Assieds-toi, faut qu'j'te parle
Maison des Brando
Jeudi 2 janvier 2048, 14h
Reducio
Honor Brando, 40 ans Reducio
Oscar Brando, 37 ans
Il avait longuement hésité à en parler à sa mère. Il n'avait aucune idée de comment s'y prendre. Sans compter que c'était Noël, puis le nouvel an, et qu'il ne les avait pas vu depuis longtemps. Narcisse ne voulait pas tout gâcher en amenant ce sujet affreusement sensible sur le tapis. Il savait que sa mère était forte. Il s'agissait de la femme la plus forte qu'il connaissait, il l'admirait et l'aimait de tout son cœur, sans retenue. Il ne lui mentait jamais, ne l'abandonnerait jamais, et ne ferait jamais rien pour la blesser. Mais il savait, au fond de lui, que sa blessure avait changé sa vie. Aussi bien en la privant de la possibilité d'avoir des enfants à nouveau, que par la cicatrice qu'elle lui avait laissé. Quant à son père, il le savait fort, lui aussi, mais il savait tout autant qu'il n'en demeurait pas moins plus vulnérable que sa mère. Il avait donc décidé d'attendre un long moment, jusqu'au moment opportun, après avoir décemment profité de ses parents. Il avait tellement peur qu'après leur en avoir parlé, le reste de ses vacances soit ruinées, mais c'était trop important.
- Maman, papa, y a quelque chose dont j'dois vous parler. C'est vraiment très important.
Cette phrase était propre à ces réunions familiales. Elle permettait de fixer le cadre du sujet qui allait être discuté, il fallait ensuite préciser à qui l'on s'adressait. Narcisse regarda sa mère.
- Maman, c'est avec toi dont j'voudrais parler d'ce sujet.
Puis il regarda son père.
- Mais j'considère qu'c'est trop important pour exclure papa de la conversation.
Il avait capté l'attention de ses parents à l'instant où il avait mentionné que c'était "vraiment très important". Son père s'était redressé, rajustant ses lunettes du pouce, tandis que sa mère, meilleure maîtresse d'elle-même, s'était contenté de regarder son fils d'un regard plus grave. Narcisse sentit sa gorge se serrer et les mots fuir sa langue, tandis que cette dernière venait soudainement de s'assécher mystérieusement. Il n'avait jamais été doué avec les mots. Pour lui, ils ne pouvaient retranscrire parfaitement les milliards de pensées qui passaient dans sa tête chaque seconde. Il était incapable de les verbaliser correctement, et ce petit handicap l'avait toujours irrité, mais à présent, il le désespérait. Si bien que plusieurs fois, sa bouche s'ouvrit, avant de se fermer après quelques secondes, incapable de traiter tous les mots qu'il voulait formuler en même temps. Oscar regarda Honor, le regard suppliant.
Ils pouvaient voir, dans leur regard, que chacun s'inquiétait pour Narcisse avec une particulière démesure. Plus particulièrement, le regard d'Honor en disait long. Malgré son incroyable force mentale, son point faible demeurait son fils, qu'elle ne supportait pas de voir en position de faiblesse. Oscar le sentit bien, et sa main vint instinctivement trouver la sienne, qu'elle serra un peu trop puissamment à son goût, mais il se garda bien de manifester la moindre réaction. Il avait l'habitude qu'elle lui broie la main régulièrement, ou même sa cage thoracique quand ils se prenaient dans les bras de l'un de l'autre, et qu'elle était en proie à de violentes émotions. Il la regarda tendrement, et elle savait ce que regard voulait dire, tandis que le pouce d'Oscar caressait doucement le dos de la main d'Honor. Elle se tourna vers Narcisse, mais ne pipa mot. Il fallait impérativement qu'il trouve ses mots, mais ils attendraient autant qu'il le fallait, et ils lui firent comprendre en lui souriant doucement.
Dernière modification par Narcisse Brando le 20 avr. 2023, 16:37, modifié 3 fois.
Assieds-toi, faut qu'j'te parle
Narcisse prit une grande inspiration, tentant de calmer les battements sourds de son cœur, il fallait qu'il y arrive. Il prit son courage à deux mains, repensant à toutes les leçons de ses parents sur la gestion de ses peurs. Quand il rouvrit les yeux, il les plongea dans ceux de sa mère, et supporta le regard de ses yeux noisette.
- Au début d'l'année, j'ai dû aller à l'infirmerie, t'inquiète pas maman ! C'était pas grave ! C'est pas l'sujet !
Il n'avait pas manqué de remarquer le changement d'expression chez sa mère, qui devint immédiatement folle d'inquiétude. Pendant ce temps, Oscar dut prendre une grande inspiration sous l'emprise d'acier des doigts d'Honor autour des siens.
