NUIT Quand la nuit ne noie pas les étoiles... PV

... l'Ombre contemple l'immensité

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« C'ÉTAIT L'OMBRE DE LA MORT, UN TABLEAU ÉTRANGE, FASCINANT : IL REPRÉSENTAIT UN CHAMP DE BLÉ SUR LEQUEL SE COUCHAIT UNE GRANDE OMBRE DONT ON NE POUVAIT DEVINER LE PROPRIÉTAIRE »
Kristen Loewy, Première fois


Un certain préfet-en-chef interviendra dans ce RP nocturne à un certain moment, c'est prévu !
@Aliosus Nerrah, je te mentionne bientôt, camarade.


Nuit du 12 au 13 mai 2048 — après minuit
Couloir du troisième étage — Poudlard
7ème année



Un vent frais s'engouffre dans le couloir. Je resserre mes bras autour de mes jambes et tourne la tête à la recherche du monstre invisible qui souffle parfois dans les couloirs centenaires de Poudlard, que ce soit en plein été ou en plein hiver, sans que quiconque n'ait jamais su d'où venaient ces bourrasques soudaines. Elles font partie du paysage de l'école au même titre que les armures, les tableaux ou les escaliers mouvants. Le couloir est vide et obscur, malgré les grandes fenêtres qui percent le mur contre lequel je suis appuyée. Il n'y a pas de lune, ce soir. Le ciel est sombre. Règne une ambiance calfeutrée et mystérieuse qui aggrave les battements désordonnés de mon coeur.

Cela fait un moment que j'ai cessé d'essayer de respirer calmement. Depuis ce matin, en fait. Cela fait un mois que je sais que je vais venir ici aujourd'hui et plus le jour approchait, plus mon angoisse augmentait. Je n'ai pas dormi la nuit dernière, je n'avais cesse de me retourner dans mes draps en me répétant que ça ne servait à rien de venir. Elle ne m'a rien laissé, n'ai-je cessé de me dire. Mais les mots qu'elle m'a écrits avant de partir l'an dernier disent tout le contraire.

Ce soir, j'ai peur d'avoir tort. C'est déjà quelque chose que je n'aime pas beaucoup en général, avoir tort, mais si je me trompe ce soir, je sens que les derniers mois passés à me battre avec mes cauchemars et ma tristesse ne seront rien comparé au gouffre qui m'avalera tout entière quand je rentrerai dans ma Salle commune les bras ballants. Je la sens qui grimpe dans mon coeur. La grande vague noire. Celle qui m'a déjà bâillonnée à plusieurs reprises. En première année, déjà. Je ne sais pas pourquoi je me souviens de ça. Des longs mois passés à ressasser, à pleurer, à être en colère. Je ne sais pas pourquoi je pense à cela. Ma gorge se noue toujours quand je ravive les souvenirs d'une Gryffondor aux yeux émeraude. Je ne veux plus jamais penser à elle.

Je me prends la tête entre les mains. Mon pied droit bat le rythme effréné de mes peurs silencieuses. Je me concentre sur ma respiration pour oublier la douleur qui me comprime la poitrine et pour ne pas voir que ma vision se rétrécit de plus en plus au fur et à mesure que les minutes s'écoulent.

Je sens un poids contre ma cuisse. Je ne réagis pas. Je reconnais le contact de Zikomo qui se plaque contre mon corps car il ressent la panique qui monte. Je me concentre sur sa chaleur et sur le mouvement régulier de sa respiration. Il ne dit rien mais il n'a pas besoin de parler. Ce soir, sa présence est essentielle, tout comme celle de Nyakane. Je crois que si je ne trouve pas ce que je cherche, je serais capable de retourner le monde entier pour la retrouver et pour lui faire du mal. Je le crois sincèrement.

« Quelque chose bouge, » prévient soudainement Nyakane.

Non, pas maintenant ! Je jette mon regard vers le bout du couloir, les yeux écarquillés pour mieux voir à travers les ombres. Il n'y a rien de ce côté, rien de l'autre. Mon coeur s'abat contre ma cage thoracique, je me redresse à moitié, prête à fuir au moindre bruit. De toute façon, mes désillusions peuvent bien attendre un mois de plus, non, attendre la prochaine lune noire ? Je m'imagine rentrer au dortoir, abandonner mon attente effrayée, abandonner l'idée d'espérer. Si j'attends encore un peu et que j'obtiens ce que je désire, il me restera toujours quelques semaines pour passer tout mon temps dans la pièce secrète derrière le tableau avant mon départ, ce sera assez, n'est-ce pas ?

« On... On y va, balbutié-je en me levant, la main accrochée à ma baguette magique. Ce serait con de se faire prendre, on va...
Non, Aelle, intervient Nyakane en traversant d'un coup d'ailes le couloir pour se poser devant le grand tableau. Là, sur le tableau !
Il a raison ! s'exclame à son tour Zikomo. Aelle ! Il se passe quelque chose ! »

Mon estomac est tellement noué que j'ai peur de rendre mon repas. C'est à peine si mes jambes peuvent me soutenir. Je lève un regard craintif sur le tableau de l'Ombre de la mort, absolument persuadée que Zikomo et Nyakane racontent des bêtises et se foutent de moi.

L'heure est passée. L'heure à laquelle l'ombre qui recouvre habituellement le champ de maïs se retire. L'immense silhouette obscure qui ne représente rien ni personne a déjà disparu pour laisser voir la serrure habituelle que je connais bien autour de laquelle est inscrite l'énigme (« Je suis clair quand tu m'empruntes. Je disparais quand tu m'oublies »). Je ne prononce pas la réponse qui permettra de dévoiler le chemin qui s'enfonce vers l'arrière plan du tableau.

