Mots censure
Je crois que je pourrais parler sur n'importe quel ton, avec moquerie ou méchanceté, que cela ne changerait rien à sa façon d'agir. Comme s'il savait que... Je ne sais pas exactement ce qu'il sait, mais parfois il me donne l'impression d'effectivement savoir et cela me trouble.
Le garçon se dessine à l'orée de ma vision. Je ne manque rien de son visage qui se tourne vers moi et fatalement, je ne peux que sentir peser sur mon visage le poids de son regard qui reste fixe durant quelques secondes. Il n'y a que sous les regards que l'on peut ainsi prendre conscience de son propre corps. Ma respiration me parait trop affolée, mon coeur trop agité. Je resserre les mains l'une contre l'autre sur la rambarde et me tords la nuque pour mieux observer les nuages étalés qui partent à l'assaut du ciel. Je me concentre sur le paysage pour ne pas avoir à sentir ce regard et pour ne pas me questionner à son propos. Pourtant, j'aurais plein de questions à poser à Gabryel. Mais toutes sont en lien avec un souvenir que je ne veux pas évoquer. Mais j'aimerais lui demander des comptes. Lui demander pourquoi, comment ? Comment m'aime-t-il ? Avec quelle ardeur ? Qu'est-ce que cela signifie exactement ? Qu'est-ce que ça signifie pour aujourd'hui et pour demain ? Et quand il aura répondu à toutes ces questions, je pourrais alors rétorquer que cela ne change rien, car je n'ai aucune assurance, moi, aucune assurance que son penchant n'est pas juste un caprice passager. Et puis, même si j'en avais une, d'assurance, ce qui serait de toute manière impossible, cela ne changerait rien du tout, parce que je me fiche de ce qu'il peut bien ressentir.
Je relâche mon souffle lorsqu'il prend de nouveau la parole et qu'il me libère du joug de son regard en se tournant vers le ciel. Je parviens à me redresser, à cligner des yeux et à lui accorder de nouveau une attention relative.
Un sourcil étonné se lève sur mon front. Seulement un jardin avec des papillons ? Moi qui ai connu la magie et qui vis avec, qui me nourrit d'elle, comment peux-tu croire, Gabryel Fleurdelys, que je pourrais comparer ce spectacle d'insectes volants à Celle qui me passionne plus que tout au monde ? J'essaie de me figurer ce dont il me parle mais je n'y parviens guère. Je n'arrive pas à me détacher de l'image plutôt pâle de simples papillons voletant désagréablement autour de moi. Gabryel a toujours réussi à glaner au monde des beautés qui me restaient inaccessibles — c'est tout lui, ça, de se réjouir d'un tel spectacle et de le comparer de cette façon.
Je me retourne dos à la rambarde et étire les lèvres en un fin sourire amusé que j'adresse au garçon. Ma main se glisse sous ma manche pour récupérer ma baguette magique.
« Une pluie d'arc-en-ciel pulvérisé en mille morceaux... Tu as une façon de dire les choses, toi... »
On pourrait croire que je me moque, et pourtant. Ma joue qui se creuse et le regard que je lui lance prouvent bien le contraire.
« Tu veux dire que ton jardin aux papillons ressemble à... Ça ? »
Je lève ma baguette, des images plein la tête et la magie coulant dans mes veines, et murmure très doucement le sortilège adéquat. S'échappent alors de mon catalyseur une pluie d'étincelles de toutes les couleurs. Je ne les fais pas monter trop haut, juste suffisamment pour que ce soit joli à voir. Du bleu, du rouge, du jaune, de l'orange, du vert, du violet, du pâle, du foncé, du brillant ; des étincelles auxquelles je n'impose aucune forme en particulier, je les fais juste jaillir autour de nous.
Relâchant peu à peu le contrôle que j'avais sur le sort, je tourne la tête pour voir les jolies couleurs retomber autour du visage du garçon ; il me semble apercevoir les étincelles se refléter dans ses yeux.
« Et tes papillons, ils te font ressentir la même chose que lorsque tu regardes la magie, Gabryel ? » lui demandé-je sur un ton tout à fait sérieux.
J'en doute fort, mais je suis persuadée que ce n'est pas son cas. Il me dira que oui, car la nature l'emplit d'émotions que je ne pourrais sans doute jamais comprendre.
Je suis persuadée que Gabryel saura apprendre à Aelle à voir les belles choses du monde, à savoir les apprécier. Sans le savoir, et sans qu'elle ne le sache, il a déjà commencé.
Le garçon se dessine à l'orée de ma vision. Je ne manque rien de son visage qui se tourne vers moi et fatalement, je ne peux que sentir peser sur mon visage le poids de son regard qui reste fixe durant quelques secondes. Il n'y a que sous les regards que l'on peut ainsi prendre conscience de son propre corps. Ma respiration me parait trop affolée, mon coeur trop agité. Je resserre les mains l'une contre l'autre sur la rambarde et me tords la nuque pour mieux observer les nuages étalés qui partent à l'assaut du ciel. Je me concentre sur le paysage pour ne pas avoir à sentir ce regard et pour ne pas me questionner à son propos. Pourtant, j'aurais plein de questions à poser à Gabryel. Mais toutes sont en lien avec un souvenir que je ne veux pas évoquer. Mais j'aimerais lui demander des comptes. Lui demander pourquoi, comment ? Comment m'aime-t-il ? Avec quelle ardeur ? Qu'est-ce que cela signifie exactement ? Qu'est-ce que ça signifie pour aujourd'hui et pour demain ? Et quand il aura répondu à toutes ces questions, je pourrais alors rétorquer que cela ne change rien, car je n'ai aucune assurance, moi, aucune assurance que son penchant n'est pas juste un caprice passager. Et puis, même si j'en avais une, d'assurance, ce qui serait de toute manière impossible, cela ne changerait rien du tout, parce que je me fiche de ce qu'il peut bien ressentir.
Je relâche mon souffle lorsqu'il prend de nouveau la parole et qu'il me libère du joug de son regard en se tournant vers le ciel. Je parviens à me redresser, à cligner des yeux et à lui accorder de nouveau une attention relative.
Un sourcil étonné se lève sur mon front. Seulement un jardin avec des papillons ? Moi qui ai connu la magie et qui vis avec, qui me nourrit d'elle, comment peux-tu croire, Gabryel Fleurdelys, que je pourrais comparer ce spectacle d'insectes volants à Celle qui me passionne plus que tout au monde ? J'essaie de me figurer ce dont il me parle mais je n'y parviens guère. Je n'arrive pas à me détacher de l'image plutôt pâle de simples papillons voletant désagréablement autour de moi. Gabryel a toujours réussi à glaner au monde des beautés qui me restaient inaccessibles — c'est tout lui, ça, de se réjouir d'un tel spectacle et de le comparer de cette façon.
Je me retourne dos à la rambarde et étire les lèvres en un fin sourire amusé que j'adresse au garçon. Ma main se glisse sous ma manche pour récupérer ma baguette magique.
« Une pluie d'arc-en-ciel pulvérisé en mille morceaux... Tu as une façon de dire les choses, toi... »
On pourrait croire que je me moque, et pourtant. Ma joue qui se creuse et le regard que je lui lance prouvent bien le contraire.
« Tu veux dire que ton jardin aux papillons ressemble à... Ça ? »
Je lève ma baguette, des images plein la tête et la magie coulant dans mes veines, et murmure très doucement le sortilège adéquat. S'échappent alors de mon catalyseur une pluie d'étincelles de toutes les couleurs. Je ne les fais pas monter trop haut, juste suffisamment pour que ce soit joli à voir. Du bleu, du rouge, du jaune, de l'orange, du vert, du violet, du pâle, du foncé, du brillant ; des étincelles auxquelles je n'impose aucune forme en particulier, je les fais juste jaillir autour de nous.
Relâchant peu à peu le contrôle que j'avais sur le sort, je tourne la tête pour voir les jolies couleurs retomber autour du visage du garçon ; il me semble apercevoir les étincelles se refléter dans ses yeux.
« Et tes papillons, ils te font ressentir la même chose que lorsque tu regardes la magie, Gabryel ? » lui demandé-je sur un ton tout à fait sérieux.
