Notre antre et nous
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Ondine Carrington, amie et camarade de chambre, PNJ actif - Abby Llewelyn, amie et camarade de chambre, PNJ actif - Nahele Weaver, ami, PNJ actif -Kaliska Weaver amie, PNJ prétexte
- Lien vers la fiche du PNJ : post de l'index
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Écrire la vie d'Alyona à l'IMSM, développer ses amitiés, son rapport à la botanique, à ses études, l'aider à voir sous un autre angle tout ce qui se rapporte à sa famille et au Conseil et développer son esprit d'équipe.
Chambre
𓆦
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1. (r)Antre
6 SEPTEMBRE 2048, APRÈS-MIDI
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 18 ans,
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 18 ans,
Ma valise, bien qu'allégée par un sort, me paraît peser des tonnes, comme si elle contenait tous mes souvenirs et portait la présence de ceux que j'ai laissé derrière moi en arrivant ici. Elle est la même que celle que j'emmenais à Poudlard : usée, griffée, vieillie. Depuis que je suis partie de chez moi, en septembre deux-mille-quarante-et-un, je ne l'ai pas changée. C'est une manière de conserver mon histoire à travers la sienne. Elle symbolise tous les voyages que j'ai effectués : ceux qui m'ont grandi, ceux qui m'ont fait mal, ceux qui m'ont fait peur, ceux qui m'ont appris à voir le monde autrement. Ce voyage-ci dans lequel je l'ai emmenée, je ne sais pas encore ce qu'il me réservera, mais Merlin sait qu'il ne me laissera pas indemne. Je vais changer. Pour devenir quoi ? Seul l'avenir le sait ! Mais je n'ai pas peur de ce changement, il m'attire inexorablement à lui. J'ai hâte qu'il vienne pour chasser l'écume qui s'est accumulée sur mon corps depuis plusieurs mois. Qu'il me transforme donc ! je suis prête.
Docilement, je suis un groupe d'étudiantes en première année, traînant elles aussi leurs valises et passés. Je n'ai pas l'ambition de retenir le chemin que nous prenons dans ces longs couloirs, montant et descendant des escaliers, tournant dans des coins sombres, ni celle de retenir les visages des quelques étudiantes inconnues qui m'entourent. Je me contente de marcher sur leurs pas, de les suivre dans cet institut immense. Je me laisse porter par le courant. J'ai confiance en l'avenir.
Pourtant, je ne peux m'empêcher de distinguer dans cette masse d'élèves des regards bien connus. Il y a, dans le groupe auquel j'appartiens, dans lequel je me suis fondue, des étudiantes qui étaient à Poudlard avec moi, et d'autres qui y étaient bien avant moi. Je reconnais aussi quelques accents étrangers dont l'anglais est encore hésitant. C'est étrange de ne faire qu'un avec ce groupe varié, d'horizons différents. C'est étrange, mais rassurant : nous n'avons peut-être pas les mêmes parcours, nous ne nous connaissons peut-être pas toutes, mais nous avançons dans la même direction. Toutes, nous avons un point commun : nous marchons vers un avenir dans lequel nous avons reposé bien des espoirs.
Enfin, nous nous arrêtons.
De là où je me trouve, je ne peux pas apercevoir l'étudiante qui nous parle d'une voix forte et calme, sur laquelle on pourrait se reposer sans peine. Cependant, j'entends très bien ce qu'elle nous dit. Nous sommes arrivées dans les dortoirs, et nous serons appelées par groupes de trois ou quatre devant la porte de chaque dortoir, jusqu'à ce que nous ayons toutes été réparties dans l'un d'entre eux. Tout cela, ce sont les informations pratiques. Ensuite, l'étudiante nous offre quelques phrases qu'elle veut réconfortantes sur l'année à venir et les nouveautés auxquelles nous devrons nous habituer. Je sens bien dans ces paroles qu'elle souhaite nous rassurer un minimum, sans pour autant trop s'attarder sur cela. Nous ne sommes plus en première année à Poudlard, n'est-ce pas ? C'est la vie d'adulte qui nous attend désormais. Dans celle-ci, c'est à nous de maîtriser nos affects pour faire face à l'avenir. Alors, je crois que je comprends les intentions de l'étudiante plus âgée ; je les comprends et je lui suis reconnaissante d'agir ainsi avec nous.
Ensuite, j'attends. Jusqu'à ce que mon nom soit appelé. C'est le deuxième d'un groupe de trois. Le premier — Ondine Carrington — me fait sourire. Je le reconnais. Le dernier, — Abby Llewelyn — m'intrigue. Il m'est totalement inconnu. Bien vite après ces trois appels, dès que nous nous retrouvons ensemble face à l'entrée de notre chambre, le groupe d'étudiantes, désormais plus petit, poursuit son chemin dans le long couloir.
Alors, il n'y a plus que nous trois devant cette porte entrouverte qui nous réunit.
Ondine la pousse d'un coup d'épaule et entre, sa valise derrière elle. Avant de disparaître dans la pièce, elle nous jette un regard dur, ses sourcils froncés sur ses yeux sombres.
« Aller, venez. On va quand même pas attendre trois heures. »
Si on m'avait dit que je retrouverai mon ancienne camarade Bleue au tempérament de pierre, je ne suis pas sûre que je l'aurais crû. Mais, en un certain sens, cela me rassure davantage que toutes les paroles de l'étudiante qui nous a conduites jusqu'ici. Alors, j'entre dans la pièce qui deviendra la nôtre, la silencieuse Abby Llewelyn sur mes talons.
La chambre est d'une taille convenable pour trois personnes. Elle comporte trois lits simples aux draps aux couleurs de l'IMSM, une grande table de travail, une armoire de bois sombre, deux fenêtres et une porte menant vers ce qui pourrait être une salle d'eau. Les murs sont blancs, simples, neutres. Le plafond est plutôt haut. On retrouve le même carrelage ocre qui semble recouvrir le sol de toute l'école. Ondine a déjà posé ses affaires sur un lit, s'apprêtant à les sortir de sa valise. Abby, elle, ne bouge pas. Son visage semble trahir une certaine appréhension. Elle n'est pas à son aise, et n'ose probablement pas prendre sa place dans cet espace que nous partagerons toute l'année. C'est comme si elle attendait quelque chose. Quoi ? Je n'en sais rien.
Ondine, elle, ne s'en préoccupe pas. Elle est concentrée sur ses affaires, ce qui l'intéresse. Elle s'active, s'installe, agit. Mon ancienne camarade Bleue a toujours été ainsi depuis que je la connais. Nous avons partagé le même dortoir durant toutes nos années à Poudlard, et sommes restées dans la même classe tout au long de notre scolarité. Pourtant, nous n'avons jamais été très proches. Je la connais, mais de loin. Je suis habituée à ses regards durs, son ton froid, ses cheveux ébouriffés, son allure de garçon manqué, son manque de compassion. Ondine Carrington est plutôt du genre à s'occuper de ses oignons, et c'est probablement déjà bien assez pour elle. Moi, cela ne me dérange pas, bien que parfois cela me mette mal à l'aise. Mais n'a-t-elle pas toujours été ainsi ? Solide comme un roc avec un coeur de cognard.
Abby Llewelyn semble bien différente. Timide, peut-être anxieuse. Si elle pouvait se transformer en petite souris et disparaître dans un coin, nul doute qu'elle le ferait. Elle garde les yeux baissés, comme si elle voulait se cacher derrière ses grandes lunettes. Alors, elle m'intrigue et attire ma compassion. Heureusement, je crois avoir assez de bienveillance pour deux, alors Ondine n'aura pas à s'en trouver une goutte sous son coeur de pierre.
« Tu dois être Abby, c'est cela ? » Mon regard cherche le sien. Elle l'esquive en jetant ses iris sur mes pieds. « Moi, c'est Alyona. Et elle, Ondine. » Encore un regard noir de la part de l'ancienne Bleue. À celui-ci, je souris. « Tu souhaites t'installer sur un lit en particulier ? »
Des deux restants, un est situé à côté d'une fenêtre, et l'autre, près de celui d'Ondine. Abby les observe avant de répondre promptement à ma question. Sa voix est douce mais gorgée d'angoisses.
« Non, non ! Je prendrai celui qui reste. »
Je hausse les épaules et lui souris.
« Si cela ne te dérange pas alors, je vais prendre celui près de la fenêtre. »
Je joins les gestes aux paroles après l'acquiescement d'Abby, portant ma valise sur ce qui est désormais mon lit.
Une fenêtre, c'est une ouverture sur le monde. On peut y croiser le regard du soleil, en sentir ses petits baisers brûlants. On y voit la nature, l'extérieur, ce qui paraît si solide dans ce monde qui ne l'est pas. Mais, à travers cette fenêtre-là, tout ce que je peux apercevoir, c'est la mer. Je ne m'en rends compte que trop tard en approchant, ma valise déjà posée sur le lit. La mer, les vagues, et toute leur immensité. *Perdre pieds* Je m'appuie sur le lit. *De l'eau partout. Dans les yeux, le nez, la bouche, la gorge. Elle étouffe tout, elle s'infiltre.* Ma main droite serre ma baguette, la gauche s'enfonce dans les draps frais. *Et tout est noir, noir, noir.* Je prendre une grande respiration, cligne des yeux. N'est-elle pas lointaine ? Alors, je n'ai rien à craindre. N'ai-je pas, de toute manière, appris à ne plus avoir peur ? Je jette de la lumière sur mon coeur.
Mes iris s'arrachent à l'extérieur pour se poser sur mes affaires. Doucement, je commence à les déballer, faisant des tas divers mais ordonnés sur mon lit. Derrière moi, Abby bouge enfin.
Ainsi les minutes s'écoulent-elles, rythmées par nos mouvements précis et hésitants. Nous nous installons pour toute l'année. Cette chambre, ce sera la nôtre. Il nous faut nous l'approprier, mettre un peu de nous sur les murs blancs, dans les placards vides, sur les tables au bois sombre. Ondine est la première à s'arrêter. Elle n'a jamais apporté avec elle beaucoup d'affaires ; je ne suis pas sûre qu'elle soit très matérialiste. Elle n'a pas besoin de grand-chose, elle. Abby, de son côté, ne déballe que le nécessaire. Le reste demeure dans sa valise, aussi enfermé que les mots qu'elle ne prononce pas. Abby Llewelyn ne semble pas être une personne qui prend de la place. Elle reste dans un coin, ne fait pas de bruit, n'attire pas l'attention. Fantôme à peine vivant.
Ondine rejoint en quelques enjambées une fenêtre qu'elle ouvre. Face à mon regard curieux tourné vers elle, elle semble ressentir le besoin de se justifier.
« Ça pue le renfermé ici. »
Et puis, elle sort de sa poche un de ces étranges objets moldus ― une cigarette, je crois ―, l'allume et la porte à sa bouche. Elle s'appuie sur le rebord de la fenêtre. Ses yeux croisent ceux de la mer. De la fumée s'échappe d'entre ses lèvres.
Abby, elle, est assise sur son lit. Elle nous regarde. Qui est étrangère, ici ? Ne le sommes-nous pas toutes un peu ? Je lui souris, peut-être parce que je ne sais pas quoi lui dire. Nos premiers pas sont maladroits, hésitants, incertains. Mais nous nous tenons droites, parce que ce n'est que le début du voyage.
Dernière modification par Alyona Farrow le 5 avr. 2025, 12:01, modifié 6 fois.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
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2. Accorder ses violons
11 SEPTEMBRE 2048, SOIR
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 18 ans,
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 18 ans,
J'aimerais me souvenir de ma première semaine à Poudlard. À quoi ressemblait-elle ? Quels sentiments en ai-je tiré ? Quels cours m'ont le plus enthousiasmé ? Qu'avais-je pensé de cet établissement dont on m'avait tant de fois parlé et dans lequel j'entrais enfin ? De ces feux d'artifice d'émotions, lesquels ont été les plus grandioses ? Lesquels m'ont marqué ? Puis-je les retrouver en plongeant dans le passé ? Je ne sais pas. Les souvenirs, en s'accumulant, perdent de leurs couleurs. On en vient à confondre le violet et le bleu, le rouge et l'orange. Parfois, de cette toile aux nuances diverses, seule une couleur paraît demeurer, avalant toutes les autres. Les souvenirs sont ornés de poussières avant de s'effacer et de s'emmêler. On ne sait plus ce qui est vrai ou inventé, pensé ou raconté. Le passé devient avec le temps comme une forêt. Chaque arbre est un moment à l'essence unique. Mais qui est capable d'en retrouver un dans une armée de troncs ? Qui est capable de ne pas les confondre ? Et que dire de toutes ces racines qui, dans la terre, s'efforcent de forger ce que nous sommes, de mettre des contours à notre identité ? Qui plonge ses mains dans la terre, jusqu'aux coudes, au risque d'y trouver de l'humidité et des bêtes ? Merlin, cela me fait sourire. Pour découvrir qui on est, il faut peut-être aller au-delà de son honneur. Mais moi, je me contente de me promener en forêt tout en restant à la lisière. S'enfoncer, c'est s'y perdre.
Je remonte doucement le long couloir qui mène aux dortoirs. À cette heure, je ne suis pas seule à m'y trouver. D'autres étudiantes, d'un pas lourd et pressé, expirent leur semaine du bout des lèvres, désireuses d'entrer dans la pièce de ce couloir qu'elles savent être la leur. Contrairement à elles, je ne me sens pas pressée, ni particulièrement ravie. Je réfléchis. Cela m'aide à prendre du recul, et pour le futur, à faire les meilleurs choix. Ce n'est pas aussi simple que cela n'y paraît. Il faut savoir prendre le temps et tout considérer d'un œil neuf. Cependant, après cette première semaine à l'Institut, je ressens le besoin de faire tout cela, ne serait-ce que pour mieux regarder vers l'avenir.
Alors, je revois défiler sous mes paupières les événements marquants des derniers jours. Que ce soit ma découverte des cours et des professeurs, mes premières nuits ici ou mes errances dans l'ancien sanatorium, les images qui me viennent sont toutes teintées de sensations et d'émotions variées. C'est étrange comme certains événements peuvent marquer une semaine et se perdre dans une vie. On plante des arbres sans savoir lesquels deviendront forts.