Je ne dis rien car tout à coup, la foudre me frappe. Ou c'est tout comme. Un puissant coup porté à l'estomac qui me vide entièrement de mon souffle. Mes yeux sont vrillés sur le coin supérieur du tableau. Là, dans le ciel voilé de la peinture apparaissent des étoiles que je n'ai jamais vu auparavant. D'ailleurs, il m'a toujours semblé que le ciel était plus clair, mais ce soir c'est un ciel de lune noire. Comme celle qui se cache dans mon ciel à moi, celui qui se devine derrière les fenêtres, dans mon dos.

Les paroles excitées de Nyakane et Zikomo s'amenuisent dans mes oreilles, le temps semble se suspendre pendant que je prends conscience de ce qui est en train d'arriver. Le sentiment d'irréalité qui me frappe me fait perdre le fil du temps. C'est comme si mon esprit s'élevait au-dessus de mon corps, porté par l'espoir, la peur et des milliers d'autres émotions qui tournent en rond dans ma tête.

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« … des notes, Aelle ! »

La voix familière de Zikomo résonne au loin mais je ne parviens pas à me concentrer dessus. Il se passe trop de choses à l’intérieur de moi pour que je puisse encore accorder de l’importance à ce qui m’entoure. Même l’Ombre de la mort se brouille devant mes yeux.

Il n’y a jamais eu d’étoiles sur ce tableau, il n’y a d’ailleurs jamais rien eu d’autre qu’une grande ombre effrayante et la serrure qu’elle ne dévoile qu’à ceux qui savent comment l’atteindre. Je suis persuadée que personne dans le château, pratiquement personne du moins, ne connaît l’histoire de ce tableau. Et je sais aussi de source sûre que s’il devait n’y avoir qu’un seul objet pour résumer la relation qui m’a un jour liée à la femme qui m’a donnée le nom de cette peinture… Ce serait précisément ce tableau-là. Sinon, elle ne m’en aurait pas parlé à diverses reprises. Sinon, nous ne nous serions pas retrouvées devant lui, toujours dans le plus grand des hasards, ces dernières années.

« Aelle ? »

Si ces étoiles envahissent aujourd’hui un tableau aussi important que celui-ci, c’est parce que quelqu’un les a mises ici. Quelqu’un qui m’a écrit dans son dernier courrier une phrase que j’ai mis neuf mois à comprendre : « Quand la nuit ne noie pas les étoiles… » — ça, j’ai compris, je comprends désormais que le tableau avait besoin d’une nuit noire pour se dévoiler, une nuit sans lune. « … l’Ombre contemple l’immensité ».

Il y a six ans, j’ai rencontré une grande femme devant ce même tableau. Une grande femme sur laquelle on racontait des choses fascinantes. Je n’étais alors qu’une petite fille mais je me souviens encore de ma course dans les couloirs, à sa poursuite. Mon envie de comprendre le mystère qui l’entourait constamment, cette femme qui jamais ne sortait de son grand bureau directorial. Lorsque nous nous sommes rencontrées devant cette étrange peinture et qu’elle m’a donné son nom, j’ai fait trois pas en arrière. Je m’en souviens parfaitement, comme on peut parfois se souvenir de détails sans importance. Trois pas en arrière et j’ai dit : « Peut-être que c’est vous, l’Ombre. » Et elle m’a répondu, en déposant sur mes épaules ses deux mains pour me pousser en avant — je me souviens de leur poids : « Ça peut aussi être vous ».

Aujourd’hui, c’est moi qui me tiens devant le tableau. Alors c’est moi l’Ombre. Je suis l’Ombre et je contemple l’immensité qui se traduit par ces étoiles dans le ciel obscur de la toile. Des étoiles qui ne me disent absolument rien, dont je ne comprends pas la signification parce qu’elle m’a lai—

« Aelle, tu m’entends ? Aelle ! »

Je papillonne des yeux sans pour autant revenir à l’instant présent. Je peine à quitter des yeux le tableau pour regarder Zikomo. Le Mngwi, les deux pattes avant posées sur le mur, étire son cou pour mieux regarder la toile. Je me penche machinalement pour l’attraper et le déposer sur mon épaule afin de lui offrir une meilleure vue. Nyakane vole dans le couloir, de droite à gauche et de gauche à droite. Sans même que je le lui demande, il traverse la toile et disparaît de l’autre côté du mur.

Une voix rauque s’élève dans le couloir.

« Elle a laissé quelque chose. »

Je mets quelques instants pour comprendre qu’il s’agit de la mienne et que si elle est aussi rauque, c’est parce que l’émotion me noue la gorge.