J'en doute fort, mais je suis persuadée que ce n'est pas son cas. Il me dira que oui, car la nature l'emplit d'émotions que je ne pourrais sans doute jamais comprendre.
Je suis persuadée que Gabryel saura apprendre à Aelle à voir les belles choses du monde, à savoir les apprécier. Sans le savoir, et sans qu'elle ne le sache, il a déjà commencé.
Mots censure
Les couleurs s’entremêlèrent pour en révéler de nouvelles. Telles des centaines de pétales portés par le vent, les étincelles se dispersèrent le long du visage lumineux du garçon. Gabryel jeta un regard ému vers son amie. Il aimait plus que tout la magie d’Aelle. Dans ces moments, le jeune sorcier demeurait sans voix. Il se devait, à son tour, de lui offrir un petit morceau de son expérience du Jardin aux Papillons.
Le Gryffondor se redressa face à l’horizon, puis resserra la cordelette de sa cape. Après s’être saisi de sa baguette, dirigée droit devant lui, son visage se ferma au même instant que ses paupières. Depuis toujours, l’Écossais avait pris conscience de l’inestimable force dont il se nourrissait avec tout ce qui l’entourait : Les pluies diluviennes, ou la chaleur écrasante favorisant les milliers de vies végétales et animales grouillant au sol, frétillant au fond du Lac noir, ou glissant sous les nuages, tout alimentait ses affinités avec la magie naturelle.
S’il mettait suffisamment à profit les heures d’exercices à ciel ouvert, peut-être parviendrait-il à provoquer le résultat souhaité, dont il avait déjà été témoin pendant ses entraînements solitaires, sans chercher à le provoquer. Le garçon puisa au fond de lui, afin de concentrer toute son attention sur le bouillonnement biologique tout autour d’eux. L’odeur de l’écorce du vieux saule pleureur commença doucement à s’insinuer dans ses narines, fondue dans celles de mousse et de végétation humides en décomposition, jusqu’à emplir ses poumons d’humus et de terre. Les parfums s’engouffrèrent en lui au rythme de sa respiration plus rapide et saccadée. Ses veines palpitairent aux flux de sa circulation sanguine, jusqu’à faire bouillonner tous ses membres.
C’est alors qu’ils les voyaient, ces couleurs flamboyantes, mille individuelles énergies impalpables, dont aucune n’était semblable à une autre. Elles faisaient un tout avec la sienne, et avec celle d’Aelle qu’il devinait près de lui. Mais Gabryel en cherchait une spécifique, parmi le foisonnant univers offert à ses yeux clos. Son esprit fouillait, scrutait ce macrocosme bariolé. Ici un essaim d’abeilles dont chaque mouvement d’ailes alimentait son énergie, et là le frémissement d’une toile d’araignée cachée au cœur d’un vieux tronc venteux, et plus loin l’onde de nageoires frénétiques sous l’étendue grise du lac. Une immensité de mouvements engendrait sa propre luminescence chatoyante, fondue en son ensemble, et dont l’apprenti sorcier semblait générer l’essence même de tout ce qui composait sa magie.
À cet instant précis, Gabryel les repéra, un peu plus loin au nord, dans le parc, virevoltant au-dessus d’une motte de marguerites. Le Rouge et Or rassembla l’énergie qu’il lui restait encore pour la concentrer sur les fruits de son désir, invités à se joindre à ce tout bouillonnant. Son corps émit alors quelques signes de faiblesse. Ses jambes ne tarderaient plus à le lâcher. Une précédente expérience avec Aelle lui avait appris à ne pas contenir trop longtemps la magie emmagasinée au plus profond de ses entrailles. Il devait maintenant la laisser s’échapper. L’extrémité de sa baguette projetait déjà quelques lueurs vives, empressées de se dissoudre au loin. À bout de souffle, Gabryel prononça presque silencieusement :
- ORCHIDEUS !
Une boule luminescente s’extirpa de son catalyseur, pour s’échouer plus bas, le long d’un tas de bois entassé. Tremblant, le Lion ouvrit les yeux, le souffle court, les deux bras soutenus par la rambarde du Petit Chalet. Il reprit doucement sa respiration, en observant une nuée de ronces apparaître, puis s’entortiller autour du monceau de bûches visé. Silencieux, Gabryel semblait aux aguets, observant nerveusement les alentours. À n’en pas douter, il attendait autre chose. Tandis qu’un rose poudré reprenait peu à peu possession de ses joues blafardes, un sourire nacquit soudainement sur ses lèvres. Pointant le nord du doigt, il se tourna vers Aelle, une lueur malicieuse au fond du regard.
- Maintenant, regarde…
Sur le fil de l’horizon l’on pouvait distinguer des formes danser. Elle se dirigeaient vers eux, comme attirées par la magie encore présente. Peu à peu, les silhouettes se révélèrent être une dizaine de papillons colorés. Paons du jour, Monarques et Machaons chatoyants se précipitèrent au-dessus des deux élèves. Leurs ailes soyeuses révélaient de somptueuses nuances de bleu, rouge, jaune, vert, violet ou rose, mélangées ou diluées les unes aux autres. Les créatures flottèrent doucement autour d’eux, leur offrant un spectacle multicolore saisissant. Le garçon arborait un visage ébahi.
- C’est un peu comme ça, l’explosion d’arc-en-ciel dont je t’ai parlé. Alors imagine la même chose, et mmmmmutiplié à l’infini. C’est ainsi que je la vois, vivante…
Peu à peu, les insectes s’éparpillèrent au loin, pour disparaître.
Le Gryffondor se redressa face à l’horizon, puis resserra la cordelette de sa cape. Après s’être saisi de sa baguette, dirigée droit devant lui, son visage se ferma au même instant que ses paupières. Depuis toujours, l’Écossais avait pris conscience de l’inestimable force dont il se nourrissait avec tout ce qui l’entourait : Les pluies diluviennes, ou la chaleur écrasante favorisant les milliers de vies végétales et animales grouillant au sol, frétillant au fond du Lac noir, ou glissant sous les nuages, tout alimentait ses affinités avec la magie naturelle.
S’il mettait suffisamment à profit les heures d’exercices à ciel ouvert, peut-être parviendrait-il à provoquer le résultat souhaité, dont il avait déjà été témoin pendant ses entraînements solitaires, sans chercher à le provoquer. Le garçon puisa au fond de lui, afin de concentrer toute son attention sur le bouillonnement biologique tout autour d’eux. L’odeur de l’écorce du vieux saule pleureur commença doucement à s’insinuer dans ses narines, fondue dans celles de mousse et de végétation humides en décomposition, jusqu’à emplir ses poumons d’humus et de terre. Les parfums s’engouffrèrent en lui au rythme de sa respiration plus rapide et saccadée. Ses veines palpitairent aux flux de sa circulation sanguine, jusqu’à faire bouillonner tous ses membres.
C’est alors qu’ils les voyaient, ces couleurs flamboyantes, mille individuelles énergies impalpables, dont aucune n’était semblable à une autre. Elles faisaient un tout avec la sienne, et avec celle d’Aelle qu’il devinait près de lui. Mais Gabryel en cherchait une spécifique, parmi le foisonnant univers offert à ses yeux clos. Son esprit fouillait, scrutait ce macrocosme bariolé. Ici un essaim d’abeilles dont chaque mouvement d’ailes alimentait son énergie, et là le frémissement d’une toile d’araignée cachée au cœur d’un vieux tronc venteux, et plus loin l’onde de nageoires frénétiques sous l’étendue grise du lac. Une immensité de mouvements engendrait sa propre luminescence chatoyante, fondue en son ensemble, et dont l’apprenti sorcier semblait générer l’essence même de tout ce qui composait sa magie.
À cet instant précis, Gabryel les repéra, un peu plus loin au nord, dans le parc, virevoltant au-dessus d’une motte de marguerites. Le Rouge et Or rassembla l’énergie qu’il lui restait encore pour la concentrer sur les fruits de son désir, invités à se joindre à ce tout bouillonnant. Son corps émit alors quelques signes de faiblesse. Ses jambes ne tarderaient plus à le lâcher. Une précédente expérience avec Aelle lui avait appris à ne pas contenir trop longtemps la magie emmagasinée au plus profond de ses entrailles. Il devait maintenant la laisser s’échapper. L’extrémité de sa baguette projetait déjà quelques lueurs vives, empressées de se dissoudre au loin. À bout de souffle, Gabryel prononça presque silencieusement :
- ORCHIDEUS !