Au loin, des pas bruyants et rapides frôlent mes pensées. Néanmoins, plongée dans mes réflexions, ces sons ne font que m'arracher une interrogation bien vite avalée par les flots qui rugissent dans mon crâne. Ce sont pourtant là des bruits qui appartiennent à une personne souhaitant que je la remarque. Mais cela, je ne m'en rends compte avec une brutalité malvenue qu'un instant plus tard.
« Alyona ! »
En quelques pas, Ondine apparaît à ma gauche, une détermination flamboyante dans le regard.
« Dépêche-toi, on doit parler. »
Elle ne fait pas l'effort de ralentir pour que je reste à ses côtés et poursuit son chemin d'un même pas vif. À quoi m'attendais-je de sa part ? L'ancienne Bleue est une vraie tornade, insaisissable. Elle ne s'explique pas, ne prévient pas, n'est pas particulièrement aimable et se contente de toujours aller droit au but. Elle est ainsi, pleine de franchise. Cela ne me dérange pas, c'est un peu comme sa marque de fabrique. Elle est brute, mais pas méchante, et assez intelligente.
Alors, j'accélère, chassant mes réflexions, les remettant à plus tard.
De quoi Ondine voudrait-elle parler ? Nous sommes dans la même filière, avons en commun cours, professeurs et chambre ; les sujets de discussion ne manquent pas. Mais qu'est-ce qui pourrait nécessiter un échange alors que notre week-end ne fait que démarrer ? Ondine a-t-elle rencontré des difficultés dans un devoir pour souhaiter m'en parler ? A-t-elle besoin de mon aide ? Cependant, certains sujets sont pour elle aussi nouveaux que pour moi. Croit-elle qu'ensemble nous puissions résoudre nos problèmes plus facilement ? Ou me demande-t-elle de la rejoindre pour un tout autre sujet ? Je ne prends pas le temps de réfléchir davantage et pousse la porte de notre chambre devant laquelle je suis arrivée.
Depuis mon départ ce matin, rien n'a changé dans la petite pièce : le lit d'Ondine n'est pas fait, les affaires d'Abby sont dans sa valise, une des fenêtres est ouverte, et Abby est encore assise sur la seule chaise de la chambre, comme si elle y était restée toute la journée — ce qui ne m'étonnerait pas vraiment. En m'apercevant, la blonde aux cheveux bouclés m'offre un petit sourire timide. Je lui réponds par un autre sourire avant de me tourner vers l'ancienne Bleue, assise en tailleur sur son lit, un parchemin dans les mains.
« Tu voulais me parler de quelque chose ? »
Ondine pousse un soupir bruyant et jette un regard appuyé à Abby dont les yeux se voilent d'une légère inquiétude.
« Pas qu'à toi, à vous deux. »
Donc, cela ne concerne ni nos cours, ni des devoirs, Abby étant dans une autre filière. Alors, c'est à propos de nous, personnellement. Va-t-elle changer de chambre ? quitter l'IMSM ? nous faire des reproches ?
Je m'assieds sur mon lit, une jambe pliée. J'ai l'étrange sensation que cette discussion nous prendra plus de temps que prévu.
« Il faut qu'on parle de notre organisation. »
Notre organisation ? Je hausse les sourcils.
« En une semaine, il y a eu trop de problèmes. Si on omet les petits détails difficiles... — Farrow, tu te lèves tôt, Llewelyn, tu te couches tard ; l'une se lave le matin et l'autre le soir ; l'une garde la fenêtre ouverte et l'autre passe sa journée ici, sans bouger, emmitouflée dans Merlin sait combien de couvertures ; l'une met ses affaires partout, l'autre ne les sort même pas. Si on omet cela, il reste tout de même bien des sujets desquels nous devons parler. Et ne me reprochez pas d'en faire tout un fondant du chaudron ! Ce n'est que le début, et il faut savoir traiter le problème à ses racines ! » Là, elle nous foudroie toutes les deux du regard avant de prendre une grande inspiration et de revenir à son parchemin. « Nom d'un strangulot, c'est une question de coordination et de savoir-vivre ! Je ne vais pas passer un an à me poser des questions à cause de vous ! »
Je ne sais même pas quoi dire. Je me sens insultée, consternée, préoccupée et compréhensive. Si j'avais su qu'Ondine vivait mal tout cela... Par Merlin, c'est que cela semble l'agacer tout particulièrement. N'aurait-elle pas pu en parler plus tôt ? Et comment peut-elle m'accuser de me lever trop tôt et d'installer mes affaires dans cette chambre ? N'est-ce pas mon rythme de vie et mon espace vital ? N'ai-je donc pas le droit de décider de tout cela par moi-même ? Enfin, je sais que ce ne sont pas des accusations méchantes, ce n'est pas le genre d'Ondine. Elle souhaite probablement nous confronter au problème afin qu'on puisse le résoudre ensemble. Cependant, elle aurait pu se montrer plus délicate. Bien que ce ne soit pas son point fort, je l'aurais apprécié.
Malgré tout, elle me fait réfléchir. J'ai vécu sept ans dans un dortoir partagé avec moins d'une dizaine d'autres personnes. En quoi une chambre de trois nécessite-t-elle plus d'organisation qu'un dortoir ? Qu'est-ce qui y est différent ? Certes, nous avons désormais notre salle de bain. Sur ce sujet, je comprends qu'Ondine désire qu'on s'organise. Mais sur le reste ? Nous ne nous marchons tout de même pas dessus. Enfin, c'est l'impression que j'ai. Je n'ai aucune raison de me plaindre de notre organisation des derniers jours. Pourquoi mon ancienne camarade bleue en aurait-elle ?
Contre toute attente, Abby, le visage sérieux, hoche la tête.
« Je comprends. » Ses yeux plongent doucement dans ceux d'Ondine. « Que veux-tu qu'on change et qu'on mette en place ? »
Ondine sourit. Elle semble avoir déjà des idées derrière la tête.
« D'abord, il est évident qu'il faut qu'on se mette d'accord sur des règles. Par exemple, à propos des personnes qu'on veut faire entrer ici, des... objets qu'on veut faire entrer ici, et de ce qu'on fait si l'une de nous n'est pas là le soir alors qu'elle n'a prévenu personne. »
Je crois que je comprends mieux où elle veut en venir, et cela m'intrigue, et cela me plaît.
« C'est-à-dire pour le dernier point ? demandé-je.
— À partir de quelle heure doit-on s'inquiéter. »
Je hoche la tête et réfléchis, mais Abby se montre plus rapide que moi.
« Vingt-trois heures. » Elle toussote, se redresse. « Vingt-trois heures, cela me semble être bien. »
Pour toute réponse, Ondine grimace. À l'évidence, elle ne s'attendait pas à cela. Pourtant, à Poudlard, elle n'a jamais fait partie de ces élèves errant la nuit dans les couloirs. À moins que je ne me trompe ? Elle était discrète dans le dortoir. Aurais-je manqué quelques fois son absence ? Merlin, étais-je trop concentrée sur moi ?
Carrington cherche mon soutien du regard avant de répliquer, presque doucement.
« C'est tôt, nan ? Tu sais, moi...
— Sans prévenir ? Tôt ? Si tu veux rentrer tard, laisse un message, ou quelque chose comme cela. Après vingt-trois heures, c'est tard s'il se passe quelque chose d'important et qu'il faut agir. »
Il y a de l'inquiétude dans sa voix. Ondine serre les dents.
« Je suis d'accord avec elle. »
L'ancienne Bleue capitule et pousse un soupir.
« Okay... »
Elle saisit sa plume et trace quelques mots sur son parchemin. Voilà un premier point d'acté.
Après quelques secondes de réflexion, nous poursuivons pour essayer de nous mettre d'accord en ce qui concerne l'entrée d'êtres vivants et d'autres objets dans notre chambre. Ce sont des points importants, mais il ne faut pas que ce débat crée des tensions entre nous, si rapidement dans l'année. C'est pourquoi je m'efforce de conserver un ton calme et l'esprit ouvert aux propositions et aux avis de mes deux camarades. Néanmoins, il semble rapidement évident qu'aucune de nous ne souhaite imposer son opinion aux autres. Nous apprenons à nous connaître et à nous respecter en discutant de cette manière.
« Pour ce qui est de l'apport d'objets dans la chambre, je propose qu'on ne se prévienne que si ceux-ci sont plutôt grands, s'ils sortent du commun et s'ils sont interdits. Pour les objets du quotidien, ce ne sera pas la peine d'en parler. »
Cette fois, Ondine sourit.
« Moi ça me va. »
Abby semble plus dubitative. Elle se tourne vers moi avec cette même lueur inquiète dans le regard qu'elle avait un instant avant.
« Qu'est-ce que tu entends par « interdits » ? On ne les ramène pas, c'est tout.
— Oui. C'est le mieux à faire. Mais si un jour quelque chose fait qu'on doit en amener, on ne sait jamais, il faudra qu'on en parle avant pour voir si c'est vraiment nécessaire. » Merlin j'espère que cela n'arrivera jamais. « Tu comprends ? » J'essaye de parler avec douceur, mais je vois bien que cela ne calme pas l'inquiétude d'Abby.
« Je suis d'accord avec Farrow. »
Ondine jette un regard en coin à l'étudiante en Médicomagie, comme une façon d'appuyer le fait que sur ce point, ce n'est pas elle qui aura le dernier mot. Je me retiens de lever les yeux au ciel, d'autant plus qu'Abby ne résiste pas à nos arguments et baisse la tête.
Face à l'absence de contestation supplémentaire, mon ancienne camarade de classe note notre deuxième accord sur son parchemin. Pour réconforter la blonde à la moue déçue, j'essaye de lui sourire, mais je ne suis pas sûre qu'elle le remarque. Je comprends son désaccord sur ce point-là, mais je ne pense pas que sa proposition soit la plus judicieuse, bien que j'aurais aimé l'accepter sans discuter.
« Pour la venue d'autres personnes ici, je propose qu'on prévienne les autres à chaque fois. »
Abby et moi hochons la tête. Je ne vois pas de raisons de remettre en question ce point, il me semble assez clair et évident. Je ne veux pas me retrouver un jour avec une personne inconnue dans ma chambre sans savoir de qui il s'agit. J'espère d'ailleurs que mes deux camarades n'ont pas pour objectif de faire rentrer toutes leurs connaissances dans notre chambre, celle-ci doit rester la nôtre, et je ne souhaite pas qu'une foule de personnes que je ne connais pas y mette un pied. Cependant, après avoir partagé mes préoccupations avec les deux étudiantes en première année, nous en venons à la même conclusion, ce qui n'est pas plus mal. Sur ce point-là, donc, je peux leur faire confiance. Cette chambre restera la nôtre avant tout, et non pas un endroit de passage pour toutes les personnes que nous connaissons. Ma remarque semble même rassurer Abby. Il semblerait qu'elle apprécie d'avoir des espaces à elle, où elle sait qu'elle ne sera pas dérangée.
Pour la suite, nous mettons en place des règles simples. Si nous devons toutes les trois être dans le dortoir à vingt-trois heures — à moins que l'une d'entre nous n'ait prévenu les autres qu'elle rentrerait plus tard —, nous sommes libres de gérer notre rythme de vie comme nous le souhaitons, à condition de respecter celui des autres. Ainsi, nous avons le droit de nous lever plus tôt ou de nous coucher plus tard, mais il faut simplement faire en sorte que cela ne dérange personne. Ce point semble tenir particulièrement à coeur à Ondine, qui lors de notre discussion, ne paraît pas décidée à faire la moindre concession à Abby ou moi. Alors, nous n'insistons pas. Ses revendications restent logiques et compréhensibles. Nous parvenons également après bien des paroles échangées à nous mettre d'accord sur la température de la pièce. Celle-ci ne devra pas être trop froide, ni trop chaude. Cela implique que la fenêtre ne doit pas rester ouverte toute la journée, et encore moins la nuit. Cette concession m'est difficile, mais je comprends qu'Abby et Ondine soient plus sensibles au froid que moi. Alors, je ne discute pas trop, bien que je fasse tout de même entendre mon avis.
Les autres points que nous abordons sont davantage à propos de notre coordination et de règles de vie. C'est ce qui les rend intéressants, et ce qui fait qu'ils sont importants. Nous parvenons à nous accorder de manière à ce que tous ces détails nous poussent toutes les trois vers le haut. Nous passons donc un temps non-négligeable à parler des besoins de chacune, en termes d'espace, de silence et de soutien. Nous ne mentionnons pas tous ces besoins à voix haute, avec toute la difficulté que représente assumer ses faiblesses et ses nécessités. Cependant, à force de tournures délicates, nous parvenons à nous faire entendre sur ce qui est important pour nous. Ainsi, Abby obtient le droit de travailler seule dans la chambre la journée. Ondine, elle, se voit accordé le droit d'y fumer — à partir du moment où elle ouvre la fenêtre — et d'y installer en douce le poisson dont elle s'occupe. De mon côté, on me permet d'installer mes affaires là où je le souhaite, du moment que cela ne pose problème ni à Abby, ni à Ondine.
Néanmoins, toutes les trois, nous ne nous accordons pas que sur des droits, mais aussi sur des devoirs. Ainsi, nous nous mettons d'accord, après des discussions plus vives et longues, sur les responsabilités de chacun. Il faut garder le lieu propre, nettoyer derrière soi, ranger ses affaires... Nous raffermissons ces points nécessaires mais évidents, ne serait-ce que pour que nous les ayons toutes en tête. C'est d'ailleurs plutôt Abby qui les mentionne un par un, comme si elle avait déjà eu des problèmes avec eux. Ondine, elle, y réagit en poussant de longs soupirs, finissant même par s'étendre dans son lit, presque lassée. Ce sont des points fondamentaux de savoir-vivre, mais nécessaires à rappeler.
