Maintenant ou jamais
Il y a un changement brusque dans l'atmosphère. N'étant pas particulièrement sensible au langage corporel des autres et ne connaissant pas suffisamment Alyona Farrow, je n'aurais rien deviné si elle n'avait pas si bien froncé les sourcils et si elle ne s'était pas levée. Mais voilà, elle se lève et lorsqu'elle s'approche de moi, toute enrobée de détermination et de ce petit quelque chose sur le visage qui ne peut que signifier "je ne suis pas contente", je comprends qu'il y a un détail qu'elle n'a pas apprécié dans ce que je viens de dire et qu'elle n'a pas l'intention de le laisser passer.
Je ne réagis pas quand elle se lève et pas non plus quand elle prend la parole. Tête abandonnée sur mon pilier, jambes allongée sur le muret, ma main ne glisse même pas sur la pierre dans l'inutile tentative de mettre un peu plus de distance entre elle et moi — je n'ai aucune envie d'être trop proche d'une personne en colère. Non, je ne bouge pas, je ne réagis pas, je ne lève même pas un sourcil étonné, perplexe, moqueur ou sarcastique. Aucune réaction. Il n'y a guère que mon menton pour se dresser un peu plus sévèrement ; soit pour affronter cette colère, soit pour moins avoir l'impression qu'elle me domine par sa taille — ce quelle fait effectivement puisqu'elle est debout et que je ne le suis pas.
Je la ridiculise ? Je me moque d'elle ? Oh, c'est parce qu'elle a cru ça que l'atmosphère s'est transformée, alors, et qu'elle est passée des excuses avec ses yeux tout baissés à cet affrontement direct ! Je me questionne sincèrement : ai-je voulu la ridiculiser ou me moquer d'elle ? Je ne crois pas. Je ne vois guère l'intérêt de me moquer des gens, sauf lorsqu'ils le méritent sincèrement ; cela vaut également pour le fait de les ridiculiser. Farrow se fourvoie complètement à mon propos, j'en ai conscience et elle en a conscience, mais ce n'est pas pour autant que j'ai essayé de me moquer d'elle. Je retourne mes précédentes paroles dans mon esprit, encore et encore, mais j'ai beau le faire, je ne comprends pas pourquoi elle se persuade que j'ai envie de me moquer d'elle.
Alors certes, j'ai envie de la voir m'étaler toute son ignorance, c'est vrai. Car elle ne sait rien de moi. Je voulais seulement savoir à quel point elle ne savait rien. Après tout, dans quelques jours j'aurai quitté Poudlard et je ne reviendrai jamais ici. Je trouvais ça intéressant de destiner ma dernière discussion avec cette moitié d'inconnue autour de sa méconnaissance de ma personne. Peut-être même me serais-je rendue compte qu'elle connaissait de moi des éléments insoupçonnés ! Enfin... J'avoue que je n'y crois guère.
Alyona Farrow, dressée devant moi, attend une réponse à sa question. Se trompe-t-elle ? Je pince les lèvres, brièvement, et prends une légère inspiration avant de lui répondre :
« Oui. »
Je fronce enfin les sourcils. Quand je disais qu'elle ne me comprenait pas, je n'avais pas tort ! Merlin, les gens remettent toujours en question mes affirmations alors que je n'affirme jamais rien au hasard. Pourquoi a-t-elle cette réaction aussi vive ? Elle a vraiment dû être persuadée que je lui voulais quelque chose de négatif. Je ne prends même pas la peine de réfléchir à une façon de lui prouver qu'elle a tort : je me contente de préciser, sans autre but que de répondre à sa question :
« Je ne voulais pas me moquer de toi. Et je trouverais ça assez inutile de faire des efforts pour ridiculiser quelqu'un qui ne m'a jamais rien fait. J'aurais des raisons de vouloir ridiculiser beaucoup de monde, si j'étais du genre à faire ça, mais toi ? En plus de ne pas avoir de mobile, je n'ai aucune envie de perdre mon temps inutilement. »
Je ramène mes jambes contre moi. Grimpent en moi des sentiment bien familiers. Et c'est dommage que je sente pointer la lassitude et l'agacement alors que j'étais si bien à somnoler et à songer à ma directrice dans l'air doux de cette fin de printemps.
Avec un temps de retard, je détourne les yeux. Les traits de mon visage se lissent, mon regard se fait distant. Je ne suis plus certaine d'avoir envie de discuter.
« Je me fiche que tu n'aies pas envie de répondre à ma question, Farrow, » soufflé-je d'une voix détachée.
J'aurais pu rester ainsi, le regard braqué sur la fontaine, et elle aurait sans doute fini par s'en aller. Mais je me souviens d'une phrase qu'elle a prononcée un peu plus tôt, alors j'ouvre de nouveau la bouche. Mon regard suit, va se déposer sur la lande inconnue que constitue pour moi le visage de cette Serdaigle que je n'ai jamais réellement pu observer de près avant aujourd'hui.
« Tu le penses encore ? Que tout ce qu'on dira aujourd'hui restera ici, en arrière, puisqu'après on ne se reverra plus ? »
Je ne réagis pas quand elle se lève et pas non plus quand elle prend la parole. Tête abandonnée sur mon pilier, jambes allongée sur le muret, ma main ne glisse même pas sur la pierre dans l'inutile tentative de mettre un peu plus de distance entre elle et moi — je n'ai aucune envie d'être trop proche d'une personne en colère. Non, je ne bouge pas, je ne réagis pas, je ne lève même pas un sourcil étonné, perplexe, moqueur ou sarcastique. Aucune réaction. Il n'y a guère que mon menton pour se dresser un peu plus sévèrement ; soit pour affronter cette colère, soit pour moins avoir l'impression qu'elle me domine par sa taille — ce quelle fait effectivement puisqu'elle est debout et que je ne le suis pas.
Je la ridiculise ? Je me moque d'elle ? Oh, c'est parce qu'elle a cru ça que l'atmosphère s'est transformée, alors, et qu'elle est passée des excuses avec ses yeux tout baissés à cet affrontement direct ! Je me questionne sincèrement : ai-je voulu la ridiculiser ou me moquer d'elle ? Je ne crois pas. Je ne vois guère l'intérêt de me moquer des gens, sauf lorsqu'ils le méritent sincèrement ; cela vaut également pour le fait de les ridiculiser. Farrow se fourvoie complètement à mon propos, j'en ai conscience et elle en a conscience, mais ce n'est pas pour autant que j'ai essayé de me moquer d'elle. Je retourne mes précédentes paroles dans mon esprit, encore et encore, mais j'ai beau le faire, je ne comprends pas pourquoi elle se persuade que j'ai envie de me moquer d'elle.
Alors certes, j'ai envie de la voir m'étaler toute son ignorance, c'est vrai. Car elle ne sait rien de moi. Je voulais seulement savoir à quel point elle ne savait rien. Après tout, dans quelques jours j'aurai quitté Poudlard et je ne reviendrai jamais ici. Je trouvais ça intéressant de destiner ma dernière discussion avec cette moitié d'inconnue autour de sa méconnaissance de ma personne. Peut-être même me serais-je rendue compte qu'elle connaissait de moi des éléments insoupçonnés ! Enfin... J'avoue que je n'y crois guère.
