18 avr. 2023, 20:13
 PNJ  Le dernier vœu de la Cantatrice  SOLO   RPG++ 
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Le 3 novembre 2047
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𝄞 ♪♭𝅗𝅥
Le son d'une cloche lointaine rythmait les pas d'un sorcier au chapeau pointu. Bien qu'il ne filait pas aussi vite qu'un Démonzémerveille parmi les derniers flâneurs du Londres sorcier, sa démarche prudente n'empêchait pas sa cape noire de virevolter dramatiquement derrière lui sous l'effet de quelques bourrasques. Si son pas ralentissait, c'était seulement parce qu'il dépréciait chaque centimètre qui le rapprochait un peu plus de sa destination. Piccolo voulait éviter de croiser un éventuel visage familier en s'éternisant dans la rue principale mais sa silhouette continuait de ralentir inexorablement. Elle finit par se figer complètement devant le croisement de la Banque des sorciers : emprunter le virage le ferait basculer une fois de plus dans l'insécurité d'une allée qu'il s'était juré ne jamais retrouver. Piccolo n'avait toutefois pas d'autre choix : on ne manquait pas un rendez-vous avec la Grande Renata, cantatrice installée dans le paysage de l'Opéra londonien. Il n'avait jamais oublié l'influence qu'elle avait exercée pour lui décrocher des auditions à ses débuts. Elle restait d'ailleurs la seule sorcière qui s'était évertuée à garder une correspondance avec lui bien après l'affaire qui lui avait coûté sa carrière professionnelle à l'Opéra. Même si sa protectrice n'avait pas précisé pour quelle raison elle avait souhaité l'inviter ce soir-là, Piccolo soupçonnait qu'elle avait sûrement lu les rumeurs sur le poste vacant de chef de chœur à l'école des sorciers. Nul doute qu'elle souhaitait le dissuader. Après avoir vérifié une dernière fois que personne ne l'observait, rassemblant une dernière fois tout son courage, le sorcier s'engagea.

Le passage de sa cape sur les quelques marches en pierre initia l'envol des pigeons qui s'y étaient installés. Le visage sombre, il tira de sa main gantée un morceau de papier. Les lueurs suspendues aux murs des bâtiments miteux ne lui permettaient pas de relire l'adresse de la Grande Renata, mais paraitre absorbé par quelque chose pouvait au moins dissuader les rares individus encore dotés de bons sens de le déranger. Il était important de ne pas donner l'impression de se promener ici sans aucun but si l'on voulait éviter d'être pris à partie par des sorciers aux intentions sibyllines. Le nouvel appartement de la cantatrice n'était, fort heureusement, pas si éloigné de la rue principale éclairée. Piccolo s'était demandé si elle n'avait pas choisi d'habiter ici pour préparer un prochain rôle en s'imprégnant de la décadence environnante. La Grande Renata s'était toujours montrée originale, après tout. Il fallait voir à quel point son avis différait de celui de ses collaborateurs au sujet des chanteurs à la filiation modeste, par exemple. C'était peut-être pour cette raison que Piccolo ne l'avait jamais rebutée. Elle l'avait toujours mis sur un pied d'égalité avec les chanteurs qui avaient trempé dans un monde culturel florissant dès leur naissance.

Le sorcier s'arrêta devant une porte en bois, la tête emplie de souvenirs comme à chaque fois qu'il s'apprêtait à revoir sa protectrice. Son regard oscillait entre le morceau de papier gardé dans sa main et le numéro en fer forgé fixé sur la paroi en pierre. Visiblement, elle ne s'était pas contentée de déménager dans une ruelle sinistre du Chemin de Traverse, elle avait décidé également de loger dans un bâtiment incroyablement vétuste. Piccolo se tint les coudes, frissonnant. Le bruit soudain d'un claquement au-dessus de sa tête le fit se reculer entièrement. Malgré l'obscurité des environs, il constata que les volets à l'étage étaient à présent grand ouverts. Une voix - qu'il mit un peu de temps à reconnaitre - s'échappa alors de la fenêtre pour dissoner à ses oreilles :

« La cloche a sonné, nous, des ouvrières
Nous venons ici guetter le retour...
»


La Grande Renata lui offrait parfois cet accueil coqueriqué lorsqu'il lui rendait visite. Seulement, cette fois-ci, un son éreintant semblait s'être greffé à son grain de voix puissant - un peu à l'image de sa propre voix détériorée, elle, par les effets d'un poison. Encore étonné par cette dissonance, le sorcier se décala pour essayer de distinguer la figure de la Grande Renata à travers la fenêtre, mais elle restait dissimulée derrière le rideau occultant. Le silence pesant obligea la voix soprano à exiger de son protégé qu'il continue la réplique :

« Hé bien, j'attends la suite !
Et nous vous suivrons, brunes cigarières,
En vous murmurant des propos d'amour...
s'exécuta-t-il, la voix encore plus timide qu'à l'ordinaire.
— Monte, mon petit Piccolo ! »

Des marches inégales le menèrent au dernier palier qui se trouva aussi froid et humide que l'extérieur. Piccolo vit alors une porte s'ouvrir en grand sur un appartement à l'allure tout aussi abandonnée. La première chose qui le troubla, ce fut le désordre d'un salon dénué de meubles. La seconde fut l'absence d'accolade chaleureuse.

« Grande Renata ? » s'enquit-il, perplexe.

Lorsqu'il avança, la porte se ferma à son passage. Il s'arrêta alors devant ce qui ressemblait à une table de cuisine, remarquant malgré le manque d'éclairage les traces incrustées dans la marmite et de multiples tas de feuilles de tabac sur le plan de travail. En plus des cigares, elle s'était donc mise à fumer la pipe. Soudain, la Grande Renata apparut devant lui, à contre-jour, pour s'adresser à lui d'un air enjoué qui devait donner l'impression que rien ne sortait de l'ordinaire.

« Tu vas me dire ce que tu penses de cette nouvelle infusion ! Il y a un ingrédient secret, j'espère que tu arriveras à deviner de quoi s'agit... »

Alors qu'elle s'apprêtait à verser le contenu de la théière, les mains quelque peu tremblantes, Piccolo plaça rapidement les siennes sur le bol, le visage profondément agacé. Elle demeurait son aînée et sa protectrice et il ne voulait pas la contrarier, mais il se sentait profondément blessé : elle l'accueillait dans un logement malfamé, revêtue d'un masque de bonheur dans ce décor calamiteux, et avait oublié une information essentielle à son sujet. Comme il l'empêchait de verser l'infusion, leurs deux regards noirs s'affrontaient. De longues secondes s'écoulèrent avant que la Grande Renata ne s'adoucisse soudain, se rappelant que son protégé devait assister au préalable à toutes les étapes de fabrication des décoctions qu'il comptait boire.