- Du coup, j'ai discuté avec l'infirmier, et euh... J'ai...
Il hésita longuement, se tordant les doigts les uns entre les autres, finalement incapable de supporter le regard de sa mère plus longtemps.
- Quand j'ai vu qu'il pouvait refermer la plaie de ma main hyper facilement, j'ai voulu savoir s'il... si il... S'il pouvait soigner de plus grosses cicatrices.
Il ferma les yeux en baissant la tête, croisant ses mains si fort que ses phalanges blanchirent.
- Et... Du coup, j'lui ai parlé d'ta blessure, et qu'elle t'avait fait une grosse cicatrice... Et j'lui ai dit que j'essaierai de te convaincre de te laisser examiner. Mais il a dit qu'tu devrais lui révéler tous les détails de ta blessure, parce qu'il a... Il a aussi dit que...
Narcisse avala difficilement sa salive, sa voix tremblant légèrement.
- Il a dit que si ta blessure était due à la magie noire, elle s'rait plus difficile à soigner...
Il respira convulsivement deux-trois fois, incapable de relever la tête pour regarder ses parents. Il avait soudainement l'impression d'avoir trahi sa mère. De ne pas avoir respecté un secret, de ne pas avoir respecté son intimité. Et même si bien évidemment, jamais sa mère ne lui avait interdit de parler de cela, il se sentit comme un traître.
- J'suis désolé, j'suis désolé... Mais j'voulais juste t'aider... J'voulais juste t'aider... Pardon...
Il n'osait toujours pas les regarder. Il avait trop peur de ce qu'il pourrait lire dans le regard de ses parents. D'ailleurs, pourquoi ne disaient-ils rien ? Quelle expression s'affichait sur leur visage ? Leur en voulait-il ? Venait-il de briser sa famille ? Il sentit les larmes lui monter, plus violentes qu'il ne pouvait s'en souvenir, incapable de contenir le flot d'émotions l'envahissant soudainement. Mais alors qu'il commençait à sombrer dans une obscurité absolue et abyssale, il sentit des bras se refermer autour de lui. Son père. Narcisse n'hésita pas une seconde avant de s'accrocher à ses épaules.
- Désolé, désolé désolé désolé...
- C'est rien bonhomme... Tout va bien.
Il lui caressait les cheveux tendrement, le regard portant loin, très loin par delà la fenêtre. Son fils venait de rouvrir une plaie qu'il pensait définitivement fermée. S'il y avait bien une caractéristique qui pouvait parfaitement illustrer Narcisse, c'était sa volonté de vouloir réparer à tout prix les choses qu'il avait brisées. Il serait plus exact de dire qu'il voulait réparer absolument toutes les choses brisées, même celles pour lesquelles il n'était absolument pas responsable. Mais ce faisant, il n'avait aucune idée des souvenirs qu'il pouvait réveiller, des douleurs qu'il pouvait réactiver, tout ce qu'il voulait, c'était arranger les choses. Et ni Honor, ni Oscar ne lui en voudraient jamais pour cela, comment le pourraient-ils ? C'est ce qui faisait de Narcisse un garçon si gentil, il voulait toujours faire le bien autour de lui, il était dépourvu de toute malice, mais également, dans une certaine mesure, de toute subtilité également. Oscar prit Narcisse dans ses bras, le soulevant comme s'il ne pesait rien, malgré l'effort qu'il dut faire pour en donner l'impression. Puis il se tourna vers sa femme, qu'il avait dû laisser sur le canapé. Honor se tenait, assise. Ou plus exactement, il s'agissait de son fantôme. Jamais Oscar, ni Narcisse, ne l'avaient vu aussi pâle et inexpressive. Parfaitement droite, le visage neutre, les jambes décroisées désormais, et ses mains jointes sur ses cuisses. Narcisse continuait de s'accrocher à son père, tandis que ce dernier regardait avec inquiétude sa moitié.
- Au début d'l'année, j'ai dû aller à l'infirmerie, t'inquiète pas maman ! C'était pas grave ! C'est pas l'sujet !
Il n'avait pas manqué de remarquer le changement d'expression chez sa mère, qui devint immédiatement folle d'inquiétude. Pendant ce temps, Oscar dut prendre une grande inspiration sous l'emprise d'acier des doigts d'Honor autour des siens.
- Du coup, j'ai discuté avec l'infirmier, et euh... J'ai...
Il hésita longuement, se tordant les doigts les uns entre les autres, finalement incapable de supporter le regard de sa mère plus longtemps.