Alyona Farrow, dressée devant moi, attend une réponse à sa question. Se trompe-t-elle ? Je pince les lèvres, brièvement, et prends une légère inspiration avant de lui répondre :
« Oui. »
Je fronce enfin les sourcils. Quand je disais qu'elle ne me comprenait pas, je n'avais pas tort ! Merlin, les gens remettent toujours en question mes affirmations alors que je n'affirme jamais rien au hasard. Pourquoi a-t-elle cette réaction aussi vive ? Elle a vraiment dû être persuadée que je lui voulais quelque chose de négatif. Je ne prends même pas la peine de réfléchir à une façon de lui prouver qu'elle a tort : je me contente de préciser, sans autre but que de répondre à sa question :
« Je ne voulais pas me moquer de toi. Et je trouverais ça assez inutile de faire des efforts pour ridiculiser quelqu'un qui ne m'a jamais rien fait. J'aurais des raisons de vouloir ridiculiser beaucoup de monde, si j'étais du genre à faire ça, mais toi ? En plus de ne pas avoir de mobile, je n'ai aucune envie de perdre mon temps inutilement. »
Je ramène mes jambes contre moi. Grimpent en moi des sentiment bien familiers. Et c'est dommage que je sente pointer la lassitude et l'agacement alors que j'étais si bien à somnoler et à songer à ma directrice dans l'air doux de cette fin de printemps.
Avec un temps de retard, je détourne les yeux. Les traits de mon visage se lissent, mon regard se fait distant. Je ne suis plus certaine d'avoir envie de discuter.
« Je me fiche que tu n'aies pas envie de répondre à ma question, Farrow, » soufflé-je d'une voix détachée.
J'aurais pu rester ainsi, le regard braqué sur la fontaine, et elle aurait sans doute fini par s'en aller. Mais je me souviens d'une phrase qu'elle a prononcée un peu plus tôt, alors j'ouvre de nouveau la bouche. Mon regard suit, va se déposer sur la lande inconnue que constitue pour moi le visage de cette Serdaigle que je n'ai jamais réellement pu observer de près avant aujourd'hui.
« Tu le penses encore ? Que tout ce qu'on dira aujourd'hui restera ici, en arrière, puisqu'après on ne se reverra plus ? »
Maintenant ou jamais
Je cligne des yeux, incrédule. « Oui » ? C'est donc là son unique réponse ? Oui, je me trompe ? Décidément. Mais à quoi d'autre pouvais-je m'attendre ? Bristyle, se tromper ? Bristyle, avouer que... Merlin ! Je sens qu'elle m'agace, encore. Mes sourcils manquent de se froncer, mais je me retiens. Je ne dois pas entrer dans son petit jeu. Elle veut que je m'énerve ; elle veut que je constate qu'elle garde son calme et qu'elle n'est pas en tort, alors que moi je ne sais rien et je ne parviens pas à retenir l'agacement qu'elle m'inspire ; elle veut me montrer à quel point je ne suis rien, et se moquer de moi. Je ne lui donnerai pas cette satisfaction. Oh non, Merlin ! Je ne la laisserai pas m'énerver ou s'attaquer à ma fierté ! Je serai calme comme ces racines ancrées dans la terre depuis des centaines d'années. Mon souffle ne sera pas brûlant, mais froid comme celui qui chante au sommet des montagnes. Mon regard ne sera pas d'acier, mais clair comme les reflets qui brillent sur un étang. Mon visage ne sera pas crispé, mais serein comme celui de ceux qui ne redoutent plus leurs cauchemars. Je serai calme, et Aelle Bristyle n'aura pas ce qu'elle cherche.
Mon souffle s'apaise et les battements de mon coeur se font plus réguliers. Je pense à ma mère, à mes grands-mères, à la force silencieuse qu'elles dégagent. Moi aussi, je peux me montrer forte comme elles.
Je ne comprends pas Aelle Bristyle. Elle ne veut pas se moquer de moi parce que je ne lui ai rien fait et que ce n'est pas son genre ? Mais alors, pourquoi me demander d'avouer mon ignorance ? N'est-ce pas se ridiculiser et jeter sa fierté à terre que d'admettre qu'on ne sait rien de ce qu'on croyait savoir ? N'est-ce pas là reconnaître que ce que je pense est absurde et risible ? Se rend-elle seulement compte que ce serait blessant pour moi d'admettre face à elle que j'ai tort ? Non, Bristyle ne pense pas aux autres. Elle ne veut pas les comprendre, alors elle doit être totalement indifférente à ce qu'ils peuvent ressentir. Pourtant, Merlin sait que si je la forçais à avouer son ignorance et ses torts, elle se sentirait aussi touchée dans sa fierté que moi. Malgré tout cela, elle ne comprend pas. Et moi non plus, je ne la comprends pas. Et je ne suis plus sûre d'en avoir envie.
Il y a ce mot qu'elle répète : « inutile ». Comme si elle était trop haute pour se pencher sur des tâches absurdes. Car, bien que je sois désormais au-dessus d'elle, rien n'a changé. Aelle semble toujours se tenir à distance et élevée, comme si c'était elle qui me regardait de haut. Elle se drape dans un orgueil qui ne fait que rendre plus difficile encore mon objectif de ne pas froncer les sourcils. Bristyle ne perd pas son temps, Bristyle ne fait pas des efforts inutiles, Bristyle sait que j'ai tort. Merlin ! J'ai promis de ne pas m'énerver, de rester calme. Je tiendrai ma promesse et je ne lui ferai pas ce plaisir.
Alors, jusqu'à ce qu'elle ait fini de parler, je serre les dents. Même quand elle m'appelle par mon nom de famille, la voix détachée ; même quand elle m'observe étrangement ; même quand elle évoque de nouveau ce que j'ai dit au début de notre discussion. Je me tais, serre les dents, et ne laisse pas transparaître l'agacement qui perle sous ma peau.
Je laisse couler les secondes, ne serait-ce que pour me focaliser sur ma respiration et la détermination qui s'installe dans mon coeur. Je laisse couler les secondes, et s'introduire le silence. Je réfléchis, je cherche un moyen de comprendre. Je ne peux pas baisser les bras, ni foncer tête baissée dans la brèche pleine de colère que la Poufsouffle a ouverte dans mon âme. Il me faut avant tout prendre le temps de réfléchir.
Enfin, je plie mes genoux pour être à la hauteur de ma camarade. Je ne suis pas venue ici pour être vexée au bout de quelques mots et repartir aussitôt. Aelle n'usera pas ma patience.
« Oui, je le pense encore. »
À ses paroles précédentes, je ne réponds rien. Parce qu'elles m'exaspèrent ? Peut-être. Peut-être aussi parce que je n'ai rien à en dire. Que Bristyle garde ses airs hautains et son assurance, je ne baisserai pas deux fois les yeux, et je ne perdrai pas mon temps à tenter de lui apprendre l'amabilité.
« Tu cherches peut-être à user ma patience, mais tu ne me feras pas changer ce que j'ai dit. »
Je me redresse, bien que cette fois-ci ce ne soit pas pour la regarder de haut. Je pourrai presque trouver la force de sourire si Bristyle ne m'avait pas fatiguée en me mettant en colère.
« Tu n'as probablement pas voulu te moquer de moi, mais c'est l'impression que j'ai eue et c'était blessant. »
Je ne sais même pas pourquoi je lui dis cela. Je me doute qu'elle ne réagira pas comme j'aimerais qu'elle réagisse. Mais que puis-je faire d'autre ? C'est normal pour moi de chercher à lui expliquer. Je me doute que cela ne servira à rien, mais au moins, j'aurais tenté.
Mon souffle s'apaise et les battements de mon coeur se font plus réguliers. Je pense à ma mère, à mes grands-mères, à la force silencieuse qu'elles dégagent. Moi aussi, je peux me montrer forte comme elles.
Je ne comprends pas Aelle Bristyle. Elle ne veut pas se moquer de moi parce que je ne lui ai rien fait et que ce n'est pas son genre ? Mais alors, pourquoi me demander d'avouer mon ignorance ? N'est-ce pas se ridiculiser et jeter sa fierté à terre que d'admettre qu'on ne sait rien de ce qu'on croyait savoir ? N'est-ce pas là reconnaître que ce que je pense est absurde et risible ? Se rend-elle seulement compte que ce serait blessant pour moi d'admettre face à elle que j'ai tort ? Non, Bristyle ne pense pas aux autres. Elle ne veut pas les comprendre, alors elle doit être totalement indifférente à ce qu'ils peuvent ressentir. Pourtant, Merlin sait que si je la forçais à avouer son ignorance et ses torts, elle se sentirait aussi touchée dans sa fierté que moi. Malgré tout cela, elle ne comprend pas. Et moi non plus, je ne la comprends pas. Et je ne suis plus sûre d'en avoir envie.