Une boule luminescente s’extirpa de son catalyseur, pour s’échouer plus bas, le long d’un tas de bois entassé. Tremblant, le Lion ouvrit les yeux, le souffle court, les deux bras soutenus par la rambarde du Petit Chalet. Il reprit doucement sa respiration, en observant une nuée de ronces apparaître, puis s’entortiller autour du monceau de bûches visé. Silencieux, Gabryel semblait aux aguets, observant nerveusement les alentours. À n’en pas douter, il attendait autre chose. Tandis qu’un rose poudré reprenait peu à peu possession de ses joues blafardes, un sourire nacquit soudainement sur ses lèvres. Pointant le nord du doigt, il se tourna vers Aelle, une lueur malicieuse au fond du regard.
- Maintenant, regarde…
Sur le fil de l’horizon l’on pouvait distinguer des formes danser. Elle se dirigeaient vers eux, comme attirées par la magie encore présente. Peu à peu, les silhouettes se révélèrent être une dizaine de papillons colorés. Paons du jour, Monarques et Machaons chatoyants se précipitèrent au-dessus des deux élèves. Leurs ailes soyeuses révélaient de somptueuses nuances de bleu, rouge, jaune, vert, violet ou rose, mélangées ou diluées les unes aux autres. Les créatures flottèrent doucement autour d’eux, leur offrant un spectacle multicolore saisissant. Le garçon arborait un visage ébahi.
- C’est un peu comme ça, l’explosion d’arc-en-ciel dont je t’ai parlé. Alors imagine la même chose, et mmmmmutiplié à l’infini. C’est ainsi que je la vois, vivante…
Peu à peu, les insectes s’éparpillèrent au loin, pour disparaître.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Mots censure
Mon coeur rate un battement. Il n'y a que la magie pour le faire trébucher de cette manière, pour le bousculer aussi fort. Mon regard ne se détourne pas du visage de Gabryel — il se dessine parfaitement derrière la ligne de son bras prolongé par sa baguette magique. Une image de concentration pure qui m'étire un sourire. Je me positionne face à lui, les mains cachées par les longues manches de ma cape. J'imagine la magie pulser dans ses veines et lui rougir les joues — à moins que je ne le vois ? Je le connais suffisamment pour savoir quelle mimique il a lorsqu'il rassemble sa magie. Il a exactement ce visage-là. Même si nous ne nous sommes guère fréquentés ces derniers mois, ces dernières années, ce que j'ai appris de lui durant mes jeunes années à Poudlard je ne peux désormais plus l'oublier. C'est un savoir comme un autre, un savoir qui me rend connaisseuse de Gabryel Fleurdelys.
Donc, quand il se concentre, il ferme les yeux. Ses sourcils se froncent tout doucement, très légèrement. Ses lèvres s'entrouvrent, sa respiration s'amenuise, même si là je ne peux pas l'entendre. Je vois tout cela sans le voir ; cela signifie que je le devine plus que je ne le vois de mes propres yeux. Je me demande ce qu'il a en tête. Quel sortilège ? Pourquoi ? Rien dans mes précédentes paroles n'aurait pu l'encourager à agir ainsi. Je retiens mon souffle, impatiente. Je ne le relâche que lorsque le spectacle s'offre à moi. Alors je me penche par-dessus la rambarde pour observer ses ronces magiquement créées — rien d'exceptionnel pour le moment, mais je suis les conseils de Gabryel et tourne la tête dans la direction qu'il m'indique.
Mes yeux s'arrondissent lorsque je les vois. Une dizaine d'insectes aux grandes ailes colorées, des papillons qui viennent grouiller autour des ronces, aussi légers que des pensées, aussi doux qu'une brise de printemps. Je n'ai jamais été franchement sensible à ce genre de spectacle, tout comme je ne serai jamais émue jusqu'aux larmes en voyant un lever de soleil. Ce sont des choses qui ne me touchent pas, peut-être parce que je n'ai pas ce qu'il faut pour cela ; ce que je considère d'ailleurs comme une qualité plutôt qu'un défaut. Il faut être un peu niais pour pleurer devant le simple spectacle de la nature, non ? Gabryel, lui, n'est pas niais, me rappellent mes souvenirs. Je coule un regard vers lui. Gabryel a un visage rayonnant, des yeux brillants, le rouge aux joues ; une pureté qui me serre le coeur — parfois je ne sais plus si je la désire ou si je elle m'agace. Il parle d'arc-en-ciel pour évoquer des papillons et il pense que la magie est profondément liée à la vie, d'une manière que je ne pourrais jamais complètement comprendre.
Ce spectacle offert ne m'émeut pas, mais j'apprécie l'effort magique réalisé pour me donner un aperçu du jardin des papillons. Je hoche doucement la tête et commente d'une voix neutre :
« C'est un joli spectacle. »
Je suis du regard le vol des insectes qui s’éteint sur l'horizon, de nouveau accoudée à la rambarde. Un drôle de sentiment m'envahit. Il est si drôle, ce sentiment, que je ne sais pas s'il est douloureux ou agréable. C'est une nostalgie du temps où je ne savais pas encore à quel point lui et moi étions dissemblables. C'est une chaleur intérieure qui naît du moment que je suis en train de passer avec ce garçon si différent de moi. Je n'aime pas lorsque mes émotions soufflent le froid et le chaud, comme ça. Alors je me secoue, j'éloigne les étranges pensées, je ravale les mots amers que j'avais envie de lui lancer.
« Un jour j'ai rencontré un sorcier très puissant, commencé-je à mi-voix en surveillant Gabryel du coin de l’œil. Il était capable de faire naître du feu des scènes du passé. Je pense que ça aurait manqué de... Mh... Poésie pour toi, mais c'était un spectacle très impressionnant. »
J'aurais pu lui parler des autres fois où la magie m'a impressionnée, de cette arche magique qui m'a amenée à l'autre bout du monde, du don d'une certaine grande sorcière à son dragon mangeur de magie noire, à cette boule lumineuse qu'elle a réussi à créer pour décapiter un sapin. J'aurais pu, ce sont des souvenirs beaucoup plus vivaces, mais il n'est pas capable de comprendre ce genre de choses. Et moi, je sens déjà mon coeur se tordre dans mon corps et les ombres revenir sur mon visage à cause de ces souvenirs.
Je me redresse et me tourne entièrement vers le garçon pour éloigner la peine qui m'obstrue tout à coup la gorge. Je me dessine un sourire mensonger sur les lèvres et affirme d'une voix sûre d'elle :
« Ce même sorcier avait une aura magique étouffante, ça t'aurait coupé le souffle. »
Donc, quand il se concentre, il ferme les yeux. Ses sourcils se froncent tout doucement, très légèrement. Ses lèvres s'entrouvrent, sa respiration s'amenuise, même si là je ne peux pas l'entendre. Je vois tout cela sans le voir ; cela signifie que je le devine plus que je ne le vois de mes propres yeux. Je me demande ce qu'il a en tête. Quel sortilège ? Pourquoi ? Rien dans mes précédentes paroles n'aurait pu l'encourager à agir ainsi. Je retiens mon souffle, impatiente. Je ne le relâche que lorsque le spectacle s'offre à moi. Alors je me penche par-dessus la rambarde pour observer ses ronces magiquement créées — rien d'exceptionnel pour le moment, mais je suis les conseils de Gabryel et tourne la tête dans la direction qu'il m'indique.
