Hello Keaty

Ce sujet est destiné à comporter différentes bribes de la vie d'Astrid, de son passé ou de son présent.

Afin de faciliter la navigation (si je me retrouve comme je le souhaite à écrire pas mal par ici), voici un sommaire par ordre chronologique dans l'histoire de la jeune Keaty, et non par ordre de publication des messages:
- [Mai 2043] (presque 7 ans) Nuit magique
- [25 août 2047] (11 ans) Et si... ?
- [25 décembre 2047] (11 ans) Nollaig shona d(h)uit*
- [12 juillet 2050] (14 ans) Approcher les Nornes
- [17 juillet 2050] (14 ans) La roue tourne
- [22 décembre 2050] (14 ans) Messager des flots

*"Joyeux Noël" en irlandais
Dernière modification par Astrid Keaty le 16 janv. 2026, 17:03, modifié 3 fois.
Hello Keaty
Une chambre d'enfant,
Plongée dans l'obscurité.
15 Ivy Mead, Altnagelvin,
Londonderry.
Mai 2043
Plongée dans l'obscurité.
15 Ivy Mead, Altnagelvin,
Londonderry.
Mai 2043

BOUM
BADOUM
CLING
…
Boum Boum
Boum Boum
Boum Boum
C’est le monstre.
C’est sûr.
Celui de sous mon lit.
J’ai peur.
Papa.
Au secours.
.
-Astrid?
.La lumière!
Papa!
Il s’approche, et je le serre fort dans mes bras. Son pyjama est mouillé, mais c’est pas grave. Je me colle à lui, la tête tout contre lui.
Boum
Boum
.Ça fait comme des tambours dans sa poitrine. Tout doux, pas comme le monstre.
Je ferme les yeux, bercée par sa main qui me caresse régulièrement les cheveux. Mes mains ne tremblent plus dans son dos.
.
-Ça va aller ma chérie. Ça va aller.
-C’est… C’est… Snif. Le… Snif.
-C’est fini, Astrid.
.-C’est… C’est… Snif. Le… Snif.
-C’est fini, Astrid.
Je secoue la tête dans ses bras. Il est encore là, je le sais. Il s’est juste caché parce que papa lui fait peur.
-Le monstre…
-Chuut… C’est fini.
.-Chuut… C’est fini.
Il continue de caresser mes cheveux, et je me répète ces mots. C’est fini. Tant que papa est là, il sortira pas.
Je relève la tête pour le regarder, et il essuie les gouttes sur mon visage.
-Ça va mieux?
Je fais doucement oui de la tête. Il se lève. Je lui attrape la main. Papa! Ne pars pas! Me laisse pas avec le monstre!
Il se retourne.
Dors avec moi.
S’il te plaît.
Reste.
.
-Astrid, il faut que tu retournes dormir.
-Le monstre…
Avec toi s’il te plait.-Le monstre…
Je veux lui dire. Je veux dormir avec papa et maman. Il y a pas de monstre dans leur chambre, parce que papa il leur fait peur.
Il soupire, mais je ne lâche pas sa main. Je tire, même.
Viens papa.
Protège-moi.
Il se rassoit à côté de moi et remet une mèche derrière mon oreille.
.
-Chérie, il n’y a pas de monstre, on a regardé avant d’aller au lit.
Je commence à voir un peu flou. J’ai peur.-Ne pleure pas, je t’assure que tout va bien.
Je… pleure? Je veux pas pleurer… Je veux être forte comme papa, pour faire peur au monstre.
.
-Tiens, on va allumer ta lampe de chevet, comme ça il ne viendra pas, ça te va?
Je continue de serrer son bras. J’arrive pas à parler. Je voudrais lui dire qu’il va revenir dès que papa sera parti, mais je n’arrive pas. -Les monstres, ça a peur de la lumière tu sais. Je t’assure que tu ne risqueras rien.
Non.
Papa il a toujours raison.
Je fais oui de la tête et il sourit. Il tourne la tête, et puis il y a des plis sur son front. Je regarde où il regarde.
La lampe…
Elle est où la lampe?
C’est le monstre il l’a prise?
Parce qu’il a peur, comme papa a dit?
Pour pas qu’on l’allume, comme ça il peut sortir?
Papa se penche et se relève avec quelque chose.
La lampe.
Cassée.
Il me regarde.
.
-C’est le monstre.
-Astrid, ce n’est pas le monstre.
Je fais oui de la tête très vite.
-Astrid, ce n’est pas le monstre.
-Si c’est le monstre!
-Je l’aurais vu en entrant, si c’était le monstre.
-J’ai pas touché!
-Ce n’est pas grave chérie. Je vais laisser la lampe du couloir allumée, et laisser la porte un petit peu ouverte, ça te va?