Il y a ce mot qu'elle répète : « inutile ». Comme si elle était trop haute pour se pencher sur des tâches absurdes. Car, bien que je sois désormais au-dessus d'elle, rien n'a changé. Aelle semble toujours se tenir à distance et élevée, comme si c'était elle qui me regardait de haut. Elle se drape dans un orgueil qui ne fait que rendre plus difficile encore mon objectif de ne pas froncer les sourcils. Bristyle ne perd pas son temps, Bristyle ne fait pas des efforts inutiles, Bristyle sait que j'ai tort. Merlin ! J'ai promis de ne pas m'énerver, de rester calme. Je tiendrai ma promesse et je ne lui ferai pas ce plaisir.
Alors, jusqu'à ce qu'elle ait fini de parler, je serre les dents. Même quand elle m'appelle par mon nom de famille, la voix détachée ; même quand elle m'observe étrangement ; même quand elle évoque de nouveau ce que j'ai dit au début de notre discussion. Je me tais, serre les dents, et ne laisse pas transparaître l'agacement qui perle sous ma peau.
Je laisse couler les secondes, ne serait-ce que pour me focaliser sur ma respiration et la détermination qui s'installe dans mon coeur. Je laisse couler les secondes, et s'introduire le silence. Je réfléchis, je cherche un moyen de comprendre. Je ne peux pas baisser les bras, ni foncer tête baissée dans la brèche pleine de colère que la Poufsouffle a ouverte dans mon âme. Il me faut avant tout prendre le temps de réfléchir.
Enfin, je plie mes genoux pour être à la hauteur de ma camarade. Je ne suis pas venue ici pour être vexée au bout de quelques mots et repartir aussitôt. Aelle n'usera pas ma patience.
« Oui, je le pense encore. »
À ses paroles précédentes, je ne réponds rien. Parce qu'elles m'exaspèrent ? Peut-être. Peut-être aussi parce que je n'ai rien à en dire. Que Bristyle garde ses airs hautains et son assurance, je ne baisserai pas deux fois les yeux, et je ne perdrai pas mon temps à tenter de lui apprendre l'amabilité.
« Tu cherches peut-être à user ma patience, mais tu ne me feras pas changer ce que j'ai dit. »
Je me redresse, bien que cette fois-ci ce ne soit pas pour la regarder de haut. Je pourrai presque trouver la force de sourire si Bristyle ne m'avait pas fatiguée en me mettant en colère.
« Tu n'as probablement pas voulu te moquer de moi, mais c'est l'impression que j'ai eue et c'était blessant. »
Je ne sais même pas pourquoi je lui dis cela. Je me doute qu'elle ne réagira pas comme j'aimerais qu'elle réagisse. Mais que puis-je faire d'autre ? C'est normal pour moi de chercher à lui expliquer. Je me doute que cela ne servira à rien, mais au moins, j'aurais tenté.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Maintenant ou jamais
Elle a l'air de s'être calmée, c'est bien. Je n'avais absolument pas envie de supporter son agacement aujourd'hui. Mes intérêts sont à des miles d'ici, devoir me défendre contre une autre personne, quel ennui ! Mais Alyona Farrow semble passer des excuses contrites à la colère et de la colère à l'apaisement avec une simplicité enfantine. C'est assez perturbant, à vrai dire. Un instant plus tôt elle s'approchait de moi et je craignais qu'elle s'énerve davantage et voilà qu'elle me présence un visage tout lisse, presque apaisé. Je me rends compte, lorsqu'elle s'accroupit pour se mettre à ma hauteur et que mes yeux la suivent naturellement, que je ne la comprends pas. Ce qui est problématique parce qu'elle semble déterminée à m'imposer sa présence. Je me fiche de ne pas la comprendre, mais être dans le flou alors qu'elle est juste en face de moi et qu'elle n'a pas l'air de vouloir partir, cela me dérange.
Elle pense encore que la discussion — assez désagréable — que nous sommes en train d'avoir restera ici, dans ce château que nous allons quitter. Et bien soit elle est idiote, soit elle se voile la face. Farrow n'est pas une idiote, du moins au sens académique du terme. Mais elle se voile la face. C'est assez affligeant. Elle doit bien savoir, autant que je le sais, que si Merlin nous force à nous recroiser en-dehors, la première chose à laquelle nous penserons sera cette discussion et ce simulacre de dispute que nous avons, non ? À vrai dire, la seule à se disputer, c'est elle. Je ne ressens pas de colère. Seulement une sorte de lassitude. Elle n'en a pas conscience mais la discussion que nous sommes en train d'avoir ressemble énormément à celles que j'ai eu à de nombreuses reprises par le passé. Avec ma famille ou mes camarades. Toutes les personnes qui m'ont déjà côtoyé m'ont fait subir ce genre de conversation. Et après on s'étonne que je préfère rester seule ?
Un sourcil se dresse sur mon front. Mi-sarcastique, mi-moqueur ; alors comme ça, je cherche à user sa patience ? Et bien voilà, nous arrivons enfin à un début de réponse à la question qui a réveillé ses humeurs : elle pense de moi que je suis ce genre de personne qui va perdre son temps à vouloir user la patience des autres. Merlin, ce serait presque vexant ; elle me pense aussi fade et ennuyante que tous les autres ? N'a-t-elle rien appris de ces sept années à nous côtoyer ?
Et voilà, le couperet tombe. La grande vérité ! L'affirmation qui vient valider toutes mes certitudes : Alyona Farrow a été blessée par Aelle Bristyle. Encore une victime de plus de la terrible Poufsouffle qui ne fait décidément pas honneur à sa maison. Si j'étais du genre à gaspiller mes sourires, j'aurais ri. Mais je ne cherche pas plus à les gaspiller qu'à user la patience d'une fille dont je me fiche éperdument.
J'arrache mon dos du mur. Mes jambes glissent, une de chaque côté du muret. Je pose mes mains à plat sur la pierre, penchée en avant, la nuque pliée pour soutenir le regard de la Serdaigle. Lorsque je prends la parole, c'est d'une voix tout aussi détachée que précédemment, presque trop lisse pour ne pas paraître moqueuse, ce qu'elle n'est pourtant pas.
« Tout le monde finit par penser ça quand on me parle, Farrow. Que je me moque d'eux. Ou que "j'use" leur patience. » Oui, les guillemets peuvent s'entendre dans ma voix. « Et comme toi, ils repartent blessés. J'ai l'habitude et j'ai cessé depuis longtemps, très longtemps d'essayer de les convaincre du contraire. »
Je pense que les autres ont beaucoup trop d'espoir : ils croient que je vais leur accorder suffisamment d'importance pour me moquer, pour user leur patience ou quoi que ce soit d'autre, pour me donner envie de faire l'effort de les faire sortir de leurs gonds ou de gâcher leur journée. Mais en fait, ils sont seulement incapables d'imaginer dans leur petite tête, leur petit esprit étroit, que je me fiche tellement d'eux que jamais je ne gâcherai mon énergie à vouloir leur laisser une impression négative. Farrow est comme tout les autres. Merlin, que c'est ennuyant ! Elle croit que je vais essayer de la convaincre que je ne l'ai pas blessée ? Et bien elle peut se fourrer sa baguette magique dans l’œil.
« Ce n'est pas à moi de panser tes blessures. »
Puis je fais un geste des épaules. Un genre de haussement. Pour montrer que tout cela ne m'atteint pas, ce qui est déjà une réponse beaucoup trop expressive qui pourrait la convaincre effectivement que je ne me moque pas d'elle. C'est déjà énorme, j'aurais pu me contenter de partir sans un mot. Tu vois, je ne suis pas si désagréable. Merlin, les gens sont d'une telle sensibilité.