« Quelle bécasse je fais ! Mille excuses mon petit Piccolo... »

La sorcière reposa la théière et Piccolo se détourna d'elle, les bras croisés, visiblement toujours vexé par cet accueil étrange qui se trouvait aux antipodes de ceux auxquels elle l'avait habitué.

« Tout est déjà sorti sur la table, tu peux préparer l'infusion... »

Effectivement, ne pas ranger les affaires dans les placards permettait une certaine facilité d'accès. Le sorcier s'exécuta pour se détourner un peu de son cœur blessé, laissant sa magie opérer l'eau, le feu et le petit chaudron - il avait eu du mal à en trouver un qu'il n'aurait pas eu à laver devant son hôte. En attendant la formation des bulles, il débuta son enquête sur l'absence de meubles :

« Vous êtes en train de quitter cet horrible endroit, n'est-ce pas ? commenta-t-il en pointant du doigt les nombreux espaces vides de la pièce. Quel soulagement, je ne me voyais pas retourner ici une nouvelle fois ! »

En relevant la tête pour la regarder, Piccolo se figea, confus : la Grande Renata se tenait l'arrête du nez, comme abattue. Elle se repliait en direction de son unique fauteuil en trainant du pied, ôtant sa perruque excentrique pour laisser place à son crâne roux dégarni par endroits.

« Comment j'ai pu oublier une chose pareille... Mon petit Piccolo ne voudra plus jamais revenir n'est-ce pas..? Alors plus personne ne viendra me rendre visite... »

Piccolo resta un instant à observer la silhouette de la cantatrice, encore étourdi par l'odeur de tabac et les vapeurs émanant du chaudron. La Grande Renata ne lui paraissait plus si grande, d'un seul coup... L'inquiétude qu'elle laissait transparaitre à son égard l'avait atteint plus que n'importe laquelle de ses prestations qui avaient fait sa renommée.

« Qui donc serait vexé pour ça, Grande Renata... »

Il l'était profondément, lui, mais il commençait aussi à se dire qu'il y avait peut-être plus important que le maintient de son amour-propre pour le moment. Tout de même encore plus inquiet qu'à son arrivée, Piccolo s'approcha prudemment de la cantatrice. Elle avait réellement perdu son éclat, à présent qu'il la voyait sous un véritable spectre de poussières de Lune. Sans vraiment essayer de la consoler, encore perturbé, il s'agenouilla près d'elle. Sa présence à ses côtés sembla avoir l'effet d'une bombe à retardement, elle se confia avec une intensité qu'il ne lui avait connu que sur scène :

« Ils m'ont tous abandonné... Ils ont peur d'être associés à moi et ma nouvelle réputation... Mais toi tu n'as pas peur, n'est-ce pas ? Elles n'ont plus rien à te prendre, ces Harpies de l'Opéra ! »

Piccolo fronça les sourcils, aussi perplexe qu'inquiet.

« Quelle nouvelle réputation, Grande Renata ?
— Ils m'ont remplacé, je ne jouerai plus Babbity Lapina... se lamenta-t-elle. À cause de... Tu n'as pas lu les tabloïds ? Surtout ne les lis pas mon petit Piccolo ! Ce n'est qu'une histoire de poudre de dragon comme tant d'autres... »

La cantatrice tenait sa main avec fermeté. Nul doute qu'un tel remplacement avait fait la une de certains journaux spécialisés, mais le temps que Piccolo leur consacrait restait si sommaire qu'il en était probablement le dernier informé... La Grande Renata, addicte à la poudre de dragon, voilà quelque chose d'assez sulfureux pour atteindre la réputation de l'Opéra sorcier de Londres ! Ce n'était pas la seule chose qui abattait sa protectrice. Elle lui avoua que son cinquième divorce ne se passait pas comme prévu, que les potions de rétablissement devenaient inefficaces sur sa voix, que sa fortune déclinait au point de l'obliger à revendre des meubles de collection et à déménager dans cet endroit lugubre... Piccolo prenait la mesure de son enfer, impuissant.

« Qui aurait cru... soupira-t-elle.
— Grande Renata... Si j'ai pu retrouver mon chemin...
— Oh mon petit Piccolo, certaines choses n'arrivent plus à se réparer tant elles ont été brisées
, murmura-t-elle, reposant son front sur sa main. Je ne pensais pas devoir t'apprendre ça. »

Ils se jaugèrent de nouveau, des éclairs aux prunelles. La cantatrice avait cessé de s'apitoyer mais, à présent, une émotion certaine traversait le visage de son ancien partenaire de jeu. Cette parole traduisait quelque chose de latent qu'il avait soupçonné à chacun de leurs rendez-vous : elle n'avait jamais pris la peine de s'intéresser à ce qui l'avait sauvé du silence, ne cessant de regretter le fait qu'il n'avait pas essayé de retourner travailler à l'Opéra lorsque l'occasion lui en avait été donnée. Peut-être même qu'elle ne cessait d'espérer qu'il y retourne. Pour elle, il n'existait rien d'autre que l'Opéra. Soudain bien moins virulente, sa main gonflée tapota la sienne, squelettique :

« Ne sois pas triste, mon garçon... Il te reste du temps pour frapper ce monde de ton nom. Quant à moi... Ses yeux creux se fermèrent, comme résolus. Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi ! »

Il était difficile pour Piccolo de retrouver tous ses esprits après de telles paroles, mais il demeurait le meilleur soldat de la cantatrice.

« Il vous reste tant d'admirateurs fidèles... essaya-t-il en cherchant la pipe du regard, pensif.
— Des admirateurs... Ah oui, on peut dire que mes maris étaient tous en admiration devant moi ! Le dernier aura bien fait de quitter le navire juste avant qu'il ne coule... »

Alors que Piccolo ressortait sa baguette magique pour faire venir l'objet, il sentit un regard peser sur lui, se risquant à le lire : la cantatrice le fixait de ses yeux humides. Arrêté dans son geste, il l'interrogea silencieusement.

« Laisse tomber mon chéri, je ne vais pas fumer ce soir... Il n'y aurait qu'une Muna Cha-Cha pour réussir à me divertir ce soir ! »

Piccolo abaissa complètement sa baguette magique.

« Une miounacha-quoi..? »

Un sourire édenté se dessina sur le visage de la cantatrice. C'était comme la retrouver, quand elle souriait, alors Piccolo se sentit enfin rassuré.

« A refuser de mettre les pieds par ici, on rate des choses étonnantes... Muna Cha-Cha est une artiste hors du commun comme l'Opéra ne saura jamais créer !
— Alors c'est une chanteuse lyrique ? »

La cantatrice se laissa aller à un petit rire. Habitué à sembler ignare et inexpérimenté à ses côtés, Piccolo restait pendu à ses lèvres puisque cette artiste paraissait être la seule chose qui apportait certain un souffle vie à la Grande Renata.