-... Oui… Mais c’est pas moi… J’ai pas cassé…
.-Je l’aurais vu en entrant, si c’était le monstre.
-J’ai pas touché!
-Ce n’est pas grave chérie. Je vais laisser la lampe du couloir allumée, et laisser la porte un petit peu ouverte, ça te va?
-... Oui… Mais c’est pas moi… J’ai pas cassé…
Il me serre dans ses bras et me fait un bisou, alors je dis plus rien. Je me couche. Il met ma couverture sur moi, et me tend mon nounours. Je le prends. Il me refait un bisou, et il s’en va.
Je me roule en boule dans mon lit, et j’écoute.
Le monstre ne bouge pas.
Je serre très fort Kanill dans mes bras. Il est tout doux, et il sent bon.
Papa a raison.
Le monstre il a peur de la lumière.
Maman elle met de la cannelle un peu quand elle lave mon doudou. Elle dit que ça va bien avec son nom, et j'aime bien l'odeur.
…
Je relève la tête vers ma lampe. Je vois le vide à sa place sur la petite table.
C’était moi?
Je l’ai pas touchée.
Alors c’est pas possible.
Si?
Hello Keaty
Un salon décoré,
Matinée enjouée.
4 Kintullagh Park,
Ballymena.
25 décembre 2047
Matinée enjouée.
4 Kintullagh Park,
Ballymena.
25 décembre 2047

Cette année, la famille s'était rassemblée chez le fils aîné. Les grands-parents Keaty et l'oncle Riley avaient fait la route de Londonderry jusqu'à Ballymena quelques jours plus tôt. Si Astrid était ravie de les voir, elle n'était pas aussi à l'aise qu'elle l'aurait voulu. C'était la première fois qu'elle revoyait sa famille étendue depuis qu'elle savait qui elle était vraiment. Ses parents et elle étaient donc un peu tendus par moment, craignant de laisser échapper une information qu'ils n'étaient pas censés dévoiler. Et, malheureusement pour eux, ils avaient eu de nombreuses questions sur ce que faisait la petite. C'était normal, après tout, les grands-parents voulaient juste savoir ce que devenait leur petite-fille, maintenant qu'elle commençait le collège. Mais ceux dans le secret devaient redoubler de prudence. "Astrid est en internat, dans un très bon collège, en Écosse.", "C'est pour mettre toutes les chances de son côté." "Ma matière préférée, c'est l'Histoire. Et je fais aussi un peu d'astronomie et de botanique."
Bref, ce qui était habituellement une des réunions de famille préférées de la jeune fille était cette année un moment relativement stressant et fatigant. Mais les explications données semblaient satisfaire les curieux. Pour l'instant. Et personne n'avait encore gaffé.
Et ce n'était sans doute pas ce matin qu'ils risquaient de faire une bourde. En effet, ce matin du 25 décembre, les esprits n'étaient pas à l'école, au travail, ni aux nouvelles. Ce matin du 25 décembre, il était l'heure des cadeaux! Et comme toute enfant grande mais pas trop, Astrid attendait avec impatience de pouvoir ouvrir les siens. Et comme tout adulte beaucoup trop grand, ils ne semblaient pas si pressés que ça malgré les insistances de la petite. C'était dans ces moments-là qu'elle regrettait un peu de ne pas avoir de frères et sœurs, ou que ses cousins d'Islande ne soient pas là. À plus, ils auraient sans doute eu plus de poids sur les adulte, pour les faire se dépêcher un peu, non? Là, seule, elle en était à se contenter d'observer en silence les différents paquets, essayant de deviner ce qui se cachait sous chacun des emballages. Il y avait même une enveloppe. Ah! Le pauvre qui recevait ça! Non, sûr que les siens, ce seraient le gros là-bas à droite, et le joli bleu au milieu. Peut-être aussi le rond, là, parce que c'était amusant un paquet rond et pas carré comme les autres!
-...à la rentrée.
Mamma! Elle se releva en entendant la voix se rapprocher, et les pas, les nombreux pas. Enfin! Les bras croisés dans son dos, elle se balança légèrement d'avant en arrière en attendant que les cinq adultes rejoignent le salon.
-J'en connais une qui n'est pas très patiente, avait dit le père de famille avec un sourire en posant le regard sur sa fille.
-Non mais aussi ça fait des heures que vous êtes levés!
-Si tu n'avais pas dévoré tes œufs aussi vite...
-Aller, on peut les ouvrir?
-Non mais aussi ça fait des heures que vous êtes levés!
-Si tu n'avais pas dévoré tes œufs aussi vite...
-Aller, on peut les ouvrir?
A la limite de sautiller sur place, elle suppliait presque son père du regard. Ce dernier finit par soupirer et acquiescer.