Oh diantre. Je te jure, je ne pensais pas qu'elle s'enfoncerait autant, mais la dernière phrase... Mais tais-toi Aelle ! J'ai rarement écrit une Aelle aussi elle-même, et aussi naturellement et inconsciemment insupportable. C'est sa nature profonde qui est insupportable, ça ne vient même pas d'un ego blessé pour le coup. Détestable.
Elle pense encore que la discussion — assez désagréable — que nous sommes en train d'avoir restera ici, dans ce château que nous allons quitter. Et bien soit elle est idiote, soit elle se voile la face. Farrow n'est pas une idiote, du moins au sens académique du terme. Mais elle se voile la face. C'est assez affligeant. Elle doit bien savoir, autant que je le sais, que si Merlin nous force à nous recroiser en-dehors, la première chose à laquelle nous penserons sera cette discussion et ce simulacre de dispute que nous avons, non ? À vrai dire, la seule à se disputer, c'est elle. Je ne ressens pas de colère. Seulement une sorte de lassitude. Elle n'en a pas conscience mais la discussion que nous sommes en train d'avoir ressemble énormément à celles que j'ai eu à de nombreuses reprises par le passé. Avec ma famille ou mes camarades. Toutes les personnes qui m'ont déjà côtoyé m'ont fait subir ce genre de conversation. Et après on s'étonne que je préfère rester seule ?
Un sourcil se dresse sur mon front. Mi-sarcastique, mi-moqueur ; alors comme ça, je cherche à user sa patience ? Et bien voilà, nous arrivons enfin à un début de réponse à la question qui a réveillé ses humeurs : elle pense de moi que je suis ce genre de personne qui va perdre son temps à vouloir user la patience des autres. Merlin, ce serait presque vexant ; elle me pense aussi fade et ennuyante que tous les autres ? N'a-t-elle rien appris de ces sept années à nous côtoyer ?
Et voilà, le couperet tombe. La grande vérité ! L'affirmation qui vient valider toutes mes certitudes : Alyona Farrow a été blessée par Aelle Bristyle. Encore une victime de plus de la terrible Poufsouffle qui ne fait décidément pas honneur à sa maison. Si j'étais du genre à gaspiller mes sourires, j'aurais ri. Mais je ne cherche pas plus à les gaspiller qu'à user la patience d'une fille dont je me fiche éperdument.
J'arrache mon dos du mur. Mes jambes glissent, une de chaque côté du muret. Je pose mes mains à plat sur la pierre, penchée en avant, la nuque pliée pour soutenir le regard de la Serdaigle. Lorsque je prends la parole, c'est d'une voix tout aussi détachée que précédemment, presque trop lisse pour ne pas paraître moqueuse, ce qu'elle n'est pourtant pas.
« Tout le monde finit par penser ça quand on me parle, Farrow. Que je me moque d'eux. Ou que "j'use" leur patience. » Oui, les guillemets peuvent s'entendre dans ma voix. « Et comme toi, ils repartent blessés. J'ai l'habitude et j'ai cessé depuis longtemps, très longtemps d'essayer de les convaincre du contraire. »
Je pense que les autres ont beaucoup trop d'espoir : ils croient que je vais leur accorder suffisamment d'importance pour me moquer, pour user leur patience ou quoi que ce soit d'autre, pour me donner envie de faire l'effort de les faire sortir de leurs gonds ou de gâcher leur journée. Mais en fait, ils sont seulement incapables d'imaginer dans leur petite tête, leur petit esprit étroit, que je me fiche tellement d'eux que jamais je ne gâcherai mon énergie à vouloir leur laisser une impression négative. Farrow est comme tout les autres. Merlin, que c'est ennuyant ! Elle croit que je vais essayer de la convaincre que je ne l'ai pas blessée ? Et bien elle peut se fourrer sa baguette magique dans l’œil.
« Ce n'est pas à moi de panser tes blessures. »
Puis je fais un geste des épaules. Un genre de haussement. Pour montrer que tout cela ne m'atteint pas, ce qui est déjà une réponse beaucoup trop expressive qui pourrait la convaincre effectivement que je ne me moque pas d'elle. C'est déjà énorme, j'aurais pu me contenter de partir sans un mot. Tu vois, je ne suis pas si désagréable. Merlin, les gens sont d'une telle sensibilité.
Oh diantre. Je te jure, je ne pensais pas qu'elle s'enfoncerait autant, mais la dernière phrase... Mais tais-toi Aelle ! J'ai rarement écrit une Aelle aussi elle-même, et aussi naturellement et inconsciemment insupportable. C'est sa nature profonde qui est insupportable, ça ne vient même pas d'un ego blessé pour le coup. Détestable.
Maintenant ou jamais
Sans surprise, Aelle Bristyle ne réagit pas comme j'aurais souhaité qu'elle réagisse. Elle ne se remet pas en question. Non, loin de là. Elle reste fidèle à elle-même, avec toute sa franchise indélicate et presque blessante. Pourquoi remettrait-elle en cause ses paroles et ses airs ? Pourquoi s'interrogerait-elle sur sa manière d'être face aux autres ? Ils ne l'intéressent pas. Ils ne la pousseront pas à changer, à se poser des questions, à évoluer de point de vue. Elle ne fera pas d'efforts pour eux. Et cela ne me met même plus en colère. Elle ne veut pas changer, et elle ne changera probablement jamais. Alors, oui, comme elle le dit, tout le monde finira par se sentir blessé par son comportement. Mais comment ne pas l'être ? Bristyle garde son air distant et hautain tout en jetant des mots froids et durs à qui cherche à se montrer aimable avec elle. Comment ne pas prendre personnellement son détachement et ses paroles blessantes ? Personne ne voit le monde comme elle. Les autres, ceux qu'elle ne cherchera jamais à comprendre, ils prennent soin de tourner sept fois leur langue dans leur bouche avant de parler. Pour ne pas faire mal. Parce que les relations humaines restent essentielles et demandent qu'on s'en préoccupe. Aelle Bristyle ne fait pas tout cela parce qu'elle se sent juste assez forte et indépendante pour se croire capable d'évoluer seule, et donc pour ne pas s'intéresser au monde autour. Mais où croit-elle que cela la mènera ? A l'épanouissement ? Au bonheur ? A la réussite ? J'ai bien peur qu'elle se trompe et ne s'en rende compte que trop tard, quand elle sera seule avec ses problèmes et que personne ne voudra lui tendre la main pour l'aider.
Ainsi, après avoir été en colère contre elle, la Jaune m'inspire désormais de la pitié. Cette fois-ci, je ne tente même pas de la retenir ― Aelle ne fait pas d'efforts, pourquoi devrai-je en faire pour cacher ce que je ressens et risquer de blesser sa fierté ? ―, elle coule sur mon visage pour déformer mes traits. C'est une lueur dans mon regard, une moue presque souriante sur mes lèvres, un relâchement de mes sourcils. Aelle risque de le remarquer, mais je n'ai plus le courage de le cacher.
Bristyle blesse les gens autour d'elle ; Bristyle essaye de les convaincre qu'elle ne leur veut rien, mais cela ne fonctionne pas ; Bristyle ne fait pas exprès d'être impolie, abrupte et désagréable. Alors, bien évidemment, le problème, ce n'est pas elle. Se rend-elle parfois compte qu'elle se trompe, que c'est son comportement qui lui attire tous ces désagréments ? Probablement pas. Je doute qu'elle s'en rende compte un jour si elle ne parvient pas à prendre de la distance sur elle-même et à se mettre à la place des autres. Mais comment lui permettre tout cela ? Elle est si ancrée sur ses positions, sur ses certitudes ! Ce n'est pas mon rôle de lui faire ouvrir les yeux sur ses actes, et je n'ai pas l'énergie pour cela. Elle me fait pitié parce qu'avant de se rendre compte que le problème qu'elle a avec les gens vient d'elle, elle ne le voit même pas.