« Elle a… Elle a…
Oui, murmure Zikomo, voyant que je peine à parler. Oui, c’est elle. »

Le fait qu’une personne extérieure le souligne, le dise à voix haute rend la chose plus réelle encore. Ma tête se met à tourner, ma vision se brouille totalement. Je dois m’appuyer sur mes genoux pour ne pas tomber. Déstabilisé, Zikomo saute sur le sol et les traits brouillés de ma vision lui barbouillent un museau qu’il lève dans ma direction. Je ne pleure pas mais j’ai rarement ressenti une émotion aussi forte, qui m’ancre dans le monde et qui m’en arrache en même temps. Ma respiration résonne fortement dans mes oreilles. C’est à peine si je remarque le retour de Nyakane mais sa voix, je l’entends parfaitement :

« Rien n’a changé de l’autre côté.
Tu dois recopier ces étoiles, me dit doucement Zikomo en plongeant ses yeux dans les miens. Avant qu’elles ne disparaissent. »

Oui, recopier, comprendre, décrypter cette nouvelle partie de l’énigme. Oui, accepter que le tableau ne s’ouvre pas subitement ou que la clé n'apparaisse pas dans la serrure. Accepter surtout que ce que j’ai cru durant neuf mois se révèle totalement faux. Que ces heures durant lesquelles j’ai fomenté des vengeances cruelles et durant lesquelles j’ai espéré l’avoir devant moi pour lui envoyer un maléfice cuisant au visage étaient inutiles. J’oscille sur mes jambes tremblantes, mon équilibre précaire, les yeux floutés par la réalité qui peine à s’inscrire en moi et l’envie de crier un bon coup pour relâcher la pression. Ou frapper dans cette toile, la frapper de toutes mes forces, la lacérer, la déchirer, la faire disparaître pour lui faire payer d’avoir contenu un secret que j’ai mis tant de temps à découvrir.

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« Aelle ! »

Je me redresse et me frotte violemment le visage, comme si cela pouvait m’arracher à cette bulle cotonneuse dans laquelle je suis enfermée. Nyakane me regarde fixement. C’est toujours difficile de détourner les yeux quand Nyakane vous regarde de cette façon. Je respire rapidement, j’ai chaud et des frissons glaciaux me piquent l’échine. Quoi, Nyakane, quoi ?

« Aelle, recopie ce que tu vois. Tu auras le temps de penser après.
Elle… Elle… »

C’est tout ce que je parviens à dire avant que ma voix ne déraille et que mes mots s’encombrent dans ma tête. Trop de pensées et aucun moyen de les faire sortir. Je gémis une nouvelle fois et m’attrape les cheveux.

« C’est elle qui a… »

Cette fois-ci, c’est Zikomo qui m’interrompt. Il saute droit sur mon buste, si bien que je suis forcée de réagir, de bouger et de le rattraper quand il atteint mon ventre. Il se love entre mes bras resserrés et instinctivement, je le serre contre moi. J’ai envie de pleurer, soudainement. D’éclater en gros sanglots qui me feront honte plus tard. Mais je me retiens parce que les coussinets du Mngwi s’enfoncent dans la peau de mes bras et m’ancrent dans la réalité. Je prends une inspiration profonde tout en passant mes mains sur le doux pelage du renard d’encre.

Les mots de mes deux compagnons commencent à prendre du sens : prendre des notes, recopier ce que je vois. Au cas où ça disparaisse. Je tourne de nouveau les yeux vers la toile sur laquelle brillent plusieurs étoiles, comme autant de signes que je ne comprends pas. Mais maintenant que la tempête est passée et que j’ai les pieds sur terre — autant que possible dans cette situation — je remarque que certaines étoiles sont plus brillantes que d’autres.

Zikomo doit sentir mon trouble car il grimpe sur mon épaule pour me laisser le champ libre. Je tâtonne les poches de ma cape jusqu’à en extirper le petit carnet aux coins abîmés qui ne me quitte jamais. Je l’ouvre à une page vierge et tente de recopier ce que je vois, comme durant les cours d’astronomie, quand je m'abîmais les yeux au sommet de la tour pour dessiner une carte du ciel. Là, je suis persuadée que ce n’est pas une simple carte du ciel. Je n’ai pas passé sept ans dans ce château sans apprendre que la première fonction des étoiles est d’indiquer une direction voire des coordonnées plus précises. C’est ça, justement, qui fait voltiger mon coeur. Je refrène mon excitation mais c’est difficile car j’ai l’impression qu’après des mois coincée sur terre, je vais enfin pouvoir m’envoler. C’est une sensation difficile à décrire qui me me fait me sentir comme le centre de l’univers.

Quelques minutes passent durant lesquelles on entend rien d’autre dans le couloir que le crissement de ma plume sur le papier. Je fais plusieurs croquis, des brouillons, j’efface et je recommence, je veux que ce soit parfait. Après avoir songé aux coordonnées, je me dis que c’est peut-être seulement un message caché dans les étoiles. Peut-être dois-je décrypter la phrase ou le mot qui y est écrit et que cette phrase ou ce mot me mènera jusqu’à un recoin du château dans lequel elle aura caché la clé. Et peut-être qu’avec cette clé, il y a aura une lettre ! Une lettre qu’elle a laissée pour moi ! Je ne sais pas pourquoi elle ne me l’a pas envoyée, peut-être voulait-elle me tester ? Je m’en contrefous. Je me dis que dans la lettre, elle s’excusera. Qu’elle écrira de belles choses, des choses que je veux entendre depuis des mois. Elle me dira qu’elle n’avait pas l’intention de m’abandonner aussi cruellement, aussi brutalement. Qu’elle s’excuse, qu’elle s’en veut. Qu’elle s’en veut de m’avoir fait du mal. J’imagine toutes ces choses, et des dizaines d’autres encore, sans arriver à m’arrêter. Je ne peux pas m’arrêter, pas alors qu’elle m’a laissé un message dans les étoiles ! Sur notre tableau ! Après des mois de silence, elle… En fait, depuis le début, il y avait une raison à ses mots abscons.