- Quand j'ai vu qu'il pouvait refermer la plaie de ma main hyper facilement, j'ai voulu savoir s'il... si il... S'il pouvait soigner de plus grosses cicatrices.
Il ferma les yeux en baissant la tête, croisant ses mains si fort que ses phalanges blanchirent.
- Et... Du coup, j'lui ai parlé d'ta blessure, et qu'elle t'avait fait une grosse cicatrice... Et j'lui ai dit que j'essaierai de te convaincre de te laisser examiner. Mais il a dit qu'tu devrais lui révéler tous les détails de ta blessure, parce qu'il a... Il a aussi dit que...
Narcisse avala difficilement sa salive, sa voix tremblant légèrement.
- Il a dit que si ta blessure était due à la magie noire, elle s'rait plus difficile à soigner...
Il respira convulsivement deux-trois fois, incapable de relever la tête pour regarder ses parents. Il avait soudainement l'impression d'avoir trahi sa mère. De ne pas avoir respecté un secret, de ne pas avoir respecté son intimité. Et même si bien évidemment, jamais sa mère ne lui avait interdit de parler de cela, il se sentit comme un traître.
- J'suis désolé, j'suis désolé... Mais j'voulais juste t'aider... J'voulais juste t'aider... Pardon...
Il n'osait toujours pas les regarder. Il avait trop peur de ce qu'il pourrait lire dans le regard de ses parents. D'ailleurs, pourquoi ne disaient-ils rien ? Quelle expression s'affichait sur leur visage ? Leur en voulait-il ? Venait-il de briser sa famille ? Il sentit les larmes lui monter, plus violentes qu'il ne pouvait s'en souvenir, incapable de contenir le flot d'émotions l'envahissant soudainement. Mais alors qu'il commençait à sombrer dans une obscurité absolue et abyssale, il sentit des bras se refermer autour de lui. Son père. Narcisse n'hésita pas une seconde avant de s'accrocher à ses épaules.
- Désolé, désolé désolé désolé...
- C'est rien bonhomme... Tout va bien.
Il lui caressait les cheveux tendrement, le regard portant loin, très loin par delà la fenêtre. Son fils venait de rouvrir une plaie qu'il pensait définitivement fermée. S'il y avait bien une caractéristique qui pouvait parfaitement illustrer Narcisse, c'était sa volonté de vouloir réparer à tout prix les choses qu'il avait brisées. Il serait plus exact de dire qu'il voulait réparer absolument toutes les choses brisées, même celles pour lesquelles il n'était absolument pas responsable. Mais ce faisant, il n'avait aucune idée des souvenirs qu'il pouvait réveiller, des douleurs qu'il pouvait réactiver, tout ce qu'il voulait, c'était arranger les choses. Et ni Honor, ni Oscar ne lui en voudraient jamais pour cela, comment le pourraient-ils ? C'est ce qui faisait de Narcisse un garçon si gentil, il voulait toujours faire le bien autour de lui, il était dépourvu de toute malice, mais également, dans une certaine mesure, de toute subtilité également. Oscar prit Narcisse dans ses bras, le soulevant comme s'il ne pesait rien, malgré l'effort qu'il dut faire pour en donner l'impression. Puis il se tourna vers sa femme, qu'il avait dû laisser sur le canapé. Honor se tenait, assise. Ou plus exactement, il s'agissait de son fantôme. Jamais Oscar, ni Narcisse, ne l'avaient vu aussi pâle et inexpressive. Parfaitement droite, le visage neutre, les jambes décroisées désormais, et ses mains jointes sur ses cuisses. Narcisse continuait de s'accrocher à son père, tandis que ce dernier regardait avec inquiétude sa moitié.
Dernière modification par Narcisse Brando le 26 janv. 2023, 20:11, modifié 1 fois.
Assieds-toi, faut qu'j'te parle
Honor était en train de chuter. Elle tombait sans fin, dans un gouffre sans fond, jusqu'aux plus profonds tréfonds de sa conscience. C'était là où elle se réfugiait dans les temps de crise. Cet endroit, son palais mental, le seul endroit où elle pouvait librement penser et agir sans le moindre impact sur le monde qui l'entourait. Elle avait fait l'expérience un jour : une heure passée dans cet endroit équivalent à une minute pour le monde autour d'elle. Mais aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, elle avait l'inexorable sentiment qu'elle n'aurait pas le temps. Elle n'aurait pas le temps d'assimiler ce que venait de lui dire son fils, des conséquences que cela impliquait, et des répercussions que cela aura sur elle, sa famille, tout ce qu'elle aimait et chérissait. Elle s'était jurée, le jour où elle s'était réveillée dans cet hôpital le lendemain de son accident, que jamais elle ne révélerait à son fils les circonstances de sa blessure. Ni à quiconque. Cela relevait du plus haut niveau de secret qu'elle était capable de s'imposer à elle-même et aux autres. Elle n'avait jamais menti à son fils, mais elle lui avait fait promettre de ne jamais poser la question. Et même en cet instant, elle sentait que Narcisse faisait tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas demander, malgré le déchirement évident que cela représentait pour lui. Elle eut envie de vomir. Comment avait-elle pu infliger cela à son fils ? Et que devait-elle faire à présent ? Elle se tenait debout, dans son palais mental, le regard vide de toute émotion, les poings serrés, à considérer ses options.