Mes yeux s'arrondissent lorsque je les vois. Une dizaine d'insectes aux grandes ailes colorées, des papillons qui viennent grouiller autour des ronces, aussi légers que des pensées, aussi doux qu'une brise de printemps. Je n'ai jamais été franchement sensible à ce genre de spectacle, tout comme je ne serai jamais émue jusqu'aux larmes en voyant un lever de soleil. Ce sont des choses qui ne me touchent pas, peut-être parce que je n'ai pas ce qu'il faut pour cela ; ce que je considère d'ailleurs comme une qualité plutôt qu'un défaut. Il faut être un peu niais pour pleurer devant le simple spectacle de la nature, non ? Gabryel, lui, n'est pas niais, me rappellent mes souvenirs. Je coule un regard vers lui. Gabryel a un visage rayonnant, des yeux brillants, le rouge aux joues ; une pureté qui me serre le coeur — parfois je ne sais plus si je la désire ou si je elle m'agace. Il parle d'arc-en-ciel pour évoquer des papillons et il pense que la magie est profondément liée à la vie, d'une manière que je ne pourrais jamais complètement comprendre.
Ce spectacle offert ne m'émeut pas, mais j'apprécie l'effort magique réalisé pour me donner un aperçu du jardin des papillons. Je hoche doucement la tête et commente d'une voix neutre :
« C'est un joli spectacle. »
Je suis du regard le vol des insectes qui s’éteint sur l'horizon, de nouveau accoudée à la rambarde. Un drôle de sentiment m'envahit. Il est si drôle, ce sentiment, que je ne sais pas s'il est douloureux ou agréable. C'est une nostalgie du temps où je ne savais pas encore à quel point lui et moi étions dissemblables. C'est une chaleur intérieure qui naît du moment que je suis en train de passer avec ce garçon si différent de moi. Je n'aime pas lorsque mes émotions soufflent le froid et le chaud, comme ça. Alors je me secoue, j'éloigne les étranges pensées, je ravale les mots amers que j'avais envie de lui lancer.
« Un jour j'ai rencontré un sorcier très puissant, commencé-je à mi-voix en surveillant Gabryel du coin de l’œil. Il était capable de faire naître du feu des scènes du passé. Je pense que ça aurait manqué de... Mh... Poésie pour toi, mais c'était un spectacle très impressionnant. »
J'aurais pu lui parler des autres fois où la magie m'a impressionnée, de cette arche magique qui m'a amenée à l'autre bout du monde, du don d'une certaine grande sorcière à son dragon mangeur de magie noire, à cette boule lumineuse qu'elle a réussi à créer pour décapiter un sapin. J'aurais pu, ce sont des souvenirs beaucoup plus vivaces, mais il n'est pas capable de comprendre ce genre de choses. Et moi, je sens déjà mon coeur se tordre dans mon corps et les ombres revenir sur mon visage à cause de ces souvenirs.
Je me redresse et me tourne entièrement vers le garçon pour éloigner la peine qui m'obstrue tout à coup la gorge. Je me dessine un sourire mensonger sur les lèvres et affirme d'une voix sûre d'elle :
« Ce même sorcier avait une aura magique étouffante, ça t'aurait coupé le souffle. »
Mots censure
L’étendue du lac ne reflétait plus que le ciel lumineux. Nulle ombre au tableau, les papillons s’en étaient allé au loin. Les mots de son amie lui firent baisser les yeux au sol. Pourquoi cette fille passait de temps avec lui ? Qu’avait-il entrepris pour mériter ces moments entre terre et ciel. Il n’était qu’un jeune gars bégayant, plutôt réservé, capable d’observer les fourmis des heures durant, empathique au point d’être douloureusement traversé par les lames d’émotions dégainées sans répit par ses semblables. Aimait-elle vraiment ses failles ? Il avait déjà vu les yeux d’Aelle s’embrumer par sa faute. Il aurait voulu mourir pour ça.
Puis les mots s’étaient enfuis de ses lèvres. Jusqu’ici, l’Écossais était parvenu à les contenir, mais quand on aime, on le dit non ? Et pourquoi pas ? C'était installée alors une longue période sans se voir. En son for intérieur, Gabryel espérait qu’Aelle ne doute pas de son aveu. Elle pensait peut-être que son camarade n’était qu’un idiot parmi les autres. Soit, elle avait accepté, fut un temps, de lui octroyer des leçons particulières de magie. Avait-elle repéré chez le garçon quelque chose qu’il n’était guère capable de comprendre, d’appréhender ? Le Rouge et Or sentait en lui son potentiel de sorcier, mais ne maîtrisait finalement que peu tout cela. Il n’intellectualisait rien. Son catalyseur était comme relié à ces cellules, ses atomes, à l’électricité générée par son corps, le tout connecté au vivant, partout tout autour d’eux.
Tant d’autres élèves, dont Aelle, brillaient déjà par leurs facultés, et savaient les utiliser comme on respire, comme on boit, ou comme on marche. La gravité, l’espace, tout paraissait couler de source. Il leur suffisait simplement d’y penser. Le Gryffon les admirait. Il n’était mauvais en rien, mais se laissait porter. Paradoxalement, il lui fallait déployer une grande capacité de concentration pour parvenir à se laisser aller, à lâcher prise.
Le menton toujours vers le sol, son regard se déplaça sur la silhouette d’Aelle. Ça n’existait pas vraiment. Être si belle, et s’intéresser à lui. Avec ses petits papillons ridicules.
- Ce gars dont tu parles, il vaut quelque chose ccccomme sorcier…
Silence
- Il ne pppasse pas son temps dans la boue, lui.
Mon retard est il inexcusable ? Oui
Puis les mots s’étaient enfuis de ses lèvres. Jusqu’ici, l’Écossais était parvenu à les contenir, mais quand on aime, on le dit non ? Et pourquoi pas ? C'était installée alors une longue période sans se voir. En son for intérieur, Gabryel espérait qu’Aelle ne doute pas de son aveu. Elle pensait peut-être que son camarade n’était qu’un idiot parmi les autres. Soit, elle avait accepté, fut un temps, de lui octroyer des leçons particulières de magie. Avait-elle repéré chez le garçon quelque chose qu’il n’était guère capable de comprendre, d’appréhender ? Le Rouge et Or sentait en lui son potentiel de sorcier, mais ne maîtrisait finalement que peu tout cela. Il n’intellectualisait rien. Son catalyseur était comme relié à ces cellules, ses atomes, à l’électricité générée par son corps, le tout connecté au vivant, partout tout autour d’eux.
Tant d’autres élèves, dont Aelle, brillaient déjà par leurs facultés, et savaient les utiliser comme on respire, comme on boit, ou comme on marche. La gravité, l’espace, tout paraissait couler de source. Il leur suffisait simplement d’y penser. Le Gryffon les admirait. Il n’était mauvais en rien, mais se laissait porter. Paradoxalement, il lui fallait déployer une grande capacité de concentration pour parvenir à se laisser aller, à lâcher prise.
Le menton toujours vers le sol, son regard se déplaça sur la silhouette d’Aelle. Ça n’existait pas vraiment. Être si belle, et s’intéresser à lui. Avec ses petits papillons ridicules.
- Ce gars dont tu parles, il vaut quelque chose ccccomme sorcier…
Silence
- Il ne pppasse pas son temps dans la boue, lui.
Mon retard est il inexcusable ? Oui
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Mots censure
S'il vaut quelque chose comme sorcier ? Je me grandis inconsciemment, portée par le souvenir d'Issa Sidiki et de son talent magique. Évidemment qu'il vaut quelque chose comme sorcier. C'est le mage le plus puissant de son pays, de sa génération (si tant est que l'on puisse parler de génération avec lui). Il est puissant, doué, intimidant, son âge lui a permis d'acquérir un gouffre de savoir que, lorsque je me laisse aller à y songer, j'espère atteindre un jour : moi aussi je suis en possession d'une goutte d'Élixir de Longue-vie, après tout. Issa Sidiki est un sorcier comme on en rencontre que rarement dans sa vie. L'un de ceux qui impressionnent et qui intimident ; une rencontre que je n'ai jamais eu envie de reproduire tant j'ai gardé un souvenir vivace de la dernière fois. Malgré tout, j'espère pouvoir le revoir lors de mon séjour à Uagadou. Ne serait-ce que pour profiter de son savoir.