Si j'ai soudainement pour Aelle de la pitié, celle-ci s'accompagne aussi de douceur. J'aimerais pouvoir lui donner mon avis, lui expliquer mon point de vue, ne serait-ce que pour l'aider et lui permettre de comprendre. Cependant, à quoi bon ? Elle ne prendra même pas le temps de m'écouter, peu importe le ton que j'emploie et la patience dont je m'arme, et elle finira par croire que j'ai quelque chose contre elle, ce qui n'est pas du tout le cas. C'est à peine si je lui en veux pour son comportement et ses paroles blessantes. Elle est aussi maladroite qu'Elowen à sa manière, sauf que dans son cas, elle met volontairement ses mains devant ses yeux parce qu'y voir clair ne l'intéresse pas. Comment lui en vouloir ? Comment lui reprocher d'être telle qu'elle est ― insupportable, hautaine, désagréable ― si elle ne le fait même pas exprès et si elle ne s'en rend pas compte ?
Alors, droite comme ces arbres centenaires aux racines ancrées dans le sol, je retiens le soupir qui menace de s'échapper d'entre mes lèvres en me relevant.
« Je n'oserai pas l'exiger de toi. »
Je l'observe, elle et son air détaché, et ses lèvres qui ne sourient jamais, et sa bouche qui ne connaît pas l'excuse. Nous sommes bien différentes. De nous deux, elle croit sûrement que c'est moi l'idiote, mais elle ne voit pas mon indulgence. Elle a les mains devant les yeux.
« Et je ne t'en veux pas. »
Je secoue la tête. J'entends presque la Jaune se demander pourquoi est-ce que je lui en voudrais. Elle ne comprend rien. Cela aurait pu m'amuser si cela ne me rendait pas triste pour elle.
Je me sens résignée. Je n'aime pas l'être, mais cette fois, je ne vois pas d'autres manières d'aborder le problème. Je ne peux rien lui apporter, rien lui révéler, rien lui faire comprendre. Quoi que je fasse, elle me le reprochera et s'en prendra à moi en me blessant, même sans le vouloir. Je n'ai ni l'énergie ni le courage de faire quoi que ce soit de plus pour elle. Je sais que j'y repenserai, et que je m'en voudrai, et que je chercherai une solution, coûte que coûte, parce que je déteste ne pas pouvoir agir. Cependant, dans cette situation, je ne vois pas d'autre réponse. Je ne lui en veux pas et je ne lui reproche pas son comportement, c'est déjà beaucoup.
Alors, si Bristyle n'ajoute rien et ne fait rien, je crois que je m'en irai. Pour la première fois depuis bien des mois, je me surprends à avoir hâte de quitter Poudlard.
Ainsi, après avoir été en colère contre elle, la Jaune m'inspire désormais de la pitié. Cette fois-ci, je ne tente même pas de la retenir ― Aelle ne fait pas d'efforts, pourquoi devrai-je en faire pour cacher ce que je ressens et risquer de blesser sa fierté ? ―, elle coule sur mon visage pour déformer mes traits. C'est une lueur dans mon regard, une moue presque souriante sur mes lèvres, un relâchement de mes sourcils. Aelle risque de le remarquer, mais je n'ai plus le courage de le cacher.
Bristyle blesse les gens autour d'elle ; Bristyle essaye de les convaincre qu'elle ne leur veut rien, mais cela ne fonctionne pas ; Bristyle ne fait pas exprès d'être impolie, abrupte et désagréable. Alors, bien évidemment, le problème, ce n'est pas elle. Se rend-elle parfois compte qu'elle se trompe, que c'est son comportement qui lui attire tous ces désagréments ? Probablement pas. Je doute qu'elle s'en rende compte un jour si elle ne parvient pas à prendre de la distance sur elle-même et à se mettre à la place des autres. Mais comment lui permettre tout cela ? Elle est si ancrée sur ses positions, sur ses certitudes ! Ce n'est pas mon rôle de lui faire ouvrir les yeux sur ses actes, et je n'ai pas l'énergie pour cela. Elle me fait pitié parce qu'avant de se rendre compte que le problème qu'elle a avec les gens vient d'elle, elle ne le voit même pas.
Si j'ai soudainement pour Aelle de la pitié, celle-ci s'accompagne aussi de douceur. J'aimerais pouvoir lui donner mon avis, lui expliquer mon point de vue, ne serait-ce que pour l'aider et lui permettre de comprendre. Cependant, à quoi bon ? Elle ne prendra même pas le temps de m'écouter, peu importe le ton que j'emploie et la patience dont je m'arme, et elle finira par croire que j'ai quelque chose contre elle, ce qui n'est pas du tout le cas. C'est à peine si je lui en veux pour son comportement et ses paroles blessantes. Elle est aussi maladroite qu'Elowen à sa manière, sauf que dans son cas, elle met volontairement ses mains devant ses yeux parce qu'y voir clair ne l'intéresse pas. Comment lui en vouloir ? Comment lui reprocher d'être telle qu'elle est ― insupportable, hautaine, désagréable ― si elle ne le fait même pas exprès et si elle ne s'en rend pas compte ?
Alors, droite comme ces arbres centenaires aux racines ancrées dans le sol, je retiens le soupir qui menace de s'échapper d'entre mes lèvres en me relevant.
« Je n'oserai pas l'exiger de toi. »
Je l'observe, elle et son air détaché, et ses lèvres qui ne sourient jamais, et sa bouche qui ne connaît pas l'excuse. Nous sommes bien différentes. De nous deux, elle croit sûrement que c'est moi l'idiote, mais elle ne voit pas mon indulgence. Elle a les mains devant les yeux.
« Et je ne t'en veux pas. »
Je secoue la tête. J'entends presque la Jaune se demander pourquoi est-ce que je lui en voudrais. Elle ne comprend rien. Cela aurait pu m'amuser si cela ne me rendait pas triste pour elle.
Je me sens résignée. Je n'aime pas l'être, mais cette fois, je ne vois pas d'autres manières d'aborder le problème. Je ne peux rien lui apporter, rien lui révéler, rien lui faire comprendre. Quoi que je fasse, elle me le reprochera et s'en prendra à moi en me blessant, même sans le vouloir. Je n'ai ni l'énergie ni le courage de faire quoi que ce soit de plus pour elle. Je sais que j'y repenserai, et que je m'en voudrai, et que je chercherai une solution, coûte que coûte, parce que je déteste ne pas pouvoir agir. Cependant, dans cette situation, je ne vois pas d'autre réponse. Je ne lui en veux pas et je ne lui reproche pas son comportement, c'est déjà beaucoup.
Alors, si Bristyle n'ajoute rien et ne fait rien, je crois que je m'en irai. Pour la première fois depuis bien des mois, je me surprends à avoir hâte de quitter Poudlard.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Maintenant ou jamais
Il doit certainement se passer beaucoup de choses dans la tête de la Serdaigle parce que son visage lisse se transforme. J'observe sa moue avec intérêt, ses lèvres courbées en un drôle de sourire. Elle ne se détourne pas, elle ne part pas en boudant. Non, elle me regarde avec ce regard-là, ce regard qui me dit que je l'ai encore une fois blessée. Une fois, deux fois, quelle importance ? C'est aussi habituel pour moi que les gens se vexent deux fois plus lorsque je leur dit ce que je viens de dire à Farrow. C'est agaçant. J'ai d'autres choses à faire de ma vie que de réconforter des enfants à la sensibilité blessée : par exemple découvrir le secret de l'Élixir de Longue-vie, continuer mon apprentissage de la magie noire, retrouver une sorcière perdue, créer et contrôler un golem plus grand que moi, réussir à la perfection les sortilèges que je ne réussis pas encore parfaitement, découvrir les secrets de la magie. Des choses importantes, tu comprends Farrow ? Alors non, je ne me préoccupe pas de ta petite blessure.