« Et pour la nourriture ? »
L'ancienne Bleue est allongée dans son lit, les genoux pliés à l'angle, les pieds frôlant le sol. Ses yeux sont fermés et sa voix, dépourvue de toute la dureté qui la caractérise. Elle semble lassée par la longue discussion que nous venons d'avoir. Cependant, elle n'est pas la seule. Abby est recroquevillée sur la chaise, la tête enfouie dans ses genoux. Elle la redresse à la question d'Ondine, mais ce n'est que pour me regarder. Moi, j'ai le parchemin noir de l'écriture de Carrington sur ma cuisse. Désormais assise en tailleur sur mon lit, j'essaye de rester droite. Nous viendrons au bout de cette soirée, mais nous n'oublierons aucun point important.
« On peut en ramener, mais elle ne doit pas laisser de traces dans la chambre, qu'elles soient olfactives ou bien matérielles, proposé-je.
— Ça m'va, confirme Ondine.
— À moi aussi. »
Je note ce point sur la feuille, les sourcils froncés pour ne pas écrire trop petit.
« Bah j'crois qu'on a fini, non ? »
Ondine se redresse sur ses coudes pour nous regarder toutes les deux. Je réfléchis à ce qu'elle dit avant de hocher la tête. Abby en fait de même.
« Je crois aussi. »
L'ancienne Bleue pousse un profond soupir.
« Enfin ! »
Ondine se lève soudainement, le visage fatigué. Si c'est elle qui a fait en sorte que tout cela se passe, il est évident qu'elle ne s'attendait pas à ce que cela dure si longtemps. Je le sens aussi un peu soulagée, comme si maintenant que nous avions mis un cadre à notre comportement ici, elle était rassurée.
La brune aux cheveux courts traverse la chambre en quelques pas avant d'ouvrir la porte.
« Vous en faites pas, je serai de retour avant vingt-trois heures. »
Sur ce, elle sort, une main posée sur sa poche où elle met sa baguette.
Bien sûr, elle ne s'explique pas, ni n'ajoute quoi que ce soit, se contentant de s'en aller. Je la soupçonne d'être partie prendre l'air, mais je ne dis rien. Dans la pièce, le silence qu'Abby et moi partageons demeure, comme une vieille odeur à laquelle on se serait habituées. J'observe la blonde se retourner vers la table de travail et ouvrir quelques manuels. Elle se cache derrière ses devoirs pour ne pas avoir à exister.
Moi, je m'allonge sur mon lit, les yeux fermés. Je prends le temps de réfléchir à cette semaine passée trop vite, espérant en retenir des éclats dorés.
écrit long et très barbant à lire : terminé !
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
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3. Ondine Carrington
20 SEPTEMBRE 2048, 21h45
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 18 ans,
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 18 ans,
Ondine, je la connais depuis mon entrée à Poudlard. La première fois que nous nous sommes rencontrées, c'était probablement lors de notre répartition, quand nous nous sommes retrouvées à la table des Serdaigle. Peut-être nous sommes-nous croisées lors de nos achats sur le Chemin de Traverse, ou même sur les barques menant à Poudlard, mais je ne m'en souviens plus vraiment. Cela remonte à si longtemps ! À l'époque, nous étions toutes les deux bien différentes. Elle, elle avait les cheveux longs, lui tombant jusqu'aux épaules, mais déjà quelques centimètres de plus que les autres filles de notre âge et le regard farouche. Je crois que je n'ai jamais compris pourquoi elle avait été répartie chez les Bleus, car j'ai bien vite découvert qu'elle était aussi courageuse que les Rouges et aussi déterminée et noble que les Verts. Néanmoins, j'ai appris que le Choixpeau ne se trompait jamais, car il voyait en chacun des choses que nous autres ne pouvions pas voir. C'est ce qui fait que nos interrogations et nos espoirs à son propos sont souvent vains. Son regard est plus clair que le nôtre. Pour Ondine, il l'a probablement été.
Malgré tout, Carrington et moi n'avons jamais été proches. Nos tempéraments sont bien trop différents. Ondine, c'est une solitaire. Elle est toujours restée dans son coin, sans se soucier des autres, et cela lui a toujours été. Néanmoins, elle avait quelques amis solides, des Gryffondor et des Serpentard. Il y a eu quelques histoires et chuchotements à leurs propos durant ma troisième et quatrième année, mais rien qui ne fasse murmurer les tableaux. C'est Ondine : elle a toujours été franche, et dure, et concentrée sur ses propres objectifs. Parfois, cela dérange, cela crée une armée de murmures aux fondations brumeuses. Mais Ondine est toujours passée au-dessus de tout cela, comme si être plus grande lui permettait de continuer à voir l'horizon malgré la présence des autres. C'est à cause de cela, je pense, que les années ne nous ont pas rapprochées. Ondine Carrington ne m'a probablement jamais vraiment vu dans la masse de tous ceux qui l'entouraient.
Pourtant, nous avons bien des points communs. A commencer par la botanique. La Bleue faisait typiquement partie des élèves qui erraient dans les serres, le parc et la bibliothèque, tout comme moi. Nous avions les mêmes espaces de vie. Nous respirions le même air. Nous lisions les mêmes livres. D'une certaine manière, nous marchions sur le même chemin. Je me souviens avoir déjà travaillé avec elle, ou lui avoir déjà demandé de l'aide pour des devoirs. Tout demeure assez flou et lointain dans mes souvenirs ; notre relation restait cordiale, presque uniquement « professionnelle », et jamais nous n'avons souhaité franchir cette ligne. Nous sommes restées camarades, c'est tout. Je pense que cela nous allait à toutes les deux, cela ne nous posait pas de problème. Aujourd'hui encore, bien que nous nous soyons rapprochées, je me demande si nous pourrions vraiment avoir une relation amicale. Nous restons après tout bien différentes.
En dépit de toutes ces années à Poudlard que nous avons partagées, je ne sais pas quoi penser d'Ondine Carrington. Dans sa relation à la botanique, il y a quelque chose qui me met mal à l'aise. Les plantes ne sont pas pour elle une passion, mais une réelle obsession. Il n'y a aucun amour là-dedans, juste une démangeaison excessive, une soif intarissable, un manque à combler. Elle ne prend pas de plaisir à se retrouver dans la nature, mais elle en prend à chercher, à comprendre, à apprendre. Comme si ce n'était que l'intellectualisation de ce qu'elle voyait qui l'enthousiasmait. Par exemple, elle ne fait pas partie de ces élèves qui entretiennent une plante pour la voir grandir et pour le plaisir d'en prendre soin. Non, si Ondine prend une plante sous son aile, c'est pour l'observer, la comprendre, la décortiquer, et s'en servir. En cela, notre approche de la botanique est aussi différente que nos tempéraments. Pourtant, nous pouvons toutes les deux nous exciter devant un végétal ou un phénomène de botanique qui n'intéresserait pas grand monde, tout comme nous pouvons parler de ces livres que nous avons toutes les deux lus des heures durant, pour le simple bonheur de mettre des mots sur ce qui nous passionne. C'est peut-être pour cela que notre relation est restée cordiale, et qu'en cette première année, nous retrouvant dans le même dortoir, nous sommes tout naturellement venues à nous entraider dans l'approche du programme et des devoirs. Ainsi, depuis une dizaine de jours, nous étudions ensemble. Chacune de notre côté, mais à la même table, face à face. Si l'une a une question, elle la pose à l'autre ; si l'une ne comprend pas, l'autre lui explique. Cela nous permet d'être efficaces, et j'ai l'impression que cela nous pousse vers le haut. Mais en dehors de nos heures d'études et de nos temps dans la chambre, sur d'autres sujets que la botanique ou l'Institut, nous ne nous parlons pas vraiment.
Ondine est penchée sur le petit aquarium dans lequel nage paisiblement son poisson gris. Je ne sais plus quel nom elle lui a donné, quelque chose d'assez ridicule je crois, Fish ou Bubble. Elle l'a trouvé — ou pêché, je ne sais pas — sur la plage près de l'IMSM, et depuis elle le garde. Je ne suis pas sûre qu'il vivra encore longtemps, mais elle se plaît à l'observer et à le nourrir quand elle est dans la chambre. Cela la détend, ou c'est peut-être un moyen pour elle d'avoir un peu de compagnie dans le plus grand des silences. Elle n'est pas très bavarde. S'il lui arrive de me parler (toujours à propos de nos cours ou de botanique en général), je ne l'ai jamais vraiment vu échanger avec Abby. Je ne suis pas sûre que cela dérange cette dernière, elle est très silencieuse, à croire qu'elle souhaiterait se faire oublier. Cela rend notre vie dans la chambre étrange. Étrange, mais de manière tout à fait surprenante, pas dérangeante.
Je sais qu'Ondine a une grande fratrie. Elle ne reçoit pas beaucoup de lettres, mais à Poudlard, je les ai déjà vus. Ondine ne parle pas de sa famille, pourtant je crois savoir qu'ils sont nombreux. Elle doit avoir six ou sept frères et sœurs, dont elle est l'aînée. C'est difficilement imaginable quand on la regarde. Elle n'est pas la personne la plus patiente, ni la plus attentive. Cependant, elle est très organisée et méthodique. Avec elle, rien ne traîne. Tout est rangé et à sa place. Est-ce ainsi qu'elle maintient l'ordre chez elle ? Est-ce de cette manière qu'elle obtient son autorité ? J'imagine que dans une famille aussi grande, il faut se faire entendre, surtout quand on en est l'aînée. C'est peut-être cela qui lui a donné un coeur de pierre et un regard dur. Ondine, elle ne renonce jamais. Ses résultats à ses ASPIC n'étaient peut-être pas aussi bons que les miens, mais aujourd'hui elle est là, dans la même filière que moi. Et je n'ai pas été si surprise que cela de la retrouver. Ne le mérite-t-elle pas ? Elle a beaucoup travaillé, et partait de loin. Je crois qu'elle vient d'un milieu populaire et que ses parents ne peuvent même pas lui offrir le statut de Sang-Pur. Pourtant, elle est là. Droite, forte, tenace. Ce qu'elle veut, elle finit par l'avoir.
Malgré son tempérament parfois agaçant, malgré ses yeux toujours levés au ciel ou durs comme de la pierre, malgré son comportement indélicat, sa présence ici me rassure. Et pour l'avenir, je me questionne. Passerons-nous cette frontière de la cordialité ? Que deviendrons-nous, après tout cela ? Le monde, aussi étrange qu'il puisse être, semble avoir souhaité nous rapprocher. Pourquoi ? Pour quels résultats ? Jusqu'où nous mènera ce bout de chemin que nous faisons ensemble ?
Ondine Carrington me fait me poser bien des questions.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
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Notre antre et nous
4. Abby Llewelyn
19 OCTOBRE 2048, 18h01
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 18 ans,
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 18 ans,
D'Abby Llewelyn, je ne sais pas grand-chose.
Ma camarade de chambre est un mystère. Elle ne nous laisse voir que des éclats d'elle-même. C'est une silencieuse. Elle me fait penser à ces oiseaux qui s'envolent au moindre bruit, dont on aperçoit le plumage une fraction de seconde avant qu'il ne disparaisse. A-t-elle peur de nous ? Est-ce une manière de nous dire qu'elle ne nous apprécie pas ? A-t-elle besoin de temps ? Et si elle préférait simplement être seule, plongée dans le calme, loin du monde ? Je ne la comprends pas très bien. Pourtant, j'essaye. Je me suis intéressée à elle. Je l'ai questionnée sur sa famille, ce qu'elle aimait faire, ce qu'elle voudrait faire une fois son diplôme obtenu. Pour chacune de mes interrogations, elle est restée évasive. Je n'ai jamais eu de réponse claire. À chacun de nos échanges, elle m'est apparu mal à l'aise, désireuse de retrouver la stabilité de son silence, vacillante comme si mon regard était plus brûlant que celui du soleil. Elle s'échappe comme un courant d'air pour gagner les coins d'ombre.
Je ne sais d'elle que ce que je vois et ce qu'elle nous révèle, par inadvertance ou inexorablement.
Abby n'aime ni être au centre de l'attention, ni les conflits. Elle rougit facilement, est anxieuse et a du mal à cacher ses émotions. Malgré le fait qu'elle étudie en médicomagie, elle n'aime pas beaucoup la science. Elle fait partie de ces personnes qui travaillent peu, voire qui rechignent à le faire, mais qui se débrouillent pour avoir toujours la tête hors de l'eau. C'est une ancienne Poufsouffle. Elle n'a pour amie qu'une fille de deuxième année, Mary Cooper, et passe la majorité de son temps libre dans la chambre que nous partageons. Elle reste assise face à la table de travail, un crayon dans la main gauche. Quand nous mangeons ensemble, Abby ne prend jamais la parole. Elle est là sans l'être. Je discute parfois avec Ondine de nos cours ou de botanique, et le reste du repas se passe dans un semi-silence, écrasé sous les bruits de conversation de la cafétéria. L'année dernière, elle n'était pas à l'Institut, mais Merlin seul sait ce qu'elle faisait. Elle ne nous en parle pas. Au fait, elle ne nous parle pas de grand-chose. Abby Llewelyn est comme un coquillage fermé, scellé, cachant tous ses secrets sous une coquille d'acier. Peut-être y a-t-il une perle sous cette coque à l'aspect robuste ?
Malgré toutes les interrogations qu'elle fait naître en moi, l'étudiante en médicomagie reste une personne que j'apprécie. Elle est amicale, gentille, patiente. Jamais elle ne proteste, jamais elle ne s'emporte, jamais elle ne se montre méchante. Sa compagnie est agréable. Elle est souriante, réfléchie, et sa présence est généralement le garanti d'un calme et d'une stabilité bienvenus. Nous avons également quelques points communs. Toutes les deux, nous sommes filles uniques et avons déménagé à Godric's Hollow après avoir grandi dans la campagne. Nous sommes assez sensibles, et préférons l'hiver à l'été. Nous aimons le silence et les grands espaces. Et puis, Merlin en est témoin, nous sommes toutes deux assez compétentes dans l'art de supporter Ondine et ses regards durs comme de la roche.