À ce moment-là dans le couloir, je ne songe pas au fait que je déteste les énigmes et que je déteste quand on me mène par le bout du nez. Je ne me dis pas que j’ai souffert pendant neuf mois juste parce qu’une femme égocentrique n’a pas été suffisamment claire avec moi. Je ne me dis rien de tout cela car je me sens heureuse. D’un bonheur qui crépite, qui explose, qui retourne, qui étincelle !

Je suis tellement heureuse qu’un grand sourire me monte sur le visage et il me fait un bien fou. Je pourrais sauter sur place et chanter une chanson, n’importe laquelle, juste parce qu’un bonheur indécent prend possession de moi. Je ne chante pas. Je me contente de refermer mon carnet et de le ranger à sa place. Et je lance à Nyakane et Zikomo :

« Faut qu’on aille à la bibliothèque, maintenant ! Je peux pas attendre, je dois décrypter le message, je dois comprendre maintenant ! »

Je me fiche que les Messagers des rêves ne partagent pas ma joie, qu’ils semblent un peu plus sombres, inquiets peut-être. Moi, je prends la direction de la bibliothèque et je me sens pousser des ailes, j’accélère et je ris quand j’attends le chuchotement furieux de Nyakane, dans mon dos :

« Attends, Aelle ! Tu risques de croiser quelqu’un ! »

Mais je me fiche du couvre-feu, je me fiche des interdits, quand bien même je tomberais sur l’Usurpatrice. Car ma Directrice, la mienne, m’a laissé un message dans les étoiles.

Nyakane m’ouvre la voie, comme nous savons si bien le faire : il vole devant moi et revient me dire si je peux avancer en toute sécurité. Nous ne croisons personne mais il m’oblige une fois à faire un détour, « pour plus de prudence » dit-il. Nous arrivons sans encombre à la bibliothèque. Je suis tellement excitée que je voudrais me précipiter dans la section Astronomie pour trouver une carte du ciel, mais je me ravale mon impatience et le laisse traverser le mur pour vérifier que le lieu est vide. Ce serait dommage de croiser Locke ce soir. En l’attendant, je suis incapable de calmer le bonheur palpitant qui m’envahit et qui fait battre mon coeur si vite. Je ne peux pas m’empêcher de penser à elle et à ce que signifie ce message laissé sur le tableau. En moi se disputent les reproches (elle aurait pu être plus claire tout de même, j’aurais su plus rapidement qu’elle n’était pas partie sans ne rien me laisser !) et une joie aussi pure qu’immense (elle a pensé à moi, elle a pensé à moi, elle a pensé à moi, elle…).

Je fais les cents pas dans le couloir, le nez baissé sur le carnet sur lequel j’ai pris des notes. J’essaie de me relire à la lumière blafarde de ma baguette magique. Nyakane revient soudainement dans le couloir.

« La voie est libre. »

J’exulte ! Je me précipite sur la porte. Zikomo doit me rappeler que le bruit pourrait me forcer à faire de mauvaises rencontres pour que je retienne le battant de claquer derrière moi. Je me glisse habilement entre les rayons que je connais par cœur, les yeux écarquillés sur l’obscurité. Zikomo et Nyakane ont beau me prévenir, je ne fais attention à rien. Ni à la lumière de ma baguette ni à mes sourires indécents ni aux petits commentaires qui s’échappent régulièrement de mes lèvres malgré les « chut ! » inquiets du Mngwi.

Je choisis cinq livres différents sur les étagères et les amène magiquement derrière moi jusqu’à la première table que je croise. Je ne prends pas la peine de m’asseoir, je suis trop impatiente. J’ouvre chacun des ouvrages et lance un Lumos Solem pour m’éclairer plus facilement. Je tourne vivement les pages à la recherche de ce qui pourra me permettre de mieux comprendre ce drôle de message.

Déjà, connaître le nom des étoiles et leur position dans le ciel. Je fais apparaître parchemins et plumes sur la table et prends enfin place sur la chaise. Zikomo est assis sur un livre, le museau baissé sur le croquis du ciel que je dessine. Nyakane, quant à lui, est planté sur le dossier de ma chaise et m’observe faire avec une grande attention. Je mets un temps infini à comprendre à quoi correspondent les étoiles et à trouver leur position dans le ciel.

« C’est des coordonnées, je souffle à mes deux amis, j’en suis sûre ! J’en suis sûre ! Vous pensez que c’est là où elle est ? Il faut que j’y aille ! Comment je vais sortir du château ? »

Mes chuchotements effarés résonnent dans la bibliothèque. Zikomo secoue le museau.

« Attends de comprendre avant de t’emballer, Aelle, chuchote-t-il d’une petite voix. Nous saurons bien vite à quoi ça correspond.
Oui… Oui, tu as raison. »

Je repars à mes gribouillages. Malgré cela, mon coeur bat beaucoup trop rapidement pour que je puisse calmer mon imagination. Je me vois déjà, le prochain week-end où nous serons autorisés à nous rendre à Pré-au-Lard, partir en Magicobus. Mais, et si c’était à l’étranger ? Comment pourrais-je y aller ? Et comment trouver l’endroit exact, je n’ai jamais cherché de point sur une carte ? Je ne me suis d’ailleurs jamais déplacée à l’aide d'une carte.

Je ne songe pas un seul instant à la possibilité que le message puisse mener à un autre endroit. Je ne me dis pas qu’il s’agit peut-être de l’emplacement d’une cachette pour me confier la clé du tableau. Je ne pense pas au fait qu’elle n’a peut-être pas envie d’être retrouvée. À partir du moment où je comprends qu’il s’agit de coordonnées, une seule et unique certitude s’ancre en moi : je vais la retrouver. Je n’accepterais aucune autre réponse.