-Vas-y, petite curieuse.
-Ouaiiis!
-Ouaiiis!
Il ne fallut pas lui dire deux fois pour qu'elle se lance à la recherche des paquets à son nom. Déception: le gros était pour les grands-parents. Par contre le bleu était bien pour elle! Ainsi qu'un rouge, pas bien grand. Un nouveau pull tout doux avec deux renards roulés en boule brodés sur le devant, et un nouveau livre. Un troisième paquet lui fut tendu par son oncle Riley. Un autre bleu, avec un petit ruban argenté. Il s'agissait cette fois d'un jeu de société d'autrefois, qui était parfait pour les jeunes avides de connaissances comme elle, lui avait expliqué l'homme.
Alors qu'elle faisait le tour pour remercier chacun des présents d'un gros câlin, sa mère récupéra l'enveloppe qu'elle avait remarquée et la lui tendit. Comment ça c'était pour elle? Mais! Ils n'auraient pas pu trouver autre chose? Un peu déçue, elle s'assit sur les talons à côté de ses parents et l'ouvrit en silence. C'était quoi ça? Un dessin? Ils auraient pu lui offrir des crayons ou de la peinture plut...
-Un hamster?! Vrai de vrai?
Elle avait relevé la tête en apercevant le petit mot qui accompagnait, non pas le dessin mais la photo d'un rongeur joyeux. Ça faisait des années qu'ils refusaient qu'elle en ait un, et ils disaient oui maintenant?
-Vrai de vrai. Mais pas avant cet été.
-Wow! Trop bien! Y'a des animaux à l'école, tu crois je pourrais l'emmener aussi? Zoey elle en a un trooop mignon. Il a plein de poils, et des petites tâches ro...usses.
-Wow! Trop bien! Y'a des animaux à l'école, tu crois je pourrais l'emmener aussi? Zoey elle en a un trooop mignon. Il a plein de poils, et des petites tâches ro...usses.
Ouf! C'était pas passé loin.
-Je ne sais pas, chérie. Tu pourras aller te renseigner à la rentrée, si tu veux. On regardera cet été sinon.
-Ouii! Merci mamma! Merci papa!
-Ouii! Merci mamma! Merci papa!
Ce n'était pas bien grand, un hamster. Il n'y avait pas de raison qu'elle ne puisse pas l'emmener avec elle, hein? Après tout, il y avait bien des chats et des hiboux, bien plus gros, et même des rats, qui étaient de la même famille que les hamsters. En réfléchissant à l'apparence et au nom de son futur compagnon-meilleur-ami, elle enfila son nouveau pull, puis proposa à la famille d'essayer le jeu d'oncle Riley avant de manger. Et, pour sûr, plus jamais elle ne dénigrerait les cadeaux dans des enveloppes!
@Zoey Redfly pour Pinky soudain devenu roux
Hello Keaty
Inktober 2023, Jour 1: "Rêve"
Un jardin silencieux,
Famille concentrée.
4 Kintullagh Park,
Ballymena.
Dimanche 25 août 2047
Famille concentrée.
4 Kintullagh Park,
Ballymena.
Dimanche 25 août 2047

Les derniers jours d'été étaient toujours relativement silencieux dans cette petite maison au nord de Ballymena. Finies les premières joies des vacances, finies les idées folles de l'entre-deux, il ne restait alors plus qu'un certain ennui quant à ces deux mois trop longs, et une impatience certaines à revoir les amis d'école et retrouver le chemin de l'apprentissage. Mais, cette année, plus que toute autre, la fillette comptait les jours la séparant de la rentrée. Parce que, cette année, elle entrait au collège. Une nouvelle école, de nouveaux amis, et de nouvelles matières. Par dessus tout, il fallait ajouter son futur établissement. Non, la petite fille n'allait pas dans un internat pour sportifs de haut niveau, comme les Keaty l'avaient affirmé à la famille trop curieuse et aux amis déçus.
Les mains serrées sur les manches de sa corde à sauter immobile, elle était d'ailleurs silencieuse depuis bien trop longtemps au goût des deux adultes qui s'étaient détourné de leur conversation tranquille pour la regarder.
-Tout va bien chérie?
La voix de son père la tira de ses rêveries, et elle acquiesça doucement. Ses parents l'invitèrent à venir leur parler de ce qui la tracassait, et elle lâcha son jouet pour venir s'asseoir à leurs côtés.
-Vous croyez ça va être comment là-bas? Le monsieur il a dit y'avait des dragons et des licornes, ils sont gentils vous croyez? Moi je veux monter sur une licorne!
Assise sur une chaise de jardin, ses mains commencèrent à s'agiter alors qu'elle évoquait ses rêves et suppositions, des étoiles plein les yeux.