Une minute s'était écoulée.
Elle avait refusé de prendre les armes contre les sorciers. Elle s'était parjurée au nom de ses convictions, elle avait bazardé sa brillante carrière, foutu en l'air son avenir, pour faire ce qu'elle pensait être la bonne chose. Elle s'était demandé ce qui se serait passé à cette époque, si son fils était un sorcier, si son mari en était un. Quand elle découvrit, à la venue de Miss Miller, que son fils faisait véritablement partie du monde qu'elle avait choisi de protéger, elle ne s'était jamais sentie à la fois aussi soulagée et mal de sa vie. Soulagée, car elle pourrait toujours le regarder dans les yeux avec sincérité, elle pourrait toujours le prendre dans ses bras, en sachant qu'elle n'avait pas contribué à tuer les gens qui étaient comme lui. Mais mal, car elle ne savait pas si elle devait briser le secret qu'elle avait apposé sur cet événement depuis tant d'années. Elle ne savait pas quoi faire.
Deux minutes s'étaient écoulées.
Ses jambes l'avaient abandonné, et elle s'était effondrée sur le sol de son palais mental, incapable de démêler les obscures pensées s'entrelaçant éternellement, mais qui la menaient toujours vers une unique conclusion : elle devait prendre une décision. Son fils avait agi pour la protéger, pour réparer une blessure bien plus douloureuse qu'une simple blessure physique. Son corps physique toucha sa cicatrice de la paume de la main, elle la brûlait en cet instant, terriblement puissamment, comme au lendemain de son accident. Mais si elle lui révélait la vérité, elle savait ce qui se produirait. Et elle en était terrifiée. Si elle lui révélait qu'effectivement, sa blessure était liée, même indirectement, à de la magie noire, à une forme abjecte et répugnante de magie, comme réagirait-il ? Elle ne voulait pas qu'il soit contraint de faire un choix, elle voulait qu'il puisse vivre heureux pour le restant de sa vie, sans être confronté à la terrible réalité. Le miroir de son esprit lui renvoyait sa propre image. Une femme écroulée, laissant ses larmes physiques et mentales couler le long de ses joues. Se redressant, elle agrippa le miroir par les bords, avant de laisser basculer sa tête en arrière. Elle voulait préserver son fils à tout prix, du mal de ce monde, des dangers qui y foisonnaient, il était si petit, si fragile, et elle ne pouvait aller là où il allait, elle ne pourrait pas le protéger.
Trois minutes s'étaient écoulées.
Elle serra les dents, ouvrant les yeux, les pupilles étrécies, tandis que les muscles de son cou se contractèrent brusquement et que son front entrait en violente collision avec le miroir de son esprit. Il se fendilla. Elle bascula à nouveau la tête en arrière. Elle ne pourrait pas le protéger. Mais... L'avait-elle vraiment fait ? Le pourrait-elle à nouveau ? Si quelque chose lui arrivait ? Si la vérité éclatait, l'aimerait-il toujours ? Ou bien perdrait-elle son fils, car inexorablement, il s'éloignerait de lui. Elle serra les poings, avant de défoncer le miroir avec son front. Les éclats volèrent lentement, tandis que le bruit de fracture se répercuta sans fin autour d'elle, faisant écho à ses propres émotions. Elle sentit son corps physique l'appeler, elle avait eu bien trop recours à son palais mental. Elle savait ce qu'elle avait à faire. Jamais elle et Narcisse ne s'étaient menti. Elle lui avait toujours dit la vérité, et elle était intimement persuadée qu'en retour, lui aussi lui disait toujours la vérité. Alors, ce n'était pas aujourd'hui qu'elle allait briser ce serment ! Elle était terrifiée, au fond, de ce qui pourrait se passer. L'idée de devoir se confronter à un médecin sorcier, l'anticipation de ce qu'il pourrait lui dire, ou lui faire, cela la terrifiait. Mais elle n'était pas le genre de femme à se laisser dicter sa conduite par la peur, loin de là. Elle regagna son corps, qui l'accueillit avec un puissant frisson. Ses yeux s'étrécirent, elle vit à nouveau, mais ses yeux étaient secs. Le haut de son corps bascula en avant, tandis que ses mains ouvertes vinrent se placer sur son visage.