@Aliosus Nerrah, à ton tour, camarade ! Viens donc surprendre ma protégée euphorique pour la faire redescendre sur Terre.

NUIT Quand la nuit ne noie pas les étoiles... PV
C'était tout bonnement stupéfiant.
Aliosus n'avait jamais été témoin de quoi que ce fut de comparable au cours de ses dizaines de rondes passées à écumer le château en troisième année ou bien depuis septembre dernier. Il avait eu son lot d'étourdis, de perdus, de mauvaise foi, de menteurs et de menteuses, de bourdes, de confessions, d'élèves en détresse même. Il avait poursuivit en courant des jeunes écervelés, il avait remis en état certains murs suite à des dégradations de plus ou moins bon goût, il avait tant marché dans ces couloirs, vérifié tant d'alcôves, brandit si souvent sa baguette haut vers le plafond pour n'oublier aucun recoin. Il s'était pris à rêver du haut des tours, laisser son esprit gambader en des lieux dont il avait à peine conscience lorsque la nuit se faisait froide et qu'elle endormait doucement son corps, il avait songé aux générations et aux générations de sorciers ayant vécus dans les murs froids, entre les lambris huilés, sur le marbre poli, gravissant des escaliers plus vieux qu'aucun sorcier ne le serait jamais, éclairés par des torches placées là par les aïeux de leurs aïeux, sans qu'ils n'en aient jamais consciences. Ces deux ans de rondes lui avaient montré le meilleur du château et le pire de ses occupants, il y avait trouvé nombre des refuges, de points d'observations, de lieux oubliés de tous, il avait moult fois sorti son carnet, exigé aux fautifs de décliner nom, prénom et maison, mais jamais, Ô grand jamais il n'avait vu cela.

Il hâta le pas à dévaler les étages, par curiosité et non par nécessité, car la personne responsable ne bougerait sûrement pas, il le savait, il estimait d'ailleurs probable que ce soit une personne autorisé, un adulte, ou peut être une magie elfique. Toujours était-il que du second étage où il se trouvait, il voyait distinctement des rayons de lumière percer les ténèbres des hautes fenêtres de la bibliothèque. Lorsqu'il y arriva enfin, la lumière était toujours là. Il pénétra lentement, il restait une faible probabilité pour que ce soit bel et bien une infraction fort présomptueuse au couvre-feu, aussi progressa-t-il avec précaution. Rayon après rayon, chassant quelques souvenirs inconvenants qui accompagnaient certaines sections de botaniques, il semblait se diriger vers les recoins mystérieux dédiés à l'astronomie.

«Was ist...»
On aurait dit qu'il faisait plein jour tant le sortilège de lumière solaire avait été réussi. Il ne s'agissait ni d'un elfe, ni de monsieur Locke, mais pas à proprement parler d'un simple contrevenant non plus. Là, éclairée de mille feux, un visage qui aurait du lui paraître familier s'épanouissait dans un bonheur visible qui le rendait presque méconnaissable. Ses cernes habituels semblaient s'effacer, ses cheveux bruns négligés trouvaient une nouvelle vigueur, et ses yeux rendus noirs par contrastes, brillaient comme il n'en avait jamais été témoin.

Il aurait du bondir sur l'occasion, ah ! Bristyle, pincée comme une première année, par le préfet en chef, quel tableau ! Quel plaisir de lui faire ravaler des semaines et des semaines de piques, de provocations et d'orgueil. Quelle revanche, échec et mat, comment faire à présent pour garder cet air suffisant ?
Mais impossible. Il avait compris à la seconde où il l'avait reconnu qu'il était témoin d'une chose qu'il n'aurait jamais du voir. Il savait qu'il venait de pénétrer dans son intimité, et il n'aurait jamais du le faire, même par hasard, même par la faute même de l'insupportable Poufsouffle. Elle ne lui aurait jamais pardonné, et au fond de lui, il ne voulait pas de cette situation.

Il se recula de quelques mètres. Elle n'avait après tout besoin que de quelques secondes.
«Je vous préviens, vous avez intérêt à avoir une excuse du feu de Merlin pour une infraction aussi spectaculaire...»

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Le retour à la réalité est brutal. La voix me frappe comme une claque ; mon coeur sursaute si fort que c'en est douloureux. Mes doigts se crispent sur ma plume lorsque je lève des yeux écarquillés devant moi pour fouiller la bibliothèque plongée dans l'obscurité. J'avais oublié. J'avais oublié que je n'étais pas seule au monde, que j'étais dans un lieu supposément interdit à cette heure de la nuit. J'avais oublié qu'il y avait un monde autour de moi, que mon bonheur n'était pas la seule chose à exister. Moins de cinq secondes après que la voix ait résonné, je prends conscience du ton de celle-ci et surtout de l'identité de celui à qui elle appartient. Il ne faut pas être particulièrement intelligent pour faire le lien entre "ton qui condamne" et "voix masculine". Et surtout, je connais très bien cette voix.

Mes épaules se relâchent tout à coup. Je me tourne vers l'endroit où je pense l'avoir entendue. Maintenant que le premier choc est passé, je me rends compte que même la présence indésirable de ce garçon près de moi à un moment où je n'ai besoin de personne ne peut pas entacher l'immense joie que je ressens — ce que je suis en train de vivre est trop grand, trop fort, trop important pour que quoi que ce soit puisse le gâcher. Un sourire s'étire même sur mes lèvres, un sourire qui dévoile mes dents et que j'aurais trouvé indécent dans toute autre circonstance.