Pourtant, j'aimerais en savoir plus sur elle. Je suis certaine qu'Abby est une personne intéressante, bien qu'elle se cache derrière sa timidité comme si c'était son armure. Parfois, je l'observe quand elle me pense occupée. Ses gestes sont précis, adroits, soignés. L'ancienne Jaune range toujours tout derrière elle. Elle ne laisse pas de traces, ni de saleté. Vivre avec elle est simple. Elle sait respecter les règles et les besoins des autres et semble retenir de nombreux petits détails sur ceux qu'elle connaît. Abby sait qu'Ondine oublie son poisson rouge quand elle rentre tard, alors c'est la blonde qui s'occupe de celui-ci et lui donne à manger. Abby ouvre toujours un peu la fenêtre le soir avant que nous n'arrivions pour que la chambre soit assez fraîche. Abby prend soin des autres tout en restant à distance. Elle est de ceux qu'on a tendance à oublier, mais sans qui le monde serait bien différent.
Il me tarde de découvrir la lumière qu'elle cache sous sa coquille.
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Notre antre et nous
Ondine pousse la porte de notre chambre sans délicatesse. Après avoir passé plusieurs heures à travailler nos cours dans une salle d'étude, la fatigue s'est imposée à nos esprits comme un nuage gris dans un ciel clair. Il nous a fallu nous arrêter, non seulement parce que nous avions terminé ce que nous devions faire, mais également parce que nous étions incapables d'aller plus loin pour cette journée. Alors, nous nous sommes décidées à monter dans le dortoir pour y déposer nos affaires et rejoindre Abby.
J'ai la tête pleine de botanique. Des fleurs y poussent, des plantes s'y installent, et mes pensées se font lierre. Malgré la fatigue qui m'accable, je souris. Mes études m'enchantent. Les lundis matin ne sont plus aussi compliqués qu'avant. Ils sont fleuris. Ils annoncent une grande semaine, du travail, certes, mais beaucoup de plaisir. En cette période, il fait encore assez beau pour que l'on puisse se promener dehors. Quand il pleut ou que le vent est trop fort, les serres de l'Institut se retrouvent peuplées d'élèves. C'est agréable. Je commence à me sentir chez moi dans l'enceinte de l'école. Je prends mes repères, je forge mes habitudes, je me fais une place. Et il y a ce sentiment étrangement beau qui croît dans ma poitrine et enfonce ses racines dans mes os, celui d'avoir fait le bon choix en venant dans cette école.
Ondine pose son sac par terre avant de se tourner vers moi. Il y a de la surprise dans son regard, ce qui me déstabilise presque.
« Llewelyn n'est pas là. »
Mes yeux parcourent la pièce. La chaise qui fait face à la table de travail est vide. Abby n'est pas non plus dans son lit, ni dans la chambre de manière générale. Je progresse jusqu'à la salle de bain et pousse la porte délicatement. Aucun son, aucun bruit. Un regard et l'évidence s'impose : Abby n'est pas là.
C'est surprenant, notre camarade de chambre est toujours dans cette pièce. Ne pas l'y voir a quelque chose de dérangeant. Ce serait comme apercevoir ma mère dans une ville de moldus. Il y a une incohérence, un problème. Une touche de couleur détone sur le tableau. Mes fleurs fanent, se ternissent.
« Peut-être qu'elle nous attend déjà à la cafétéria. »
C'est une supposition à laquelle je ne crois pas. Abby ne prend pas ce genre d'initiative. Le plus vraisemblable serait qu'elle soit avec son amie, Mary, si je me souviens bien. Mais là encore, c'est étonnant. L'étudiante de médicomagie est plus souvent seule qu'accompagnée.
Ondine doit probablement en venir aux mêmes conclusions que moi car, lorsque nos regards se croisent, elle hausse les sourcils et secoue doucement la tête.
« Tu trouves pas qu'elle est bizarre quand même ? » L'ancienne Bleue s'approche de la table de travail, soulève les papiers, ouvre les tiroirs. « Toujours assise ici comme si elle était collée à la chaise. »
Je fronce les sourcils pour marquer ma désapprobation. Ondine est dure avec Abby. Elle ne cherche pas à la comprendre. Elle l'accuse et pose sur elle son regard dégoulinant de jugement sans même connaître sa situation et ce qu'elle ressent. Je la trouve injuste. Abby ne reste pas sur cette chaise pour le plaisir d'y être. Elle a ses raisons. Je sais qu'elle n'aime pas se retrouver au milieu d'une foule. Elle préfère le silence, le calme. N'est-ce pas compréhensible ? Au moins, dans notre chambre, personne ne vient la déranger. Oh, qu'Ondine ne se décide pas un jour à la pousser dans ses retranchements ! Elle peut être si franche et maladroite avec les mots, je ne veux pas qu'elle heurte Abby.
« Oh c'est bon, me regardes pas comme ça ! Tu n'es pas d'accord avec moi ?
— Je te trouve dure avec elle, avoué-je en soupirant. Elle doit avoir ses raisons. »
Les iris d'Ondine se métamorphosent. Ils sont éclaboussés de teintes amusées. À croire qu'elle se moque de moi.
Elle s'appuie sur la table, m'observe en souriant. Le silence se prolonge et le ridicule me frôle les chevilles. Pourquoi Ondine fait-elle cela ? Qu'ai-je dit d'amusant ? Je n'aime pas sa manière de me regarder, cela a quelque chose d'humiliant.
« Me dis pas que tu n'connais pas son petit secret. »
Et son sourire qui revient et qui s'installe, moqueur.
Le secret d'Abby ? Comment puis-je le connaître si c'est un secret ? Les secrets ne sont-ils pas faits pour être conservés, gardés à l'abri ? Celui d'Abby n'appartient qu'à elle. Si elle ne souhaite pas nous le dire, je ne l'y forcerai pas. Mais qu'Ondine le connaisse... Merlin ! J'ai l'impression qu'elle veut me tourner au ridicule ! À moins que Llewelyn lui ait confié. À ma camarade Bleue ? Non, cela m'étonnerait. (Et ma fierté froissée impitoyablement à cause de quelques mots.) Pourtant, qui suis-je pour m'avancer sur ce que je ne connais pas ? Pourquoi Ondine mentirait-elle ? Ce n'est pas dans ses habitudes. Elle préfère frapper avec la vérité que s'abaisser à des mensonges. Néanmoins... Ah ! Par Circé ! À côté de quoi suis-je passée ? Que n'ai-je pas vu ? Pourquoi ne l'ai-je pas vu ? Je passe peut-être pour une idiote, mais en quoi est-ce injustifié si Ondine a remarqué ce que je n'ai pas su voir ?
De mes doutes et de ma honte, je ne montre rien. Je reste droite, les sourcils froncés, le regard devenu dur. Si tu penses tout savoir, Ondine Carrington, qu'est-ce qui t'empêche de le montrer ? Aller ! Fais donc étalage de ce que tu sais, puisque tu en es si fière !
L'ancienne Bleue se met de profil, de manière à m'observer et à ce que je puisse voir ce qu'elle fait. Elle ouvre des tiroirs, soulève des papiers, jusqu'à en sortir quelques-uns après les avoir regardés. Comme s'ils étaient spéciaux.
« Eh bien... Figure-toi qu'Abby Llewelyn n'est pas une scientifique dans l'âme. » Dans un grand mouvement théâtral, elle brandit les feuilles prises sous mes yeux. « C'est une artiste ! »
Sur les papiers, des dessins. Des animaux, des paysages, des personnes. Je reconnais l'Angleterre et Poudlard. Ce sont d'innombrables petits croquis, colorés ou non. Ils sont jolis. Ils sont rapidement suivis de peintures, de dessins à l'aquarelle et de gravures à mesure qu'Ondine s'active dans la chambre. Elle ouvre les tiroirs, plonge ses mains dans les sacs d'Abby, glisse ses doigts dans des coins sombres qu'elle paraît connaître.
« Des petits paysages, des portraits, des animaux, la mer... Elle a tout fait ! » Et Ondine continue, inlassablement. Elle déballe, elle révèle, elle écrase ma réalité avec sa vérité. « Et pendant que nous on travaille, elle fait de jolis petits dessins ! Il y a des gens qui révéraient de faire ses études, et elle, elle s'en fout. Elle ne fait pas d'efforts. Elle dessine ! » Ondine rit, jette les feuilles autour d'elle. Son parfum a un goût amer de colère. « Non mais tu t'en rends compte ? Elle ne nous dit rien ! Elle est là, son cul planté sur la chaise, à faire comme si ! Elle se moque de nous, oui ! »
Je ne sais pas quoi en penser. Je ne suis pas sûre de comprendre. Le silence me ronge la peau. Pourquoi Abby est-elle ici si, au lieu de travailler, elle dessine ? N'a-t-elle pas peur de louper ses études ? Ne s'est-elle pas trompé de voie ? Et pourquoi ne nous avoir rien dit ? Par peur du jugement ? Par vanité ? Je ne comprends pas. Mais comment pouvons-nous lui en parler ? Cela voudrait dire que nous avons fouillé dans ses affaires. Cependant, n'est-ce pas ce qu'Ondine a fait ? Par Circé ! Comment peut-elle me reprocher d'être assez idiote pour ne pas lire les silences d'Abby alors qu'elle a osé mettre son nez dans ses tiroirs ! Je lui en veux à elle aussi, pour cette indiscrétion dont elle a fait preuve, pour ce manque de respect qui la caractérise si bien.
Mon visage tout étonné reprend de sa dureté. Qu'est-ce qu'Ondine espérait ? Que j'allais me ranger de son côté ? la soutenir dans ses propos basés sur des actes déplacés et incorrects ? la féliciter ?
J'attrape les œuvres tombées au sol en fusillant ma camarade du regard. Comment a-t-elle pu faire tout cela ? Abby, si elle agit de cette manière, a probablement ses raisons. Je lui fais confiance. Si elle a besoin de temps, je lui en laisserai. Ses secrets ne devraient pas devenir les nôtres sans son accord. Ondine m'a mêlée à des choses que je ne voulais pas savoir. Elle s'est jouée de moi !
Après avoir attrapé les affaires d'Abby, je les range là où Ondine les avait prises.
« Cela ne t'appartient pas. Tu n'as pas à te mêler de ce qui ne te regarde pas. »
En jetant un coup d'œil à la brune, je remarque que son visage est toujours aussi amusé. Cela ne fait qu'endurcir ma colère.
« Avoue, tu ne t'y attendais pas. Tu ne l'avais pas vu venir, n'est-ce pas ? Elle t'a roulé dans la farine !
— Par Merlin, Ondine ! » Je m'emporte et mon visage rougit. « Aide-moi un peu, c'est ta faute tout cela ! »
Oh ! que je n'aime pas être en colère ! Mais cette fois, c'est mérité ! Pourtant je n'y prends aucun plaisir.
Ondine ne proteste pas davantage. Elle m'aide, tout en conservant son air amusé et son sourire. Je ne pense pas qu'elle regrette, ni qu'elle s'en veuille. Elle ne voit probablement qu'une forme de justice dans tout cela. Mais moi, je n'apprécie pas son geste.
À mesure que nous rangeons, je retourne l'information dans tous les sens. Pourquoi ne nous avoir rien dit ? Pourquoi le cacher ? Pourquoi faire cela à la place de son travail ? Ses œuvres sont jolies. Moi qui ne suis pas très sensible à l'esthétique et à l'art, je retrouve dans ses tableaux des souvenirs. Et en même temps, je n'arrive pas à les comprendre. Je me sens perdue. Que faire ? Garder le silence ? Attendre qu'elle nous en parle ? Ce n'est probablement qu'un loisir qu'Abby fait pour se détendre. N'est-elle pas sujette à l'angoisse ? L'art doit être un moyen pour elle de s'échapper. Alors, nous n'avons pas le droit de la presser avec cela. C'est son secret, son intimité. Nous devons le respecter.
Néanmoins, la surprise ne s'efface pas si facilement de mon esprit. Abby, artiste ! C'est donc à cela qu'elle passe ses heures. Comment ai-je pu le manquer ? Suis-je donc si aveugle ? Pourtant tout était là, sous nos yeux, dans les tiroirs et à nos côtés. Ne lui ai-je pas prêté assez d'attention ? Me juge-t-elle indigne de confiance ?
Oh ! Les révélations d'Ondine réveillent bien des douleurs dans ma poitrine. Je m'en veux d'avoir manqué cette vérité, tout comme j'en veux à Ondine de me l'avoir imposée, et à Abby de nous l'avoir cachée.
Ainsi, c'est dans le silence que mon ancienne camarade Bleue et moi, après avoir rangé la chambre, partons manger. Le dîner, où nous retrouvons Abby qui délaisse son amie pour nous rejoindre, est le plus calme que nous ayons partagé. Aucune de nous ne prit la parole. Nos rêves furent agités.
Quelques jours après, j'ai discuté d'Abby avec Nahele. Il m'a dit qu'il la connaissait bien. Aussi bien que je connais Ondine, en réalité. Ils étaient dans la même classe durant toute leur scolarité. Il m'a appris qu'Abby a toujours aimé l'Art. Au fait, il n'y a que cela qui l'anime. Alors, c'est pour cette raison qu'elle voulait en faire un métier. Nahele m'a avoué qu'il avait été très surpris de la voir en médicomagie cette année. Il m'a dit qu'à la sortie de Poudlard, Abby était partie faire des études artistiques. Il m'a assuré qu'il en était certain. Je l'ai cru.
Et je me suis sentie idiote.
J'ai la tête pleine de botanique. Des fleurs y poussent, des plantes s'y installent, et mes pensées se font lierre. Malgré la fatigue qui m'accable, je souris. Mes études m'enchantent. Les lundis matin ne sont plus aussi compliqués qu'avant. Ils sont fleuris. Ils annoncent une grande semaine, du travail, certes, mais beaucoup de plaisir. En cette période, il fait encore assez beau pour que l'on puisse se promener dehors. Quand il pleut ou que le vent est trop fort, les serres de l'Institut se retrouvent peuplées d'élèves. C'est agréable. Je commence à me sentir chez moi dans l'enceinte de l'école. Je prends mes repères, je forge mes habitudes, je me fais une place. Et il y a ce sentiment étrangement beau qui croît dans ma poitrine et enfonce ses racines dans mes os, celui d'avoir fait le bon choix en venant dans cette école.