Elle n'avait pas cligné des yeux depuis qu'Oscar s'était levé du canapé pour aller prendre Narcisse dans ses bras.
Une minute s'était écoulée.
Elle avait refusé de prendre les armes contre les sorciers. Elle s'était parjurée au nom de ses convictions, elle avait bazardé sa brillante carrière, foutu en l'air son avenir, pour faire ce qu'elle pensait être la bonne chose. Elle s'était demandé ce qui se serait passé à cette époque, si son fils était un sorcier, si son mari en était un. Quand elle découvrit, à la venue de Miss Miller, que son fils faisait véritablement partie du monde qu'elle avait choisi de protéger, elle ne s'était jamais sentie à la fois aussi soulagée et mal de sa vie. Soulagée, car elle pourrait toujours le regarder dans les yeux avec sincérité, elle pourrait toujours le prendre dans ses bras, en sachant qu'elle n'avait pas contribué à tuer les gens qui étaient comme lui. Mais mal, car elle ne savait pas si elle devait briser le secret qu'elle avait apposé sur cet événement depuis tant d'années. Elle ne savait pas quoi faire.
Deux minutes s'étaient écoulées.
Ses jambes l'avaient abandonné, et elle s'était effondrée sur le sol de son palais mental, incapable de démêler les obscures pensées s'entrelaçant éternellement, mais qui la menaient toujours vers une unique conclusion : elle devait prendre une décision. Son fils avait agi pour la protéger, pour réparer une blessure bien plus douloureuse qu'une simple blessure physique. Son corps physique toucha sa cicatrice de la paume de la main, elle la brûlait en cet instant, terriblement puissamment, comme au lendemain de son accident. Mais si elle lui révélait la vérité, elle savait ce qui se produirait. Et elle en était terrifiée. Si elle lui révélait qu'effectivement, sa blessure était liée, même indirectement, à de la magie noire, à une forme abjecte et répugnante de magie, comme réagirait-il ? Elle ne voulait pas qu'il soit contraint de faire un choix, elle voulait qu'il puisse vivre heureux pour le restant de sa vie, sans être confronté à la terrible réalité. Le miroir de son esprit lui renvoyait sa propre image. Une femme écroulée, laissant ses larmes physiques et mentales couler le long de ses joues. Se redressant, elle agrippa le miroir par les bords, avant de laisser basculer sa tête en arrière. Elle voulait préserver son fils à tout prix, du mal de ce monde, des dangers qui y foisonnaient, il était si petit, si fragile, et elle ne pouvait aller là où il allait, elle ne pourrait pas le protéger.
Trois minutes s'étaient écoulées.
Elle serra les dents, ouvrant les yeux, les pupilles étrécies, tandis que les muscles de son cou se contractèrent brusquement et que son front entrait en violente collision avec le miroir de son esprit. Il se fendilla. Elle bascula à nouveau la tête en arrière. Elle ne pourrait pas le protéger. Mais... L'avait-elle vraiment fait ? Le pourrait-elle à nouveau ? Si quelque chose lui arrivait ? Si la vérité éclatait, l'aimerait-il toujours ? Ou bien perdrait-elle son fils, car inexorablement, il s'éloignerait de lui. Elle serra les poings, avant de défoncer le miroir avec son front. Les éclats volèrent lentement, tandis que le bruit de fracture se répercuta sans fin autour d'elle, faisant écho à ses propres émotions. Elle sentit son corps physique l'appeler, elle avait eu bien trop recours à son palais mental. Elle savait ce qu'elle avait à faire. Jamais elle et Narcisse ne s'étaient menti. Elle lui avait toujours dit la vérité, et elle était intimement persuadée qu'en retour, lui aussi lui disait toujours la vérité. Alors, ce n'était pas aujourd'hui qu'elle allait briser ce serment ! Elle était terrifiée, au fond, de ce qui pourrait se passer. L'idée de devoir se confronter à un médecin sorcier, l'anticipation de ce qu'il pourrait lui dire, ou lui faire, cela la terrifiait. Mais elle n'était pas le genre de femme à se laisser dicter sa conduite par la peur, loin de là. Elle regagna son corps, qui l'accueillit avec un puissant frisson. Ses yeux s'étrécirent, elle vit à nouveau, mais ses yeux étaient secs. Le haut de son corps bascula en avant, tandis que ses mains ouvertes vinrent se placer sur son visage.