« Non, non, ce n'est pas une chanteuse lyrique. Ah... Je ne serai plus de ce monde si elle ne recevait pas une lettre de ma part à chacune de ses prestations ! Je crois bien n'en avoir raté aucune depuis mon installation. »

Agitant sa baguette, le sorcier apporta les tasses d'infusion, remplies à ras bord, jusqu'à eux. Elles produisirent un tintinnabulement en s'entrechoquant et en laissant tomber quelques gouttes sur le sol poussiéreux. Piccolo restait accroupi près d'elle comme un petit garçon attendant une histoire de sa mère. A une époque, la cantatrice aurait ainsi parlé de lui, avec ce regard empli de curiosité et d'excitation avant la prochaine performance. Piccolo savait à quel point l'avis de la Grande Renata constituait le plus grand des honneurs. Il en avait reçu, des lettres parfumées - et même un couple de perruches ! -, mais celles de la sorcière passaient avant toutes les autres. Quelque chose d'inconscient se réveilla au fond de lui, une sorte de nostalgie qui revenait à chaque fois qu'il la revoyait... Bien qu'elle traversait aujourd'hui une mauvaise passe, ce sentiment ne semblait jamais vouloir partir, peut-être était-il indissociable d'elle comme un héritage dont elle n'avait même pas connaissance.

« Nous irons la voir ensemble et elle réveillera des choses que tu ignorais en toi, tu verras ! »

La nuit était parfaitement tombée à l'extérieur, couvrant la ville d'une tout autre aura. Piccolo avait laissé le visage de la cantatrice s'illuminer sur de nouvelles perspectives dans l'obscurité pesante de son appartement. Le sorcier avait l'impression d'avoir occulté de nombreuses choses durant leur rendez-vous, comme souvent. Seulement, pour la première fois depuis qu'il la connaissait, il avait eu l'impression cette fois-ci d'avoir dansé sur un pied d'égalité avec elle : la Grande Renata s'était, après tout, toujours constituée comme le dernier lien le maintenant au courant des derniers rebondissements de l'Opéra... Même si Piccolo était déjà passé à autre chose depuis bien longtemps, on ne se défaisait pas facilement de son rêve d'enfant. A présent qu'elle était dépossédée de sa place, cet ascendant sur lui cesserait d'exister - bien qu'il restait son éternel obligé. Peut-être que la descente aux enfers de sa protectrice, bien que troublante, lui donnait une occasion d'enterrer une bonne fois pour toute les espoirs grandiloquents de l'artiste qu'il avait été. Dans tous les cas, l'un de ses projets dont il n'avait pas pu discuter avec la cantatrice semblait à présent tangible, comme s'il se rapprochait de lui inévitablement. Alors qu'il gagnait la rue principale du chemin de traverse et son éclairage apaisant, son visage s'illumina lui aussi par ces nouvelles perspectives.

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
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20 avr. 2023, 17:43
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Le 6 novembre 2047
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Le Maestro ôta son chapeau qui ne cessait d'être emporté par les rafales de vent. Il rencontra alors l'espace d'un court instant son propre reflet dans la vitrine de Tissard et Brodette, presque surpris d'y voir un sorcier qui ne fuyait pas son propre regard. Son visage exprimait toutefois une crainte : celle de retrouver cette ruelle malfamée où la cantatrice avait dû s'établir après sa débâcle de l'Opéra. Les missives de la Grande Renata s'étaient faites plus régulières, le pressant de revenir la voir à peine trois jours après sa dernière visite. Reprenant sa route, déjà fatigué de la leçon qu'il venait de donner à sa jeune disciple chanteuse, Piccolo imaginait de quelle façon il allait pouvoir aborder le sujet délicat dont il voulait faire part à sa protectrice. C'était, après tout, une bonne occasion de lui parler de la candidature qu'il avait fini par envoyer au château de Poudlard juste après leur dernière entrevue. Lui accorderait-elle enfin une occasion pour lui faire part de la nouvelle ? La cantatrice n'avait jamais apprécié le voir s'éloigner du monde de l'Opéra au fil des années, que ce soit via le tutorat ou la direction de son propre chœur. Il ne voyait pourtant personne d'autre qu'elle pour accueillir son excitation à l'idée de recevoir une réponse de la part du professeur Montmort, directrice du prestigieux collège pour sorciers. Ses yeux fatigués trahissaient cette nervosité en ébullition, c'était le genre de changement qui vous gardait éveillé.

Le soleil n'était pas encore couché lorsqu'il atteignit le bâtiment quelque peu délabré. Cette fois-ci il put en apercevoir tous les horribles détails, de la plus fine des fissures aux couleurs cramoisies de la façade. Comme une sorte de réflexe, le sorcier leva la tête. Contrairement à sa dernière visite, il n'y avait plus de rideaux et la fenêtre était ouverte en grand. Une odeur familièrement désagréable lui chatouilla le nez alors qu'il aperçut une nuée de fumée monter jusqu'au ciel.

« Grande Renata ? »

Incertain devant ce silence étrange, le Maestro fit craquer les marches inégales à son passage. La porte de l'appartement se trouvait déjà ouverte mais au lieu de s'y aventurer il recula d'un pas surpris : la pièce principale baignait dans une brume suffocante et plusieurs odeurs de tabac semblaient se mélanger pour créer la plus repoussante des senteurs. L'avant-bras de Piccolo ne suffisait pas à la masquer alors qu'il avançait prudemment, les yeux irrités.

« Vous êtes là, Grande Renata ? »

Chassant les nuées de fumées qui provenaient aussi bien de narguilés que de plus étranges perchoirs en cuivre à pipes et cigares abandonnés au quatre coins de la pièce, le Maestro s'approcha de la figure qui se dessinait sous la fenêtre. La sorcière semblait se tenir là comme le seul meuble de l'appartement, assise en tailleur et plongée en pleine méditation. Piccolo renversa une sorte d'encensoir au sol. Il replaça l'objet en toussotant quand une voix rauque s'éleva :

« Là où la nuit est sans visibilité
Le fantôme de l'opéra est là...

C'est bien toi Piccolo ? »


Les yeux pliés en fentes, la Grande Renata semblait avoir du mal à lire à plus d'un mètre devant elle. Son protégé attrapa sa main à genoux devant elle.

« Je suis un masque pour vous, je suis ta voix,
Tu sais que le fantôme de l'opéra est là, en toi.

Et il vient vous apporter une nouvelle réjouissante... »


La main fiévreuse se serra dans la sienne, comme si elle testait la réalité d'une apparition.

