15 oct. 2023, 17:07
 Ballinglanna  Famille et amours  Solo++   OS 
Mardi 30 juin 2048
19h
Reducio
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Oscar Brando
Reducio
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Honor Brando
Repas terminé, vaisselle faite, et bruits de pages se tournant doucement sous l'index souple d'Oscar. Narcisse était allongé sur le ventre, les pieds battant l'air, en train de prendre des nouvelles de ses amis sur les réseaux sociaux. Il veillait bien à ne pas entrer en contact avec eux. Il tenait simplement à voir ce qu'ils devenaient et à quoi ils avaient passé l'année. Même s'il détestait faire ça, il savait qu'il devait impérativement ne rien leur dire sur sa nature de sorcier, pour leur bien. Au final, le fait qu'il vive à un endroit isolé se révélait une bénédiction : au moins, personne ne pouvait venir prendre de ses nouvelles sans qu'il ne se soit préparé. Il n'aurait pas su mentir si l'un de ses anciens camarades lui avait posé la question. L'écran grésilla faiblement, il claqua de la langue. Parfois, être un sorcier avait ses défauts.

Les bruits de pas feutrés d'Honor firent lever la tête d'Oscar et de Narcisse, tous deux déposèrent leur regard sur elle, un doux sourire aux lèvres. Elle portait une tenue simple, short et brassière de sport, ses pieds nus s'enfoncèrent doucement dans la moquette du salon lorsqu'elle y pénétra. Oscar retira ses lunettes lorsqu'elle se pencha souplement vers lui pour l'embrasser doucement. Tous deux fermèrent les yeux un bref instant en se touchant le front. Narcisse avait déjà replongé dans les réseaux, après avoir souri. Honor en profita pour le regarder, puis elle regarda Oscar. Ils hochèrent la tête tous les deux, il referma son livre, avant de prendre le Coussin de discussion.

Elle s'assit souplement à côté de lui, glissant ses jambes sous elle avant d'appuyer son coude sur le dos du canapé pour poser sa tête sur son poing, s'inclinant légèrement vers Oscar. Ce dernier se racla la gorge.

« Hrm. Mon grand ?
Oui ? »

Il se tourna brusquement et joyeusement, puis son visage se fronça lorsqu'il vit le Coussin. Il savait ce que cela voulait dire, et il se tut, avant de souplement se lever pour aller s'asseoir sur le fauteuil face au canapé. Ce Coussin était réservé pour les discussions importantes. La règle était simple : seul celui ou celle qui le détenait était autorisé à parler, les autres devaient se contenter d'écouter. Cela fonctionnait merveilleusement bien avec eux. Une habitude qu'ils avaient gardé de Narcisse petit : il n'arrêtait jamais de jacasser, alors cette idée leur était venue, et il l'avait adopté. Honor et Narcisse se taisaient, Oscar était visiblement nerveux. Il regarda sa femme, avant de se lancer.

« Alors, mh... Comment te dire ? »

Sa main frotta sa nuque, Honor glissa le dos de son index sur sa joue pour l'encourager. Narcisse était très calme et attentif, à l'écoute et ouvert, presque curieux et impatient. Oscar expira doucement.

« Tu... Honor et moi, nous pensons que tu n'es pas prêt. »

Là, Narcisse ne comprenait plus. Ses sourcils se froncèrent, sa tête se pencha sur le côté. On aurait presque pu voir les points d'interrogation flotter à côté de ses cheveux noirs. Circonspection totale. Honor pouffa de rire, Oscar se tourna vers elle pour la regarder, en secouant la tête.

« Tu vois ? Je t'avais dit qu'il n'avait rien vu. »

Elle posa sa main sur le coussin.

« Autant lui expliquer malgré tout. »

Oscar hocha la tête, avant de donner le coussin à sa femme, qui le récupéra doucement en le remerciant d'un hochement de tête et d'un clignement d'yeux. Il le lui rendit. Narcisse se redressa, de plus en plus curieux, mais de plus en plus confus. Honor prit une grande inspiration en déposant le coussin sur ses cuisses.