Elle se voyait déjà partir à la chasse au dragon sur le dos de sa licorne, armée seulement de sa baguette et de son courage. Oh, bien sûr, la bête était énorme, mais elle n'avait pas peur, parce qu'elle savait comment le gérer! Elle agitait le bout de bois dans les airs, lançant un "Abracadabra" assuré et POUF! Le dragon devenait tout petit, de la taille d'un chien. Alors, elle s'approchait de l'animal, qui venait se frotter contre ses mains, et elle l'adoptait (tant qu'à faire.) Certes, on ne savait pas trop comment s'en occuper , mais c'était quand même très classe, non?
-Non attendez! Sinon, et si...
Cette fois-ci, pas de créatures magiques (même si on apercevait un renard qui parlait là-bas au fond, si si juré). L'apprentie sorcière, armée de sa fidèle baguette et de son chapeau pointu, était dans une salle avec plein de portes. Chacune d'elle donnait sur un endroit différent de l'école. Là, il y avait des cours où les élèves faisaient voler des cailloux (qu'ils n'envoyaient même pas sur leurs camarades par accident). Ici, c'était maîtrise des éléments: l'un faisait apparaître du feu, son camarade de la pluie pour l'éteindre, et un troisième du vent pour pousser le nuage. Ensuite, on avait de la préparation de potions, évidemment, dans un chaudron où on ajoutait des yeux et de la bave de crapaud. Et par là, on apprenait à parler aux animaux, et deux corbeaux surveillaient que tout se passait bien.
Bref, Astrid ne savait pas vraiment à quoi s'attendre, et elle mélangeait un peu tout de tout ce qu'elle avait lu, vu ou écouté. Et, franchement... Non mais c'était sûr c'était ça! Ses rêves les plus fous enfin devenus vrais véritables !
_____
@Alexander Joyce Jr, tu veux lancer des potits cailloux avec moi?
Hello Keaty
Cheminée chaleureuse,
Terre de Glace.
Víkurtún 10,
Hólmavík, Islande.
Mardi 12 juillet 2050
Terre de Glace.
Víkurtún 10,
Hólmavík, Islande.
Mardi 12 juillet 2050

Les phrases en italique coloré correspondent à des dialogues prononcés en islandais
-Laguz est la rune de Njörd. Elle montre l'eau et la bonne santé.
Un sourire tendit la peau parcheminée du vieil homme assis à côté de l'adolescente. Il avait déjà essayé d'initier sa petite-fille aux secrets des runes, mais n'avait eu qu'un succès limité. Savoir que son école -une école sur les terres si lointaines des îles britanniques qui plus est- proposait un club d'initiation à la sagesse d'Odin le remplissait de joie. Il devrait sans doute s'excuser auprès de sa fille pour ses doutes concernant le choix de l'établissement d'Astrid.
- Tout à fait mon Astrid. Elle peut également se rapporter à la mémoire ou encore à la créativité. Rien n'a jamais une seule interprétation, comme les six faces d'un dé.
La plus jeune posa délicatement la pierre qu'elle tenait entre ses mains, et leva la tête vers Hrólf. Son regard pensif exprimait à la fois sa curiosité et la réflexion qui l'habitait. L'Islandais savait que ça ne signifiait qu'une chose: l'apprentie devin s'apprêtait à poser des questions. Il savait qu'il n'y en avait jamais une seule avec elle. Alors il posa ses mains à plat sur la table, et attendit patiemment.
-Grand-père, pourquoi tu commençais de apprendre les runes ?
-Pourquoi j'ai commencé à apprendre les runes?, corrigea-t-il mine de rien. Eh bien... Ça remonte à loin, maintenant...
-Pourquoi j'ai commencé à apprendre les runes?, corrigea-t-il mine de rien. Eh bien... Ça remonte à loin, maintenant...
Un voile nostalgique se posa sur son visage. Pas de tristesse, pas de regrets. Un calme paisible et satisfait, alors qu'il se replongeait dans ses vieux souvenirs. Il s'appuya contre le dossier de sa chaise, et entrelaça ses doigts sur son ventre.
-Quand j'étais jeune, un peu plus vieux que toi tout de même, je ne savais pas ce que je voudrais faire plus tard. J'avais peur de ne pas faire le bon choix, tu vois.
-Et?
-Et j'en ai parlé à mes parents. L'homme rit, avant de poursuivre. Ils m'ont dit que seules les Nornes connaissaient l'avenir, et que peu d'élus pouvaient l'entrevoir.
-Cependant il y a plus de Völva avant, non?
-Et?
-Et j'en ai parlé à mes parents. L'homme rit, avant de poursuivre. Ils m'ont dit que seules les Nornes connaissaient l'avenir, et que peu d'élus pouvaient l'entrevoir.