Ondine pose son sac par terre avant de se tourner vers moi. Il y a de la surprise dans son regard, ce qui me déstabilise presque.
« Llewelyn n'est pas là. »
Mes yeux parcourent la pièce. La chaise qui fait face à la table de travail est vide. Abby n'est pas non plus dans son lit, ni dans la chambre de manière générale. Je progresse jusqu'à la salle de bain et pousse la porte délicatement. Aucun son, aucun bruit. Un regard et l'évidence s'impose : Abby n'est pas là.
C'est surprenant, notre camarade de chambre est toujours dans cette pièce. Ne pas l'y voir a quelque chose de dérangeant. Ce serait comme apercevoir ma mère dans une ville de moldus. Il y a une incohérence, un problème. Une touche de couleur détone sur le tableau. Mes fleurs fanent, se ternissent.
« Peut-être qu'elle nous attend déjà à la cafétéria. »
C'est une supposition à laquelle je ne crois pas. Abby ne prend pas ce genre d'initiative. Le plus vraisemblable serait qu'elle soit avec son amie, Mary, si je me souviens bien. Mais là encore, c'est étonnant. L'étudiante de médicomagie est plus souvent seule qu'accompagnée.
Ondine doit probablement en venir aux mêmes conclusions que moi car, lorsque nos regards se croisent, elle hausse les sourcils et secoue doucement la tête.
« Tu trouves pas qu'elle est bizarre quand même ? » L'ancienne Bleue s'approche de la table de travail, soulève les papiers, ouvre les tiroirs. « Toujours assise ici comme si elle était collée à la chaise. »
Je fronce les sourcils pour marquer ma désapprobation. Ondine est dure avec Abby. Elle ne cherche pas à la comprendre. Elle l'accuse et pose sur elle son regard dégoulinant de jugement sans même connaître sa situation et ce qu'elle ressent. Je la trouve injuste. Abby ne reste pas sur cette chaise pour le plaisir d'y être. Elle a ses raisons. Je sais qu'elle n'aime pas se retrouver au milieu d'une foule. Elle préfère le silence, le calme. N'est-ce pas compréhensible ? Au moins, dans notre chambre, personne ne vient la déranger. Oh, qu'Ondine ne se décide pas un jour à la pousser dans ses retranchements ! Elle peut être si franche et maladroite avec les mots, je ne veux pas qu'elle heurte Abby.
« Oh c'est bon, me regardes pas comme ça ! Tu n'es pas d'accord avec moi ?
— Je te trouve dure avec elle, avoué-je en soupirant. Elle doit avoir ses raisons. »
Les iris d'Ondine se métamorphosent. Ils sont éclaboussés de teintes amusées. À croire qu'elle se moque de moi.
Elle s'appuie sur la table, m'observe en souriant. Le silence se prolonge et le ridicule me frôle les chevilles. Pourquoi Ondine fait-elle cela ? Qu'ai-je dit d'amusant ? Je n'aime pas sa manière de me regarder, cela a quelque chose d'humiliant.
« Me dis pas que tu n'connais pas son petit secret. »
Et son sourire qui revient et qui s'installe, moqueur.
Le secret d'Abby ? Comment puis-je le connaître si c'est un secret ? Les secrets ne sont-ils pas faits pour être conservés, gardés à l'abri ? Celui d'Abby n'appartient qu'à elle. Si elle ne souhaite pas nous le dire, je ne l'y forcerai pas. Mais qu'Ondine le connaisse... Merlin ! J'ai l'impression qu'elle veut me tourner au ridicule ! À moins que Llewelyn lui ait confié. À ma camarade Bleue ? Non, cela m'étonnerait. (Et ma fierté froissée impitoyablement à cause de quelques mots.) Pourtant, qui suis-je pour m'avancer sur ce que je ne connais pas ? Pourquoi Ondine mentirait-elle ? Ce n'est pas dans ses habitudes. Elle préfère frapper avec la vérité que s'abaisser à des mensonges. Néanmoins... Ah ! Par Circé ! À côté de quoi suis-je passée ? Que n'ai-je pas vu ? Pourquoi ne l'ai-je pas vu ? Je passe peut-être pour une idiote, mais en quoi est-ce injustifié si Ondine a remarqué ce que je n'ai pas su voir ?
De mes doutes et de ma honte, je ne montre rien. Je reste droite, les sourcils froncés, le regard devenu dur. Si tu penses tout savoir, Ondine Carrington, qu'est-ce qui t'empêche de le montrer ? Aller ! Fais donc étalage de ce que tu sais, puisque tu en es si fière !
L'ancienne Bleue se met de profil, de manière à m'observer et à ce que je puisse voir ce qu'elle fait. Elle ouvre des tiroirs, soulève des papiers, jusqu'à en sortir quelques-uns après les avoir regardés. Comme s'ils étaient spéciaux.
« Eh bien... Figure-toi qu'Abby Llewelyn n'est pas une scientifique dans l'âme. » Dans un grand mouvement théâtral, elle brandit les feuilles prises sous mes yeux. « C'est une artiste ! »
Sur les papiers, des dessins. Des animaux, des paysages, des personnes. Je reconnais l'Angleterre et Poudlard. Ce sont d'innombrables petits croquis, colorés ou non. Ils sont jolis. Ils sont rapidement suivis de peintures, de dessins à l'aquarelle et de gravures à mesure qu'Ondine s'active dans la chambre. Elle ouvre les tiroirs, plonge ses mains dans les sacs d'Abby, glisse ses doigts dans des coins sombres qu'elle paraît connaître.
« Des petits paysages, des portraits, des animaux, la mer... Elle a tout fait ! » Et Ondine continue, inlassablement. Elle déballe, elle révèle, elle écrase ma réalité avec sa vérité. « Et pendant que nous on travaille, elle fait de jolis petits dessins ! Il y a des gens qui révéraient de faire ses études, et elle, elle s'en fout. Elle ne fait pas d'efforts. Elle dessine ! » Ondine rit, jette les feuilles autour d'elle. Son parfum a un goût amer de colère. « Non mais tu t'en rends compte ? Elle ne nous dit rien ! Elle est là, son cul planté sur la chaise, à faire comme si ! Elle se moque de nous, oui ! »
Je ne sais pas quoi en penser. Je ne suis pas sûre de comprendre. Le silence me ronge la peau. Pourquoi Abby est-elle ici si, au lieu de travailler, elle dessine ? N'a-t-elle pas peur de louper ses études ? Ne s'est-elle pas trompé de voie ? Et pourquoi ne nous avoir rien dit ? Par peur du jugement ? Par vanité ? Je ne comprends pas. Mais comment pouvons-nous lui en parler ? Cela voudrait dire que nous avons fouillé dans ses affaires. Cependant, n'est-ce pas ce qu'Ondine a fait ? Par Circé ! Comment peut-elle me reprocher d'être assez idiote pour ne pas lire les silences d'Abby alors qu'elle a osé mettre son nez dans ses tiroirs ! Je lui en veux à elle aussi, pour cette indiscrétion dont elle a fait preuve, pour ce manque de respect qui la caractérise si bien.
Mon visage tout étonné reprend de sa dureté. Qu'est-ce qu'Ondine espérait ? Que j'allais me ranger de son côté ? la soutenir dans ses propos basés sur des actes déplacés et incorrects ? la féliciter ?
J'attrape les œuvres tombées au sol en fusillant ma camarade du regard. Comment a-t-elle pu faire tout cela ? Abby, si elle agit de cette manière, a probablement ses raisons. Je lui fais confiance. Si elle a besoin de temps, je lui en laisserai. Ses secrets ne devraient pas devenir les nôtres sans son accord. Ondine m'a mêlée à des choses que je ne voulais pas savoir. Elle s'est jouée de moi !
Après avoir attrapé les affaires d'Abby, je les range là où Ondine les avait prises.
« Cela ne t'appartient pas. Tu n'as pas à te mêler de ce qui ne te regarde pas. »
En jetant un coup d'œil à la brune, je remarque que son visage est toujours aussi amusé. Cela ne fait qu'endurcir ma colère.
« Avoue, tu ne t'y attendais pas. Tu ne l'avais pas vu venir, n'est-ce pas ? Elle t'a roulé dans la farine !
— Par Merlin, Ondine ! » Je m'emporte et mon visage rougit. « Aide-moi un peu, c'est ta faute tout cela ! »
Oh ! que je n'aime pas être en colère ! Mais cette fois, c'est mérité ! Pourtant je n'y prends aucun plaisir.
Ondine ne proteste pas davantage. Elle m'aide, tout en conservant son air amusé et son sourire. Je ne pense pas qu'elle regrette, ni qu'elle s'en veuille. Elle ne voit probablement qu'une forme de justice dans tout cela. Mais moi, je n'apprécie pas son geste.
À mesure que nous rangeons, je retourne l'information dans tous les sens. Pourquoi ne nous avoir rien dit ? Pourquoi le cacher ? Pourquoi faire cela à la place de son travail ? Ses œuvres sont jolies. Moi qui ne suis pas très sensible à l'esthétique et à l'art, je retrouve dans ses tableaux des souvenirs. Et en même temps, je n'arrive pas à les comprendre. Je me sens perdue. Que faire ? Garder le silence ? Attendre qu'elle nous en parle ? Ce n'est probablement qu'un loisir qu'Abby fait pour se détendre. N'est-elle pas sujette à l'angoisse ? L'art doit être un moyen pour elle de s'échapper. Alors, nous n'avons pas le droit de la presser avec cela. C'est son secret, son intimité. Nous devons le respecter.
Néanmoins, la surprise ne s'efface pas si facilement de mon esprit. Abby, artiste ! C'est donc à cela qu'elle passe ses heures. Comment ai-je pu le manquer ? Suis-je donc si aveugle ? Pourtant tout était là, sous nos yeux, dans les tiroirs et à nos côtés. Ne lui ai-je pas prêté assez d'attention ? Me juge-t-elle indigne de confiance ?
Oh ! Les révélations d'Ondine réveillent bien des douleurs dans ma poitrine. Je m'en veux d'avoir manqué cette vérité, tout comme j'en veux à Ondine de me l'avoir imposée, et à Abby de nous l'avoir cachée.
Ainsi, c'est dans le silence que mon ancienne camarade Bleue et moi, après avoir rangé la chambre, partons manger. Le dîner, où nous retrouvons Abby qui délaisse son amie pour nous rejoindre, est le plus calme que nous ayons partagé. Aucune de nous ne prit la parole. Nos rêves furent agités.
Quelques jours après, j'ai discuté d'Abby avec Nahele. Il m'a dit qu'il la connaissait bien. Aussi bien que je connais Ondine, en réalité. Ils étaient dans la même classe durant toute leur scolarité. Il m'a appris qu'Abby a toujours aimé l'Art. Au fait, il n'y a que cela qui l'anime. Alors, c'est pour cette raison qu'elle voulait en faire un métier. Nahele m'a avoué qu'il avait été très surpris de la voir en médicomagie cette année. Il m'a dit qu'à la sortie de Poudlard, Abby était partie faire des études artistiques. Il m'a assuré qu'il en était certain. Je l'ai cru.
Et je me suis sentie idiote.
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5. Parle-nous de lui
22 OCTOBRE 2048, SOIR,
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 18 ans,
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 18 ans,
En poussant la porte, je n'arrive pas à dissimuler mon sourire. Les dîners comme ceux-là sont bien trop agréables pour que je puisse cacher le bonheur qu'ils me procurent.
J'ai passé ma soirée à discuter avec Nahele. Nous avons parlé de l'IMSM, de nos professeurs, de Poudlard, des élèves, du passé et du futur. Le temps s'écoule si vite durant des moments comme ceux-là. Les mots deviennent des grains de sable qui tombent et s'effondrent sans qu'on ne les voit s'écrouler dans le sablier. Ils nous font faire le tour du monde, et vident nos crânes des idées encombrantes, des pensées fatigantes, des jours qui s'allongent. Notre conversation a coulé comme un long fleuve, traversant des contrées sauvages et d'autres animées, frôlant les roches et le ciel. Nous avons discuté à propos de mes choix d'unités complémentaires, des voyages AMICO, du Brésil, de Castelobruxo, nous arrêtant sur les langues, le monde, les voyages, les gens. Nahele m'a dit qu'il aurait aimé participer à ce programme d'échanges, que cela lui paraissait très important de conserver ce type de lien avec les écoles étrangères. J'ai aimé lui parler de ce qui m'était arrivé, de ce que j'avais vu, de ce que j'avais appris. L'ancien Poufsouffle m'écoutait, et je me sentais importante. J'étais heureuse, et cela m'a fait du bien.
J'entre et découvre mes deux camarades de chambre. Ondine est allongée dans son lit et Abby travaille sur la table. Leurs regards convergent vers moi, celui de la brune est plein de malice. Elle semble voir sur mon visage quelque chose qui l'amuse, que je ne perçois pas, et que je ne comprends pas. Mes yeux se plissent et mon sourire se fragilise. Je suis tentée d'ouvrir la bouche, mais j'ai la sensation que cela ne servira à rien. L'ancienne Bleue a quelque chose derrière la tête.
Ondine se redresse, pose ses affaires sur le côté et laisse un sourire presque moqueur lui dévorer le visage.
« Ça va Farrow, c'était bien ton repas ? » La perplexité m'éclabousse. Que veut-elle dire par là ? Attend-elle une réponse de ma part ? Pourquoi cette question qui n'en ai pas une ? J'ai bien l'impression qu'il n'y a rien de cordial ou d'intéressé dans son interrogation. Elle ne formule qu'une partie de ce qu'elle a en tête. Dois-je entrer dans son jeu ? Dois-je faire comme si je n'avais pas perçu son ton railleur ?
Elle ne me laisse pas le temps de réagir et poursuit.