J'allais dire toutes ces choses à Gabryel, mais puisque mon regard est braqué sur lui et que je peux me gorger des expressions de son visage, quelque chose m'en empêche. C'est sa prise de parole, plus exactement, qui me retient. Il parle de Sidiki puis il enchaîne sur lui-même. Je referme la bouche, je fronce les sourcils en l'observant avec une attention rare. Je ne comprends pas l'enchaînement des deux phrases. Ce lui un peu amer. Cette comparaison avec sa propre expérience — parce qu'évidemment, j'ai compris que la boue faisait référence à Gabryel, à son amour des insectes, à ses capacités d'observation de la petite vie qui se cache dans la nature. Combien de fois l'ai-je vu dans la boue, sa peau claire bariolée d'une trace marron qui faisait toujours étrangement ressortir ses yeux ? Quel rapport l'un a-t-il avec l'autre ?
Je ne comprends pas pourquoi il se compare, alors je lui dis d'une voix un peu sévère, distante, cette voix que je prends toujours lorsque je veux corriger un geste lors d'un exercice magique ou que je lui explique une chose que je trouve évidente :
« Vous n'avez rien à voir l'un avec l'autre. Évidemment qu'il ne passe pas son temps dans la boue, pourquoi il ferait ça ? »
Un sorcier vieux de plusieurs centaines d'années ! On ne se roule pas dans la boue lorsque l'on est un grand sorcier, n'est-ce pas ? Ce qui m'amène à reconsidérer Gabryel Fleurdelys. Gabryel a seize ans, il n'est pas un grand sorcier, c'est un adolescent qui apprend à se familiariser avec sa propre magie et qui le fait avec un instinct dont pourraient être jaloux beaucoup de ses camarades. Et il se roule dans la boue avec plaisir. Les deux ne sont pas incompatibles, on peut se vautrer dans la boue et être doué.
« C'est un sorcier talentueux, oui, reprends-je puisque je viens de mettre de l'ordre dans cette affaire idiote de comparaison. On ne rencontre pas souvent des gens comme ça, tu sais. »
Une brise plus forte que les autres fait gonfler les pans de ma cape. Au-dessus de nous, les feuilles de l'arbre majestueux murmurent dans le vent. Quelques mèches de cheveux balaient le front de Gabryel et me donnent un accès plus grand à son regard dont je ne comprends pas la moitié des nuances.
« Qui bousculent l'image que tu te fais de la magie. »
Je respire l'air printanier et tourne légèrement la tête pour observer les terres de Poudlard parsemées ci et là de silhouette lointaines, sans genre ni nom, qui se baladent sur les chemins. Combien de chance y avait-il que je me retrouve ici aujourd'hui, en compagnie de ce garçon que je cherchais sans m'avouer le faire ? Et voilà que je discute avec lui comme si l'année écoulée n'existait pas, comme si notre dispute n'avait jamais eu lieu. Si seulement il ne m'avait pas fait son honteuse déclaration. Alors peut-être aurions-nous pu agir comme si tout allait bien.
Tout t'est excusable, mon cher.
J'allais dire toutes ces choses à Gabryel, mais puisque mon regard est braqué sur lui et que je peux me gorger des expressions de son visage, quelque chose m'en empêche. C'est sa prise de parole, plus exactement, qui me retient. Il parle de Sidiki puis il enchaîne sur lui-même. Je referme la bouche, je fronce les sourcils en l'observant avec une attention rare. Je ne comprends pas l'enchaînement des deux phrases. Ce lui un peu amer. Cette comparaison avec sa propre expérience — parce qu'évidemment, j'ai compris que la boue faisait référence à Gabryel, à son amour des insectes, à ses capacités d'observation de la petite vie qui se cache dans la nature. Combien de fois l'ai-je vu dans la boue, sa peau claire bariolée d'une trace marron qui faisait toujours étrangement ressortir ses yeux ? Quel rapport l'un a-t-il avec l'autre ?
Je ne comprends pas pourquoi il se compare, alors je lui dis d'une voix un peu sévère, distante, cette voix que je prends toujours lorsque je veux corriger un geste lors d'un exercice magique ou que je lui explique une chose que je trouve évidente :
« Vous n'avez rien à voir l'un avec l'autre. Évidemment qu'il ne passe pas son temps dans la boue, pourquoi il ferait ça ? »
Un sorcier vieux de plusieurs centaines d'années ! On ne se roule pas dans la boue lorsque l'on est un grand sorcier, n'est-ce pas ? Ce qui m'amène à reconsidérer Gabryel Fleurdelys. Gabryel a seize ans, il n'est pas un grand sorcier, c'est un adolescent qui apprend à se familiariser avec sa propre magie et qui le fait avec un instinct dont pourraient être jaloux beaucoup de ses camarades. Et il se roule dans la boue avec plaisir. Les deux ne sont pas incompatibles, on peut se vautrer dans la boue et être doué.
« C'est un sorcier talentueux, oui, reprends-je puisque je viens de mettre de l'ordre dans cette affaire idiote de comparaison. On ne rencontre pas souvent des gens comme ça, tu sais. »
Une brise plus forte que les autres fait gonfler les pans de ma cape. Au-dessus de nous, les feuilles de l'arbre majestueux murmurent dans le vent. Quelques mèches de cheveux balaient le front de Gabryel et me donnent un accès plus grand à son regard dont je ne comprends pas la moitié des nuances.
« Qui bousculent l'image que tu te fais de la magie. »
Je respire l'air printanier et tourne légèrement la tête pour observer les terres de Poudlard parsemées ci et là de silhouette lointaines, sans genre ni nom, qui se baladent sur les chemins. Combien de chance y avait-il que je me retrouve ici aujourd'hui, en compagnie de ce garçon que je cherchais sans m'avouer le faire ? Et voilà que je discute avec lui comme si l'année écoulée n'existait pas, comme si notre dispute n'avait jamais eu lieu. Si seulement il ne m'avait pas fait son honteuse déclaration. Alors peut-être aurions-nous pu agir comme si tout allait bien.
Tout t'est excusable, mon cher.
Mots censure
Le garçon conservait au fond de son âme l’espoir qu’un jour Aelle parlerait aussi de lui comme d’un grand sorcier. Elle plaçait la magie au delà de tout, il le savait. Elle composait plus que son ADN, elle était son souffle, et son échappatoire. Il lui faudrait bien des années avant que sa camarade n’exprime à son propos la même admiration. Le Rouge et Or releva la tête, et s’affranchit d’un sourire attristé.
- C’est vrai… Ce mâge n’a sûrement pas du ppppasser son temps dans la boue.
Il se tut un instant, puis huma l’air sec et frais. Les odeurs de mousse et d’écorce emplirent ses poumons, tandis qu’un frisson parcouru son corps. Cette simple inspiration le connecta à la magie, présente tout autour d’eux.
- Tu sais, je n’ai pas toujours conscience d’observer toutes ces choses mmmmicroscopiques. C’est juste que… Ça m’appelle, en quelque sorte.
Gabryel ferma les yeux, puis absorba une nouvelle bouffée d’oxygène.
- Il y a un mille-pattes qui grignote une fffeuille au dessus de ta tête, et une araignée grimpe sur la corde de la cabane, mais on ne ppppeut pas la voir d’ici.
Imperceptiblement, ses bras se soulevèrent de chaque côté de son corps, les coudes pliés. Ces phalanges s’entrouvrirent vers l’extérieur. Sa nuque se plia doucement en arrière.
- Des termites s’agitent sous nos pieds, dans l’un des rondins de bbbbois. Et un poisson fait des bulles à la surface, au bord de la rive. Je ne sais pas ccccomment je le sais, mais je le sens. Ça m’appelle… Tellement de couleurs.
Un courant électrique se promena le long de sa colonne vertébrale, jugulant jusqu'au sommet de son crâne. Sa chevelure cuivrée frémit, tandis qu’un oiseau s’échappa bruyemment des branches du saule pleureur. Après quelques secondes de torpeur, tous les membres de l’Écossais se relâchèrent d’un seul coup. Ses paupières se soulevèrent enfin, offrant un court instant deux iris gris pâle.
- C’est ainsi qu’*elle* me nourrit, cachée parfois dans la boue, ou sous un bbbbrin d’herbe.