Elle n'avait pas cligné des yeux depuis qu'Oscar s'était levé du canapé pour aller prendre Narcisse dans ses bras.
Dernière modification par Narcisse Brando le 18 mars 2023, 18:59, modifié 1 fois.
Assieds-toi, faut qu'j'te parle
Oscar observait avec attention son amour, continuant de tenir Narcisse dans ses bras, qui s'était lui aussi mit à regarder sa mère. Il ne pouvait toujours pas parler, la tête doucement posée sur la poitrine de son père. Oscar savait ce qui se passait. Il ne connaissait que trop bien sa femme pour ne pas reconnaître les symptômes : elle avait plongé. Elle était en train de mener une lutte contre elle-même, mais il était certain qu'elle gagnerait, après tout, il s'agissait de la femme la plus forte qu'il ait jamais rencontré. Il s'assit très lentement sur le canapé à côté d'elle, Narcisse sur ses genoux, comptant les secondes. Et les minutes s'écoulèrent. La dernière fois qu'il l'avait vu plonger aussi longtemps, c'était quand elle avait appris qu'elle pouvait être réintégrée dans l'armée, si elle le souhaitait. Mais même là, il ne s'était écoulé que deux minutes maximum. Or, en cet instant, il était en train de compter les secondes de la troisième. Quand soudainement, il la sentit revenir, ses yeux versant quelques larmes dues à la sécheresse de ces derniers, il l'observa avec inquiétude se replier sur elle-même, le visage dans les mains, et Narcisse détourna les yeux. Oscar n'hésita pas un instant avant de poser sa main sur le dos de sa femme.
- Bon retour ma chère. Comme s'est passé ton voyage ?
Elle tourna alors doucement la tête dans sa direction, les yeux embués de larmes, mais un doux sourire aux lèvres. Elle se redressa, reprenant sa respiration, et réajustant sa position. Elle glissa alors tendrement sa main sur la joue de son époux, qui s'appuya sur cette dernière, fermant brièvement les yeux, et souriant à son tour.
- Il s'est passé.
Elle étouffa un petit rire au fond de sa gorge, avant de venir caresser les cheveux de son fils.
- Mon chéri, regarde-moi s'il te plaît.
Il ne s'écoula qu'une seule seconde, mais qui parut un temps infini pour Honor, avant que Narcisse ne réussisse à la regarder dans les yeux. Les siens continuaient de déverser des larmes sans s'arrêter. Sans la moindre considération pour la chemise de son mari, elle essuya les joues de son fils avec le tissu. Ce qui ne manqua pas de le faire sourire.
- Tout va bien, d'accord ? Je ne m'étais simplement pas préparé à cela. Mais tout va bien.
Et puis, sans le moindre effort, elle vint soulever Narcisse pour le prendre dans ses bras, le serrant contre elle aussi fort qu'elle le pouvait sans lui faire mal. Et dieu savait qu'il aurait été facile pour elle de le faire, et cette pensée la terrifia. Puis elle vint passer sa main derrière la nuque d'Oscar, pour l'attirer contre elle à son tour, et déposa sur son front un doux baiser. Ils demeurèrent ainsi de longues minutes, sans le moindre mot. Même l'horloge, en cet instant, semblait s'être tue. Aucun des trois n'osait encore prendre la parole, de peur de briser le mince équilibre qui venait d'être rétabli entre les membres de cette petite famille. Mais Honor, assumant son rôle, repoussa aussi tendrement qu'elle le put son époux, qui ne manqua pas d'embrasser la main qu'elle avait utilisé pour pousser son torse. Elle sourit. Puis elle pris Narcisse pour le faire asseoir sur ses genoux, et prit son visage entre ses mains pour le regarder.
- Tu dis que cet infirmier accepterait d'examiner ma cicatrice ?
Il hocha la tête, et elle fut rassurée de constater que les reflets obsidiennes de sa détermination se remirent à briller au fond de ses yeux.
- Mon chéri. Cette cicatrice a été causée par un accident terrible, effroyable, qui te concerne de plus près que ce que tu ne pourrais imaginer. À l'époque, je jugeais sage de te préserver de cette réalité, et tu as tenu parole, comme à chaque fois. Mais exceptionnellement, pour cette fois...
Avec son petit doigt, elle vint prendre celui de Narcisse.
- Si tu l'acceptes, je peux te libérer de ta promesse, et je te raconterai toute la vérité. Tu n'as qu'un mot à dire.
Narcisse écarquilla les yeux, serrant compulsivement l'auriculaire de sa mère avec le sien. Il regarda son père, un mélange de panique et d'espoir au fond des yeux, avec ce qui semblait être, une pointe de curiosité insatiable. Il regarda à nouveau sa mère, le visage déterminé.