« Sors de ton recoin, Nerrah, lancé-je à la nuit. C'est que moi. »

Tu pensais tomber sur un élève qui enfreint le règlement ? Voyons ! Moi je n'enfreins pas le règlement, je suis ici parce que j'ai besoin de l'être, c'est différent. Et puis lui et moi sommes quelque chose comme camarades, non ? Des savants sorciers de la même société secrète, paraîtrait-il. Je n'ai pas peur de son intervention ni des conséquences de celle-ci. Si tout à l'heure, l'espace d'une seconde, j'ai eu peur d'avoir été surprise par un ennemi (entendre par là un professeur ou autre adulte), je me sens désormais complètement sereine et libre de poursuivre ce que j'étais en train de faire. Plus que libre, même : autorisée — même mon ego est capable d'accepter que je suis bien plus en sécurité avec Nerrah à cette heure de la nuit que sans lui.

« Tu peux t'approcher, » lui dis-je en me tournant de nouveau vers mon livre, comme si je lui faisais une immense faveur.

Je rapproche mon parchemin et griffonne quelques mots pour ne pas perdre les idées que j'avais en tête. Je prends la peine de refermer mon petit carnet noir et de le glisser dans la poche intérieure de ma cape. Si la présence de Nerrah est toujours plus acceptable que celle de Locke, ce n'est pas pour autant que je veux lui partager le contenu de mes recherches.

NUIT Quand la nuit ne noie pas les étoiles... PV
Le ton avec lequel elle lui répondit lui fit regretter immédiatement la faveur qu'il lui avait faite et dont elle n'aurait jamais connaissance. Si tu savais Bristyle... Le Serpentard se renfrogne, comme il est de coutume face à la Poufsouffle, elle lui fait cet effet, immanquablement, dès qu'elle s'adresse à lui, sa manière de lui parler lui hérisse le poil, ce mélange de suffisance, de mépris et d'impolitesse. Ça durait depuis leur première rencontre. A y repenser, c'était un miracle qu'ils aient pu continuer à avoir des conversation après qu'elle ait été si systématiquement désagréable, qu'elle fait absolument tous les choix qui l'avaient poussé à bout.

Il avança et sorti de derrière son rayonnage. Elle était bien là, comme quelques secondes auparavant, simplement le masque de son impassibilité avait repris le dessus, il ne restait rien de son plaisir - si tant était que celle fille ait la capacité d'en ressentir -, du moins, de son contentement épanoui qu'il avait pu surprendre à la dérobée. C'était Bristyle la sarcastique et Aelle l'ironique qu'il avait en face de lui.

«Ce n'est pas moi qui ait à m'inquiéter de qui je trouve à cette heure-ci, en ce lieu-là.»

Mais c'était vain, il le savait, encore n'avait-il pas répondu sur le thème de "je n'ai pas besoin de ton autorisation", ça l'aurait rendu franchement ridicule. Elle ne l'écoutais déjà plus.

«Si je m'approche, je serai en capacité de voir le livre dans lequel tu fouines à cette heure indues, je devrai donc noter ça, et transmettre l'information. Alors faisons simple, tu remballes tout de suite, comme ça t'auras pas à te justifier auprès de ta directrice et de monsieur Locke

Il était pragmatique, il savait qu'elle avait accès à des... pratiques qu'il ne maîtrisait pas, ni lui ni Macbeth d'ailleurs, lui éviter des ennuis ce soir permettrait peut être de profiter de ses recherches.

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La tête penchée sur mon livre, je souris discrètement en entendant la voix s'approcher. Je ne m'inquiète pas d'avoir été trouvée ici par ce garçon-là, peu importe ce qu'il en pense. Il doit certainement être habitué à croiser de pauvres élèves effrayés à l'idée d'avoir une retenue. Peut-être. Et même si j'avais une retenue, que se passerait-il ? Ce n'est pas une heure de retenue qui entachera mon dossier. Mais je sais que même si j'ai Nerrah en face de moi et que je le considère comme quelque-chose-comme-un-camarade, c'est à dire que je me persuade à moitié qu'il ne me mettra pas une retenue puisque cela n'aurait aucun intérêt, je reste consciente qu'il a un rôle, des responsabilités... Surtout, cela me rappelle une autre une scène qui, pour la première fois depuis une éternité, fait bondir mon coeur dans ma poitrine. De fait, lorsque je lève le visage vers le Serpentard, cette joie doit certainement m'avoir adoucit les traits.

Dans mon souvenir il y a une grande femme à l'allure sévère et aux traits du visage tranchants, qui, m'ayant trouvé devant la porte de son bureau à une heure indue — j'avais osé avoir envie de lui parler en pleine nuit ! quelle insolence — a voulu me mettre une retenue. J'entends encore sa voix. « Tu auras deux heures de retenue samedi prochain ». Quel choc ! Moi qui croyais qu'il y a avait tout un monde entre la femme et la Directrice. Cela dit... Cette retenue, je ne l'ai jamais réalisée. Les mots de Nerrah ne sont-ils aussi que du vent ? songé-je en observant sa silhouette à demi-plongée dans l'obscurité, illuminée seulement par un rayon de lune et l'éclat faiblard de ma propre lumière.