Le Gryffon se gratta le bout du nez. Un rire spontané se déroba de ses lèvres.
- J’ai encore du boulot avant de maîtriser à mon tour les éléments, c’est sûr !
- C’est vrai… Ce mâge n’a sûrement pas du ppppasser son temps dans la boue.
Il se tut un instant, puis huma l’air sec et frais. Les odeurs de mousse et d’écorce emplirent ses poumons, tandis qu’un frisson parcouru son corps. Cette simple inspiration le connecta à la magie, présente tout autour d’eux.
- Tu sais, je n’ai pas toujours conscience d’observer toutes ces choses mmmmicroscopiques. C’est juste que… Ça m’appelle, en quelque sorte.
Gabryel ferma les yeux, puis absorba une nouvelle bouffée d’oxygène.
- Il y a un mille-pattes qui grignote une fffeuille au dessus de ta tête, et une araignée grimpe sur la corde de la cabane, mais on ne ppppeut pas la voir d’ici.
Imperceptiblement, ses bras se soulevèrent de chaque côté de son corps, les coudes pliés. Ces phalanges s’entrouvrirent vers l’extérieur. Sa nuque se plia doucement en arrière.
- Des termites s’agitent sous nos pieds, dans l’un des rondins de bbbbois. Et un poisson fait des bulles à la surface, au bord de la rive. Je ne sais pas ccccomment je le sais, mais je le sens. Ça m’appelle… Tellement de couleurs.
Un courant électrique se promena le long de sa colonne vertébrale, jugulant jusqu'au sommet de son crâne. Sa chevelure cuivrée frémit, tandis qu’un oiseau s’échappa bruyemment des branches du saule pleureur. Après quelques secondes de torpeur, tous les membres de l’Écossais se relâchèrent d’un seul coup. Ses paupières se soulevèrent enfin, offrant un court instant deux iris gris pâle.
- C’est ainsi qu’*elle* me nourrit, cachée parfois dans la boue, ou sous un bbbbrin d’herbe.
Le Gryffon se gratta le bout du nez. Un rire spontané se déroba de ses lèvres.
- J’ai encore du boulot avant de maîtriser à mon tour les éléments, c’est sûr !
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Mots censure
Le garçon étincelle sous la lumière grisâtre du jour. Des reflets dansent dans ses mèches cuivrées qui attrapent la luminosité comme si elles voulaient jouer avec elle. Planté au milieu de son petit chalet, Gabryel touche la magie comme lui seul peut le faire. Je ne dis rien, je ne montre rien, mais je ressens ce qui l'anime dans un endroit de mon corps que je ne pourrais nommer. Mes yeux suivent l'ombre des feuilles qui glisse sur son visage ouvert, attrapent les éclats joyeux qui se meuvent dans ses pupilles claires. Je chérie le moment où il décide de baisser les paupières, me cachant de ce fait la jolie couleur qui illumine son regard, car je peux désormais l'observer sans m'en cacher, faire dévaler mes yeux sur son visage si familier, dégringoler le long de ses bras étirés et tomber sur les pans de sa cape qui s'agitent dans la brise.
Puis il répète : « ça m'appelle » et mes lèvres s'incurvent en une moue amère. Je m'arrache à ma contemplation au moment même où il ouvre les yeux, trop heureuse de me soustraire à son regard mais incapable de me détacher des souvenirs qui remontent dans ma tête. Ce jour-là aussi il a dit que la magie l'appelait. Et je lui ai raconté ce que moi moi j'entendais dans l'appel de la magie. La suite, nous la connaissons, n'est-ce pas ? La suite, c'est cette brusque prise de conscience : Gabryel est tellement différent de moi. À cause de ce qu'il est, il s'oppose brutalement à tout ce que je suis. Il y a quelque chose en moi qu'il ne pourra jamais accepter, jamais comprendre, jamais réellement regarder en face. Si je lui disais maintenant ce que je rêve de faire la nuit, si je lui racontais les sombres heures d'études quand le soleil se couche, celles que je consacre à la relecture de mon petit carnet noir dans lequel j'ai pris des notes du grimoire de magie noire caché près d'un arbre à la maison, tout se terminerait comme la dernière fois : il partirait. Gabryel est trop lumineux.
Je pensais être soignée de ce sentiment, depuis plus d'un an que cet événement nous a éloigné, aussi suis-je la première surprise de sentir mon coeur se serrer à ces pensées. J'avise à l'orée de mon regard le sourire mutin de ce garçon que je connais si bien. Son rire me plante un pieux dans le corps. Merlin, j'ai toujours aimé l'entendre rire. Cela rend plus difficile l'évidence de nos différences.
Je repousse aisément mes pensées, j'ai l'habitude de ne pas leur accorder trop d'attention. Qu'importe que Gabryel ne puisse pas me comprendre ? Au final, tout cela n'importe que peu. Ce qu'il a dit la dernière fois ne compte pas. Je l'enterre dans mes souvenirs. Il a menti, c'est faux ce qu'il m'a avoué. Les choses sont bien plus faciles comme cela et je n'ai pas à me faire des nœuds à l'esprit pour comprendre comment il est possible de concilier un "je t'aime" avec un "je suis triste pour nous".
Je fais sciemment le choix de retenir les commentaires que sa petite démonstration m'a inspiré. Il y a des choses que Gabryel ne peut pas entendre et des conversations que nous ne pouvons pas avoir. Celle à propos de la magie qui appelle en fait partie.
« Peu importe que tu ne maîtrises pas les éléments, Gabryel, » commenté-je alors d'une voix neutre en m'éloignant de la rambarde pour atteindre le centre de la cabane.
Je pose le plat de la main sur l'imposant tronc d'arbre, le regard tourné vers l'ouverture qui nous permettra de regagner la terre ferme. Le rappel brutal de nos différences a creusé un trou dans mon coeur. Je crois qu'il est temps de m'en aller retrouver ma vie. Je m'approche du bord et pointe ma baguette sur le sol. Je lance le sortilège pour rendre la surface du sol élastique avant de me tourner vers le garçon qui a beaucoup plus sa place que moi dans cette cabane en bois.
« Ton bracelet n'a pas encore dévoilé tous ses secrets, je pense qu'il serait plus prudent que je le garde encore. »
Plus prudent pour toi. Qui sait ce qu'il pourrait t'arriver si tu le récupérais ? Et si la drôle de magie dont il est imprégné te malmenait ? Et moi, que m'arrivera-t-il si ce bien qui nous lie revenait entre tes mains ?
« Je m'en vais. » Je ne peux m'empêcher de songer que cette phrase pourrait avoir plusieurs sens. Moi, j'en vois plusieurs. « Et toi, tu fais quoi ? »
Je soutiens son regard qui sait si bien attraper les couleurs de la vie. Je me demande pourquoi je continue, malgré les années. Qu'est-ce qui me fait venir le retrouver, discuter avec lui alors que j'ai une si grande conscience de ce qui nous oppose ?
Puis il répète : « ça m'appelle » et mes lèvres s'incurvent en une moue amère. Je m'arrache à ma contemplation au moment même où il ouvre les yeux, trop heureuse de me soustraire à son regard mais incapable de me détacher des souvenirs qui remontent dans ma tête. Ce jour-là aussi il a dit que la magie l'appelait. Et je lui ai raconté ce que moi moi j'entendais dans l'appel de la magie. La suite, nous la connaissons, n'est-ce pas ? La suite, c'est cette brusque prise de conscience : Gabryel est tellement différent de moi. À cause de ce qu'il est, il s'oppose brutalement à tout ce que je suis. Il y a quelque chose en moi qu'il ne pourra jamais accepter, jamais comprendre, jamais réellement regarder en face. Si je lui disais maintenant ce que je rêve de faire la nuit, si je lui racontais les sombres heures d'études quand le soleil se couche, celles que je consacre à la relecture de mon petit carnet noir dans lequel j'ai pris des notes du grimoire de magie noire caché près d'un arbre à la maison, tout se terminerait comme la dernière fois : il partirait. Gabryel est trop lumineux.