- J'sais qu'c'est important pour nous... Cette promesse... Ces promesses.
Il prit la main de sa mère avec celle qu'il lui restait. Honor eut une bouffée d'émotion : la main de son fils paraissait si petite à côté de la sienne, mais lui avait-elle jamais parue si forte en cet instant ?
- Pas tout de suite maman. J'te demanderai pas de briser cette promesse si tu n'accepte pas de te faire examiner.
Il lui lança un regard qui n'accepterait aucun compromis. Il voulait que sa mère aille mieux, et elle sut qu'elle devrait dire oui. Elle ferma les yeux, collant son front au sien, avant de regarder son mari, qui les regardait, les mains croisées, les coudes sur les genoux.
- Qu'en dit l'homme de la maison ?
Tous trois rirent brièvement, tandis qu'Oscar s'affalait dans le canapé en rajustant ses lunettes du pouce.
- Tu parles de toi à la troisième personne maintenant ?
Honor retint un éclat de rire en cognant l'épaule de son mari, qui mima une douleur incommensurable. Puis elle reprit son sérieux en regardant son fils.
- Si c'est si important pour toi... Tu peux dire à cet infirmier que j'accepte de le rencontrer... Mais ne te fais pas trop d'espoir d'accord ? Et... Merci.
Elle l'embrassa sur le front, car au final, il avait agi bien courageusement, ce petit, mais elle n'en attendait pas moins de lui, et elle reconnaissait les fruits de ses entraînements et leçons, ainsi que ceux de son père, ce qui ne fit que renforcer sa fierté. Elle se redressa, en continuant de tenir Narcisse dans ses bras.
- Bien. À présent, et si nous sortions en famille ? Narcisse ? Il me semblait que tu avais exprimé le souhait, il y a quelque temps, d'avoir ton propre animal de compagnie...
En un instant, toute trace de tristesse ou d'inquiétude fut balayée du visage de Narcisse, qui se glissa hors des bras de sa mère pour courir s'habiller et mettre ses chaussures. Oscar vint dans le dos d'Honor pour la prendre dans ses bras , déposant ses mains sur la cicatrice de son ventre. Honor posa ses mains sur les siennes, se laissant envahir par la chaleur que dégageaient les mains de son époux. Elle se tourna pour l'embrasser tendrement.
- Nous discuterons des modalités de ce rendez-vous médical plus tard ? Pour le moment, je crois que notre petit a besoin de sortir.
Il l'embrassa à son tour, avant de venir déposer sa tête sur la poitrine de sa femme.
- Il semblerait en effet, mais ne te force pas trop, je sais que ce sujet te rend vulnérable ma chérie.
Honor hocha imperceptiblement la tête, en observant son fils se préparer, et en caressant tendrement la nuque d'Oscar. Elle déposa un baiser sur le sommet de sa tête.
- Merci...
Quelques heures plus tard, la famille Brando revint avec une petite boule de poils colérique et chaotique, qui ne tarderait pas à semer le chaos dans la maison. Mais ça, c'était une autre histoire.
- Bon retour ma chère. Comme s'est passé ton voyage ?
Elle tourna alors doucement la tête dans sa direction, les yeux embués de larmes, mais un doux sourire aux lèvres. Elle se redressa, reprenant sa respiration, et réajustant sa position. Elle glissa alors tendrement sa main sur la joue de son époux, qui s'appuya sur cette dernière, fermant brièvement les yeux, et souriant à son tour.
- Il s'est passé.
Elle étouffa un petit rire au fond de sa gorge, avant de venir caresser les cheveux de son fils.
- Mon chéri, regarde-moi s'il te plaît.
Il ne s'écoula qu'une seule seconde, mais qui parut un temps infini pour Honor, avant que Narcisse ne réussisse à la regarder dans les yeux. Les siens continuaient de déverser des larmes sans s'arrêter. Sans la moindre considération pour la chemise de son mari, elle essuya les joues de son fils avec le tissu. Ce qui ne manqua pas de le faire sourire.
- Tout va bien, d'accord ? Je ne m'étais simplement pas préparé à cela. Mais tout va bien.
