, couverte de brûlures. Elle était attachée avec plusieurs fils à des bouteilles retournées, et il voyait un appareil qui faisait bip, avec des lignes qu'il ne comprenait pas.


- Pourquoi maman elle est attachée ?..

Oscar ne répondit pas tout de suite, cherchant ses mots, quand Honor réagit subrepticement. Son moniteur accéléra légèrement, alors qu'elle tourna son visage en ouvrant ses yeux noisette. Un sourire illumina son visage, mais il était tellement faible, tellement fragile, Oscar n'attendit pas une seconde pour s'asseoir sur le tabouret juste à côté du lit, posant Narcisse sur ses genoux. La main d'Oscar se posa délicatement sur la joue de sa chère et tendre, qui s'appuya dessus en fermant doucement les yeux. La propre main d'Honor vint lentement trouver celle de son mari, alors qu'une ombre de sourire planait sur son visage et que des petites larmes s'accumulaient dans les yeux d'Oscar.

Narcisse avait déjà sauté par terre pour poser son doudou renard sur l'oreiller de sa maman.


- Il va t'aider à guérir ! Tu vas voir !

Honor regarda la peluche, puis Oscar, et enfin Narcisse. Elle prit une inspiration saccadée, et seul Oscar remarqua le petit spasme trahissant une douleur certaine et profonde. Son sourire s'agrandit.

- Oscar... La peluche de Narcisse est encore sale... Depuis combien de temps tu ne l'as pas lavé ?

C'est paradoxalement ce qui choqua et inquiéta le plus Narcisse. Sa maman n'avait pas la même voix que d'habitude. En temps normal, quand elle parlait, on pouvait l'entendre dans toute la maison sans qu'elle ne hausse la voix, elle ne le faisait jamais d'ailleurs. Elle n'en avait pas besoin, et son père aimait plaisanter sur ce qui se passerait si elle devait se mettre à hurler. Aussi ce fut une déchirure pour Narcisse. Il s'empressa de prendre la main de sa maman et de son papa.

- Maman ! Parle pas ! Le médecin il a dit qu'tu d'vais te reposer !

Sa mère lui caressa la main et celle d'Oscar, puis elle toussa un peu. Oscar se redressa d'un bond, alors que la quinte de toux s'amplifiait. Oscar poussa légèrement Narcisse sur le côté, pour porter un mouchoir sur la commissure des lèvres d'Honor et en essuya quelques perles de sang. Son visage était froissé, alors que des larmes coulaient.

Narcisse serrait son doudou contre lui, incapable de se décider sur ce qu'il devait ressentir. Il ne savait même pas ce qu'il ressentait. Il était trop petit pour que son cerveau traite correctement l'information. Quelqu'un entra dans la chambre, et Narcisse, qui n'avait d'yeux que pour sa mère, vit que son visage s'assombrit. Et il avait l'impression, pour la première fois depuis qu'il était arrivé, de la retrouver enfin telle qu'il la connaissait. Ce bloc de glace imperturbable, mais qui l'aimait plus que tout. Sa main trouva naturellement la sienne, alors qu'Oscar se levait en demandant à Narcisse de rester pour veiller sur sa mère, ce qu'il promit d'exécuter avec un faux salut miliaire.
Dernière modification par Narcisse Brando le 13 avr. 2023, 16:20, modifié 2 fois.

13 nov. 2022, 22:35
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Narcisse était debout à côté du lit, juste à côté de la tête de sa mère qui le regardait avec un sourire plus doux qu'il n'avait jamais vu. Elle lui serrait la main, mais pour une fois, il avait l'impression que c'était lui qui tenait la main de sa mère et non l'inverse, comme toutes les fois précédentes qu'il n'avait pas pensé à compter.

- Tu rentres quand à la maison ? J'aime pas la cuisine de Papa, c'est trop gras...

Il ronchonnait, sans se soucier le moins du monde de son père qui discutait de l'autre côté du rideau avec un homme grand et massif à casquette et uniforme militaire. Tout ce qu'il voulait, c'était que sa maman rentre pour mettre au pas son papa qui comme à chaque fois, oubliait de s'occuper de sa personne en se laissant surcharger par le travail. Sa mère le regarda, avant de commencer à rire doucement. Rire qui s'éteignit sur une nouvelle quinte de toux, et Narcisse attrapa un mouchoir, ou plus exactement une dizaine sans le vouloir pour essuyer les petites gouttes de sang. Il ne voyait pas le sang, il voulait juste aider sa maman en imitant son père. Une fois calmée, elle parla doucement.

- Mon chéri... Maman va devoir rester ici un petit moment... Mais je suis sûr que tu pourras parfaitement mettre au pas ton père pour moi, tu peux me le promettre ? Et veille à ce qu'il aille se coucher avant 23h, je le connais, et je sais aussi qu'il te soudoie en te laissant rester avec lui dans sa bibliothèque.