Je pensais être soignée de ce sentiment, depuis plus d'un an que cet événement nous a éloigné, aussi suis-je la première surprise de sentir mon coeur se serrer à ces pensées. J'avise à l'orée de mon regard le sourire mutin de ce garçon que je connais si bien. Son rire me plante un pieux dans le corps. Merlin, j'ai toujours aimé l'entendre rire. Cela rend plus difficile l'évidence de nos différences.
Je repousse aisément mes pensées, j'ai l'habitude de ne pas leur accorder trop d'attention. Qu'importe que Gabryel ne puisse pas me comprendre ? Au final, tout cela n'importe que peu. Ce qu'il a dit la dernière fois ne compte pas. Je l'enterre dans mes souvenirs. Il a menti, c'est faux ce qu'il m'a avoué. Les choses sont bien plus faciles comme cela et je n'ai pas à me faire des nœuds à l'esprit pour comprendre comment il est possible de concilier un "je t'aime" avec un "je suis triste pour nous".
Je fais sciemment le choix de retenir les commentaires que sa petite démonstration m'a inspiré. Il y a des choses que Gabryel ne peut pas entendre et des conversations que nous ne pouvons pas avoir. Celle à propos de la magie qui appelle en fait partie.
« Peu importe que tu ne maîtrises pas les éléments, Gabryel, » commenté-je alors d'une voix neutre en m'éloignant de la rambarde pour atteindre le centre de la cabane.
Je pose le plat de la main sur l'imposant tronc d'arbre, le regard tourné vers l'ouverture qui nous permettra de regagner la terre ferme. Le rappel brutal de nos différences a creusé un trou dans mon coeur. Je crois qu'il est temps de m'en aller retrouver ma vie. Je m'approche du bord et pointe ma baguette sur le sol. Je lance le sortilège pour rendre la surface du sol élastique avant de me tourner vers le garçon qui a beaucoup plus sa place que moi dans cette cabane en bois.
« Ton bracelet n'a pas encore dévoilé tous ses secrets, je pense qu'il serait plus prudent que je le garde encore. »
Plus prudent pour toi. Qui sait ce qu'il pourrait t'arriver si tu le récupérais ? Et si la drôle de magie dont il est imprégné te malmenait ? Et moi, que m'arrivera-t-il si ce bien qui nous lie revenait entre tes mains ?
« Je m'en vais. » Je ne peux m'empêcher de songer que cette phrase pourrait avoir plusieurs sens. Moi, j'en vois plusieurs. « Et toi, tu fais quoi ? »
Je soutiens son regard qui sait si bien attraper les couleurs de la vie. Je me demande pourquoi je continue, malgré les années. Qu'est-ce qui me fait venir le retrouver, discuter avec lui alors que j'ai une si grande conscience de ce qui nous oppose ?
Mots censure
Pensait-elle encore parfois à cet aveu, du haut de la volière, tandis qu’elle s’était efforcée de le repousser pour la énième fois ?
Le garçon sentait en elle un combat intérieur, une lutte de chaque instant pour ne pas se laisser dominer par des sentiments qu’elle jugeait futiles et inutiles. Ils n’arpentaient pas le même chemin, il en avait bien conscience. Pourtant, leurs routes se frôlaient inexorablement. Ils parvenaient, au travers de leurs analogies, à s’entendre sur l’indicible, encordés l’un à l’autre par leurs pudeurs respectives. Il savait ce qu’Aelle redoutait, sa peur de l’abandon, sa terreur d’y croire puis d’être déçue. Elle doutait de sa capacité à accepter cette partie d’elle, identifiée comme de la faiblesse. La jeune sorcière dissimulait ses failles au sein d’une forteresse imprenable. Gabryel parvenait à y déambuler sans effort, inconscient même d’accéder en ce lieu où personne ne s’était aventuré. Il pouvait involontairement démonter cet édifice pierres après pierres, simplement dans sa façon d’aborder la demoiselle avec une débordante spontanéité. Aelle l’acceptait amèrement, impuissante face au naturel déconcertant de l’Ecossais. Elle se sentait déstabilisée, comptait leurs antinomies comme pour se rassurer de garder le contrôle, et pourtant bien incapable de rejeter Gabryel. Il ne savait pas réellement ce qu’il lui apportait, mais avait conscience de la fragiliser.
Noyé dans un océan de pensées, le chant d’un chardonneret, ou peut-être était-ce celui d’une mésange, le fit remonter à la surface. Aelle fit référence à son bracelet. Elle le garderait encore un temps. De toute façon, elle avait dépouillé le Gryffon de tout ce qu’il possédait depuis bien longtemps, et en premier lieu de son cœur amoureux. Avant même qu’elle ne le verbalise, il la savait sur le départ. Il ne répondit pas. Sa baguette entre les dents, l’adolescent renoua la cordelette de sa cape, puis ébouriffa nonchalamment sa touffe de cheveux cuivrés. Il rangea le réceptacle de sa magie dans sa poche arrière, et se dirigea au bord de la rambarde. Le sol rendu élastique par le sortilège lancé par Aelle n’attendait qu’eux. Il se tourna vers elle, et plongea son regard bleu au fond du sien. Il garda le silence plusieurs secondes durant, statufié par la beauté qui s’offrit à lui. Finalement, un tendre sourire prit naissance sur ses lèvres :
- Tu sais, Arya… Même le jour et la nuit sont parvenu à trouver un chemin l’un vers l’autre. Ça s’appelle le crépuscule. Et c’est sublime.
Ses doigts frôlèrent la joue de l’Anglaise, puis il sauta. Une fois sur la terre ferme, il observa un sentier perdu parmi de hautes herbes.
- Je file aussi. J’ai ramassé un oisillon hier, je vvvveux m’assurer qu’il est toujours dans son nid. Rentre bien.
Le garçon se faufila dans les ronces d’un rosier sauvage, puis disparu.
Le garçon sentait en elle un combat intérieur, une lutte de chaque instant pour ne pas se laisser dominer par des sentiments qu’elle jugeait futiles et inutiles. Ils n’arpentaient pas le même chemin, il en avait bien conscience. Pourtant, leurs routes se frôlaient inexorablement. Ils parvenaient, au travers de leurs analogies, à s’entendre sur l’indicible, encordés l’un à l’autre par leurs pudeurs respectives. Il savait ce qu’Aelle redoutait, sa peur de l’abandon, sa terreur d’y croire puis d’être déçue. Elle doutait de sa capacité à accepter cette partie d’elle, identifiée comme de la faiblesse. La jeune sorcière dissimulait ses failles au sein d’une forteresse imprenable. Gabryel parvenait à y déambuler sans effort, inconscient même d’accéder en ce lieu où personne ne s’était aventuré. Il pouvait involontairement démonter cet édifice pierres après pierres, simplement dans sa façon d’aborder la demoiselle avec une débordante spontanéité. Aelle l’acceptait amèrement, impuissante face au naturel déconcertant de l’Ecossais. Elle se sentait déstabilisée, comptait leurs antinomies comme pour se rassurer de garder le contrôle, et pourtant bien incapable de rejeter Gabryel. Il ne savait pas réellement ce qu’il lui apportait, mais avait conscience de la fragiliser.
Noyé dans un océan de pensées, le chant d’un chardonneret, ou peut-être était-ce celui d’une mésange, le fit remonter à la surface. Aelle fit référence à son bracelet. Elle le garderait encore un temps. De toute façon, elle avait dépouillé le Gryffon de tout ce qu’il possédait depuis bien longtemps, et en premier lieu de son cœur amoureux. Avant même qu’elle ne le verbalise, il la savait sur le départ. Il ne répondit pas. Sa baguette entre les dents, l’adolescent renoua la cordelette de sa cape, puis ébouriffa nonchalamment sa touffe de cheveux cuivrés. Il rangea le réceptacle de sa magie dans sa poche arrière, et se dirigea au bord de la rambarde. Le sol rendu élastique par le sortilège lancé par Aelle n’attendait qu’eux. Il se tourna vers elle, et plongea son regard bleu au fond du sien. Il garda le silence plusieurs secondes durant, statufié par la beauté qui s’offrit à lui. Finalement, un tendre sourire prit naissance sur ses lèvres :
- Tu sais, Arya… Même le jour et la nuit sont parvenu à trouver un chemin l’un vers l’autre. Ça s’appelle le crépuscule. Et c’est sublime.