La suite de son discours a au moins le mérite d'étouffer dans l’œuf toutes mes tentatives de discussion, ce qui est certainement mieux puisque ma surexcitation ajouté à ma confiance m'aurait très certainement fait dire des mots que Nerrah aurait pu détester. Mais non. Je ne dis rien. Mes sourcils se dressent sur mon front, mes lèvres s'étirent en un quelque chose qui pourrait ressembler à une grimace étonnée ou une moue amusée. Je considère Aliosus Nerrah sans cacher toutes ces choses, choquée qu'il soit si prévenant. Depuis quand l'est-il ? Depuis quand l'est-il avec moi, surtout ?

Pour commencer, une réponse instinctive me vient. Je ne l'attendais pas et je ne la contrôle pas. Si j'avais pris la peine de réfléchir, peut-être aurais-je su qu'il faisait référence à une autre femme qu'Elina Montmort. Mais je ne réfléchis pas, pour une fois, parce que le terme "directrice" ne peut pour moi faire référence qu'à celle qui se trouve dans ce bureau qui culmine à des hauteurs inconcevables, et cette femme-là n'est rien pour moi qui commence par le mot ma.

« Ce n'est pas ma directrice. »

Ma directrice s'est enfuie très loin de ce château, je te ferais dire, mais figure-toi que je viens de trouver le chemin qui mène à elle. Nouveau sursaut de mon coeur affolé — oh, Merlin, je l'ai retrouvée ! Je manque d'air l'espace d'une ou d'eux secondes, étranglée par une joie enfantine et indécente, les yeux tournés vers le croquis montrant des étoiles de l'ouvrage d'astronomie. Pendant cette fraction de seconde, j'en oublie Nerrah. C'est plus fort que moi. Ne sent-il donc pas mon coeur qui fait des pirouettes et cette chaleur qui se répand dans mes veines ? Je pose une main sur la page du livre, un air ravi éclaboussant mon visage. J'aimerais ressortir mon carnet, continuer mes annotations, continuer de rêver, d'espérer, d'attendre avec impatience... Mais on ne peut jamais oublier complètement et entièrement un Aliosus Nerrah.

Je cligne des paupières et accommode de nouveau sur lui. Ses mots se font un chemin dans mon esprit. Je ne doute pas une seule seconde qu'il fera ce qu'il a dit qu'il ferait et je n'ai aucune envie que qui que ce soit se mette sur le chemin de ma découverte, même si je doute que l'on puisse y arriver sans avoir eu connaissance du message caché sur le tableau. Je ne peux pas prendre ce risque.

Je pousse un soupir long comme mon bras et lève ma baguette magique. Un murmure plus tard, les livres se referment et vont reprendre leur place dans les rayons. De toute façon, je pourrais continuer ça demain. En attendant... En attendant, j'appuie mes fesses sur un bout de table, comme si j'avais l'intention de rester ici. Je croise les bras sur ma poitrine et je pose sur Nerrah un regard plissé :

« T'es comme ça avec toutes les personnes que tu croises dans les couloirs après le couvre-feu, à leur offrir la possibilité de cacher leurs petites affaires, ou tu l'es seulement avec les membres de notre chère société secrète ? »

J'étire un sourire amusé, chose que je n'aurais jamais faite si je ne me sentais pas aussi légère et heureuse.

« C'est pour savoir, tu comprends, pour savoir si la prochaine fois que je veux faire un saut dehors pendant le couvre-feu je te préviens pour que tu puisses couvrir mes arrières. »

Zikomo et Nyakane restent silencieux, le premier assis très droit sur la table que j'occupe et le second planté au sommet d'une bibliothèque, son corps spectral presque invisible dans la pénombre de l'immense pièce.

À croire que le bonheur rend Aelle insolente. Oui, je sais, la tristesse aussi la rend insolente.

NUIT Quand la nuit ne noie pas les étoiles... PV
Toutes ces expressions sont si curieuses sur le visage d'Aelle, un mélange d'excitation et de joie contenue, celles qu'il avait aperçues à la dérobée quelques secondes plus tôt. Cela donnait une nouvelle dimension à sa pas-si-franchement-camarade. Elle venait de se complexifier sous ses yeux. Bien sur, il n'avait jamais vraiment cru aux apparences, chacun n'est véritablement soit que quand il est seul, mais entre s'en douter et pouvoir en être le témoin clandestin et néanmoins privilégié, il y avait un monde que l'absence de précaution de la septième année lui permis de découvrir. Peut être s'en doutait elle, et que c'était pour cela qu'elle attaquait si crânement, comme pour faire diversion.

«Je payerai cher, Bristyle, pour te voir argumenter face à Miss Priddy ou même à Miss Montmort, que ni l'une ni l'autre ne peut être considérée comme "ta directrice". Il existe un monde en dehors de ta petite personne égoïste, la réalité, et à voir comment tu réagis peut être que je devrais retirer mon offre et voir comment tu fais face aux conséquences de tes actions et de tes paroles.»

Cette arrogance, même pour l'insupportable Poufsouffle, était inhabituelle. Il enrageait un peu plus d'avoir pris la précaution, le soin même, de lui éviter d'être surprise en position faiblesse, c'est à dire sans son masque public, au naturel. Elle ne lui aurait probablement jamais pardonné. Il savait donc qu'il avait bien fait, mais tout de même...

«Mais maintenant que tu as bien joué ton numéro de rebelle qui ne respecte rien ni personne, les apparences sont sauves, je grogne, tu te moques, allons. Soit gentille et plie bagage.»