« Tu abandonnes tes rôles, tu quittes l'Opéra, je suis déjà au courant mon petit Piccolo... Toutes les nouvelles passent par moi, tu sais, et celle-ci n'a vraiment rien de réjouissant. »

Sous le regard inquiet du sorcier, la cantatrice tira une nouvelle fois sur sa longue pipe en bois. Visiblement, elle rejouait un souvenir qu'ils avaient partagé il y a de nombreuses années. Etait-il parti de son plein gré de l'Opéra dans l'esprit de la cantatrice ? Etait-ce un délire... Le cœur serré, Piccolo n'abandonna pas :

« L'Opéra m'a laissé tombé il y a quinze ans, Grande Renata... Vous vous souvenez ? Mais ce n'est pas ce que je voulais vous dire... »

Il refusait de rouvrir le dossier de l'empoisonnement, préférant se rattacher au présent - chose qui lui avait été difficile à réaliser ces dernières années. Essayant de rassembler son courage, il la quitta des yeux comme s'il se trouvait en faute. Ce n'était pas ainsi qu'il avait imaginé lui apprendre cette nouvelle.

« Je voulais vous annoncer que je me suis présenté à l'école des sorciers... Pour m'occuper de son chœur. »

La main de la cantatrice se défit sèchement. Son regard de juge n'exprimait rien d'autre qu'une défiance insultante.

« Poudlard..? Le Chœur des Grenouilles..? Mais quel âge as-tu... rigola-t-elle presque à demi-mot. Tu devrais déjà être en haut de l'affiche et je ne vois ton nom nulle part. Je... Je ne vois mon nom nulle part... » sembla-t-elle réaliser avec difficulté.

Piccolo toussota une nouvelle fois, la gorge irritée et le cœur en miettes. Si la nouvelle n'était pas bien accueillie, elle semblait au moins l'avoir faite réatterrir sur Terre.

« Oublions, ce n'est pas si important. »

Bien au contraire, il avait tellement eu hâte de lui présenter cette opportunité venue à lui comme une évidence... Sa déception n'en était que plus difficile à supporter.

« Tu serais bien du genre à faire des caprices de petit garçon... » sembla s'amuser la sorcière qui disparaissait de nouveau dans un nuage de fumée.

Piccolo se détourna, tentant d'identifier l'instant où il avait cessé de se sentir Maestro devant elle. Il ne fallait pas qu'il l'abandonne dans un tel moment, et pourtant l'envie le pressait de le faire pour la première fois depuis leur rencontre.

« Est-ce que Muna Cha-Cha se produit ce soir ? J'ai perdu le fil du temps », rigola la sorcière d'un air indifférent.

De nouveau pris de court par la tournure de leur échange, le sorcier posa ses mains sur ses genoux, se laissant alors en proie à un bain de vapeurs. Comme s'il avait pris une décision, il se releva et toisa sa protectrice interrogative.

« Nous sortirons ensemble quand votre santé s'améliorera, Grande Renata. »

Sans laisser l'occasion aux paroles tranchantes de la sorcière de l'atteindre, Piccolo rebroussa chemin dans l'écran de fumée, punitif. La silhouette de la cantatrice se troublait autant que la dévotion qu'il éprouvait pour elle. Il s'était extirpé, fuyant comme le plus commun des traitres, mais la peine qu'il ressentait jusqu'au fond de ses entrailles ne lui permettait pas de retourner sur ses pas. L'air frais le rappela à la vie pour lui donner raison, Piccolo l'espérait.


Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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L'IA m'a tuer

27 avr. 2023, 22:55
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Le 15 novembre 2047
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Un craquement fendit l'air dans une ruelle habituellement silencieuse. La figure mécontente, le Maestro Piccolo se tenait droit devant une bâtisse branlante. Cette fois-ci, il n'avait pas été invité. Bien qu'il avait déjà pu constater sa vétusté à chacune de ses visites, le bâtiment lui paraissait dorénavant en pleine décrépitude - comme contaminé par l'état de santé déclinant de sa plus prestigieuse résidente. A la vue de ce décor, une colère sourde se réveilla au creux de son estomac. C'était ainsi à chaque fois qu'il repensait à la façon dont la Grande Renata et lui s'étaient quittés. Le Maestro réajusta son chapeau pointu et ses manches dans une sorte de rituel, sa cape finissant de flotter légèrement sous l'effet du transplanage. S'il n'avait pas eu l'esprit trop troublé, il aurait levé les yeux et remarqué que les volets étaient fermés et qu'aucune fumée ne s'y échappait mais il s'était engouffré dans la cage d'escalier comme un homme avec une mission.

Très vite, un obstacle se présenta à lui et l'obligea à s'arrêter sur les deux dernières marches de l'escalier : deux sorciers bloquaient l'accès à l'appartement, postés devant la porte fermée. En voyant ce spectacle, quelque chose d'encore plus sourd - prenant presque le pas sur la colère -, se réveilla en lui. La rumeur de leur discussion s'évanouit devant sa présence.

« Maestro... Vous avez été invité ? »

Le regard encore incertain de Piccolo se concentra à l'origine de la voix cristalline : une sorcière rousse au visage faux s'avança, se plaçant entre lui et l'homme aussi élégamment que vulgairement vêtu d'un manteau de fourrure. La Petite Renata, qui n'avait plus rien de très petit en elle, ressemblait beaucoup à sa mère.

« Qui oserait se présenter chez la Grande Renata sans invitation ? » risqua-t-il dans une attitude bienveillante.

Lui en premier lieu, puisqu'il était connu que la Grande Renata laissait passer beaucoup de choses qu'elle n'autorisait pas à d'autres chanteurs - sa fille unique compris. Etant donné que cette dernière faisait encore partie de l'Opéra, le Maestro ne pouvait s'empêcher de redouter les futurs qu'en-dira-t-on sur sa présence ici. Les yeux impassibles de la chanteuse se déplacèrent sur le chapeau comme si elle en faisait une critique silencieuse.

« Elle n'a rien dit à propos de vous... »

Piccolo haussa les épaules, prêtant une attention plus particulière à ses mains qu'il déganta précieusement, sans mot dire. La Petite Renata transpirait l'inhospitalité.

« De toute façon c'est trop tard : elle a décidé de se reposer pour le reste de la soirée », précisa-t-elle d'un ton qui devait sûrement mettre fin à la discussion.

La mine blême, Piccolo se détourna et descendit d'une marche. Ainsi protégé des regards inquisiteurs, il pouvait laisser parler son incompréhension : outre la fille de la Grande Renata, il avait reconnu dans le sorcier qui l'accompagnait la description que sa protectrice lui avait faite de l'un de ses nombreux ex-maris. Pour quelle raison la cantatrice avait invité ces personnes en même temps alors qu'il les savait tous en mauvais termes ? La connaissait-il réellement, ces derniers temps... Le Maestro aurait rebroussé le chemin, probablement, s'il n'avait pas senti le ton despotique aux accents de supériorité de la chanteuse - d'autant plus qu'il se montrait toujours un peu rancunier envers ses anciens collègues de l'Opéra. Ce ne fut alors pas réellement surprenant de le voir se retourner sur lui-même, l'air déterminé, pour grimper les deux marches qui le séparaient du palier - obligeant ainsi la sorcière prise au dépourvu à reculer jusqu'à la porte d'entrée.