Ses doigts frôlèrent la joue de l’Anglaise, puis il sauta. Une fois sur la terre ferme, il observa un sentier perdu parmi de hautes herbes.
- Je file aussi. J’ai ramassé un oisillon hier, je vvvveux m’assurer qu’il est toujours dans son nid. Rentre bien.
Le garçon se faufila dans les ronces d’un rosier sauvage, puis disparu.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Mots censure
Ne mets pas cette putain de baguette dans ta bouche. La réflexion ne m'échappe pas, elle reste sagement coincée dans ma gorge tandis que j'observe Gabryel à la dérobée, persuadée qu'il me dira d'y aller d'abord puis qu'il me suivra, certaine de pouvoir remonter le chemin jusqu'au château avec lui alors que j'avais sous-entendu vouloir partir seule. Mais encore une fois, le garçon n'agit pas comme il aurait dû agir. Je le laisse approcher sans crainte, après tout il ne va que me passer à côté pour sauter sur le sol élastique, n'est-ce pas ? Ma naïveté me tuera ; je ne pensais pas pouvoir dire cela de moi un jour, mais je le pense sincèrement lorsqu'il ouvre la bouche et que la suite arrive.
Ses mots, pour commencer, sont d'une obscurité stupéfiante. Je fronce légèrement les sourcils, le regard accroché au sien. Quoi ? Le jour et la nuit ? Mais par le caleçon de Merlin, de quoi parle-t-il donc ? Pendant une fraction de seconde, je me figure qu'il y a pensé lui aussi, à nos différences, qu'il y a pensé au même moment que moi et que c'est à cela que fait référence ses mots ; la nuit, moi, et le jour, lui. Mais non, c'est impossible, alors je repousse l'hypothèse et l'oublie, ne reste alors que la perplexité face à une phrase dont je ne comprends pas le message caché. Je ne sais pas de quel crépuscule il parle. Je ne le sais sincèrement pas. Pourtant, mon coeur rate un battement et mes sourcils se froncent un peu plus sévèrement : c'est qu'il y a quelque chose en moi dont j'ai à peine conscience qui sait qu'il parle de nous, même si je ne comprends pas ce qu'il essaie de dire.
Et puis la suite... La suite, celle qui m'empêche de l'envoyer bouler avec ses phrases mystérieuses et son joli sourire tout Gabryelesque. La suite, c'est cette main, cette caresse, ce geste éphémère, aussi léger que le battement d'une aile de papillon. Un instant plus tard, il ne reste plus rien, ni de Gabryel ni de cette caresse, mais ma joue me brûle de ce contact avorté et mon coeur rue dans ma poitrine.
Je prends une brusque inspiration enraillée, le regard braqué vers l'endroit où le Gryffondor a disparu. Puis tout à coup, s'éveillent les sentiments colériques logique à ressentir après un tel moment : il a profité de mon inattention pour... Ses doigts sur ma joue ! Et mon coeur qui rate des battements ! N'importe quoi ! Je ricane en secouant la tête, agacée contre moi-même, agacée contre le garçon, ce qui revient finalement au même.
« Foutu Gryffondor, » grincé-je entre mes lèvres avant de sauter de la cabane.
Je me réceptionne maladroitement sur le sol, énervée par ce qui vient d'arriver et par la fuite soudaine du garçon qui m'a empêché de lui reprocher son audace ; ah ça, je suis certaine qu'il avait conscience que j'allais l'engueuler ! Mais il a décidé de fuir. Je ne pensais pas les Gryffondor couards, pourtant, songé-je amèrement en prenant lentement le chemin du château — suffisamment lente pour être assurée de ne pas croiser le jeune homme sur le retour. Au fond de moi, je sais que ce n'était pas de la couardise. Gabryel a juste fait ce qu'il avait à faire puis il s'en est allé, il n'avait aucune intention de se jouer de moi. Et c'est de le savoir qui me met encore plus en colère ; je préférerais avoir quelque chose à lui reprocher !
Mais c'est toujours pareil avec lui. Si je veux avoir quelque chose à lui reprocher, je finirai par trouver. Je me servirai de ça pour l'éviter pendant plusieurs semaines, tout en lui en voulant de ne pas faire l'effort de venir me voir lui. Le temps continuera de filer, inexorable, liant nos vies de façon aléatoire et soudaine, jusqu'à ce que je quitte réellement le château, plus ou moins persuadée que je n'ai pas besoin d'un Gabryel Fleurdelys dans ma vie et que je ne veux rien de ce qu'il me propose, surtout si cela commence par "je" et termine par "t'aime".
Je te remercie, mon cher partenaire de douceur. Rendez-vous dans une jolie forêt.
Ses mots, pour commencer, sont d'une obscurité stupéfiante. Je fronce légèrement les sourcils, le regard accroché au sien. Quoi ? Le jour et la nuit ? Mais par le caleçon de Merlin, de quoi parle-t-il donc ? Pendant une fraction de seconde, je me figure qu'il y a pensé lui aussi, à nos différences, qu'il y a pensé au même moment que moi et que c'est à cela que fait référence ses mots ; la nuit, moi, et le jour, lui. Mais non, c'est impossible, alors je repousse l'hypothèse et l'oublie, ne reste alors que la perplexité face à une phrase dont je ne comprends pas le message caché. Je ne sais pas de quel crépuscule il parle. Je ne le sais sincèrement pas. Pourtant, mon coeur rate un battement et mes sourcils se froncent un peu plus sévèrement : c'est qu'il y a quelque chose en moi dont j'ai à peine conscience qui sait qu'il parle de nous, même si je ne comprends pas ce qu'il essaie de dire.
Et puis la suite... La suite, celle qui m'empêche de l'envoyer bouler avec ses phrases mystérieuses et son joli sourire tout Gabryelesque. La suite, c'est cette main, cette caresse, ce geste éphémère, aussi léger que le battement d'une aile de papillon. Un instant plus tard, il ne reste plus rien, ni de Gabryel ni de cette caresse, mais ma joue me brûle de ce contact avorté et mon coeur rue dans ma poitrine.
Je prends une brusque inspiration enraillée, le regard braqué vers l'endroit où le Gryffondor a disparu. Puis tout à coup, s'éveillent les sentiments colériques logique à ressentir après un tel moment : il a profité de mon inattention pour... Ses doigts sur ma joue ! Et mon coeur qui rate des battements ! N'importe quoi ! Je ricane en secouant la tête, agacée contre moi-même, agacée contre le garçon, ce qui revient finalement au même.
« Foutu Gryffondor, » grincé-je entre mes lèvres avant de sauter de la cabane.
Je me réceptionne maladroitement sur le sol, énervée par ce qui vient d'arriver et par la fuite soudaine du garçon qui m'a empêché de lui reprocher son audace ; ah ça, je suis certaine qu'il avait conscience que j'allais l'engueuler ! Mais il a décidé de fuir. Je ne pensais pas les Gryffondor couards, pourtant, songé-je amèrement en prenant lentement le chemin du château — suffisamment lente pour être assurée de ne pas croiser le jeune homme sur le retour. Au fond de moi, je sais que ce n'était pas de la couardise. Gabryel a juste fait ce qu'il avait à faire puis il s'en est allé, il n'avait aucune intention de se jouer de moi. Et c'est de le savoir qui me met encore plus en colère ; je préférerais avoir quelque chose à lui reprocher !
Mais c'est toujours pareil avec lui. Si je veux avoir quelque chose à lui reprocher, je finirai par trouver. Je me servirai de ça pour l'éviter pendant plusieurs semaines, tout en lui en voulant de ne pas faire l'effort de venir me voir lui. Le temps continuera de filer, inexorable, liant nos vies de façon aléatoire et soudaine, jusqu'à ce que je quitte réellement le château, plus ou moins persuadée que je n'ai pas besoin d'un Gabryel Fleurdelys dans ma vie et que je ne veux rien de ce qu'il me propose, surtout si cela commence par "je" et termine par "t'aime".
— Fin —
Je te remercie, mon cher partenaire de douceur. Rendez-vous dans une jolie forêt.