Elle parle. Ah ! Alors comme ça, elle n'oserait pas l'exiger de moi ? Mais c'est pourtant ce qu'elle vient de faire lorsqu'elle s'est levée et qu'elle s'est dressée devant moi. Elle m'a jeté sa blessure en plein visage et elle a attendu ce que les gens attendent toujours : des excuses, des mots destinés à apaiser ses tourments. Elle a voulu ça de moi. Alors même si elle ne l'a pas exigé, qu'elle ne me fasse pas croire qu'elle s'en fiche que je ne lui donne rien de ce qu'elle désire, je ne la croirais pas.
Et maintenant, elle affirme ne pas m'en vouloir. Mes sourcils se dressent subitement sur mon front et si je ne prononce pas un mot, ils se chargent à la place de ma bouche de faire passer le message : mais encore heureux ! Encore heureux qu'elle ne m'en veuille pas ! Il ne manquerait plus qu'elle reparte avec de la rancœur parce qu'elle a cru, toute seule comme une grande, que je me moquais d'elle — j'estime que c'est ce qu'aurait fait une fille plus jeune et plus immature. Les gens ne comprennent rien à ce qu'on leur raconte et il faudrait en plus que ce soit de ma faute et que l'on m'en veuille ? Merlin, c'est de pire en pire.
Je me laisse de nouveau aller en arrière jusqu'à ce que mon dos touche le muret. Je ne retiens pas le léger soupir qui traverse mes lèvres entrouvertes. J'observe la jeune femme à mes côtés en me demandant ce qu'il va se passer, maintenant. L'incompréhension dans laquelle nous venons de plonger laisse-t-elle la possibilité d'une suite à cette conversation ? À vrai dire, tout serait beaucoup plus simple si elle s'en allait et que je pouvais de nouveau m'allonger sur... Non, je m'en irais, j'irais dans le parc, trouver un coin à l'ombre, un coin reculé. Je m'allongerai dans l'herbe pour laisser voguer mon esprit et ce sera une excellente façon de faire passer la prochaine heure. Je n'ai plus la moindre envie de rester dans ce lieu de passage ; prendre le risque qu'une autre Alyona Farrow vienne me parler pour finalement tout gâcher ? Hors de question.
Je passe ma deuxième jambe par-dessus le muret et me lève à mon tour dans la coursive. J'arrange mes robes autour de moi et passe la main dans mes cheveux pour les remettre en place. Mon regard se vrille à la Serdaigle qui est encore là mais qui n'a rien ajouté de plus, ce que je prends pour une envie aussi marquée que la mienne de retourner vaquer à ses occupations.
« Je t'en veux pas non plus si ça te rassure, » rétorqué-je finalement sans prendre en compte le silence qui vient de s'écouler.
Mieux vaut le préciser : les personnes comme elle ont tendance à croire que je vais leur garder rancœur pendant des années alors qu'elles auront quitté mon esprit dans moins d'une minute.
Je ne disparais pas encore. Je reste à la regarder, dans l'attente qu'elle ouvre la bouche. Après tout, c'est elle qui est venue me parler, non ? Elle est venue s'asseoir ici de son plein gré ; n'est-ce pas parce qu'elle avait une chose bien précise à me dire ?
Elle parle. Ah ! Alors comme ça, elle n'oserait pas l'exiger de moi ? Mais c'est pourtant ce qu'elle vient de faire lorsqu'elle s'est levée et qu'elle s'est dressée devant moi. Elle m'a jeté sa blessure en plein visage et elle a attendu ce que les gens attendent toujours : des excuses, des mots destinés à apaiser ses tourments. Elle a voulu ça de moi. Alors même si elle ne l'a pas exigé, qu'elle ne me fasse pas croire qu'elle s'en fiche que je ne lui donne rien de ce qu'elle désire, je ne la croirais pas.
Et maintenant, elle affirme ne pas m'en vouloir. Mes sourcils se dressent subitement sur mon front et si je ne prononce pas un mot, ils se chargent à la place de ma bouche de faire passer le message : mais encore heureux ! Encore heureux qu'elle ne m'en veuille pas ! Il ne manquerait plus qu'elle reparte avec de la rancœur parce qu'elle a cru, toute seule comme une grande, que je me moquais d'elle — j'estime que c'est ce qu'aurait fait une fille plus jeune et plus immature. Les gens ne comprennent rien à ce qu'on leur raconte et il faudrait en plus que ce soit de ma faute et que l'on m'en veuille ? Merlin, c'est de pire en pire.
Je me laisse de nouveau aller en arrière jusqu'à ce que mon dos touche le muret. Je ne retiens pas le léger soupir qui traverse mes lèvres entrouvertes. J'observe la jeune femme à mes côtés en me demandant ce qu'il va se passer, maintenant. L'incompréhension dans laquelle nous venons de plonger laisse-t-elle la possibilité d'une suite à cette conversation ? À vrai dire, tout serait beaucoup plus simple si elle s'en allait et que je pouvais de nouveau m'allonger sur... Non, je m'en irais, j'irais dans le parc, trouver un coin à l'ombre, un coin reculé. Je m'allongerai dans l'herbe pour laisser voguer mon esprit et ce sera une excellente façon de faire passer la prochaine heure. Je n'ai plus la moindre envie de rester dans ce lieu de passage ; prendre le risque qu'une autre Alyona Farrow vienne me parler pour finalement tout gâcher ? Hors de question.
Je passe ma deuxième jambe par-dessus le muret et me lève à mon tour dans la coursive. J'arrange mes robes autour de moi et passe la main dans mes cheveux pour les remettre en place. Mon regard se vrille à la Serdaigle qui est encore là mais qui n'a rien ajouté de plus, ce que je prends pour une envie aussi marquée que la mienne de retourner vaquer à ses occupations.
« Je t'en veux pas non plus si ça te rassure, » rétorqué-je finalement sans prendre en compte le silence qui vient de s'écouler.
Mieux vaut le préciser : les personnes comme elle ont tendance à croire que je vais leur garder rancœur pendant des années alors qu'elles auront quitté mon esprit dans moins d'une minute.
Je ne disparais pas encore. Je reste à la regarder, dans l'attente qu'elle ouvre la bouche. Après tout, c'est elle qui est venue me parler, non ? Elle est venue s'asseoir ici de son plein gré ; n'est-ce pas parce qu'elle avait une chose bien précise à me dire ?
Maintenant ou jamais
Aelle hausse les sourcils, pousse un soupir et finit par se lever. Il semblerait que cette discussion soit parvenue à l'agacer autant que moi. Mais l'a-t-elle déçue comme je le suis ? Je ne sais pas. Elle n'en attendait probablement rien. Et moi ? Comment puis-je affirmer que je n'en attendais rien ? Je ne suis pas vraiment venue par hasard. Quand j'ai vu la Jaune seule dans ce coin, je me suis dit que ce serait l'occasion de franchir ce statut de camarade qui nous sépare pour trouver quelque chose d'autre. Je me suis dit qu'en ces derniers jours à Poudlard, c'était le moment de discuter avec quelqu'un de ce que nous avions vécu ici, et de partager un moment agréable avant de ne plus se revoir. Que croyais-je ? Aelle Bristyle n'est pas exactement comme je l'imaginais. Je pensais qu'elle serait... différente. J'avais probablement poli l'image que les rumeurs faisaient d'elle pour que celle-ci corresponde davantage à ce que j'aurais aimé qu'elle soit. Alors, de nous deux, je ne peux m'en vouloir qu'à moi. Je n'aurais pas dû venir. J'ai fait une erreur, mais je ne la referai plus. Désormais, l'image que j'ai d'Aelle correspond peut-être mieux à ce qu'elle est vraiment. Si un jour je la revois, je saurais à quoi m'attendre.