Et puis, sans le moindre effort, elle vint soulever Narcisse pour le prendre dans ses bras, le serrant contre elle aussi fort qu'elle le pouvait sans lui faire mal. Et dieu savait qu'il aurait été facile pour elle de le faire, et cette pensée la terrifia. Puis elle vint passer sa main derrière la nuque d'Oscar, pour l'attirer contre elle à son tour, et déposa sur son front un doux baiser. Ils demeurèrent ainsi de longues minutes, sans le moindre mot. Même l'horloge, en cet instant, semblait s'être tue. Aucun des trois n'osait encore prendre la parole, de peur de briser le mince équilibre qui venait d'être rétabli entre les membres de cette petite famille. Mais Honor, assumant son rôle, repoussa aussi tendrement qu'elle le put son époux, qui ne manqua pas d'embrasser la main qu'elle avait utilisé pour pousser son torse. Elle sourit. Puis elle pris Narcisse pour le faire asseoir sur ses genoux, et prit son visage entre ses mains pour le regarder.
- Tu dis que cet infirmier accepterait d'examiner ma cicatrice ?
Il hocha la tête, et elle fut rassurée de constater que les reflets obsidiennes de sa détermination se remirent à briller au fond de ses yeux.
- Mon chéri. Cette cicatrice a été causée par un accident terrible, effroyable, qui te concerne de plus près que ce que tu ne pourrais imaginer. À l'époque, je jugeais sage de te préserver de cette réalité, et tu as tenu parole, comme à chaque fois. Mais exceptionnellement, pour cette fois...
Avec son petit doigt, elle vint prendre celui de Narcisse.
- Si tu l'acceptes, je peux te libérer de ta promesse, et je te raconterai toute la vérité. Tu n'as qu'un mot à dire.
Narcisse écarquilla les yeux, serrant compulsivement l'auriculaire de sa mère avec le sien. Il regarda son père, un mélange de panique et d'espoir au fond des yeux, avec ce qui semblait être, une pointe de curiosité insatiable. Il regarda à nouveau sa mère, le visage déterminé.
- J'sais qu'c'est important pour nous... Cette promesse... Ces promesses.
Il prit la main de sa mère avec celle qu'il lui restait. Honor eut une bouffée d'émotion : la main de son fils paraissait si petite à côté de la sienne, mais lui avait-elle jamais parue si forte en cet instant ?
- Pas tout de suite maman. J'te demanderai pas de briser cette promesse si tu n'accepte pas de te faire examiner.
Il lui lança un regard qui n'accepterait aucun compromis. Il voulait que sa mère aille mieux, et elle sut qu'elle devrait dire oui. Elle ferma les yeux, collant son front au sien, avant de regarder son mari, qui les regardait, les mains croisées, les coudes sur les genoux.
- Qu'en dit l'homme de la maison ?
Tous trois rirent brièvement, tandis qu'Oscar s'affalait dans le canapé en rajustant ses lunettes du pouce.
- Tu parles de toi à la troisième personne maintenant ?
Honor retint un éclat de rire en cognant l'épaule de son mari, qui mima une douleur incommensurable. Puis elle reprit son sérieux en regardant son fils.
- Si c'est si important pour toi... Tu peux dire à cet infirmier que j'accepte de le rencontrer... Mais ne te fais pas trop d'espoir d'accord ? Et... Merci.
Elle l'embrassa sur le front, car au final, il avait agi bien courageusement, ce petit, mais elle n'en attendait pas moins de lui, et elle reconnaissait les fruits de ses entraînements et leçons, ainsi que ceux de son père, ce qui ne fit que renforcer sa fierté. Elle se redressa, en continuant de tenir Narcisse dans ses bras.
- Bien. À présent, et si nous sortions en famille ? Narcisse ? Il me semblait que tu avais exprimé le souhait, il y a quelque temps, d'avoir ton propre animal de compagnie...
En un instant, toute trace de tristesse ou d'inquiétude fut balayée du visage de Narcisse, qui se glissa hors des bras de sa mère pour courir s'habiller et mettre ses chaussures. Oscar vint dans le dos d'Honor pour la prendre dans ses bras , déposant ses mains sur la cicatrice de son ventre. Honor posa ses mains sur les siennes, se laissant envahir par la chaleur que dégageaient les mains de son époux. Elle se tourna pour l'embrasser tendrement.
- Nous discuterons des modalités de ce rendez-vous médical plus tard ? Pour le moment, je crois que notre petit a besoin de sortir.
Il l'embrassa à son tour, avant de venir déposer sa tête sur la poitrine de sa femme.
- Il semblerait en effet, mais ne te force pas trop, je sais que ce sujet te rend vulnérable ma chérie.
Honor hocha imperceptiblement la tête, en observant son fils se préparer, et en caressant tendrement la nuque d'Oscar. Elle déposa un baiser sur le sommet de sa tête.
- Merci...
Quelques heures plus tard, la famille Brando revint avec une petite boule de poils colérique et chaotique, qui ne tarderait pas à semer le chaos dans la maison. Mais ça, c'était une autre histoire.