-Cependant il y a plus de Völva avant, non?
Hrólf resta silencieux une seconde, le temps de déchiffrer la phrase approximative de sa petite-fille, avant de hocher lentement la tête.
-Oui, il y avait un certain nombre de Völva autrefois. Mais beaucoup moins que de personnes sans don de prophétie.
-Et ensuite? Quoi tu fais?
-Eh bien ensuite, je les ai écoutés, bien sûr. Mais tu sais, il y a des idées qui restent à tourner dans ta tête -il approcha sa main du visage de l'adolescente aux yeux fascinés- qui s'y accrochent -il replia ses doigts, à l'exception de son index- et ne la quitte plus.
-Et ensuite? Quoi tu fais?
-Eh bien ensuite, je les ai écoutés, bien sûr. Mais tu sais, il y a des idées qui restent à tourner dans ta tête -il approcha sa main du visage de l'adolescente aux yeux fascinés- qui s'y accrochent -il replia ses doigts, à l'exception de son index- et ne la quitte plus.
Il conclut ses mots en appuyant plusieurs fois sur la tempe d'Astrid, la faisant pouffer joyeusement.
-Et aprèèès?
Il éloigna sa main de l'Irlandaise, avant de répondre, un petit sourire aux lèvres.
-Et après? Eh bien j'ai essayé. Pour rire, au début, avec quelques amis. Nous nous sommes renseignés sur les pratiques divinatoires.
-C'est là que tu trouves les runes et Odin?
-Oui, c'est là que j'ai découvert les runes. C'est aussi à ce moment que j'ai rencontré ta grand-mère. Elle ne s'intéressait pas tant aux runes qu'aux légendes autour.
-Et après? Tu tires les runes? Ils ont dit quoi?
-Petite curieuse! Hum... Laisse moi un instant... Nous avions tout installé sur une table de la bibliothèque. Le livre avec les explications était ouvert à côté de nous.
-C'est là que tu trouves les runes et Odin?
-Oui, c'est là que j'ai découvert les runes. C'est aussi à ce moment que j'ai rencontré ta grand-mère. Elle ne s'intéressait pas tant aux runes qu'aux légendes autour.
-Et après? Tu tires les runes? Ils ont dit quoi?
-Petite curieuse! Hum... Laisse moi un instant... Nous avions tout installé sur une table de la bibliothèque. Le livre avec les explications était ouvert à côté de nous.
Il avança une main vers le jeu de runes posé sur la table devant eux, sans la regarder, tourné vers ses souvenirs.
-J'ai tiré mes runes, et je les ai retournées, comme indiqué dans le livre. Et nous sommes restés bêtes devant le résultat. Nous avions vaguement appris les différentes runes et leurs symboliques, mais ensuite?
-Vous interpréterez!
-Tu as raison, mais nous ne savions pas quoi faire, à l'époque. Nous avons fait au mieux, avec notre livre, et je me rappelle encore de la réponse d'ailleurs. Tu veux l'entendre?
-Oh ouaiis!
-Vous interpréterez!
-Tu as raison, mais nous ne savions pas quoi faire, à l'époque. Nous avons fait au mieux, avec notre livre, et je me rappelle encore de la réponse d'ailleurs. Tu veux l'entendre?
-Oh ouaiis!
L'homme sourit, et s'éclaircit la gorge. D'une voix profonde, de celles qu'on retrouve dans les films chez les grands ténébreux, il déclama les premiers mots que les runes lui avaient offert.
-"Tu mèneras des actions directes dans une volonté d'amélioration vers l'incertitude et le Destin pour rayonner dans tous les domaines."
-Mais ça veut dire rien!
-Mais ça veut dire rien!
L'aîné rit de bon cœur devant la réaction immédiate de la plus jeune.
-Non, ça ne veut pas dire grand chose. C'est pour ça que nous n'avons pas réessayé. Nous avions bien ri, et ça nous suffisait.
-Mais?
-Mais?
-Ben tu as des runes, si tu arrêtais tu en as pas!
-Non, effectivement. Mais, donc, j'ai continué mes études. J'ai travaillé toutes mes matières, fait de mon mieux, et obtenu mon diplôme. Et je ne savais absolument pas quoi faire ensuite.
-Comme tu prédisais?
-Exactement, comme je l'avais prédit, oui. C'est pour ça que je me suis remis aux runes. Notre interprétation était peut-être bancale, mais pas inexacte. Je me suis dit qu'il me fallait juste de l'entraînement, comme dans mes matières scolaires.
-Mais?
-Mais?
-Ben tu as des runes, si tu arrêtais tu en as pas!
-Non, effectivement. Mais, donc, j'ai continué mes études. J'ai travaillé toutes mes matières, fait de mon mieux, et obtenu mon diplôme. Et je ne savais absolument pas quoi faire ensuite.