Pourtant, sa dernière phrase me surprend tout en me faisant sourire. Elle ne m'en veut pas ? Cache-t-elle donc un peu de sympathie derrière sa façade agaçante ? Je suis peut-être trop dure avec elle. Comment puis-je percevoir tous les contours de Bristyle en une seule conversation ? Il y a quelques années, quand nous nous étions croisées dans le parc, cela n'avait pas été aussi désagréable qu'aujourd'hui. Et que dire de nos examens et cours en commun ? Ma camarade ne m'a jamais semblé antipathique. Alors, pourquoi aujourd'hui tout s'est révélé différent ? Est-ce de ma faute ? Ai-je été trop brusque ? Ai-je prononcé les mauvaises paroles ? Est-ce moi qui me suis montrée maladroite dans ma manière d'être ? Est-ce à moi de m'excuser pour ce qui s'est passé ? Aelle n'était-elle pas satisfaite par sa journée avant que je n'arrive ? Ai-je, par ma venue, provoqué tout cela ? Ou peut-être suis-je simplement encore une fois en train de me poser trop de questions. Peut-être que ce n'était juste pas le bon moment pour nous deux.
Je m'épuise à penser, mais ce qui est fait est fait. Bien que je regrette cette discussion ― qui ressemblait davantage à un différent qu'à un échange cordial ―, je ne peux pas revenir en arrière. Tout ce qui est en mon pouvoir, c'est pardonner à Aelle et me réjouir qu'elle ne m'en veuille pas, et que je ne lui en veuille pas. Nous ne pourrons pas effacer ce qui s'est passé, mais nous pourrons le laisser là et ne plus y repenser.
Ainsi, comme réponse à sa dernière phrase, je me contente de hocher la tête. C'est une manière de la remercier sans la froisser, d'accepter ce qu'elle me dit sans qu'elle ne rétorque encore quelque chose.
Pourtant, il ne me faut que quelques secondes pour revenir sur ma décision de garder le silence et de m'en aller. Si je pense que me retirer demeure la meilleure solution après ce qu'il s'est passé, je ne peux pas quitter la cour sans rien dire. Certes, Aelle ne s'est pas montrée aimable, ni agréable, ni bienveillante. Certes, elle a blessé ma fierté. Certes, elle est trop différente de moi pour que je puisse la comprendre. Cependant, sont-ce des raisons suffisantes pour la laisser là et ne rien ajouter ? Nous sommes dans la même situation : dans quelques jours, nos valises faites, nous quitterons cet endroit pour ne probablement plus jamais y revenir. Nous laisserons ici nos souvenirs et des personnes dont nous nous sommes liées. Nous abandonnerons bientôt ce château pour d'autres horizons encore teintés de mystère. Pour tout cela, je ne peux pas tourner le dos à Aelle sans rien dire.
Alors, après avoir tourné la tête vers la sortie et fais un pas dans sa direction, je fais doucement volte-face.
« Eh Bristyle, j'espère que ce que l'avenir te réservera après Poudlard sera beau. »
Et j'espère que tu comprendras, Aelle, que tu ne peux pas évoluer seule dans le monde, que tu as besoin des autres. Alors, puisses-tu apprendre à t'excuser et à réfléchir à ce que tu dis.
Après cette dernière phrase polie, mon regard quitte le visage de ma camarade pour se glisser sur les murs qui me font face. J'ai encore quelques lieux à aller voir et quelques personnes à qui parler. Je réfléchirai plus tard à tout ce qui s'est passé, quand je serai plus calme.
Pourtant, sa dernière phrase me surprend tout en me faisant sourire. Elle ne m'en veut pas ? Cache-t-elle donc un peu de sympathie derrière sa façade agaçante ? Je suis peut-être trop dure avec elle. Comment puis-je percevoir tous les contours de Bristyle en une seule conversation ? Il y a quelques années, quand nous nous étions croisées dans le parc, cela n'avait pas été aussi désagréable qu'aujourd'hui. Et que dire de nos examens et cours en commun ? Ma camarade ne m'a jamais semblé antipathique. Alors, pourquoi aujourd'hui tout s'est révélé différent ? Est-ce de ma faute ? Ai-je été trop brusque ? Ai-je prononcé les mauvaises paroles ? Est-ce moi qui me suis montrée maladroite dans ma manière d'être ? Est-ce à moi de m'excuser pour ce qui s'est passé ? Aelle n'était-elle pas satisfaite par sa journée avant que je n'arrive ? Ai-je, par ma venue, provoqué tout cela ? Ou peut-être suis-je simplement encore une fois en train de me poser trop de questions. Peut-être que ce n'était juste pas le bon moment pour nous deux.
Je m'épuise à penser, mais ce qui est fait est fait. Bien que je regrette cette discussion ― qui ressemblait davantage à un différent qu'à un échange cordial ―, je ne peux pas revenir en arrière. Tout ce qui est en mon pouvoir, c'est pardonner à Aelle et me réjouir qu'elle ne m'en veuille pas, et que je ne lui en veuille pas. Nous ne pourrons pas effacer ce qui s'est passé, mais nous pourrons le laisser là et ne plus y repenser.
Ainsi, comme réponse à sa dernière phrase, je me contente de hocher la tête. C'est une manière de la remercier sans la froisser, d'accepter ce qu'elle me dit sans qu'elle ne rétorque encore quelque chose.
Pourtant, il ne me faut que quelques secondes pour revenir sur ma décision de garder le silence et de m'en aller. Si je pense que me retirer demeure la meilleure solution après ce qu'il s'est passé, je ne peux pas quitter la cour sans rien dire. Certes, Aelle ne s'est pas montrée aimable, ni agréable, ni bienveillante. Certes, elle a blessé ma fierté. Certes, elle est trop différente de moi pour que je puisse la comprendre. Cependant, sont-ce des raisons suffisantes pour la laisser là et ne rien ajouter ? Nous sommes dans la même situation : dans quelques jours, nos valises faites, nous quitterons cet endroit pour ne probablement plus jamais y revenir. Nous laisserons ici nos souvenirs et des personnes dont nous nous sommes liées. Nous abandonnerons bientôt ce château pour d'autres horizons encore teintés de mystère. Pour tout cela, je ne peux pas tourner le dos à Aelle sans rien dire.
Alors, après avoir tourné la tête vers la sortie et fais un pas dans sa direction, je fais doucement volte-face.
« Eh Bristyle, j'espère que ce que l'avenir te réservera après Poudlard sera beau. »
Et j'espère que tu comprendras, Aelle, que tu ne peux pas évoluer seule dans le monde, que tu as besoin des autres. Alors, puisses-tu apprendre à t'excuser et à réfléchir à ce que tu dis.
Après cette dernière phrase polie, mon regard quitte le visage de ma camarade pour se glisser sur les murs qui me font face. J'ai encore quelques lieux à aller voir et quelques personnes à qui parler. Je réfléchirai plus tard à tout ce qui s'est passé, quand je serai plus calme.
C'est très certainement la fin pour moi. Merci beaucoup pour tout ça ! Cela ne s'est peut-être pas passé comme on l'espérait, mais c'était un plaisir à écrire.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Maintenant ou jamais
Merlin, j'aurais mieux fait de m'en aller. Ce qu'elle me dit n'a aucun caractère urgent et, à mon plus grand malheur, rien d'intéressant. Une simple formule de politesse jetée à la volée avant qu'elle ne fasse demi-tour pour s'en aller. Je la regarde s'éloigner sans ouvrir la bouche, sans lui souhaiter la même chose. Je n'ai aucune intention de répéter les mots fades qu'elle vient de m'offrir. Je secoue la tête lorsqu'elle arrive au bout de la coursive et avant qu'elle ne disparaisse à l'angle du mur, je fais volteface et m'éloigne en direction du pont couvert.