« Ho là, doucement Pipeau », essaya l'ex-mari, la paume de sa main levée, pour l'arrêter.

Piccolo le dévisagea de haut en bas, visiblement blessé dans son ego. Il ne le connaissait qu'à travers les confidences de sa protectrice, ce sorcier aux airs proprets qui malmenait son nom. A présent qu'il se tenait devant lui, il constatait qu'ils devaient avoir à peu près le même âge - la cantatrice avait sûrement omis ce détail. Dans tous les cas, il était étrange de voir l'ex-mari jouer les gardes du corps après sa longue absence remarquée. Puisque l'hostilité était de mise, il laissa sa colère froide s'exprimer par sa propension à recourir au mensonge :

« Mes amis... Peu importe l'excuse qu'elle aura trouvé pour vous congédier, moi je suis attendu pour traiter d'une affaire privée. »

Piccolo les observa s'échanger un regard interrogatif. Lui-même en avait un paquet, de questions. Leur discussion légilimencienne s'arrêta lorsque la Petite Renata reprit la parole :

« Dans ce cas soyons plus directs : ma mère n'est plus en mesure de traiter ses affaires privées, il faudra toujours passer par moi dorénavant. »

Le masque tombé, elle semblait lire ostensiblement à travers lui. Le Maestro fit semblant de ne pas être concerné par ces paroles mais il ne pouvait s'empêcher de penser au pire à présent. Ce n'était plus une simple envie de revoir la cantatrice qui l'animait, mais un besoin inarrêtable qui l'obligea à la concession.

« Alors... Accompagnez-moi », proposa-t-il simplement.

Les sourcils froncés, la sorcière laissa échapper un peu d'air par sa bouche entrouverte. Le sorcier à côté d'elle ne souriait plus, visiblement outré :

« Tu as peut-être déjà oublié, mais elle souhaite se reposer. »

Le Petite Renata l'arrêta d'un geste. Il y avait quelque chose d'étrange entre eux, une sorte de complicité implicite que Piccolo n'aimait pas beaucoup. Les sorciers de l'Opéra formaient une famille à laquelle il ne faisait plus partie.

« Il lui suffira de revenir un autre jour, quand on sera absents... Il est de ces types qui entrent sans être invité. »

Piccolo lui confirma cette affirmation d'un sourire un peu insolent. Tout espoir de pouvoir s'entretenir avec la cantatrice était bon à prendre.

« Suivez-moi... Maestro. »

La Petite Renata n'avait pas l'air enchanté en tournant sa clef dans la poignée et le sorcier à ses côtés encore moins. Piccolo le dépassa d'un air triomphant mais sa joie ne dura en réalité que l'espace de quelques secondes. Si la pièce principale ne se trouvait plus inondée sous d'épaisses couches de fumées elle était à présent plongée dans une ambiance mortuaire : les rideaux étaient tirés, les nombreux mécanismes à tabac de la cantatrice avaient disparu et un silence de plomb le rappela immédiatement à ses plus mauvais souvenirs. La Petite Renata se contenta d'avancer jusqu'à une porte que Piccolo n'avait encore jamais passé, dans ce logement ni dans les anciens : cette porte menait à la chambre de la cantatrice. La sorcière n'eut pas le temps de toquer deux fois qu'une voix désincarnée et haletante s'échappa depuis la cloison :

« Partez... Je vous ai dit de partir ! »

Piccolo fut visiblement le seul à se montrer surpris d'un tel accueil, bien que ses accompagnateurs avaient eux aussi la mine blême.

« M-maman tu as un invité ! prévint la chanteuse.
— Non, non et non ! Il ne prendra pas mes gallions ! »

La voix de la cantatrice s'étouffa dans une toux grasse. Troublée, l'attention de Piccolo put seulement être récupérée par les gestes à ses côtés : la fille et l'ex-mari désignaient avec insistance la poignée de la porte. Cet horrible accueil n'était qu'un énième signe de décadence et pourtant il arrivait encore à se défaire de son envie de rebrousser chemin : sa dévotion pour la cantatrice n'avait, semblait-il, jamais disparu.

« Grande Renata, j'entre dans... Aïe ! »

Il avait pourtant, comme à son habitude, précautionneusement tourné la poignée et lentement poussé la porte mais un projectile impossible à esquiver l'avait percuté dès qu'il avait passé l'encadrement. Se frottant le front, il ramassa le chandelier en essayant d'oublier les dommages - surtout émotionnels - d'un tel geste. Se relevant, son regard croisa celui de la Grande Renata qui sembla se figer au creux de son lit, la main armée de sa baguette magique.

« Piccolo ? C'est toi n'est-ce pas ? Mon petit Piccolo ! » gémit-elle.

Le ton de sa voix avait changé du tout au tout, un peu comme la colère de Piccolo qui semblait avoir disparu d'un seul coup pour laisser place à un vide immense. Immobile, il pesait un instant l'atmosphère qui les entourait quand le poignet de la cantatrice s'activa. Croyant esquiver un sort, Piccolo se protégea de ses avant-bras mais il n'entendit qu'une incantation et un claquement de porte derrière lui, sur le nez et les protestations de la Petite Renata et de l'ex-mari. D'un œil encore incertain, retrouvant progressivement une certaine composition, il observa sa protectrice échapper un soupir de soulagement en se calant de nouveau sur son coussin.

Piccolo se rendit compte que les mots lui manquaient quand le silence les entoura de nouveau. D'une main, il ôta son chapeau comme s'il s'apprêtait à payer ses hommages et avança jusqu'à son chevet pour y déposer le chandelier éteint. Il s'accroupit finalement près de son corps visiblement très affaibli, bien qu'elle avait encore assez d'énergie pour lui éviter de prendre la parole en premier :

« Je savais que tu reviendrai tôt ou tard... J'en étais sûre parce que j'ai fourni beaucoup d'efforts... Pour aller mieux... C'est pour ça que tu es venu, n'est-ce pas..? Tu avais dit qu'on sortirait ensemble... Quand mon état de santé serait meilleur. »

La cantatrice paraissait toujours en manque d'air. Bien plus sombre que la pénombre de la pièce, la silhouette du sorcier restait immobile et sans voix à ses côtés. De son silence transpirait la gravité du spectacle auquel il assistait. Un spectacle ne pouvait continuer indéfiniment, le rideau tombait toujours au moment opportun... Mais pour Piccolo, c'était encore trop tôt.

« Demain, on ira voir Muna... Muna Cha-Cha... Ensemble. Tu sais, je suis sa plus grande admiratrice... Mon courrier est déjà prêt... Pour demain. A chaque fois qu'elle se produit, sans faute, je lui donne une lettre. Si elle n'en reçoit pas... C'est que je suis probablement...
— Plus de ce monde. »

Le rire dissonant de la cantatrice s'étouffa dans une nouvelle quinte de toux. A travers la cloison de la porte, une voix plus cristalline - au ton tout à fait étranger à l'émotion qui parcourait le sorcier -s'insinua alors dans la conversation :

« Miounacha-quoi ? »

La cantatrice et son protégé, en chœur, se laissèrent aller à un rire étouffé. Piccolo secoua sa tête comme s'il se débarrassait d'un mauvais rêve résiduel, tirant sa propre baguette magique de l'intérieur de sa cape.