« Je demande à ce que le Coussin de discussion soit mis de côté.
D'accord.
D'accord. »

Tous trois se regardèrent, et elle déposa le Coussin sur le côté. Chacun était désormais libre de reparler à loisir, ils avaient estimé que cette conversation n'aurait pas besoin d'être régulée. Toutefois, Narcisse continua d'observer le silence, attendant de voir ce que ses parents avaient à dire. Honor plongea son regard noisette dans le sien.

« Que ressens-tu pour ton amie Merinda ? »

Ses yeux s'écarquillèrent, il se dressa, totalement pris au dépourvu. Il espérait davantage de détails, mais ses parents demeurèrent à leur tour silencieux. Ses épaules se haussèrent alors, ses sourcils faisant des vagues hésitantes.

« Euh... bah... c'est mon amie ? »

Il attendit, mais visiblement, cela ne suffisait pas. Il haussa de nouveau les épaules.

« C'est... une super... amie ? »

Honor sourit tendrement avant de caresser les cheveux d'Oscar.

« Aussi aveugle que toi.
Vade Retro, sorcière. »

Ils rigolèrent, puis redevinrent sérieux, il n'essaya même pas de chasser la main de sa femme. Puis, Honor regarda de nouveau son fils, et là, il sentit qu'elle ne rigolait pas.

« Écoute moi bien Narcisse. Nous te connaissons, ton père et moi. Nous savons que tu es du genre très émotif, et surtout à t'attacher très vite. Toutefois... »

Ils échangèrent un regard hésitant.

« Nous pensons également que tu es un peu trop jeune pour vraiment tomber amoureux. »

Silence. Long silence. Narcisse rougit, immobile, puis d'un coup, il explosa en bondissant sur ses pieds, l'air totalement paniqué.

« HEIN ?!!? Mais, mais... MAIS ! Mais ! M'man !! Je... j'suis pas amoureux de... de... »

Vindicatif au début, il s'arrêta en plein milieu de sa phrase. Il eut l'air totalement perdu un court instant, ses yeux papillonnant sur les côtés, ses poings se desserrant pour doucement revenir le long de ses hanches, le rouge de ses joues s'effaçant. Il croisa les bras sur sa poitrine en penchant la tête sur le côté.

« Euh... Mais... c'est mon amie... enfin... bah, oui ! Et puis...
Mon chéri. »

La voix d'Honor lui fit relever la tête pour la regarder, elle avait déposé ses mains sur ses cuisses.

« D'après toi, qu'est-ce c'est, être amoureux ? »

Il écarquilla les yeux, avant de se rasseoir.

« Bah, c'est facile, quand on est amoureux c'est... Bah oui ! C'est... C'est... on est, et puis... on fait... Euh... Ah. »

Il cligna plusieurs fois des yeux, totalement perdu. Sa main vint frotter son menton doucement, l'air incroyablement confus. Il pensait que la réponse était simple, mais il se rendit compte qu'il était profondément incapable de conceptualiser ce qu'était l'amour. Ses parents lui laissèrent encore quelques secondes pour essayer, puis Oscar reprit la parole en rajustant ses lunettes.

« C'est exactement ce nous essayons de te dire.
Tu es bien trop jeune pour savoir ce que c'est, que d'être amoureux. Et crois-moi, ça n'a rien à voir avec une quelconque intelligence émotionnelle, c'est simplement une question d'âge. »

Narcisse redressa la tête, s'affaissant doucement dans le fauteuil, étendant ses bras sur les accoudoirs, s'abandonnant aux paroles de ses parents. Il réfléchirait plus tard, là, il n'y arrivait plus. Oscar lança un regard inquiet à Honor, qui posa sa main sur son bras.

« Tu sais mon grand, l'amour, ce n'est pas quelque chose qui s'explique. C'est quelque chose qui se ressent.
Mais ce n'est pas n'importe quelle émotion.
Elle te tombe dessus, quand tu t'y attends le moins.
Et elle peut évidemment se manifester de manière très différente, chez tout le monde. Toutefois...
Ce n'est pas quelque chose que l'on ressent à ton âge, ou alors, très très rarement. C'est un lourd sentiment que l'amour. Très lourd, trop pour toi. »

Narcisse agita doucement la tête sur le côté, l'air de réfléchir aux paroles de ses parents, sans rien y comprendre. Puis il fronça les sourcils en se redressant.