Elle lui donna une légère pichenette sur le nez, qui fit rigoler Narcisse d'un petit rire cristallin alors qu'il frottait énergiquement son visage. Elle avait vu juste, parfaitement, et il gonfla les joues de mécontentement. Elle lui tendit son auriculaire, et il en fit autant, et se firent la promesse du petit doigt. Ce serment inviolable à eux, leur pacte sacré, qu'aucun des deux n'avaient rompu depuis qu'il existait.

- Promis maman !

Narcisse tourna la tête en entendant son père lever la voix. Il ne comprenait pas tout.

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?! Secret-défense ! Mon œil oui ! Vous me dites que moi, le mari de ma femme, ne peut pas savoir ce qui s'est passé ! Accident de travail, accident de travail... Vous l'avez vu !? L'avez-vous seulement regardé ?

Une flèche de douleur se planta dans le cœur de Narcisse, alors qu'il entendait les derniers mots de son père se briser dans sa gorge. Son père ne perdait jamais contenance, et pour la première fois de sa vie, il en eut un peu peur.

- Chéri. Arrête. Pas devant Narcisse, pas tout seul.

Oscar s'arrêta immédiatement. L'homme à la casquette baissa la tête, s'inclinant devant Oscar et saluant Honor avant de quitter la chambre d'un pas militaire. Narcisse était heureux d'avoir reconnu la vraie voix de sa mère, elle était toujours là. Mais une nouvelle quinte de toux la pris, et Narcisse, accompagné de son père, lui donnèrent encore une fois plus de mouchoirs dont elle n'avait besoin.

13 nov. 2022, 22:36
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Une fois seuls à nouveau, la famille Brando resta plusieurs minutes dans un silence presque total. Narcisse avait grimpé sur le lit malgré les protestations de son père, sa mère refusant de lâcher sa main. Le petit veillait toutefois à garder une distance confortable avec le corps de sa mère, faisant doucement promener sa peluche sur les draps en chantonnant de temps à autre une petite comptine pour sa mère. Oscar reprit la parole le premier.

- Les médecins m'ont dit que tu devrais rester ici au moins un mois entier. On passera te voir autant que possible, je donnerai les cours à Narcisse sur le chemin, ne t'en fais pas.

Refusant de lâcher la main de sa femme, Honor secoua la tête d'un air qui ne laissait place à aucune contestation.

- Hors de question chéri. Je pense que ce n'est pas bon pour Narcisse. Il va être perturbé, je pense qu'il n'aurait pas dû être amené ici tout court, il aurait été mieux de lui expliquer une fois rentrée tu ne penses pas ?

Narcisse redressa la tête, fronçant les sourcils.

- J'suis pas d'accord maman !

Il s'assit sur le lit, sa peluche entre les jambes, regardant alternativement ses parents.

- J'voulais te voir moi. Et puis tu t'souviens ? "Toute la vérité, quitte à ce qu'elle mal dite ou mal placée."

Il avait pris le petit doigt de sa mère alors qu'elle reprenait leur litanie favorite. Et Honor regarda d'un air un peu peinée son mari.

- Je vous demande pardon... Je n'ose pas imaginer ce que vous avez ressenti. Je suis sûre qu'ils ne vous rien dit en plus. Pourras-tu me pardonner d'ailleurs ?..

Elle tourna la tête vers Narcisse.

- Mon chéri, est-ce que je peux te demander de ne pas me questionner sur comme j'ai été blessé ? Je ne voudrais pas te mentir, mais ces informations vous mettraient en danger tous les deux. Elles concernent une partie très sensible de mon travail. Alors s'il te plaît Narcisse, accepte juste l'explication que j'ai eu un accident de travail, tu veux bien faire ça ? Pour moi ?

Pour Narcisse, il n'était pas nouveau que sa mère lui demande de ne pas questionner son métier. Ils s'étaient promis de ne pas se mentir l'un à l'autre, et c'est la seule parade que le gamin buté avait acceptée. Il réfléchit longuement avant de hocher la tête.

- Mmmmh... Ok, j'accepte, mais ! Avec une condition !

Il posa sa peluche renard dans la main de sa mère, avant de la refermer autour.

- Tu gardes Môsieur Renard, jusqu'à c'que tu rentres. T'as b'soin de te reposer.

Ses yeux commencèrent à se remplir de larmes qu'il essuya compulsivement alors que sa voix se brisait.

- Mais tu rentres vite... Ok ? Parce que... Parce que... T'es déjà pas souvent là... Et... Et... Et tu nous manques à Papa et moi...

Honor ne le laissa pas terminer, et elle le prit délicatement dans ses bras, alors qu'Oscar se redressait.

- Chérie... Tu ne devrais pas...

Mais elle le fit taire d'un regard bien placé. En cet instant, rien au monde n'aurait pu séparer le petit garçon qui pleurait à chaudes larmes dans le creux des bras de sa mère et cette dernière. Puis Oscar s'approcha pour délicatement caresser le dos de son fils, alors que sa chère et tendre lui caressait tendrement le dos de la main.

En quittant la chambre, plusieurs heures après, Honor serrait tendrement la peluche de son fils, se promettant de rester le moins longtemps possible dans cette chambre.