« Lumos... »

Pourtant en bonne santé, il n'arrivait pas à utiliser sa magie pour produire ce sort d'un niveau élémentaire. Un peu d'espoir, voilà tout ce qu'il lui fallait et tout ce qu'il lui manquait.

« Ça ne fait rien mon chéri, il ne vaut mieux pas que tu me vois... On est mieux, dans la nuit, loin des lumières... Là où il n'y a personne pour nous voir, pour nous juger... Tu sais... J'ai beaucoup réfléchi... Je n'ai pas oublié... Ce que je t'ai dit la dernière fois... »

Piccolo sembla vouloir l'arrêter, étreignant sa main contre lui.

« Je sais, Grande Renata... »

La main tremblante se détacha de l'étreinte pour se coller contre sa joue. La cantatrice semblait s'endormir, si l'on se fiait au rythme de sa respiration. L'ombre du sorcier se dessina sur son corps alors qu'il se relevait en silence pour ne pas la troubler davantage. Il posa un baiser sur sa main.

« Demain... Nous irons ensemble... » murmura-t-elle dans son sommeil.

Le regard vide du Maestro se posa sur la table de chevet. Il ganta sa main pour saisir délicatement l'enveloppe qui y trônait. A Madame Muna Cha-Cha se destinait le dernier vœu de la cantatrice et à son plus fidèle serviteur incombait la tâche de l'exaucer.

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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L'IA m'a tuer

13 sept. 2024, 14:28
 PNJ  Le dernier vœu de la Cantatrice  SOLO   RPG++ 
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Le 19 novembre 2047, au petit matin,
trois jours après une aventure bien mouvementée

Avertissement : Des sujets tels que la mort et le deuil sont abordés dans ce texte
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La salon des Tripplehorn demeurait bien silencieux, ce matin. On entendait seulement les gouttes de pluie cogner contre la fenêtre. Un sorcier caressait une toile du bout de son pinceau et une sorcière bercée par le mouvement de ses baguettes observait un tricot se finir tout seul. Leur fils avait disparu très tôt dans l'obscurité matinale en ne laissant derrière lui qu'une note désorganisée et pressée - ce qui n'entrait pas dans ses habitudes, mais quand la Cantatrice appelait, son protégé accourait. A la vue d'un passant, Purdie Tripplehorn se pencha pour observer à travers la grande fenêtre donnant sur Craven Street. Elle soupira immédiatement en constatant qu'il ne s'agissait pas de son fils. Il avait raté le petit-déjeuner, ce qui la contrariait fortement. Le sorcier peintre se retourna sur son tabouret, le visage concerné :

« Tu le sens aussi ?
— Oh Raimon, ne dis rien », implora son épouse de ses yeux complices.

On ne pouvait ignorer le fait que la Grande Renata s'était longtemps accaparée leur enfant, le plaçant dans une sorte d'emprise quelque peu étrange. A leurs yeux, elle avait toujours été coupable de l'avoir nourri d'espoir en lui faisant goûter ce monde aussi prestigieux que cruellement éphémère. Le retour à la réalité, en revanche, elle les avait laissés gérer seuls. L'entérinement définitif de cette expérience qui avait viré au cauchemar tenait peut-être en la disparition de cette agent du chaos : s'autodétruire aura peut-être été le meilleur geste qu'elle pouvait faire à Piccolo qui se trouvait à présent à l'aube de sa nouvelle aventure. L'âtre s'alluma soudain d'un éclat de flammes vertes, laissant apparaître un sorcier pâle et fébrile. Il tenait son chapeau pointu entre ses bras.

« Je vais te préparer quelque chose à manger », décida Purdie, se laissant le temps d'accuser le coup. Elle s'était levée si vite qu'elle en avait renversé son tricot dont les baguettes paraissaient s'affoler sur le plancher.

Les yeux dans le vide, Piccolo s'approcha délicatement derrière son père pour observer la toile. Son peintre décida de s'y perdre un instant aussi, comme pour qu'ils s'y rejoignent un moment. Ils restèrent ainsi à décliner tous les détails du paysage méditerranéen qui se présentait devant eux avec des couleurs flamboyantes.

« Raconte-moi la fin de l'épopée de la Grande Renata », s'enquit le sorcier quand il sentit son fils plongé dans la chaleur de son œuvre. Il avait déposé sa palette de couleurs et s'essuyait les mains dans un tissu.

Le visage fermé, debout à ses côtés, Piccolo luttait mais s'exécuta en serrant davantage son chapeau :
« Les volets et la fenêtre étaient grand ouverts. Le vieux pendule avait cessé son balancement. La bougie sur la table de chevet avait été soufflée... Je ne sais pas trop Papa, mes pas m'ont guidés jusqu'à l'Opéra. »

La voix calme et collectée du sorcier l'interrompit :
« C'est normal de vouloir préserver la bonne image qu'il te reste d'elle.
Piccolo acquiesçât vivement.
— Elle allait mieux, il y a trois jours... Elle s'était levée, on avait dansé. »

Ce moment suspendu paraissait déjà bien loin. La visite proverbiale de Madame Muna Cha-Cha et son spectacle improvisé avaient semblé réanimer la Grande Renata. Il n'aurait pas pu en être autrement avec l'énergie dépensée par l'artiste.
« Ah ! Ne plus se consumer à petit feu et brûler entièrement une dernière fois... l'imita-t-il avec son faux accent. C'est ce qu'elle m'avait soufflé à l'oreille. »

La Grande Renata n'était finalement pas partie dans un éclat tonitruant et exubérant de fantaisie : elle avait subi le sort réservé à tout être selon les règles insondables de l'univers. Le rideau, le plus classiquement possible, s'était abaissé sur une dame anonyme qui avait payé le prix de tous les excès.
Le regard toujours rivé sur la peinture encore fraîche, Piccolo fronçât les sourcils :
« Papa..? Est-ce que tu sais qu'elle disait être italienne comme toi ?
Le sorcier rigola un peu dans ses favoris.
— Ma grand-mère était italienne, ça nous rend déjà plus italiens que ce que la Cantatrice prétendait être. »
Ils rigolèrent un peu, même si Piccolo était certain d'avoir déjà entendu cette exacte justification dans la bouche de sa protectrice. C'était comme si une grande partie des artistes aimaient protéger leur légitimité derrière l'héritage des grands artistes de la Renaissance. L'Opéra était peuplé de ce genre de spécimens, la Grande Renata et son protégé en première ligne. Retrouvant un visage assombri d'une profonde tristesse, Piccolo se souvint de quelque chose d'important :
« Elle a laissé tellement de dettes derrière elle... A mon passage, la Petite Renata était déjà harcelée par un Gobelin. »