« C'est qu't'avais l'air en bien bonne compagnie. »
Oh, c'est donc cela qui l'intéresse, la personne avec qui j'étais. Pourquoi ? Veut-elle me charrier ? Ondine n'a pourtant pas l'habitude de se mêler de ce qui ne la concerne pas. En quoi les personnes avec qui je mange l'intéressent-ils ? Connait-elle Nahele ? S'est-elle imaginé des choses ? Était-elle en colère contre moi, parce que je l'ai laissée seule avec Abby ? Enfin, c'est ridicule ! Elle est grande, si elle ne voulait pas dîner en tête-à -tête avec l'étudiante en médicomagie, elle ne l'aurait pas fait. Aurais-je cependant dû la prévenir ? La culpabilité m'assiège un instant, jusqu'à ce qu'Abby se tourne vers moi après avoir secoué la tête.
« Ne l'écoute pas Alyona, elle est juste jalouse que tu aies d'autres amis.
― Pardon ? » Elle rit. « Jalouse, moi ? Mais qu'est-ce que tu racontes encore, Llewelyn ? »
Elle s'assied et observe Abby comme si elle était idiote. Je n'aime pas son regard, je le sens méchant. A-t-elle été blessée par les paroles de l'ancienne Jaune ? Non, cela m'étonnerait. Ondine ne peut pas être jalouse, je ne suis même pas sûre qu'elle me considère comme une amie.
« C'est pas toi plutôt qui étais déçue qu'elle soit pas là encore une fois ? »
Elle est en colère. Pourquoi ? Est-ce de ma faute ? Mon cœur s'affole. Merlin, je ne pensais pas que cela les dérangerait ! Je ne voulais pas créer de problème, ni souffler sur des braises ! Je ne souhaite pas que la conversation s'envenime, ni qu'Ondine choisisse de blesser volontaire Abby parce que son orgueil l'y exige. Je ne veux pas être le point de départ d'une dispute. Je ne veux pas de leur colère. Je ne veux pas de ces tensions qui font vaciller la lumière.
Abby paraît soufflée par les mots piquant d'Ondine. Elle ouvre la bouche, la referme, secoue la tête. « Je... »
Mes sourcils se froncent. Mon sourire s'est envolé comme un pétale emporté par le vent. Ondine exagère, et je lui en veux. Je ne peux pas la laisser déverser sa colère ici.
« C'est bon Ondine, calme-toi. Je ne pensais pas que cela vous dérangerez. Mais je...
― Non mais c'est bon, comme tu le dis, répond-elle brusquement en me coupant la parole, accompagnant ses mots d'un geste de la main, laisse tomber, j'ai compris, je vais me calmer ailleurs puisque j'vous dérange. »
Elle se lève avant que je ne puisse ajouter quoi que ce soit, attrape une écharpe et son sac et ouvre la porte.
« J'm'en fous d'avec qui tu manges. » lâche-t-elle avant de sortir.
Le silence qui suit son départ est lourd d'incompréhension.
Elle ne pense pas ce qu'elle affirme. Toute sa colère et sa réaction défendent le contraire. Elle est déçue, oui. Jalouse, je ne sais pas. J'ai du mal à l'envisager. Ondine est si... individualiste. Je me suis toujours imaginée que le temps que nous passions ensemble depuis le début de l'année ne pouvait se justifier que par une relation purement professionnelle, comme un échange intellectuel dans notre intérêt à toutes les deux. Pas de sympathie, pas d'amitié. C'est Ondine après tout. Je ne ressemble pas à tous ces Gryffondor et Serpentard avec qui elle passait tant de temps quand nous étions à Poudlard. Nous ne conversons qu'à propos de nos cours. En quoi aurais-je pu deviner que ma présence avait plus d'importance pour elle qu'elle ne le montrait ? Merlin, je ne pensais vraiment pas la blesser en me rapprochant de Nahele ! Devrai-je désormais toujours veiller à lui conserver de l'attention et du temps ? Souhaite-t-elle que je continue à dîner à ses côtés, avec Abby ? Je ne comprends pas. Elle n'est pas claire. Tout est confus dans ce qu'elle transmet. Sait-elle elle-même ce qui est important à ses yeux ?
Ondine est partie si brusquement qu'il me faut quelques secondes pour prendre conscience de son absence. Le temps passe et la porte reste close. Elle ne nous a même pas dit où elle s'en allait, ni quand elle revenait. Elle a été impulsive. Nous ne nous y attendions pas.
Abby paraît triste. Sa bouche tombe, ses iris sont ternes. Elle ne bouge pas, ne réagit pas. Son visage est sombre comme un ciel gris. Quand elle se tourne vers moi, j'aperçois la pluie tomber sur son coeur par la fenêtre de son regard.
Elle chasse rapidement tous ces sentiments d'un clignement de paupières.
« Je suis désolée, murmure-t-elle.
― Pour quoi ? Ce n'est pas de ta faute. »
Elle secoue la tête.
« Je n'aurais pas dû la laisser te dire tout cela au début...
― Je le répète : ce n'est pas de ta faute. Tu ne pouvais pas l'en empêcher. » J'hésite un instant avant de poursuivre. « De toute manière, je crois qu'elle avait besoin de le dire. »
Abby ne répond pas. Elle me sourit timidement, comme si elle était d'accord, avant de se pencher de nouveau sur ses cours.
Je m'assieds sur mon lit sans dire un mot. Ce n'était pas la première fois qu'Ondine et Abby mangeaient sans moi. Pourquoi cette fois-ci, ce fut différent ? Est-ce qu'Ondine avait passé une journée difficile ? Avait-elle besoin d'être en colère ce soir, comme un trop-plein qui déborde ? Je ne sais pas. Je ne le saurai probablement pas. L'ancienne Bleue ne se confie pas, elle se confine, barricade son coeur comme si elle n'avait aucun problème. Pourtant, cela fait du bien parfois, partager ce qui nous peine. Était-ce sa manière à elle de le faire ? Elle ne m'a jamais semblé très à l'aise avec l'expression de ses sentiments.
Quelle soirée étrange. J'en viens presque à regretter d'être restée avec Nahele et d'avoir ri avec lui. Peut-être qu'Ondine avait appris une mauvaise nouvelle, peut-être qu'elle était triste, que la nuit était tombée sur ses pensées sans faire de bruit. Pourtant, tout cela est idiot. Je ne peux pas m'empêcher d'être heureuse parce que d'autres ne le sont pas. Et si le dîner qu'avaient passé ensemble Ondine et Abby avait été agréable ? Que puis-je savoir de ce qui est arrivé en mon absence ? Je demanderai plus tard à Abby si elle sait quelque chose. Cela m'étonnerait tout de même, elle et Ondine sont assez opposées pour ne pas se parler. Elles ne sont pas très proches. Il faut avouer qu'elles sont très différentes. Elles ne partagent qu'une certaine solitude, et beaucoup de silence. La prochaine fois, je mangerai avec elles pour ne pas froisser l'ancienne Bleue.
Je pose mes paumes sur mes paupières. J'ai presque mal à la tête. Merlin, je m'épuise à penser. Il faut que je m'occupe le crâne.
Après avoir poussé un bref soupir, je m'installe plus confortablement sur mon lit et attrape mes cours. Il faut que je révise pour demain. Cela me changera les idées.
Au bout d'un certain temps — une demi-heure, tout au plus —, Abby se tourne brusquement vers moi. Ses traits me poussent à lever la tête. Il y a dans son expression une forme de courage que je ne lui soupçonnais pas, comme si après avoir hésité elle choisissait enfin d'agir.
« Tu sais, je le connais un peu, Nahele Weaver. » Là, le doute revient. Je n'ose pas prononcer le moindre mot. Ondine prend une grande inspiration. « Il te ressemble. Vous avez tous les deux le coeur sur la main. Vous êtes gentils. Je... C'est une bonne chose si vous vous entendez bien. » Un silence. « Enfin, tu vois, on s'en fout d'Ondine. Enfin... non mais... Tu n'es pas obligée de t'adapter à elle. Ça lui passera. Mange avec qui tu veux. »
Elle me regarde un instant avant de se retourner, presque brusquement.
Je ne dis rien, touchée, étonnée par ses paroles pleines de gentillesse. Je ne m'y attendais pas. Sans que je ne le comprenne, j'ai la sensation que cela me soulage de quelque chose, comme si on retirait un poids de mes épaules. Quel poids ? Quelle obligation ? Je ne sais pas.
« Merci. »
J'ai bien du mal à poursuivre mes révisions après toutes ces confidences. Ce soir, j'ai l'impression d'avoir vu sous un nouveau jour mes deux camarades de chambre.
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6. Ces liens qui nous unissent aux autres
26 NOVEMBRE 2048, 20h17,
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
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Alyona, 19 ans,
Le ciel se fait sombre comme le fond d'un pot d'encre, et le froid se glisse dans la chambre. C'est l'hiver qui a frappé à la porte pour heurter nos esprits. Il se croit maître, se sentant fort, mais il est dans mon âme plus discret qu'un nuage. C'est l'ombre qu'il fait qui m'attire, effleurant ma conscience sans l'ébranler.
Abby est assise à la table de travail. Comme chaque soir, elle étudie. L'approche des examens nous rend plus tendues et occupées. Nos pensées ont peu de place pour vagabonder, elles tournent en rond, rebondissent sur les parois de notre crâne, sont frappées par le devoir. Il faut apprendre ceci, il faut apprendre cela. L'étymologie des noms latins des plantes vivaces doit être révisé, et certains points de l'histoire de la botanique magique m'échappent encore. Il faut refuser la procrastination, les divagations et la contemplation, attraper ses réflexions pour les empêcher de s'envoler. Le bateau ne part pas, il est ancré dans le port ; la mer lèche son bois mais ne l'emporte pas ; les marins sont enfermés dans sa cale, cloués au sol ; les vagues les appellent mais la réponse est claire comme ces eaux lointaines et plus évidente que l'état du ciel du lendemain : non, plus tard, pas maintenant. Il faut travailler, courber ses désirs et tentations pour les mettre en cage. (Plus tard, pas maintenant.) Je ronge mon frein en observant l'horizon.
Abby s'arrache aux mots qui se balançaient sous son regard. Surprise et comme invitée à fuir avec elle, je croise ses yeux sombres. Une interrogation flotte dans ces eaux agitées.
« Ce matin, tu portais des lettres à la volière. »
Il faisait froid mais l'air était doux. J'ai dû me dépêcher pour ne pas arriver en retard à mes cours, je n'avais pas prévu cette fleur, sur le bord du chemin, qui m'a appelée en agitant ses pétales de velours. Je me suis égarée et je l'ai regretté.
« Oui, » confirmé-je calmement.
M'a-t-elle observée de notre dortoir ou du haut d'une fenêtre de l'Institut ? Pourquoi ? Qu'a-t-elle pensé ? Que cherchait-elle ? Je la regarde et je m'interroge.
Abby ne dit rien.
« Elles sont parties pour Poudlard. »
Est-elle curieuse ? Voulait-elle simplement connaître la destination de mes courriers ? Souhaitait-elle que j'envoie une lettre pour elle, ou que je joigne une de ses enveloppes aux miennes afin de n'utiliser qu'un hibou pour deux ? Quel était le but de cette première affirmation ? Confirmer qu'elle m'avait bien vue moi ?
L'étudiante en médicomagie hoche la tête et retourne à son travail. Ce n'était donc rien, juste une démangeaison qui l'empêchait de se concentrer. Elle avait besoin d'avoir une réponse et je la lui ai donnée. Les quelques mots que nous avons échangés me laissent surprise, mais ils ne sont rien, et la brise les emportera. Je baisse les yeux vers mes cours pour oublier et m'éloigner de cette parenthèse insoupçonnée.
Pourtant, je me trompe, car rien n'est terminé. La question d'Abby, celle qu'elle n'a pas posée, qui reste entre nous, qui flotte, elle n'a pas reçu de réponse. Elle se tient en suspens, sans un bruit, sans se poser. Et elle s'alourdit à mesure que le temps passe.
« Alors, tu envoies encore des lettres pour Poudlard. Tu y as laissé des amis ? »
Je pense à Renn et à Dawn. Je m'étonne de la curiosité d'Abby que je ne soupçonnais pas. Néanmoins, elle ne me dérange pas. Elle éveille la mienne.
« Oui, affirmé-je, et j'ai aussi envie d'avoir des nouvelles du château, de savoir si certaines choses ont changé.
— Poudlard te manque ?
— Un peu, » avoué-je après quelques hésitations.
Est-ce une mauvaise chose ? N'en ai-je pas le droit ? C'est là que j'ai passé toute mon adolescence, là que la majorité de ma vie s'est écrite. Comment puis-je partir définitivement, sans y revenir, ni par la pensée, ni par les souvenirs, ni par les récits ? J'ai besoin de ce lien qui me relit à moi-même. Il me faut encore un peu de temps avant de tourner la page. Pour le moment, c'est difficile. Cependant, mes échanges avec Dawn et Renn ne s'expliquent pas que par ce motif, ce serait égoïste de m'en servir pour calmer mon âme.
« Et toi ? Cela ne te manque pas ? »
Je lève la tête pour observer Abby. Elle est toujours penchée sur son travail, mais je sais qu'elle ne lit rien, qu'il n'est qu'un prétexte pour garder son regard loin du mien. Que pourrai-je y trouver qu'elle ne veut pas me montrer ?
Je suis troublée par son comportement, et intriguée par ses silences.
« Non, pas vraiment. Enfin, reprend-elle, un peu quand même. »
Je souris. Sur ce point, donc, nous nous entendons.
« Mais c'était il y a longtemps, » conclut-elle en haussant les épaules.
Brutalement, une idée éclot dans mon crâne, et je me dis qu'elle va me parler de son année avant l'Institut. J'ai de l'espoir et de la confiance. Est-ce là qu'elle voulait en venir ? Souhaite-t-elle me confier quelque chose à propos de cette année ? Il faut que je reste calme, que je ne la pousse pas à parler. Elle doit le faire d'elle-même, sans se sentir contrainte. Merlin, que je me sentirais satisfaite si elle me parlait de cela ! Non, non, il ne faut pas que je pense de cette manière, c'est mal. Je dois prendre ce qui vient sans le désirer, sans forcer la branche à se plier ; elle risque de casser. Nahele raconte que l'ancienne Jaune a peut-être fait des études d'art. A-t-il raison ? Est-ce donc pour cela qu'elle peint si bien ? Voulait-elle devenir artiste ? Mais pourquoi ce revirement, ce changement ? Que fait-elle dans cette filière qui lui correspond peu si ce n'est pas là sa passion et ce qui l'anime ?