« Mais, attendez, c'est quoi l'rapport avec Merine ? »

Oscar se mordit l'intérieur de la joue et fit la moue, Honor n'eut pas autant d'hésitation.

« Tu lui plais, c'est évident. »

Le visage de Narcisse aurait tout aussi bien pu être taillé dans la pierre. Bouche entrouverte, sourcils froncés, le regard dans le vide, il serait resté bloqué comme ça si ses parents ne s'étaient pas levé pour s'approcher. Honor lui ferma doucement la bouche en poussant sur sa mâchoire. Il cligna compulsivement des yeux, et voulut parler, elle leva la main. Elle n'avait pas terminé. Elle s'agenouilla face à lui, Oscar resta debout et croisa les bras, un sourire bienveillant aux lèvres. Honor déposa doucement sa main sur la joue de Narcisse qui s'appuya dessus par réflexe.

« Désolé, on ne voulait pas te farcir la tête avec tout ça, mais il nous paraissait très important de t'en parler. »

Oscar s'assit sur l'accoudoir pour lui déposer la tête sur sa cuisse en lui caressant à son tour la joue.

« On sait très bien que tu ne lui ferais jamais de mal. Mais... On sait également que tu n'es pas très lucide sur ça, et ce n'est pas grave. Nous avions simplement peur que tu donnes de faux espoirs à ton amie. Même si c'est compliqué, il faut être clair dans ce genre de situation. Même avec les meilleures intentions, on peut blesser. »

Narcisse leva la tête vers son père pour le regarder. Puis il regarda sa mère. Il buvait leurs mots aussi facilement que du papier buvard absorbant de l'encre. Il ne comprendrait pas tout, mais petit à petit, ces mots feraient leur petit bonhomme de chemin. En attendant, il était aussi démuni qu'on pouvait l'être. Il déglutit.

« Mais... mais du coup je fais quoi ? Je l'aime bien Merine, vraiment beaucoup, mais... j'sais pas si c'est d'l'amour du coup... »

Honor sourit.

« Tu fais comme tu sais si bien le faire : tu lui dis la vérité.
Cela va de soi, si elle n'amène pas le sujet sur la table, ne le fais pas, à moins que tu sois sûr. Mais si elle le fait, sois clair, dis lui comment tu te sens. Même sur ses hésitations, on communique. »

Il lança un regard complice et amoureux à sa femme, qui leva les yeux au ciel. Combien de fois s'étaient-ils égarés dans de longues discussions sur leurs propres hésitations et incertitudes. Mais ô combien cela avait-il renforcé leur lien. Ils ne voulaient pas que Narcisse se méprenne sur ce point capital. Ce dernier était vraiment plongé au coeur d'une confusion intense, mais Oscar et Honor savaient qu'il valait mieux explicitement dire les choses sans tourner autour du pot, surtout avec lui. Honor se pencha vers lui pour le prendre dans ses bras, il l'enlaça en retour, avant de fermer les yeux pour doucement soupirer.

« N'y penses plus. Tu as encore le temps. Nous voulions simplement que tu gardes en tête le fait que ce n'est pas aussi simple.
Il va de soi qu'on ne te prive de rien, ne te méprends pas, tu fais ce que tu veux. Mais sois prudent : l'amour est le plus complexe et le plus dangereux des sentiments. Nous tenions vraiment à te mettre en garde pour que tu commence à trouver quelques repères. »

Il se joignit ensuite au câlin, et tous trois restèrent ainsi, durant de très longues minutes, sans parler. Puis, lorsqu'il fut prêt, Narcisse embrassa la joue de ses parents, avant de se redresser en souriant. Il affichait un air confiant mais hésitant, il hocha la tête.

« Merci papa, merci maman, vraiment merci d'm'en avoir parlé ! J'y penserai, c'est promis ! »