L'ambiance se refroidissait de nouveau, son père releva le menton pour le jauger.
« Piccolo, raconte-moi la fin.
— Je crois bien avoir déjà tout dit...
— Oh amore mio, ton cœur contient une expérience bien plus authentique que ce que tes yeux ont vu. Souviens-toi de nos oisons1... »

Leurs yeux se fixèrent intensément. L'oie et ses oisons avaient continué tranquillement leur chemin sous le pont du parc, la Grande Renata avait quitté cet univers dans un éclat flamboyant et inoubliable pour conquérir une audience céleste. Piccolo laissa ses jambes ployer sous l'émotion qui revenait en vagues, se lovant dans les bras de son vieux père comme dans une tentative pour la dissimuler. Il s'exécuta alors :
« Hier en pleine nuit, elle a bondi, debout sur son lit.
— Parfaitement... » encouragea le sorcier.

La sorcière qui s'était affairée dans la cuisine réapparut et disparut tout aussi discrètement à la vue de son fils pris en charge par son époux. Elle laissait la magie de son Raimondo opérer pour panser le mal de leur enfant, car ses propres yeux rosis de chagrin ne feraient aucun bien à son Piccolo.

« De sa voix de Prima Donna, elle a réveillé tous ses voisins et ceux des bâtiments alentours, continua de relater Piccolo. Intrigués, tout le monde s'est réuni autour de la bâtisse... Elle a descendu les escaliers dans une haie d'honneur, sa voix continuant de faire résonner le plus bel hymne que le Monde magique ait porté.
— Etait-elle parée de la même extravagance qu'elle avait montré pour ta grande première ? rêvassa le peintre.
— Sûrement pas, elle ne porte jamais deux fois la même tenue, sourit légèrement Piccolo, trop entraîné à la connaître dans ses moindres habitudes. Mais elle s'était vêtue d'un habit aussi milanais. Le monde de l'Opéra était présent, ancien comme nouveau, pour l'accompagner dans une folle parade dans les rues du Chemin de Traverse. J'étais là aussi auprès d'elle, quand elle a chanté une dernière parole qui résonne encore et toujours dans l'éternité du ciel. »

En caressant ses cheveux, le sorcier apaisait son fils qui s'abandonnait enfin à ses larmes. Les vagues calmes, le soleil plombant, les fenêtres grandes ouvertes des bâtiments colorés... Le tableau semblait transpirer.

« Quelle était cette parole ?
Ah ! Ne plus se consumer à petit feu et brûler entièrement une dernière fois. »

1 Les Tripplehorn subliment les réalités incommodantes par l'art.

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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L'IA m'a tuer

28 sept. 2024, 01:35
 PNJ  Le dernier vœu de la Cantatrice  SOLO   RPG++ 
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Epilogus
Le 23 novembre 2047, au petit matin par-dessus l'étang

Avertissement : Le thème du deuil est présent dans ce texte
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𝄞 ♪♭𝅗𝅥
Dehors, le ciel rouge du Somerset et ses nuages semblables à des panaches de fumée accompagnaient une silhouette sur un chemin escarpé. Se déclinant sous le voile d'une brume matinale, l'ombre du sorcier emmitouflé dans sa cape noire avançait le long de l'étang. En proposant à sa mère de promener ses caniches à travers champs, il venait de quitter la maigre assemblée venue observer le souvenir de la Cantatrice disparaitre sous les flammes, s'éclipsant du lieu-dit et son centre-ville oppressant de silence, probablement l'air hagard.

Les deux petits chiens s'éloignaient et revenaient à ses pieds avec l'énergie de ceux qui vous trouvent trop lent mais, en souvenir du prix de ses bottes, Tripplehorn ne succombait pas à leur pression et prenait soin d'éviter les flaques de boue. Il fallait dire aussi qu'il se sentait suivi depuis qu'il avait dépassé l'étang. Les obsèques, bien que très humbles par rapport à celles qui étaient proposée au riche cimetière de Godric's Hollow, ne devaient pourtant pas encore avoir pris fin. Pour laisser l'occasion à cette présence de le rejoindre dans le brouillard, comme s'il voulait être rattrapé, il s'arrêtait parfois pour observer ce ciel particulier. Peut-être était-ce simplement ses parents qui l'avaient pris en filature ? Il devait bien les inquiéter ces derniers jours passés à ressasser d'anciens souvenirs fort peu agréables... Le sorcier s'arrêta un instant pour observer les moutons emprisonnés dans leur enclos. Ils semblaient se jauger silencieusement comme des étrangers méfiants, quand un sifflement retentit soudain, proche d'eux : la Petite Renata se trouvait à quelques pas de lui, les cheveux certes flamboyants, mais les bottines et le bas de la longue robe noire embourbés dans la boue. Les petits caniches en rajoutèrent un peu en apposant leurs pattes pour saluer sa présence, ce qui aurait dû devenir, habituellement, un prétexte pour lancer des hostilités... Leurs regards froids s'accordèrent un bref instant - comme deux fugueurs qui voulaient s'épargner un peu aujourd'hui - et Tripplehorn retourna à ses moutons.

« Je vois... commenta la sorcière en réalisant deux grandes enjambées pour le rejoindre, quelque peu écœurée par le manque d'intérêt que sa présence provoquait. Elle le suivit un instant dans sa fausse contemplation et décida que ce qu'elle avait à dire était tout de même plus important : Avant que vous n'envisagiez de vous joindre à cette communauté de moutons, j'ai une affaire à traiter avec vous, Maestro. »

Mais le silence auquel elle fut confrontée la privait de toute possibilité de jouer sur le mystère qu'elle apportait - après toutes ces années, ces deux rivaux se connaissaient visiblement juste assez pour savoir comment créer de la frustration chez l'autre. La Petite Renata se résolut alors à parler directement :
« Allons droit au but, dans ce cas : Maman a encore beaucoup de dettes à régler.
En son fort intérieur, Tripplehorn n'était pas étonné par cette information, mais il feignit tout de même la surprise, ce qui encouragea probablement la sorcière à développer : J'ai déjà épongé une petite partie de ce qu'elle devait, ce qui me rend solvable pour le reste. »
Cette fois-ci, le sorcier était réellement surpris : si elle n'avait pas besoin de son aide, pourquoi l'avait-elle suivi jusqu'ici pour lui en parler ? D'un regard de côté, il signala sa méfiance quant à la suite de cette discussion.