-Comme tu prédisais?
-Exactement, comme je l'avais prédit, oui. C'est pour ça que je me suis remis aux runes. Notre interprétation était peut-être bancale, mais pas inexacte. Je me suis dit qu'il me fallait juste de l'entraînement, comme dans mes matières scolaires.
Astrid continua ainsi de questionner les pratiques de son grand-père, évoquant l'incertitude des tirages, les représentations du destin, ses runes préférées... et un nombre incalculable de sujets annexes, liés ou non.
Aucun d'eux ne vit le temps passer, et ils ne rejoignirent le reste de la famille qu'au soir venu, lorsque la grand-mère de la jeune Keaty s'inquiéta de ne toujours pas les avoir vus revenir. Et, non, ils n'avaient pas été transformés en poissons pour échapper au reste des habitants de la maison1, ils avaient simplement subit une Astrid.
______
PNJs actifs: Hrólf Ísgeirsson & Idda Sigsdóttir (fiche)
1: référence au mythe d'Andvari
Hello Keaty
Salon tendu,
Tic-tac pesant.
4 Kintullagh Park,
Ballymena.
Dimanche 17 juillet 2050
Tic-tac pesant.
4 Kintullagh Park,
Ballymena.
Dimanche 17 juillet 2050

Depuis que leur fille était rentrée, au début de l'été, Alan et Íris savaient que quelque chose n'allait pas. D'habitude ils savaient tout ce qui s'était passé avant même d'arriver en Irlande. Pas cette fois. Astrid était restée évasive tout le long du trajet, et des semaines qui avaient suivi. Oh, bien sûr, elle leur avait parlé de ses amis, et de sa progression en islandais (qui avait d'ailleurs ravi la mère de famille). Mais pas un mot sur ses profs, à l'exception de son enseignante de Runes, ses cours ni même son sport. En creusant un peu, les adultes avaient découvert que l'équipe de l'adolescente avait perdu ses deux derniers matchs, et de beaucoup. Certes, elle avait tout de même ajouté qu'elle n'avait pas si mal joué, mais ça ne suffisait visiblement pas à en faire de bons souvenir.
Et ce dimanche matin, lendemain du retour d'Islande de la famille, les adultes avaient ouvert la lettre. Celle que tout adolescent a déjà redouté un jour dans sa vie. Celle qui contenait le bulletin scolaire de leur fille. Ils n'avaient pas tiqué sur les lettres, concept encore étranger pour eux. Ni sur le nom des matières, dont la plupart leur semblait absurdes. Pas plus qu'ils n'avaient relevé le commentaire de divination, c'était un concept étranger pour eux aussi. En revanche, ils relevèrent la tête, les sourcils froncés pour l'un, le regard perdu pour l'autre.
-"Limiter votre travail uniquement à vos centres d'intérêt"?
-"Mrs Soulton"?
-"Mrs Soulton"?
Les parents échangèrent un regard inquiet. Ce bulletin n'avait rien à voir avec ceux des années précédentes.
-Non mais regardez les Runes ou la Botanique! Vous avez vu? M'sieur Charleston a dit que-
-Astrid. Qu'est-ce qui t'arrive? Et c'est quoi cette "proposition de fin d'année"?
-Astrid. Qu'est-ce qui t'arrive? Et c'est quoi cette "proposition de fin d'année"?
La petite rousse haussa les épaules et fit la moue. Il y avait cette étrange boule qui lui serrait le ventre depuis quelques jours, qu'elle s'efforçait d'ignorer. Elle savait, lorsqu'ils avaient quitté Reykjavík, que ce courrier les attendrait probablement.
-C'est rien...
-Astrid...
-Tu sais que tu peux tout nous dire, n'est-ce pas?
-Astrid...
-Tu sais que tu peux tout nous dire, n'est-ce pas?
Ils la regardèrent en silence, attendant qu'elle réponde. Elle répondait toujours. Mais les secondes semblèrent s'écouler au ralentit devant le mutisme de leur enfant.
-Je... j'ai pas envie d'en parler, finit-elle par lâcher d'une petite voix, ses mains nouées sur ses genoux.
Les adultes échangèrent un nouveau regard. Il avait bien dû se passer quelque chose pour que leur fille, jusqu'alors si enthousiaste de tout ce qui touchait à la magie, et prompte à tout leur partager, veuille soudain se murer dans le mutisme. Et pas uniquement l'adolescence.
-Pourquoi?
-J'ai pas envie, c'est tout.
-Tu sais, tu ne peux pas faire uniquement ce qui te plaît, comme ça. L'école, c'est important. Toutes les matières, même si nous, nous ne les comprenons pas.