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NUIT Quand la nuit ne noie pas les étoiles... PV
C'est un drôle de sourire qui m'étire les lèvres au moment où Nerrah prend la parole. Un mélange entre un sourire et une grimace ; il m'amuse et m'agace en même temps, c'est ça l'effet Nerrah, quelque chose d'aigre-doux dont on ne sait pas très bien s'il donne envie d'y revenir ou, au contraire, de s'en éloigner à toute allure. Pour l'instant, j'ai les fesses bien appuyées contre la table et je me sens trop légère pour avoir envie de m'enfuir. Les piques aigres du Serpentard ne parviennent pas à me blesser, pas dans ces conditions. Auréolée de joie, il semble que rien ne puisse me vexer ni m'atteindre. Sentiment éphémère, j'en profite à outrance, consciente qu'il ne s'agit là que du produit de la surprise de mes découvertes de ce soir. Demain, mon coeur battra certainement déjà un peu moins vite, la vie reprendra son cours.

Je ne connais pas parfaitement ce garçon, mais j'ai appris certaines choses sur lui. J'ai appris à reconnaître ses expressions faciales, à m'habituer au ton de sa voix (qui ce soir me parait différent du ton qu'il emprunte lorsqu'il anime une séance de la SSSS), aux mots qu'il choisit soigneusement d'utiliser, à ses comportements et certaines de ses habitudes. Alors je sais. Je sais que je lui déplais, je sais qu'il est en colère, je sais qu'il déteste ce qu'il a en face de lui et je sais aussi qu'il y a des limites que je n'ai aucun intérêt à franchir avec lui. Malgré tout, j'aime ce que je vois. Ça a toujours été le cas. J'aime quand Aliosus Nerrah sombre dans la colère et le mécontentement, j'aime quand il est forcé de revenir sur ses propos parce qu'il ne supporte pas ce qu'il voit. J'ai l'impression qu'ainsi, sa façade du parfait petit produit sang-pur se fissure légèrement. La lumière qui s'échappe de cette lézarde m'intéresse beaucoup plus que la pénombre dont il est constamment entouré en temps normal.

Dans un soupir, je pousse sur mes mains pour me redresser et m'éloigner de la table. Je souris lorsque je lance mon regard à l'assaut du Serpentard.

« Chacun se crée sa propre réalité, Nerrah. Et dans la tienne, rencontrer une "camarade savante sorcière" » — je récite cette partie d'une voix mécanique, un peu moqueuse — « en pleine nuit dans la bibliothèque a l'air aussi barbant que lorsque tu tombes sur des idiots de première année qui font le mur. »

Cela aurait pu me vexer, qu'il me considère avec la même sévérité que tous les autres, mais rappelons-le : auréolée de bonheur, rien ne peut vraiment m'atteindre. Dans un mouvement de baguette, je rassemble mes derniers carnets qui vont se ranger dans mon sac et attrape celui-ci pour faire passer la lanière sur mon épaule.

« Dans ma réalité, c'est ça être une savante sorcière, continué-je à mi-voix en m'approchant de lui, trop euphorique pour accorder une réelle importance aux menaces qu'il vient de me faire. Prendre le savoir quand on a envie de le prendre. »

Je lui accorde un regard acéré en m'arrêtant à quelques pas de lui.

« Alors oui je me moque, répliqué-je d'une voix tranchante, quand tu fais ton préfet alors que le statut de savant sorcier te va bien mieux. »

J'ai toujours su qu'une Aelle heureuse était plus agaçante qu'une Aelle malheureuse.

NUIT Quand la nuit ne noie pas les étoiles... PV
Elle riposte, et une Aelle ripostant signifie qu'il fallait se préparer à entendre sa personne être piquée, son ego griffé, son intellect déprécié, ses arguments balayés jusqu'à ce qu'il ne reste plus comme évidence que le bon droit de madame Bristyle, qui, à l'entendre, s'y trouve toujours, en tout lieu et en toute heure, dans toutes les circonstances imaginables, oui, madame Bristyle a systématiquement raison de faire ce qu'elle fait, et le monde autour d'elle est systématiquement idiot de ne point arriver à le comprendre.

Elle pouvait bien remettre en cause son comportement, indigne selon elle, du statut de membre de leur petite société secrète, toujours était il que ce faisant, elle rangeait en même temps ses affaires, comme il le lui avait demandé.

«Dans ma réalité je ne peux pas considérer qu'une camarade Savante Sorcière qui a pris le risque d'être aussi négligente lorsqu'elle a décidé de s'affranchir des règles soit aussi Savante qu'elle l'imagine. Il existe une douzaine d'autre personnes en train de faire leur ronde à la recherche de personnes qui font précisément ce que tu es en train de faire. Tu ne mesures pas ta chance, comme toujours, parce que tu prends tout pour acquis.

La proximité avec laquelle son ainée s'est rapprochée lui est désagréable. D'aussi près, les trace de la joie sont encore plus discernable sur son visage et cela le met mal à l'aise. Quelle découverte Aelle avait elle donc faite pour que ses yeux brillent ainsi dans la pénombre de la bibliothèque ? Pour que sa bouche d'habitude tordue dans une grimace de mépris le soit cette fois par un sourire victorieux ? Il émanait d'elle une euphorie aussi sourde qu'inquiétante.

Un jour viendra cette chance te fera défaut, je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou te plaindre à l'avance. D'ici là, continue donc de te moquer, mais maintenant que tu as rangé tes affaires, peut être pouvons nous sortir d'ici ?»

@Aelle Bristyle

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