« Le truc, c'est que je ne désire pas restreindre mon mode de vie pendant... Merlin sait combien d'années, à payer des pots que je n'ai pas cassé ! S'il pouvait comprendre ce qu'elle ressentait devant cette injustice, Tripplehorn ne pouvait pas s'empêcher de ressentir une infinie satisfaction face à la situation. Mais il se pourrait bien qu'il y ait un moyen de me libérer plus rapidement de cette tâche... »

Les yeux de Tripplehorn s'en retournèrent sur les moutons : quelque chose lui confirmait qu'il n'était pas étranger à cet espoir de libération. Ses oreilles restaient attentives, mais cette fois-ci la Petite Renata semblait chercher ses mots, comme incertaine de la meilleure stratégie à adopter pour entrer dans le vif du sujet. Quelque part, le sorcier savait qu'il allait regretter de traiter avec elle, mais le souvenir de la Grande Renata vivait encore assez pour ne pas l'ignorer. Les mains liées dans le dos, se détournant enfin de l'enclos, il l'invita : « Marchons un peu. »

Les petits caniches, ravis, engagèrent cette nouvelle promenade enrichie d'une nouvelle amie par quelques foulées. A une certaine distance de part et d'autre du sentier, les sorciers réalisaient beaucoup d'efforts pour s'accorder dans leurs pas. Toutefois, cette mise en mouvement délia effectivement la langue de la chanteuse : « Alors voilà... Maman avait conservé un coffre à la banque des sorciers - chose qui est déjà bien curieuse... Naturellement, j'en ai hérité la clef. »
Tripplehorn se retenait de lever les yeux au ciel : elle avait explicitement besoin de son aide et ne pouvait pas s'empêcher de lui faire sentir qu'elle était la seule véritable parente de la Cantatrice malgré tout. Quand même intrigué, le sorcier lorgna avec envie ce qu'elle dévoilait à son cou : rattachée à une ficelle dorée, une petite clef pendait. Elle le connaissait bien.

« Et naturellement... Le coffre était vide, piqua à vif le sorcier de sa voix doucereuse. La Petite Renata croisa les bras, mais lui accorda un drôle de sourire.
— Pas totalement vide, non. Dites-moi Maestro, ne trouvez-vous pas que l'appartement de Maman est bien situé ? » C'était une question bizarre.

Parlait-elle de la dernière demeure de la Cantatrice ? Sa localisation dans une ruelle très proche de l'allée principale du Chemin de Traverse était en effet le seul atout que l'on pouvait lui trouver.
« Le logement lui appartenait..? Quand on avait connu les anciennes demeures de la dame et ses goûts raffinés, on ne pouvait qu'être surpris.
— Oh vous pouvez le nommer tel qu'il est : c'est un taudis. En tout cas il est à vous, annonça-t-elle sans autre préparation ou détours, le regard scrutateur.

Le cœur de Piccolo manqua un battement, bien qu'il essayait de garder contenance. A vrai dire, tout son corps ne bougeait plus. Il n'aurait jamais songé obtenir quelque chose de la Cantatrice, elle qui s'était toujours évertuée à lui faire comprendre qu'elle n'offrait que guidance professionnelle - à bien des égards, elle avait commis quelques écarts à ce sujet. Alors, finalement, lui aussi avait eu le droit à un héritage - un vrai héritage palpable qui ne prenait pas la forme de dettes - à priori.
« C'était la seule chose qui reposait dans son coffre, un vieux parchemin de cessation de bail à votre nom... Sa vieille rivale ne lui laissa pas le temps de songer davantage à cette drôle de surprise : Je sais bien que vous partez en Ecosse, alors j'ai une proposition à vous faire : si nous devenions co-titulaires de ce bail pour louer l'appartement, nous pourrions éponger toutes les dettes de Maman en deux ans tout au plus. Quand ce sera fini, je me retirerai et vous récupérerez tous vos droits sur le contrat. »

Le regard interrogateur de Tripplehorn fut tout de suite compris par la sorcière. Ils reprenaient leur marche d'un pas plus incertain : « Vous vous demandez sûrement qui serait assez fou pour y loger ? Figurez-vous que j'ai déjà rencontré quelques sorciers intéressés sans que je n'ai eu à poster une seule annonce. La plupart avait l'air louche, mais au moins si on ne s'intéresse pas trop à leur passé et qu'on se mêle pas de leurs affaires, on devrait trouver quelqu'un rapidement. » La localisation faisait réellement tout le travail, apparemment.

Placido Tripplehorn s'arrêta au croisement de chemins et leva le menton pour observer de nouveau le ciel fumeux aux teintes rougeâtres. Il soupira, déjà convaincu : cet accord lui allait parfaitement mais pas pour les mêmes raison que la sorcière. Il partait en Ecosse et cette aventure nécessitait toute son attention. C'était sa petite trappe de sortie, comme son père disait. S'occuper d'un bien ayant appartenu à la Grande Renata depuis le château de Poudlard lui serait impossible, à cause de la distance mais aussi et surtout en raison du chagrin infini qu'il ressentait à chaque fois qu'on le mettait devant quoique ce soit pouvant évoquer son souvenir.
« Elle n'avait rien laissé d'autre ? voulut s'assurer le sorcier. Il avait réalisé tous ses vœux jusqu'au dernier, et elle le récompensait avec le bien miteux qui avait été témoin de son déclin. Il aurait préféré une lettre, un mot, une fleur. Le vent mordit.
— Ne le prenez pas trop personnellement, j'ai apparemment reçu le même traitement, avoua la Petite Renata avec difficulté. Est-ce que... Son regard se détourna, elle blêmissait à vue d'œil. A-t-elle éprouvé quelques regrets à propos de... du passé ? »

Piccolo plissa les yeux, peu sûr d'apprécier la tournure que prenait la discussion. « A la fin, le monde de l'Opéra l'a abandonné comme il avait su si bien le faire avec moi. Elle regrettait ses mariages, aussi... Et elle moquait ma décision de revenir au Chœur du château de Poudlard. Mais elle n'a rien dit à votre sujet.
— Rien d'autre ?
— Rien d'autre. »
La sorcière, très attentive, l'observait comme si elle essayait de déceler le moindre signe de mensonge sur son visage probablement aussi blême que le sien. Les caniches devaient sentir que l'ambiance s'appesantissait davantage, ils demandaient un peu d'attention au sorcier qui se baissa pour les caresser. Il ne remarqua pas que le regard de la Petite Renata s'inquiétait de quelque chose. Une autre affaire qui attendrait sûrement. Piccolo, entouré des deux caniches et le sourire plus léger, lui donna son accord à la croisée des chemins, sans réfléchir :
« Faites vos affaires avec cet appartement. La sorcière paraissait satisfaite et rassurée. Il ajouta avec sérieux : Mais surtout, ne me mettez pas au courant : je ne veux rien savoir et je suis ne suis là que sur papier. » Un serrage de main et une salutation dédaigneuse plus tard, et les sorciers purent continuer de tracer leurs chemins chacun de leur côté à travers le voile brumeux dans la dernière demeure de la Cantatrice.

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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