-Ça a un lien avec le commentaire d'Histoire?
-J'ai pas envie, c'est tout.
-Tu sais, tu ne peux pas faire uniquement ce qui te plaît, comme ça. L'école, c'est important. Toutes les matières, même si nous, nous ne les comprenons pas.
-Ça a un lien avec le commentaire d'Histoire?
Astrid se contenta d'hausser les épaules, son visage s'assombrissant.
-De toute façon, ça sert à rien l'histoire.
L'Islandaise resta sans voix. Celle là, elle ne s'y attendait pas du tout. S'était-elle fait punir par l'enseignante? Disputée sur une question d'histoire? Maintenant qu'elle y pensait, Astrid n'avait pas une seule fois évoqué cette matière ces derniers temps. Ni la professeur, qui trouvait pourtant d'habitude souvent place dans ses récits, mais si elle avait changé...
-Comment ça, "ça sert à rien"?, reprit Alan pendant que sa femme se reprenait.
-Elle est plus là, et...
-Elle est plus là, et...
L'adolescente baissa la tête. Elle n'était plus là, et l'élève était condamnée à subir les interminables heures avec Miss Soulton qui remplissaient la majorité de son emploi du temps.
-Tu n'aimes pas ta nouvelle professeur?
La mère de famille n'obtint pas de réponse, seulement une Astrid qui fixait vaguement un point au loin, au niveau du sol.
-Tu sais, ça arrive que des professeurs changent, commença Alan en cherchant ses mots après une minute de silence. C'est la vie qui fait que.
-Mais j'ai pas envie qu'elle change!
-Non? Peut-être qu'elle non plus n'avait pas envie de partir, mais qu'elle n'a pas eu le choix.
-On comprend que c'est dur pour toi, Astrid mín*, mais tu ne peux pas tout arrêter pour ça. Tu penses qu'Odin s'est laissé arrêter quand il a perdu son oeil?
-Mais j'ai pas envie qu'elle change!
-Non? Peut-être qu'elle non plus n'avait pas envie de partir, mais qu'elle n'a pas eu le choix.
-On comprend que c'est dur pour toi, Astrid mín*, mais tu ne peux pas tout arrêter pour ça. Tu penses qu'Odin s'est laissé arrêter quand il a perdu son oeil?
La mère ignora le froncement de sourcils de son conjoint, attendant la réaction de sa fille. Elle savait que l'Irlandais n'aimait pas particulièrement les croyances nordiques de ses parents, mais également qu'Astrid y était assez sensible pour que ce soit une carte à jouer.
-Mais c'est pas pareil, répondit l'adolescente en relevant le menton, un signe de fierté ou de défi. Odin il a gagné la connaissance à la place.
-Ah! L'utilité de la perte. Oui, il a eu quelque chose en retour. Mais toi aussi. Qui te dit que sa remplaçante ne saura pas t'enseigner les choses sous un angle différent? Ce n'est pas important, en histoire, de confronter différents points de vue?
-Tu n'as pas commencé à aimer l'histoire avec Madame Lydon, poursuivit Alan en voyant l'expression d'Astrid se faire plus pensive. Pourquoi devrais-tu arrêter après elle?
-C'est pas ça, c'est qu'elle est pas bonne...
-Ah! L'utilité de la perte. Oui, il a eu quelque chose en retour. Mais toi aussi. Qui te dit que sa remplaçante ne saura pas t'enseigner les choses sous un angle différent? Ce n'est pas important, en histoire, de confronter différents points de vue?
-Tu n'as pas commencé à aimer l'histoire avec Madame Lydon, poursuivit Alan en voyant l'expression d'Astrid se faire plus pensive. Pourquoi devrais-tu arrêter après elle?
-C'est pas ça, c'est qu'elle est pas bonne...
Alan soupira discrètement, avant de poursuivre.
-Alors d'accord. Supposons qu'elle n'est pas une bonne enseignante. Qu'est-ce qu'elle fait mal?
Il leva un index alors qu'Astrid ouvrait la bouche, et poursuivit sans lui laisser le temps de le couper:
-Réfléchis-y, pour l'instant. Ce n'est pas le genre de sujet où la réponse est toute trouvée. Comme pour les archéologues. Mais ce que je te propose, c'est que tu notes toutes les conclusions qui te viennent à l'esprit, et que tu essayes de nous convaincre d'ici ce soir, au dîner. D'accord?
Il posa ses mains sur ses genoux et se leva du canapé, sans quitter sa fille des yeux. Celle-ci finit par acquiescer, lèvres pincées, et il comprit qu'ils n'étaient pas prêts de la faire changer d'avis, même si elle n'était plus aussi catégorique qu'au début de leur conversation. Il échangea un dernier regard avec Íris, avant de se fendre d'un sourire, et de prendre le bulletin d'Astrid délaissé sur la table basse. La mère de famille embrassa la plus jeune sur le front, avant de se lever à son tour.