Je guette sa réaction, attends qu'elle poursuive, qu'enfin elle se confie sur ce qui l'a poussé à se tourner vers moi. Cependant, rien ne vient, et seul le silence me répond.
Alors, je choisis de relancer mon amie sur le sujet.
« Alors, tu n'as plus de contacts à Poudlard ? demandé-je avec l'espoir de trouver quelque chose en secouant les poussières.
— Non. »
Mon enthousiasme fond comme neige au soleil. Un mot. Rien.
« Tes lettres alors, elles ne sont que pour ta famille ? »
Je sais que je vais loin, que je ne devrai pas insister, que ce n'est pas le comportement adapté. Abby n'a aucune obligation à me répondre, à me confier ce qui ne me regarde pas. D'ailleurs, aussitôt ma question posée, je la regrette. Elle n'aurait pas dû franchir mes lèvres, elle est bien trop indiscrète.
Pourtant, l'étudiante aux cheveux de blé ne semble pas dérangée. Elle m'apparaît vaguement mal à l'aise, mais elle ne me fait aucun reproche. Elle n'en a pas besoin, je m'en fais à sa place en voyant ses traits crispés et hésitants. Ma question n'avait pas lieu d'être.
« Non, j'ai encore quelques amis de l'année dernière, me révèle-t-elle. Mais... »
Elle pousse un soupir et se tait.
De nouveau, le trouble me saisit. Voilà qu'elle mentionne cette année passée, et n'ajoute rien ! Pourquoi ? Que s'y est-il passé ? Est-ce un sujet que je dois éviter ? Je ne peux plus poser des questions de cette manière, sans réfléchir, sans me demander si elles ne sont pas une mauvaise idée. Je ne peux pas me permettre de relancer de nouveau Abby sur le sujet, elle a le droit de garder ses secrets, de ne rien vouloir me dire. Cependant, ce « mais » qui a franchi ses lèvres... Merlin ! Que voulait-elle dire ? Pourquoi s'être arrêtée là ? Que tait-elle donc ? Qu'est-ce qui la fait hésiter de cette manière ?
« Il faut que je travaille, je suis loin d'être prête pour les examens à venir. »
Elle me confie cela, à demie tournée vers moi, avec un sourire timide. Pourtant, cela ne me rassure pas. Bien au contraire, j'ai l'impression qu'elle ne me dit pas quelque chose d'important.
Pourquoi ? C'est dans sa manière de se comporter. Elle doute, hésite, avance et fait demi-tour. Je présente quelques mots, elle en saisit certains, puis elle abandonne. Pourquoi ? Le silence suit ses questions. Est-ce de la curiosité ? Est-ce davantage ? Peut-être cherche-t-elle à m'emmener sur un sujet particulier ? Lequel ? Et si nous y sommes, pourquoi ne plus rien ajouter ? Est-ce trop difficile à dire, trop personnel, trop sujet à l'hésitation ? Je crains qu'elle ne cache quelque chose d'important, d'essentiel. Je l'imagine, m'annonçant qu'elle a fui. Qui ? Quoi ? Pourquoi ? Est-ce dangereux ? Son silence est le terreau de mon imagination. Des idées grandissent, des images s'installent. Je la vois, ailleurs, seule, en difficulté. Pourquoi choisit-on d'effectuer des études qui ne nous intéressent pas ? Pour les possibilités ? L'argent ? Pour échapper à une situation ?
Plus je réfléchis et plus je me perds. Mon inquiétude ne m'emmène nulle part. J'hésite sur la marche à suivre, alors je ne fais rien, et mes mots restent bloqués.
« Abby... » parvins-je à dire doucement.
Je ne veux pas l'obliger à me parler, je veux juste qu'elle sache qu'elle peut se confier à moi, qu'elle n'a pas à hésiter.
Ses doigts se nouent, sa bouche se tord. Elle a quitté son travail du regard, pourtant elle fuit toujours mes pupilles.
« Mes parents veulent que je rentre pour Noël, mais je n'en ai pas envie. » Un silence. L'angoisse passe comme une ombre sur son visage. « Si cela se passe mal... Ils m'en voudront, ils seront en colère... Et de toute manière, comment est-ce que cela peut bien se passer ? Je n'y arrive pas, c'est... » D'un geste brusque, elle repousse les feuilles sur la table loin d'elle. « C'est trop difficile ! Cela ne rentre pas ! » Un grand soupir l'agite. « Je n'y arriverai jamais. »
Au début, je ne saisis pas ce dont elle me parle. J'avance à tâtons en escaladant ses mots. Ses parents et elle ne se comprennent pas toujours, il y a de l'ambiguïté dans leur relation. Ils sont en colère parfois. Pourquoi ? Abby est calme, elle ne fait pas de bruit, ne s'énerve pas, est bonne élève, discrète mais travailleuse. Qu'est-ce qui ne va pas chez elle ? Elle n'y arrive pas. À quoi ? Travailler ?
Voilà tout le problème, le nœud, le cœur des choses. Mon amie rencontre des difficultés dans sa filière.
Le visage d'Ondine m'apparaît. Elle rit, se moque de moi, me répète qu'Abby ne fait pas d'efforts, qu'elle n'est pas intéressée par ce qu'elle étudie, qu'elle ne fait que des petits dessins à longueur de journée sans se pencher sur ses cours. Et alors, je me sens perdue. Pourquoi ? Pourquoi cette contradiction ? Abby veut réussir, mais elle n'étudie pas ? A-t-elle du mal à se concentrer ? Est-ce difficile pour elle d'apprendre ses cours ? Cependant, elle est arrivée ici, assez bien classée pour choisir cette filière exigeante. Qu'est-ce qui ne va pas dans ce cas ? Merlin, je ne comprends pas.
« Tu... Je... » Les mots me semblent lointains. Je dois chasser la confusion qui m'assiège avant de parvenir à réfléchir. Ses parents lui en demandent peut-être trop ? « Tu y arriveras Abby, il reste encore du temps tu sais. »
C'est simple, et inefficace. Je ne sais pas user des bons mots. Ils se mélangent et s'emmêlent et s'en vont tous désorganisés.
« Tu verras, cela ira, les examens n'arrivent pas tout de suite. »
L'ancienne Jaune secoue la tête et me sourit avec indulgence. Je vois bien que je ne suis parvenue à rien, que son visage est toujours triste, et ses traits tendus, et ses sourcils froncés par l'anxiété. Néanmoins, je ne peux pas ajouter quoi que ce soit. Les phrases s'effilochent avant de naître, et mon amie retourne la tête vers son travail sans me répondre.
Elle abandonne, et je reste coite, avec la sensation d'avoir échoué. Je ne comprends pas comment l'aider.
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7. Les examens
14 DÉCEMBRE 2048, 6h25,
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
C'est aujourd'hui. J'ai l'âme tout agitée, comme un bateau dans une tempête. L'angoisse me serre le ventre, et je ne cesse de me répéter les mêmes phrases. Ce sont ces dates sur l'histoire de la botanique et ces étymologies qui tournent en rond dans mon crâne. Je suis enfermée avec elles. Elles sont les eaux qui me portent et m'emportent, dans lesquelles je me noie et me perds. J'en ai dans la bouche, contre mes doigts, sur ma peau ; c'est l'air que je respire, les idées que je tisse, les pensées qui m'accablent. Tout est rivé sur ces examens à venir. Ils sont là, sur la scène, dans l'arène, au centre de toute mon attention, et ils brillent de mille feux.
Pourtant, parfois, des éléments se détachent. C'est l'absence d'Abby dans la chambre, Ondine assise en tailleur sur son lit, le poisson qui nage dans son aquarium, le vent qui souffle dehors. J'échappe à mes angoisses pour flotter dans un ailleurs taché d'étoiles et de couleurs. Mon coeur s'apaise et un élément de la chambre m'engloutit. Je demeure égarée quelques secondes, comme à l'arrêt, en dehors de tout. Et puis, l'eau jaillit et je me remets à tourner.
« Nom d'un strangulot ! Je n'arrive pas à croire que c'est aujourd'hui. »
Ondine se prend la tête, enfonçant ses doigts dans ses cheveux. Le parchemin posé sur ses genoux glisse. Une grimace lui dévore le visage.
« Rah ! J'suis pas prête Farrow, confit-elle en secouant la tête, vraiment pas prête. » Elle rit brusquement en rejetant son crâne vers l'arrière. Son visage, offert au plafond, est radieux. « Mais qu'est-ce que j'ai hâte ! C'est tellement exaltant ! »
Tournée vers elle tout en étant assise face au bureau, je souris. Elle m'amuse. Les examens l'inquiètent mais elle les trouve grisants. Elle rit de ses difficultés, se fout de ses lacunes. J'admire sa confiance. Elle aurait pu être chez les Gryffondor, elle n'a peur de rien.
Moi, je ne me sens portée par rien du tout. Malgré mes bons résultats depuis septembre, je doute. Je me balance sur mes incertitudes, trébuche sur mes oublis. Je ne suis pas sûre de tout connaître, de tout comprendre, et encore moins d'être prête. Je crains les sujets, les hésitations, et les questions auxquelles je ne pourrai pas répondre. Pourtant, c'est dans cette eau opaque et impénétrable que je suis contrainte de nager, m'armant de volonté pour traverser le fleuve jusqu'à la rive.
Je secoue la tête face au comportement de la brune, une lueur rieuse dans le regard. Comment peut-elle être ainsi pleine d'énergie et d'enthousiasme face à ce qui nous attend ? Je ne la comprends pas bien.
« Je ne me sens pas plus prête que toi, mais je ne trouve pas cela exaltant. » Ce n'est pas un reproche, plutôt un fait que j'expose, le sourire aux lèvres.
Je me retourne vers la table de travail. Mes parchemins et cours, étalés sur le bureau, m'étouffent dès que je les aperçois. J'ai l'impression qu'ils se jettent sur moi comme les vagues, cherchant à me renverser. Je dois prendre une grande inspiration pour les attraper et faire un tas avec, luttant contre ces pensées qui me répètent que je ne sais pas cela, que je ne retiendrai pas ceci, et cetera. C'est l'angoisse qui se jette à ma gorge.
« Dis Ondine, tu ne voudrais pas me poser des questions sur les dates de l'histoire de la botanique ? demandé-je.
— Oh Merlin... Non. »
Elle tombe en arrière dans son lit, comme brutalement fatiguée par ma question. La surprise me prend de court.
« Pourquoi ? Ondine, s'il—
— Non, non, non ! me coupe-t-elle. Farrow, cela fait une heure que tu es levée, tu ne fais que réviser. J'ai travaillé toute la semaine avec toi, et je te jure que tu connais ton cours, même bien mieux que moi ! »
La frustration me fait froncer les sourcils. Par Circé, elle exagère ! J'ai besoin d'elle. Et si, en refusant de me poser des questions, elle ne m'aidait pas à me rendre compte d'une erreur et à la corriger ? Comment peut-elle me dire non ? Lui en ai-je trop demandé ? Merlin ! C'est bien son genre, cela, critiquer et mettre des limites sans rien savoir. Croit-elle mieux connaître que moi ce que je sais ou ce que je ne sais pas ? Elle aurait pu... je ne sais pas ! se montrer plus bienveillante ?
J'ouvre la bouche et la referme. Elle a dit non ! deux fois !
« Abby était levée plus tôt que moi, ajouté-je, comme une ultime contestation.
— Abby ? Ah ! Cela fait une semaine qu'elle a disparu à cause de son stress.
— Laisse-la tranquille avec tout ça. »
Décidemment, oui, Ondine exagère. Je laisse une moue m'envahir le visage. Abby est angoissée, elle aussi. Qui suis-je pour critiquer cela ? Je la comprends déjà davantage que l'ancienne Bleue. Cependant, il est vrai que l'anxiété d'Abby est plus excessive que la mienne. Il y a peut-être davantage d'enjeux de son côté, notamment à cause de ses parents ; mais cela, Ondine ne peut pas l'entendre. De toute manière, elle ne veut tout simplement rien entendre. Elle ne m'aidera pas, quoi que je dise.
« Alors viens, dis-je en me levant, on fait un tour. Il faut que je sorte d'ici, sinon je vais finir par exploser. »
Elle dira non, je le sais, je le sens. Pourquoi passer du temps avec moi pour rien ? Pourquoi n'aurait-elle pas droit à un peu de tranquillité ? Notre dortoir est en effervescence depuis une semaine. Nous nous marchons dessus avec les examens, enfermées ici toutes les trois le soir, à lire, relire, et parcourir mille fois des yeux nos cours. Nous sommes à bout de nerfs, incapables de rire ou de penser à autre chose. C'est le mois de décembre qui nous secoue sans pitié. Nous n'avons de temps pour rien d'autre. Aujourd'hui, ce n'est que le début de cette semaine haut en couleur qui nous attend.
Elle hésite, jette ses grands yeux sombres sur moi. Et puis, elle se redresse.
« D'accord. »
L'étudiante en botanique se lève et attrape son sac.
J'en reste toute surprise. Avant, Ondine n'aurait jamais dit oui. Partir faire un tour dans l'Institut avec moi, deux heures avant les examens ? Et puis quoi encore ? Elle m'aurait dit « j'ai mieux à faire », ou même « demande à quelqu'un d'autre ». Et pourtant. Qu'est-ce qui a changé chez elle depuis septembre ? Qu'est-ce qui a changé dans notre relation en quelques mois ?
Je ne réfléchis pas davantage et saisis l'occasion. J'attrape mon sac et ma baguette et, suivie de mon amie, je quitte la chambre. Quand j'y reviendrai, ce soir, j'aurai déjà terminé mon premier examen.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
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Notre antre et nous
8. Ensevelie
29 JANVIER 2049,
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
Le mois de janvier, en débutant, nous a emportés.