Je ne sais que penser de cette rencontre fugace. Elle me rappelle que quoi qu'il arrive les autres n'arriveront jamais à comprendre comment je fonctionne. Quel ennui de devoir sans cesse me confronter à eux. Est-ce qu'en études supérieures les choses seront plus faciles ? J'en doute fortement. Après tout je risque de rencontrer beaucoup d'anciens étudiants de Poudlard, tout engoncés dans leurs préjugés. Enfin, ce n'est pas important. Quoi qu'elle en pense, le souvenir que je garderai d'Alyona Farrow sera celui-ci : celui d'une personne susceptible. En cela, elle ressemble énormément à ses camarades, elle se fond parfaitement dans la masse.
Le long édifice est vide de tout passage, il s'offre à moi dans sa totalité. Le bruit de mes talons sur le bois rythme mes pas, mais le silence retrouvé est agréable. Derrière les barrières se dessinent les abords escarpés de Poudlard, les arbres sur la rive d'en face, les langues d'herbe secouées par une brise agréable. Je m'arrête un instant pour observer le paysage. Coudes posés sur le corde-corps, tête levée vers le ciel pour voir les plus hautes tours du château cachées dans les nuages.
Ce que l'avenir me réserve après Poudlard sera beau, Farrow, tu n'as pas idée du bonheur qui m'attend. La liberté, déjà, me fait frémir d'impatience ; plus de pensionnat strict, plus de sortie rythmée par le bon vouloir de l'emploi du temps de Pré-au-Lard. L'attente d'une réponse des facultés pour lesquelles j'ai postulé ne me fait même pas peur : je sais que je serai acceptée.
Comme souvent lorsque je pense à l'après, mon coeur rate un battement, puis s'emballe furieusement. J'ai l'impression qu'il s'envole très haut avant de redescendre aussi sec. Dans quelques jours, je serai dehors. Je vais laisser passer les retrouvailles avec ma famille puis je suivrai les coordonnées trouvées sur le tableau de L'Ombre de la mort. Le message était clair, je sais exactement où aller. J'ai passé des heures et des heures à faire les vérifications sur une carte de l'Écosse. Je prendrai le Magicobus, je lui demanderai de m'amener là-bas et alors... Alors...
Parfois, j'essaie de l'imaginer. Vais-je la retrouver dans une maison tout ce qu'il y a de plus banale, à une adresse que j'aurais pu obtenir beaucoup plus facilement si j'avais pu questionner les bonnes personnes ? Quand je me laisse aller à divaguer, j'imagine arriver dans un endroit qui ressemble au Plateau. Un espace perdu sur une île Écossaise avec aucun signe de vie à l'horizon. Il y aurait une petite maison austère que j'aurais eu du mal à trouver parce que le Magicobus ne peut me déposer que sur une route. Évidemment, elle me sentirait arriver car elle aurait bardé sa maison de sortilèges. Je m'imagine avancer, le coeur battant, et soudain la porte s'ouvrirait. Je l'imagine se détacher dans l'encadrement, cette grande, sévère, intimidante femme qui m'a fait passer par tous les états. Après, rien ne me vient jamais. Je suis incapable d'imaginer une suite à cette histoire. Malgré mes efforts, je n'y arrive pas. Je n'ai jamais pu deviner ses réactions alors cela ne me viendra pas soudainement.
Je secoue la tête, revenant à l'instant présent, à l'Écosse et son ciel bleu. Le château imposant m'écrase de toute sa taille. Je laisse mon regard flâner sur les nombreuses fenêtres qui jalonnent les façades avant de le baisser sur le ravin qui s'ouvre sous mes pieds. Je prends une respiration soudaine par le nez et m'arrache à ma contemplation et aussi au garde-corps qui me soutenait. Je reprends mon chemin en direction du parc, le pas plus hâté, le coeur plus rancunier.
Et bien, Aelle, impolie jusqu'au bout, quelle surprise !
C'était un plaisir de pouvoir écrire avec toi, merci beaucoup. Je ne m'attendais pas à une fin comme celle-ci mais au final ce n'est pas étonnant. J'ai hâte de les voir se recroiser dans le grand monde !
Je ne sais que penser de cette rencontre fugace. Elle me rappelle que quoi qu'il arrive les autres n'arriveront jamais à comprendre comment je fonctionne. Quel ennui de devoir sans cesse me confronter à eux. Est-ce qu'en études supérieures les choses seront plus faciles ? J'en doute fortement. Après tout je risque de rencontrer beaucoup d'anciens étudiants de Poudlard, tout engoncés dans leurs préjugés. Enfin, ce n'est pas important. Quoi qu'elle en pense, le souvenir que je garderai d'Alyona Farrow sera celui-ci : celui d'une personne susceptible. En cela, elle ressemble énormément à ses camarades, elle se fond parfaitement dans la masse.
Le long édifice est vide de tout passage, il s'offre à moi dans sa totalité. Le bruit de mes talons sur le bois rythme mes pas, mais le silence retrouvé est agréable. Derrière les barrières se dessinent les abords escarpés de Poudlard, les arbres sur la rive d'en face, les langues d'herbe secouées par une brise agréable. Je m'arrête un instant pour observer le paysage. Coudes posés sur le corde-corps, tête levée vers le ciel pour voir les plus hautes tours du château cachées dans les nuages.
Ce que l'avenir me réserve après Poudlard sera beau, Farrow, tu n'as pas idée du bonheur qui m'attend. La liberté, déjà, me fait frémir d'impatience ; plus de pensionnat strict, plus de sortie rythmée par le bon vouloir de l'emploi du temps de Pré-au-Lard. L'attente d'une réponse des facultés pour lesquelles j'ai postulé ne me fait même pas peur : je sais que je serai acceptée.
Comme souvent lorsque je pense à l'après, mon coeur rate un battement, puis s'emballe furieusement. J'ai l'impression qu'il s'envole très haut avant de redescendre aussi sec. Dans quelques jours, je serai dehors. Je vais laisser passer les retrouvailles avec ma famille puis je suivrai les coordonnées trouvées sur le tableau de L'Ombre de la mort. Le message était clair, je sais exactement où aller. J'ai passé des heures et des heures à faire les vérifications sur une carte de l'Écosse. Je prendrai le Magicobus, je lui demanderai de m'amener là-bas et alors... Alors...
Parfois, j'essaie de l'imaginer. Vais-je la retrouver dans une maison tout ce qu'il y a de plus banale, à une adresse que j'aurais pu obtenir beaucoup plus facilement si j'avais pu questionner les bonnes personnes ? Quand je me laisse aller à divaguer, j'imagine arriver dans un endroit qui ressemble au Plateau. Un espace perdu sur une île Écossaise avec aucun signe de vie à l'horizon. Il y aurait une petite maison austère que j'aurais eu du mal à trouver parce que le Magicobus ne peut me déposer que sur une route. Évidemment, elle me sentirait arriver car elle aurait bardé sa maison de sortilèges. Je m'imagine avancer, le coeur battant, et soudain la porte s'ouvrirait. Je l'imagine se détacher dans l'encadrement, cette grande, sévère, intimidante femme qui m'a fait passer par tous les états. Après, rien ne me vient jamais. Je suis incapable d'imaginer une suite à cette histoire. Malgré mes efforts, je n'y arrive pas. Je n'ai jamais pu deviner ses réactions alors cela ne me viendra pas soudainement.
Je secoue la tête, revenant à l'instant présent, à l'Écosse et son ciel bleu. Le château imposant m'écrase de toute sa taille. Je laisse mon regard flâner sur les nombreuses fenêtres qui jalonnent les façades avant de le baisser sur le ravin qui s'ouvre sous mes pieds. Je prends une respiration soudaine par le nez et m'arrache à ma contemplation et aussi au garde-corps qui me soutenait. Je reprends mon chemin en direction du parc, le pas plus hâté, le coeur plus rancunier.
— Fin —
Et bien, Aelle, impolie jusqu'au bout, quelle surprise !
C'était un plaisir de pouvoir écrire avec toi, merci beaucoup. Je ne m'attendais pas à une fin comme celle-ci mais au final ce n'est pas étonnant. J'ai hâte de les voir se recroiser dans le grand monde !