Avec un peu de chance, ils arriveraient à lui faire réfléchir à tout ça avant qu'elle ne doive les quitter à nouveau pour de longs mois. Peut-être même avant le Camp Pédagogique où ils avaient accepté de l'inscrire cette année.
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PNJs actifs: Alan Keaty & Íris Keaty (fiche)
*"mon Astrid" en islandais
Hello Keaty
Plage isolée,
Mouettes joviales.
Carnlough et alentours,
Irlande du Nord.
Jeudi 22 décembre 2050
Mouettes joviales.
Carnlough et alentours,
Irlande du Nord.
Jeudi 22 décembre 2050

Quittant le port de pêche du village, Astrid glissa ses mains dans ses poches, et grimaça.
-C'est trop nul qu'oncle Riley ait pas pu venir...
Les adultes esquissèrent un sourire, et l'homme posa une main sur l'épaule de l'adolescente.
-Ce n'est qu'un petit imprévu, il sera là pour Noël, comme prévu.
-Mais c'est nul quand même! C'est lui qui voulait qu'on vienne ici! Et pourquoi on l'a même pas attendu alors?
-On reviendra avec lui une autre fois, ce n'est pas très loin. Tu te doutes bien qu'il ne manquera pas l'occasion de t'expliquer en long, en large et en travers comment ce village est devenu célèbre grâce à une de ces vieilles séries qu'il aime tant.
-Mais c'est nul quand même! C'est lui qui voulait qu'on vienne ici! Et pourquoi on l'a même pas attendu alors?
-On reviendra avec lui une autre fois, ce n'est pas très loin. Tu te doutes bien qu'il ne manquera pas l'occasion de t'expliquer en long, en large et en travers comment ce village est devenu célèbre grâce à une de ces vieilles séries qu'il aime tant.
La plus jeune resta silencieuse un moment. Son père n'avait pas tort, bien sûr. Son oncle aimait beaucoup trop lui parler de ces vieux trucs qu'il regardait quand il avait à peu près son âge. Elle trouvait la plupart un peu nulles, comparé à ce qui se faisait maintenant, mais elle adorait l'écouter s'étendre pendant des heures dessus.
-Ok, finit-elle par dire, mais que s'il...
Elle s'interrompit, bouche bée, fixant la mer derrière Alan. L'homme fronça les sourcils, il en fallait beaucoup pour couper Astrid lorsqu'elle se lançait, puis se retourna, bien vite imitée par sa compagne.
A quelques pas, un hippocampe venait de faire surface. Rien d'exceptionnel, quoique, jusqu'à ce qu'on évoque sa taille. La Serdaigle lança un coup d’œil à sa mère, c'était l'experte après tout, puis aux alentours en voyant son air tout aussi surpris que le sien. Heureusement, le coin était désert: ils s'étaient assez éloignés du port pour cela, et beaucoup de locaux étaient sûrement en famille, ou à terminer les préparatifs pour les fêtes à venir.
Astrid s'avança prudemment vers l'animal, qui lui remit une lettre. Son cœur, jusqu'alors entre surprise et appréhension, venait de basculer dans l'excitation. Une lettre apportée par une créature magique marine? Son esprit avait rapidement fait le lien. Ce ne pouvait qu'être sa correspondante!
Elle se retourna vers ses parents, en brandissant le courrier comme un trophée.
-C'est Noemia! Je suis sûre c'est elle!
Toute la déception de ne pas être avec son oncle s'était envoyée d'un coup. Notamment parce que l'oncle en question n'était pas au courant pour le secret magique. L'hippocampe se serait-il montré s'il avait été avec eux? Sans trop s'attarder sur la question, Astrid parcourut les lignes effectivement écrites par sa correspondante.
-Vous connaissez l'île de Bananal? C'est où? Oh! Elle a dû passer un concours pour son école, ça veut dire que c'est une école super bonne? Elle navigue! Un grand sourire aux lèvres, la jeune sorcière regarda sa mère. C'est trop trop bien! C'est dommage qu'on reste à l'école quand ils viennent... Tu penses qu'on pourra l'inviter une autre fois sinon? Ça peut être trop bien si on va en mer avec elle! En Islande, sur les drakkar? Amma m'a promis qu'elle m'emmènerait un jour!
Tout en continuant de raconter à quel point elle aimait déjà sa correspondante, et que cet échange était génial, elle fit passer la photo reçue à ses parents.
Elle avait déjà tellement d'idées pour sa réponse! Voilà de quoi l'occuper jusqu'à l'arrivée tardive de son oncle pour les fêtes.
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