Je n'ai pas vu les semaines passer. Mon excursion dans la salle de spectacle avec ma grand-mère paternelle m'apparaît remonter à quelques jours. Je me souviens encore de ses regards, du timbre de la voix de Mr. Dermott, des mélodies des musiques qui ont été jouées et de la tenue que je portais. Le temps est passé comme une tempête, nous tirant du sommeil pour nous heurter avec violence.
Les recherches pour mon mémoire ont vite occupé toutes mes pensées. Même Nahele, que je n'ai pas pu voir depuis ce jour de décembre, s'est perdu dans cet éboulement d'obligations et de possibilités. Je fais de mon mieux, mais j'ai l'impression de m'égarer. Je cherche et découvre beaucoup de sujets, de voies et d'aspects qui m'intriguent. Dois-je pour autant toujours m'y intéresser ? J'ai presque la sensation de perdre mon temps, de divaguer, de me noyer dans les possibilités sans me focaliser sur l'essentiel. Pourtant, je le sais, je ne suis qu'au début de mon travail. J'ai le droit de me tromper, d'emprunter de mauvais chemins, de m'écarter de la grande voie principale. Cependant, je n'en demeure pas moins quelque peu... frustrée. J'ai besoin de tout savoir, de tout connaître, de tout explorer.
Alors, mes journées se ressemblent. Je lis beaucoup, passant de nombreuses heures dans la bibliothèque. Je traîne des ouvrages dans mon sac, le matin, le soir, en mangeant. Je ne fais pas grand-chose d'autre que m'intéresser à mon travail. J'ai été renversée par cet éboulement, et je suis coincée sous des débris et des gravas d'idées et de possibles. Je commence à repousser les autres tâches qui me sont proposées. Je ne sors plus, n'ai plus envie d'aller à la plage, je remets à plus tard les rédactions de lettres, je me détourne des clubs et des autres activités. L'Institut s'est vidé d'une grande majorité de ses élèves avec les stages, et le silence a pris place dans les couloirs. Croiser quelqu'un est devenu rare. Nous nous terrons tous dans notre coin, ensevelis sous les devoirs derrière lesquels nous nous cachons. Quelques étudiants proposent des divertissements pour, comme ils disent « se soutenir », mais je n'y vais pas. Je n'en ai pas envie, j'ai mieux à faire. À quoi cela me servirait ? Il y a plus important. Je travaille sur un mémoire, par Merlin ! C'est ma chance d'étudier ce qui me plaît, de dédier toute mon énergie à ce qui me passionne.
Que ce soit le matin, le midi ou le soir, je continue à déjeuner et à dîner avec Ondine et Abby, mais c'est différent. Toutes les trois, nous nous éloignons, nous retranchant derrière des questions banales, purement polies. Ondine travaille beaucoup. Tout comme moi, elle quitte rarement la bibliothèque. En même temps, elle fait de plus en plus d'allers-retours à l'extérieur, là où elle peut trouver des réponses à ses questions. Quand nous ne mangeons qu'à deux, nous échangeons peu, chacune concentrée sur une lecture ou des pensées, le regard ailleurs. Nous ne sommes plus vraiment là. Ensevelies, noyées, renversées. Même le soir, dans notre chambre, le silence s'est installé. Il est le quatrième colocataire de ce petit espace, et nous commençons à nous habituer à sa présence. Je ne sais pas pourquoi nous lui laissons cette place, peut-être parce qu'aucune de nous n'a la volonté de l'y déloger. Nous nous sommes toutes les trois tournées vers des choses plus importantes.
Alors, parfois, le soir, quand je suis seule avec moi-même, je me surprends à être envahie d'angoisse. Comme la marée, mon inquiétude s'élève quand la nuit tombe. Je pense, je pense, je pense ; et toutes les émotions et réflexions que j'ai repoussées dans la journée me reviennent, comme si j'avais besoin d'en être purgée avant de trouver le sommeil. J'ai du mal à m'endormir. Je dors mal. Je commence à avoir quelques insomnies. Je me pose beaucoup de questions. Suis-je sur la bonne voie ? Est-ce que je ne me trompe pas ? Ne suis-je pas en train de perdre mon temps ? Ondine n'a plus ri depuis une semaine. Elle grogne à peine quelques réponses quand je lui parle le midi. Elle fume davantage, m'assurant que cela l'aide à réfléchir. Dois-je m'en inquiéter ? Abby n'a pas eu d'excellents résultats à ses examens. Nous la voyons de moins en moins. Elle ne sourit plus beaucoup. Dois-je m'en inquiéter ? Je me fais sûrement des idées. Je suis trop concentrée sur mon mémoire, qui exige beaucoup de moi, mais qui compte pour mon avenir ; je fais inévitablement moins attention à ce qui m'entoure.
Mais n'est-ce pas une mauvaise chose ? Ne suis-je pas en train de me trouver des excuses ? Et si je me trompais ? Et si je me détournais de moi, de mes principes et de mes valeurs ? Et si je fermais les yeux sur le monde pour être davantage enfermée dans ce mémoire ? Et si mon comportement n'était qu'une solution de facilité pour fuir mes véritables devoirs ― qui sont envers les autres, et non envers moi-même ? Et si j'avais tort d'agir ainsi ? Quand donc me reprendrai-je ?
Je deviens comme mes parents et cela me terrifie. Je fais ce que je déteste tant qu'ils fassent : je m'éloigne de ceux que j'aime pour plonger dans des recherches.
Merlin ! J'observe ma chute sans bouger. Je n'ai que ce travail en tête. C'est si facile de se concentrer dessus et de se détourner du reste. C'est une excuse à toutes mes absences, à toutes ces obligations manquées. Mais pour combien de temps ? Quand me réveillerai-je ? Quel vent pourra me secouer assez fort pour me faire changer de voie ? Pourquoi suis-je incapable de corriger mes erreurs ? Pourquoi, apercevant l'horreur, les fautes, les vices, suis-je incapable de m'en détourner ?
J'avance vers ma déchéance, impuissante, envahie d'angoisse, et avant que la peur ne m'empêche de respirer, le sommeil me frappe par l'arrière.
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9. Sortir de l'hiver et de l'indifférence
1ER FÉVRIER 2049, 21h20
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
CHAMBRE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
Ce soir, j'ai mangé seule. Je n'ai pas trouvé Abby et Ondine et, il est vrai, je suis descendue tard dans la cafétéria. J'ai longtemps travaillé dans les salles d'études, et les heures, en passant, m'ont échappées. Cela m'arrive régulièrement ces temps-ci, d'autant plus qu'au vu du peu d'étudiants dans l'établissement, je me rends moins compte des moments durant lesquels les jeunes adultes quittent les salles pour partir dîner ou déjeuner. Alors, tout est décalé et confus. Mon travail a jeté du désordre dans ma vie.
En entrant dans le couloir dédié au dortoir, j'ai l'esprit occupé et ailleurs. Le repos est un abîme sombre duquel je ne m'approche plus. Je le repousse loin de moi tout en sachant qu'il reviendra, qu'il gagnera. Le sommeil me tire chaque soir dans ses profondeurs alors que je résiste, hurlant à la nuit de se taire. Mais la fatigue a des écailles de serpent. Elle se faufile, assiège, et vainc. Je ne peux rien faire contre elle.
Mes pensées glissent à un rythme régulier, tournées vers l'avenir. Comme l'été dernier, j'ai le regard perdu dans l'horizon. Je vois l'échéance, le travail qu'il me reste, les objectifs à accomplir, les recherches à mener. Le reste est flou, indistinct, inintéressant. Je marche et je pense, et je quitte l'Institut pour entrer dans ce coin de mon crâne recouvert de devoirs et de problèmes à résoudre. Je marmonne presque, des mots se formant sur mes lèvres sans y être poussés au-dehors par ma voix. Ce sont des questions, des hésitations, des points à clarifier. Il est tard et pourtant, la chanson de mon mémoire reste ancrée dans mon crâne, son refrain hantant tout mon être. Il faut avancer. Mais pour aller où ?
Je pousse la porte de ma chambre les sourcils froncés. Derrière, la scène qui m'attend m'étonne et me laisse silencieuse. C'est comme une lumière vive et brusque qui perce le brouillard. Elle m'aveugle et me tire de mes réflexions, me faisant l'effet d'un réveil soudain et presque douloureux.
Ce qui me frappe d'abord, c'est l'odeur. C'est un parfum d'encens, que je sens pour la première fois, qui me surprend, qui prend la place des odeurs habituelles, les dissipant, les écrasant. Ensuite, je découvre mes deux amies, Ondine et Abby, toutes de blanc vêtues, debout dans la pièce, occupées à discuter. J'attrape en entrant les derniers mots échangés, sans les comprendre.
« ... l'ai pour l'instant mise dans la salle de bain. »
En m'entendant franchir la porte, elles se tournent d'un mouvement vers moi, comme soulagées de m'apercevoir. Ondine pousse un soupir et secoue la tête. Je devine les mots qu'elle ne dit pas, étonnée de ne pas les entendre : « T'en as mis du temps, Farrow ! Qu'est-ce que tu faisais ? ». Ils flottent sur son visage mais ne franchissent pas ses lèvres. Alors, mes sourcils restent froncés et ma bouche s'entrouvre. Quelque chose ici n'est pas habituel.
Rien dans cette étrange période n'est habituel.
Je les observe toutes les deux. Pourquoi ce blanc ? Qu'est-ce qui a été mis dans la salle de bain « pour l'instant » ? Me cachent-elles un problème ? Je suis tentée de questionner, chercher, essayer de comprendre, mais mon mémoire me rattrape brusquement. C'est sa chanson qui revient et m'emporte avec son refrain. J'ai autre chose à faire que jeter une lumière dans les ombres que mes camarades couvrent. De plus, elles préféreraient probablement que je ne me mêle pas de tout cela, ce qui me convient car je n'en ai pas le temps.
Alors, je me force à sourire, lançant un « Bonsoir. » cordial.
Qu'elles reprennent donc leur discussion, je ne veux pas les déranger.
J'entre, ferme la porte, pose ma cape et avance vers mon lit. Abby et Ondine ne disent rien. Je ne leur jette aucun regard. Néanmoins, je sens les yeux accusateurs de l'ancienne Bleue posés sur moi. Que me reproche-t-elle ? Mon silence ? Ma fatigue ? Elle connaît pourtant mon quotidien de ces dernières semaines et le travail qui m'accable, elle plus que quiconque. Je n'ai pas assez de courage pour réagir à son comportement. Il faut que j'étudie.
Je pose mon sac sur mon lit pour l'ouvrir. Dehors, le ciel est aussi sombre que mon visage.
« Alyona Farrow. »
D'un geste de sa baguette, elle referme mon sac, me poussant à tourner brusquement la tête vers elle. Qu'y a-t-il ? Que veut-elle ? Que lui prend-elle ?
« Aujourd'hui, changement de programme. »
Je hausse un sourcil et souris. Je la reconnais bien là, dans ces manières soudaines et franches. Mais pourquoi est-ce que cela m'amuse ? Pourquoi cette douceur près de mon cœur ? N'ai-je pas du travail ? des obligations ? des contraintes ? Je dois repousser le plaisir et me faire violence. C'est dur, mais c'est ce qu'il faut faire.
Pourtant, je reste immobile, attendant la suite, espérant. Quoi ? C'est un espoir muet.
« Ce soir, c'est Imbolc. Autrement dit : pas question que tu travailles. Abby et moi y veillerons. »
Imbolc, Merlin ! J'avais oublié la fête sorcière, peu célébrée par chez moi mais plus courante à Poudlard. Est-ce vraiment aujourd'hui ? Absorbée par mon mémoire, je me décroche du temps. Ai-je le droit de refuser, de dire non, de me trouver une excuse ? Je me mords les lèvres, suspends mes mouvements. Si j'échappe à Imbolc, Abby et Ondine m'en voudront. Me laissent-elles seulement le choix ? Ce n'est pas ce qu'elles présentent. Et si c'était une bonne idée, échapper à mes obligations le temps d'une soirée ?
Mon regard glisse vers mon sac. Mon mémoire, mon travail. Prendrai-je du retard ? C'est un risque. Passerai-je à côté de réflexions intéressantes, d'avancées importantes ? Et si ce soir je faisais des découvertes pour mon étude ? Et si, en lui tournant le dos, je perdais du temps ? Par Circé, l'hésitation me fait tanguer. Pourtant, la proposition d'Ondine m'appelle. J'ai envie de dire oui, d'y croire, d'échapper au reste, de ne plus entendre de chanson dans ma tête, me pressant d'agir, de travailler, d'avancer. Ne puis-je pas m'accorder du repos, moi qui suis si peu présente pour mes deux amies depuis ces dernières semaines ?
Mes iris se détachent de mes affaires. L'inquiétude se glisse comme un serpent dans mon ventre. Ai-je le droit de me reposer ?
« D'accord, concédé-je. Quel est le programme ? »
Un sourire éclaire le visage d'Abby comme un croissant de lune. Ondine a un air réjoui qui fait apparaître des fossettes sur son visage. Elle s'enorgueillit presque de cette réussite.
Mes amies me transpercent de leur regard chaleureux et de leurs lèvres étirées. L'inquiétude me quitte, la satisfaction me gagne. Toute la fatigue qui me pesait sur le corps s'éteint. Je sens comme des fleurs sur ma peau. Une fête ! Pas de travail, pas de regrets, pas de recherches. Le soleil qui m'illumine en se levant dans la chambre. Abby, Ondine et moi, arrachées au reste du monde le temps d'une nuit. Je souris, transportée par une légèreté que j'avais presque oublié.
« D'abord, commence la brune, il faudra que tu te changes, seul le blanc sera accepté ! Ensuite, on fera un ménage, on entretiendra baguettes et talismans, on mangera un gâteau, et on plantera le bulbe qu'Abby a reçu. »
Tout paraît si simple. Je n'ose même pas demander d'où vient de gâteau, ou si nous pourrons seulement faire tout cela en une soirée. Je hoche la tête, tout sourire, entraînée, portée, ne pouvant réfléchir de peur de voir ce songe s'évanouir.
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